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Un jour, deux jougs, deux jougtiers, Maillezais (85), 10 Août 2016 par Michel Nioulou

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Photo Jean-Léo Dugast

Une rencontre autour des bœufs de travail

Maillezais, au bord du marais Poitevin, accueillait le 10 Août 2016, la fête des bœufs de travail.

Jérome Csubak et son épouse ont organisé cette rencontre sur le site des roulottes de l’abbaye dont ils sont les promoteurs. Emmanuel Fleurentdidier et Solène Gaudin étaient également venus épauler l’équipe d’organisation .

On a pu voir évoluer la paire de Vosgiens d’Emmanuel et la paire de boeufs Parthenay du propriétaire des lieux qui présentait également une paire de jeunes bœufs en début de dressage.

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Jérome Csubak

Différentes démonstrations d’attelages ont eu lieu devant un public venu nombreux malgré le déroulement de la fête un jour de semaine.

Des séances de travail avec des chevaux étaient aussi au programme avec en particulier un bel attelage de Manu Davignon.

Brocante, artisans, maréchal-ferrant venaient compléter les animations d’une journée déjà bien remplie.

La naissance de deux jougs.

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« Depuis le matin, à l’abri du soleil, sous la stabulation, des coups sonores de haches et d’herminettes viennent régulièrement ponctuer l’ambiance de la journée.

Lionel Rouanet et moi-même avions été invités à venir présenter le travail de la taille des jougs à la fête des bœufs de travail de Maillezais.

Soigneusement enveloppés dans des bâches étanches, nous déballons un peu avant neuf heure nos pièces de bois maintenues humides depuis chez nous à l’autre bout de la France, l’Aveyron pour Lionel et la Saône-et-Loire pour moi.

Le plein été n’est certes pas la meilleure époque pour transporter dans les voitures surchauffées des pièces de bois parfois immergées depuis plusieurs mois et sujettes dès leurs sorties de l’eau à une dessiccation trop rapide et à l’apparition de fentes dans les pièces qui peuvent parfois être rédhibitoires.

Après un déballage et mise en présentation de nos différents modèles de jougs, nous attaquons rapidement le travail.

Très fortuitement, il se trouve que chacun des modèles que nous avons à tailler aujourd’hui est nouveau pour l’un et pour l’autre.

Lionel commence un joug en frêne qui lui a été commandé. Ce dernier, un joug mixte, est destiné à joindre d’un côté un bovin et de l’autre une mule ou un âne.

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Photo Jean-Léo Dugast

Ce type de joug a suscité de nombreuses interrogations et questionnements du public.

Pour ma part, c’est un joug double que je taille, un modèle de la Loire, à la limite du Puy-de-Dôme, un joug « de montagne » comme le nomme la personne qui me l’a commandé. C’est avec le modèle d’un joug ancien à proximité que je taille la pièce de frêne.

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Je travaille différemment de Lionel en pratiquant un traçage avec un gabarit sur la bille dégauchie.

Bien sûr le traçage n’est qu’indicatif mais permet aussi, au moins au début sur un modèle nouveau, d’avoir des repères précieux. La réalisation du gabarit à l’atelier permet aussi de bien s’imprégner des formes et des subtilités du joug que l’on découvre.

Bien qu’aujourd’hui à Maillezais, le modèle soit nouveau pour lui, Lionel réalise le plus souvent des jougs du type Aveyronnais dont il maîtrise la réalisation du fait de son apprentissage auprès de René Alibert à Laissac dans l’Aveyron.

A contrario, je travaille en autodidacte et j’ai été amené à réaliser de nombreuses formes régionales différentes (Charollais, Velay, Vendée, Loire). C’est aussi pour cela que je réalise des gabarits qui me permettent de mémoriser les formes et les tracés.

C’est donc avec prudence que nous avançons la taille sur nos jougs respectifs.

Bien sûr le public s’interroge et s’étonne de nos réponses lorsque nous leur expliquons que nous réalisons régulièrement des jougs dont la destinée n’est pas de finir en décoration au dessus d’une cheminée ou d’une porte, mais bel et bien d’avoir un usage réel, une fonction de travail chez les différents bouviers qui nous les réclament.

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La découverte de la part du public de l’existence encore active de la pratique professionnelle de l’attelage bovin les laissent souvent dubitatifs, certains repartent sûrement en se disant qu’on leur a raconté des mensonges !!! Et pourtant!!

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En milieu de matinée, une dizaine de personnes de l’académie des bouviers du Puy-Du-Fou nous rendent visite. Le groupe guidé par le dynamique et motivant Laurent Martin, a échangé sur la technique, les différentes formes de jougs, l’attelage, le liage. Cette rencontre a été pour nous l’occasion de croiser des praticiens, apprentis ou confirmés qui travaillent dans l’environnement très spécifique du spectacle, mais dont l’implication dans l’attelage des bovins est très marquée et passionnée.

La présence en visiteurs de Jo Durand, paysan bouvier au Dresny en Loire-Atlantique et de Nicole Bochet, chercheuse et passionnée par l’attelage bovin, a permis une nouvelle fois, outre l’amitié que nous avons pour eux, de croiser des expériences, des points de vues.

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En discussion avec Jo Durand 

A la pause de midi avant d’aller manger quelques mogettes pour reprendre des forces, nous mouillons copieusement nos deux pièces de frêne et nous les couvrons soigneusement pour limiter le séchage. La température est forte et le soleil ardent !! Nous devons être vigilants !!

Après avoir repris nos tailles en début d’après-midi, comme une pause dans notre journée, nous prenons le micro devant la paire de Parthenay pour un moment de présentation du travail des jougs, de leur fabrication et de leur utilisation avec différents liages de plusieurs modèles de notre fabrication.

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Photo Jean-Léo Dugast

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Emmanuel Fleurentdidier

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Solène Gaudin

Nous reprenons ensuite le travail, toujours au son des haches, grandes et petites herminettes, planes, ciseaux, gouges et maillets entrecoupé d’explications de notre part, et d’enrichissants témoignages et anecdotes que nous confient les nombreuses personnes de la région qui viennent à nous et qui voici quelques décennies encore, liaient des bovins.

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Progressivement, le public se fait plus clair, puis disparaît. Les jougs ont déjà bien pris forme. Les deux lourdes pièces de frêne du matin se sont visiblement affinées et allégées, la finition se fera à la maison dès notre retour.

Le soir est venu et, malgré la fin de la fête, nous taillons encore un peu, comme pour prolonger ce moment, où, malgré le fait que nous nous connaissons déjà depuis plusieurs années, nous avons pour la première fois travaillé côte à côte. Moments rares, intenses où, dans la même passion, nous avons fabriqué chacun un joug qui coiffera des bœufs qui patiemment travailleront dans la discrétion des montagnes du Massif Central et des Pyrénées. »

 Michel Nioulou

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Toutes photos Véronique Nioulou sauf mentions « Jean-Léo Dugast ».

Un grand merci à Jean-Léo pour sa contribution.

Fête du « char à boeufs » à Chasselas avec un attelage bovin de Michel Berne en 2015

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C’est Michel Berne et Maryse Berne Duclos de Bourg-Argental (42) qui ont attellé en 2015 à Chasselas (71) une paire de bovins, à l’occasion de la fête du « Char à boeufs ». Cette manifestation s’est déroulée pour le cinquantième anniversaire de la reconstitution du voyage qu’avait fait Claude Brosse à Versailles vers 1700 avec un char à boeufs pour redynamiser la vente des vins de la région.  

C’est le char spécialement fabriqué et utilisé en 1965 pour la reconstitution et par chance sauvegardé en parfait état jusqu’à aujourd’hui, qui a été utilisé.

Michel et Maryse avaient gentiment dépanné Laurent Billoux qui devait venir initialement avec l’un de ses attelages bovins qui, à la suite d’une blessure d’une de ses vaches dressée, n’avait pas pu être présent.

La journée s’est déroulée dans la bonne humeur et a rappelé à de nombreuses personnes de Chasselas, la reconstitution de 1965.

 

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Michel Berne en discussion entre bouviers avec Laurent Janaudy de Manziat.

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Le liage des bovins en Charollais Brionnais

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 Le liage que nous pratiquons est celui de notre région du Charollais Brionnais.

Il nous a été enseigné par Jean Fournier et confirmé par de nombreux autres anciens bouviers.   La méthode permet de lier sans avoir à passer entre les mains la totalité de la longueur des liens à chaque tour de tête ou de corne.   Jean Fournier dit qu’il ne faut jamais « faire sauter la layoure ».

Pendant le liage, le lien reste pendu entre les bêtes et les tours sont faits de sorte à ne pas avoir à retirer la longueur du lien.   Le liage se termine sur la corde que l’on lie avec un noeud coulant simple pris autour des dernières passes de corde.

Cette méthode permet également un déliage rapide. De la même manière qu’au liage, le lien retombe entre les bêtes sans avoir à passer les longueurs entre les mains.

A la pose du joug, on peut faire un tour mort sur la corne intérieure. Mais au déliage, si la bête secoue la tête en se sentant libérée le meneur peut prendre un coup de joug du fait du tour mort qui solidarise jusqu’à la fin la tête et le joug.

C’est pourquoi sur les conseil de Jean Fournier, pour commencer le liage nous croisons directement de l’avant corne intérieure à l’arrière corne extérieure où l’on bloque alors avec un tour mort.  

Liage:

  •    Départ du lien à l’intérieur de la paire face avant joug
  •    Croise de l’AV intérieur vers AR extérieur
  •    1 tour extérieur sur joug/corne
  •    1 tour de tête AV AR
  •    croise de l’AV extérieur vers l’AR intérieur
  •    croise de l’AV intérieur vers l’AR extérieur
  •    1 tour de tête AV AR
  •    croise de l’AV extérieur vers l’AR intérieur
  •    croise de l’AV intérieur vers l’AR extérieur
  •    liage au centre de la têtière

Cette vidéo permet de bien visualiser la méthode que nous employons.

Liage des boeufs Limousins de Richard Maillet, Vaux (86)

Richard Maillet (cliquez ici pour voir) lie ses deux jeunes boeufs Limousins à l’occasion du salon de la traction animale de Montmorillon 2013.

Liage de boeufs, vidéo d’archives familiales de Pierre PEYTAVIN

Liage des boeufs Charollais de Pierre Billon, Anost (71)

Film d’archive en « Super-8 » qui nous a été aimablement communiqué par Philippe Berte-Langereau.

« Pierre Billon était un bouvier de Corcelles (Anost) et cette scène a été filmée en 1977 ou 1978. Il montre comment lier ses deux énormes boeufs l’un après l’autre ; celui de droite, en les regardant de face est dit « premer â zu » (premier au joug) et l’autre, « le deuxième â zu ». Ils gardaient toujours la même place sous le joug et étaient toujours liés dans le même ordre. On notera aussi les fers des onglons. Chaque animal pesait plus d’une tonne. »

Philippe Berte-Langereau.

Liage des boeufs chez Olivier Courthiade en Ariège, Vidéo « le joug » de Pierre Lasry

Premier liage de Vérité et Valentie

Premier liage de Vérité et Valentie

Vérité et valentie au dressage en 2005

Après avoir fait travailler les deux génisses de dix huit mois à la corde pendant quelques semaines, nous avions posé pendant quelques jours les « copes de dzoug » (les coupes de joug sont des demi jougs)sur la tête des bêtes (voir l’article sur le dressage).

Le 22 août 2005, le jour est arrivé de lier les animaux au joug.

Jean Fournier, qui nous conseille et encourage depuis le début, est là.

Après quelques hésitations, il retrouve la méthode de liage que son père lui avait apprise. Il nous la transmet à son tour pour lier nos deux génisses.

Nous avons ce jour-là, utilisé un joug découpé charollais que Jean et son père utilisaient sur leur exploitation jusque vers 1955.

Cette vidéo est celle du premier liage et des premiers pas de Vérité et Valentie liées ensemble sous le joug.

Pendant la séance, les génisses et nous, prenons nos marques, tâtonnons sous les yeux ravis de Jean Fournier qui, jamais, n’aurait pensé lier à nouveau des animaux.

Cette séquence vidéo comporte certainement beaucoup d’erreurs de débutants que nous étions. Que les bouviers avertis ne nous en tiennent pas rigueur, notre bonheur et celui de Jean étaient plus fort que nos faux pas d’apprentis bouviers

 

Article paru à l’origine le 24 juillet 2011. 

Les boeufs de Louis Moulignat, Saint Léopardin d’Augy (03)

Louis Moulignat, agriculteur éleveur de l’Allier, a été avec Jean Fournier du Brionnais, la personne qui nous a définitivement convaincus de dresser nos animaux.

Il a, depuis les années 1980, dressé des boeufs à l’attelage. Aujourd’hui il n’attelle plus mais possède encore deux boeufs d’une quinzaine d’années.

      2005 Louis avec Marin et Matelot

Depuis notre rencontre en 2005, nous lui rendons visite régulièrement et nous avons lié plusieurs fois ses boeufs chez lui.

Pigeon et Ramier étaient la dernière paire qu’il a vraiment utilisée chez lui et dans de nombreuses fêtes régionales. Ramier, le dernier survivant de la paire est mort en 2005.

Marin et Matelot, ses deux boeufs actuels, n’ont pas été attelés souvent mais sont cependant très dociles au joug.

Louis Moulignat a toujours gardé depuis sa jeunesse la passion de l’attelage des boeufs. Il en parle avec passion et conviction. Il a su nous conseiller et nous encourager à poursuivre notre expérience.

Bien que nous accordions un intérêt particulier à utiliser les méthodes d’attelage de notre région du Charollais Brionnais, nous avons retenu la technique de pliage des jougs de Louis, qui est fort pratique et esthétique. Les liens sont pliés en huit sur le dessus des têtières en prenant l’extrémité extérieure du huit sur l’oreille du joug. Les coussins d’attelages sont ensuite placés entre les liens et la têtière et solidarisés au joug avec quelques tours de corde de l’extrémité du lien. 

Nous remercions sincèrement et du fond du coeur Louis de l’amitié qu’il nous accorde et d’être un de ces rares passeurs de mémoire et de savoir-faire. 

2005 liage

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      2008 liage en compagnie d’Aimé Joigneaux

           Marin et Matelot avec Louis en 2005

2005

Jean Fournier avec les boeufs de Louis: un homme heureux, après 50 ans, il est de nouveau à la tête d’une paire de bovin liée 

2008

En 2008 avec Louis, Marin /Matelot, Anabelle/Azalée, Vérité/Valentie, Michel et Laurent

Louis surveille les apprentis!!

Article paru à l’origine le 16 octobre 2010

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