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René Alibert, dernier jougtier professionnel d’Occitanie, a rejoint ses aïeux par Lionel Rouanet (article enrichi)

rené alibert portrait ok ok. jougtier professionnel

René nous a quittés le vendredi 25 Août, à l’âge de 90 ans. Depuis un peu plus d’un mois auparavant, il avait vu son état général se dégrader rapidement.

Fils d’un jougtier professionnel, après avoir passé trois ans complets comme « valet », employé agricole dans une grande ferme du Lévezou (Monts séparant, à l’Est, le Nord du Sud du département de l’Aveyron), il prit à 18 ans, le chemin au côté de son père, jougtier de métier, à temps plein.

C’était une chose peu courante, que d’être jougtier de cette façon dans ce pays-là (au sens petite région). Jougtier dans l’Aveyron, c’était plutôt une activité complémentaire pour de nombreux petits paysans ou artisans du bois. Marius, de son prénom d’usage, le père de René, était vraisemblablement le seul dans sa profession, déclaré à la chambre des métiers en ce temps-là.

René débuta donc l’apprentissage de ce métier itinérant avec son père, ce qui donna à ce dernier l’occasion d’agrandir sa tournée et entre autres de monter travailler sur l’Aubrac aux alentours de Laguiole, connue pour son fromage. Dois-je préciser ? Pour y aller, sur l’Aubrac, point d’automobile, le trajet se faisait à bicyclette. Inutile de dire qu’il ne fallait pas y aller pour trois clients ! Ils partaient pour la semaine, parfois deux. Il fallait compter quasiment une journée de trajet aller et autant pour le retour, encore que dans ce cas, ça descendait. Là-haut, ils dormaient dans les fermes, c’était ainsi coutume : les jougtiers étaient nourris et logés. Bien nourris même ! La maîtresse des lieux, tenait à ce que la réputation de la maison soit bonne. Lorsque la tournée était aux alentours de Laissac, ils rentraient chaque soir, ce qui laissait du temps pour s’occuper d’un jardin, de la volaille et même d’un ou deux cochons selon les années.

Dès que René commença à être un peu autonome, son père qui néanmoins l’accompagnait toujours, le laissait chez un client le matin, l’aidait à commencer le travail, puis partait, pour lui aussi, faire un joug de son côté, chez un paysan des alentours. En fin d’après-midi, son travail fini, le père repassait chez le premier client pour retrouver son fils et l’aider à terminer, en vérifiant que le travail, sur mesure, convenait bien. Car, oui, dans ce pays comme dans beaucoup d’autres cela dit, un joug, c’était du sur mesure ! Dans l’Aveyron particulièrement quand même. Il fallait qu’elles présentent bien, les bêtes, au joug ! Surtout les bœufs, sas qué1 (m’aurait dit René) dans les grandes fermes, ils faisaient la fierté des bouïèrs2. C’était à qui avait une paire dont les cornes se croisaient le plus élégamment au-dessus du timon ! Dans les petites fermes, on joignait plutôt des vaches. Il fallait que ça puisse travailler, ça oui ! Mais après, l’esthétique ne primait pas toujours autant.

 

Et donc, quand le père retournait trouver son apprenti, il pouvait le conseiller pour la phase délicate qu’est l’ajustement final. Puis : « le trou paye » se disait-il. C’est-à-dire le trou du passage de la méjane3. C’était la dernière étape, ou plutôt l’avant-dernière, car avant de recevoir la paye, tout jougtier à l’activité suffisamment conséquente, signait son travail par un coup de poinçon dans le bois encore tendre.

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Poinçon de René Alibert

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Poinçon de Joseph-Marius Alibert son père

Encore tendre, vous exclamez-vous peut-être ? Et oui, bien sûr ! Un joug, du moins les jougs de ce genre-là, ne sont pas faits en bois sec. Qui a déjà tenu une hache, sait bien qu’elle ne rentre pas de la même manière dans du bois vert ou du bois sec. Il n’y a pas que cette raison, mais ce n’est pas spécialement le propos ici et j’ai déjà écrit assez en détail sur le sujet (article  sur le blog, ou Sabot n°71). Je rajoute néanmoins que si le bois était tendre, c’est qu’il provenait donc d’un arbre tout fraîchement abattu, parfois le matin même, ou alors d’un morceau réservé spécialement à cet effet, espérant le jougtier dans le bassin ou la mare de la ferme.

Fréquemment, l’été notamment, le joug terminé, ce n’était pas pour autant fini. Il fallait le « flambusquer ». Chose pour laquelle le paysan pouvait éventuellement se débrouiller tout seul. Cela consistait à cuire le joug sur un feu vif, très rapidement mais très intensément. Il avait au préalable été enduit de gras, traditionnellement du lard de cochon, puis plus tard avec … de l’huile de vidange. Cette opération permettait à l’eau contenue dans le bois de s’en aller, sans que le joug n’éclate, car une pellicule protectrice se formait par la combinaison du gras, de la chaleur et du noir de fumée. Cela durcissait aussi le joug, et en le fumant, devait participer à le rendre inappétant pour les insectes xylophages que nous appelons dans le sud plus simplement et génériquement « cussous ». Ce devait être une forme de garantie multi-décennale. Car le bois, s’il avait trempé assez longuement avant d’être mis en forme, s’était lavé de sa sève. Celle-ci contenant amidons et autres matières sucrées, il perdait ainsi quasiment tout son intérêt pour les insectes à tarière.

Pour René, arrivèrent vite les vingt ans et l’appel sous les drapeaux. Après un service dans la musique, comme clairon, René regagna son Aveyron et repris le travail au côté de son père, mais très vite il fut complètement autonome. Ils continuèrent à faire tournée ensemble mais le père gagnait la tranquillité de n’avoir plus à repasser chaque soir valider le travail de son fils. L’achat, pour chacun d’eux, d’une petite moto Terrot, leur permit d’agrandir encore un peu la tournée, mais pour une courte durée ! Ils n’étaient pas les seuls à investir dans ce genre d’engins, dernière génération des « machines à feu » comme on les appelle parfois en histoire des techniques. Leurs lourds ancêtres fumants, les locomobiles, non pas encore goulues d’essence mais d’eau et de bois, avaient déjà investi les campagnes depuis quelques décennies, depuis grosso modo le retour de la soit disant Der des Der pour ce qui est de l’Aveyron. Ces locomobiles, rarement automobiles ou routières comme on disait, avaient eu l’obligeance de garder du travail pour tout le monde, les femmes, les hommes, et les bêtes. Et oui, les femmes, on les oublie souvent. C’est qu’ils ne mangeaient pas qu’un peu les hommes pendant les dépiquages ! C’était du travail, d’une part, mais c’était aussi la fête, la joie de fin des sègas4, dans l’entraide ! Mardi chez Gustou, mercredi chez l’Achille. Enfin, pour en revenir aux bêtes, qui elles aussi avaient du travail, j’en passe par les petites : ces jours-là, ce n’était pas la fête pour la volaille ou les lapins ! Et les grosses donc, elles attrapaient souvent quelques braves suzades5. Il fallait les tirer ces monstres-là de locos, tout d’acier et de fonte, avec aussi un peu de laiton qui les embellissait ! « De cuivre » comme disent les mamies. Il faut dire que les bœufs, tirer des trucs pareils par les travers de ce pays-là, « ils s’en plaisaient mieux » que les chevaux. Ces derniers, s’il faut maintenir la traction d’une lourde charge à l’arrêt dans une montée, puis repartir, ça ne leur convient guère. Les petites locos pesaient déjà souvent 4 tonnes à vide, les batteuses n’étaient pas franchement plus légères ! Et puis les bœufs, ou les vaches, tout le monde en avait. Et s’il était trop difficile de passer tel rampaliou6, on allait chercher les bêtes d’Emile « per far prodel 7».

Enfin, tout ça pour dire que les motos, c’était bien-sûr le début de la fin. Si les jougtiers pouvaient se payer une moto, c’est parce que les paysans pouvaient se payer un tracteur, et/ou étaient incités à le faire. C’est vrai que si on se remet dans le contexte : vous vendez une paire de bœufs et vous pouvez acheter un tracteur tout neuf, tout fraîchement arrivé d’outre atlantique, ça fait réfléchir. En tout cas, ça fait moderne et en cette période d’après-guerre, on peut comprendre qu’il y avait besoin de renouveau. Donc bœuf, vaches, chevaux et autres mules furent rapidement débauchés par la croissance fulgurante de l’ère motorisée. Seuls quelques vieux « oritsinaux », (prononciation locale : originaux, marginaux) ne voulurent pas entendre parler de cette filiation des chars d’assaut qui n’ont pas vraiment la même odeur que le bétail ; ne « caguent8 » pas des bouses, mais de l’huile ; ne mangent pas de l’herbe, mais boivent un liquide à l’odeur douteuse ; ne vous font pas un veau par an (que vous pouvez vendre au foirail), mais vous coûtent des pièces détachées. Ces rares rebelles, peut-être par bêtise ou pensées arriéristes, mais aussi et certainement par philosophie et poésie, laissèrent quelques petites années de sursis à Marius (le père). Cependant, il n’y avait plus de travail pour deux et René dut poser et remiser la piasso9 et lou capaïssol10 : la hache et l’herminette.

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Hache de jougtier au fer plus long et plus ouvert

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Modèle « commun » de hache, courant chez tous les artisans du bois

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 Herminette spécifique de jougtier à fer double et à manche très court

Il resta néanmoins « dans le bois », mais ses copeaux changèrent de forme, ainsi que d’odeur ! Après une courte période à fabriquer des coffrages sur chantier durant laquelle il trouva que l’ardeur de ses collègues à arroser les fins de journées en rentrant du boulot n’était pas potentiellement propice à vieillir vieux et en bonne santé, il atterrit à la maison Balard à Rodez. Là, jusqu’à la fin de sa carrière il fut chef d’équipe à la parqueterie et je pense que personne n’eut à se plaindre de son travail ou de ses services.

Une fois à la retraite, il dépoussiéra les outils manuels. Des jougs neufs se remirent à naître de ses mains, assurant la relève de ceux qui depuis trop longtemps dans l’attente d’un peu de soleil juché sur un chignon d’Aubrac, avaient vu leur fonctionnalité altérée par les « cussous ».

Chez lui, à Laissac, dans le Nord Aveyron, entre Monts du Lévezou et Causse, René n’était pas seulement connu pour ses jougs. Infatigable, il était très apprécié de tous pour son implication bénévole dans différents domaines. Il fut musicien à la « clique », pompier, avait participé à la vie d’un musée local, aida tant qu’il le put le mardi matin au foirail … Mais surtout, René, c’était un jardinier, occupation qu’il garda jusqu’à ses derniers jours de validité. Et pourtant, il ne jardinait pas vraiment pour lui. Il jardinait pour la famille, les amis et les voisins mais aussi pour ses poules et lapins. Ces derniers mangeaient très certainement une nourriture de bien meilleure qualité que nombre de personnes entassées dans les grandes villes. Les légumes, lui, suite à des ennuis de santé, il y avait plus de vingt ans qu’il ne pouvait plus trop en manger.

Pour ma part, René était déjà sur ses vieux jours lorsque je le rencontrai. C’était durant l’automne 2009, il avait 82 ans, de l’énergie dans les bras et de la souplesse dans les jambes. Je passai alors le voir pour faire sa connaissance suite à un bref coup de téléphone. J’y passai par l’intérêt que je porte aux savoir-faire manuels anciens, par curiosité, et sur conseil d’un ami, paysan de montagne en Ariège, alors dresseur de mules, chevaux, et bœufs : Olivier Courthiade. Il m’avait dit « Vas-y, c’est le dernier ». Il exagérait à peine ! Ainsi, dès mon passage suivant, une paire de mois après, je devins son apprenti. Le premier, d’une certaine manière, car un ou deux autres avaient eu essayé je crois, mais l’expérience avait été courte. (Un charpentier des environs, retraité, vint ensuite pour voir la méthodologie). Je pense que ce fut une forme de soulagement pour lui. En effet, je crois que s’il avait une crainte, c’était celle de partir un jour sans avoir transmis (même si le mot n’est pas particulièrement juste, car lorsqu’on transmet, on n’a plus soi-même) le savoir-faire qu’il tenait de son père. Ce savoir-faire que son père avait eu le temps de tant affiner durant la dizaine de milliers de jougs qu’il tailla dans sa vie. Un peu plus de 300 ans par an, soit un par jour ouvrable, pendant une trentaine d’années.

S’il continuait de tailler des jougs à un âge si avancé, on se doute qu’il ne faisait pas partie de ces vieux grincheux se plaignant : « Ouh, avant qu’est-ce qu’on a pu trimer, qu’est-ce que c’était dur, heureusement que c’est terminé tout ça ! » Certes, il ne niait pas cet état des choses qui avait pu en aigrir d’autres. Lui, néanmoins ne s’en plaignait pas, au contraire même, il rajoutait souvent : « c’était le bon temps ». Peut-être tout bêtement parce que c’était le temps de sa jeunesse ! Et qu’elle semble avoir été heureuse, malgré les difficultés qu’il ait pu rencontrer, comme tout le monde, notamment une, épineuse pour sa génération : la guerre. Je le cite encore, d’après un enregistrement lors d’un collectage d’anecdotes, il parle justement du temps d’avant ses 18 ans, pendant les années où il était valet de ferme :

– « Oh il y avait une bonne ambiance, on se tutoyait, c’était … pute ! [à considérer comme une virgule, comme une verbalisation de l’exclamation] C’était … quand il y avait un coup [d’activité] à donner, on le donnait, tout le monde donnait un coup et puis s’il y avait cinq minutes à prendre on les prenait. C’était la belle vie, enfin la belle vie en travaillant ! Mais c’était la belle vie. »

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L’explication de cette gaité, de cet enthousiasme, est peut-être la suivante : il savait que ce travail tantôt autonome, tantôt collectif, correspondait au niveau de vie qu’ils avaient. Et puis, sortant de sa bouche, le mot travail n’avait pas tout à fait le sens habituel, qui dans notre civilisation de souche judéo-chrétienne, n’a toujours pas vraiment perdu le sens de ses origines latines, à savoir : tripalium. Pour lui, le travail, c’était l’occupation qui permet de vivre, simplement. L’Œuvre en fait ; que ce soit cultiver la terre, récolter, soigner lapins et volailles, transformer, bricoler … et bien sûr tailler des jougs. Chose qu’il fit, si je ne me trompe pas, jusqu’à l’hiver où il fêta ses 88 ans. Il avait encore la souplesse et la force juste nécessaires, la technique faisait le reste.

René avait un sourire joyeux. Néanmoins, ces dernières années, une forme de tristesse le gagnait parfois. Lui qui aimait tant la nature, répétait souvent : « on est allé trop loin, on a trop abimé de choses, y a qu’à voir … »

Une partie de ses gestes a été archivée par un film documentaire de Gilles Charensol : Le bois : Gestes d’Artisans 

Le matin où j’appris la nouvelle par téléphone, Georgette, sa sœur, me dit qu’elle lui souhaitait un paradis entre autres plein de fleurs, car il les aimait beaucoup. En mon nom, et j’espère pouvoir dire au nom de tous les proches du milieu des bouviers et paysans, je lui souhaite de même.

Lionel Rouanet, son ultime apprenti.

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 Le 14 juillet à Laissac devant son présentoir lors d’une présentation/animation taille de joug

In Memoriam :
Comme je l’ai mentionné dans ce texte, une partie des gestes de René a été archivée dans un film de Gilles Charensol. Pour ma part, pendant plus de deux ans, suite à la partie pratique durant laquelle j’appris la fabrication des jougs, j’ai passé beaucoup de temps avec René pour discuter de son apprentissage avec son père et du mode de vie dans sa jeunesse.
J’ai pris des notes, puis enregistré les discussions que j’ai ensuite écrites. Je pensais au début faire un article pour un magazine spécialisé tel que celui-ci, le blog de Michel ou pour la presse locale, mais très vite, j’ai eu beaucoup trop d’infos, de pages. Alors, j’ai continué, en me disant que je verrai bien … !
À ce jour, le texte issu de la mise en forme du collectage, comporte un peu plus de 230 pages au format 16×24. Quelques dessins et photos en niveaux de gris agrémentent le texte. Je pense en ajouter encore quelques autres, mais il me manque à les dessiner. Un cahier couleur, devrait aussi présenter quelques photos. Il y aura aussi sûrement quelques annexes, qu’il me faut terminer.
Pour diverses raisons, notamment professionnelles et de déménagement, voici un peu plus d’un an que j’avais ce projet au point mort. René me disait pourtant : « si tu veux que je le vois, dépêche-toi … » Hélas, ces injonctions seront restées vaines.
Tout cela verra peut-être le jour en 2018. Un partenariat d’édition se dessine …

1 sas que – sas qué – tu sais que … Expression bien typique, en occitan. Et même en français occitanisé !

2 boièr – bouïèr – bouvier

3 mejana – méjanò – méjane : forte courroie de cuir soutenant les rédoundes : anneaux de cuirs dans lesquels passe le timon.

4 sègas – sègòs – moissons (par endroits aussi : meissons – méissous)

5 brava suzada – brabò suzadò – brave suzade : bonne suée

6 rampalhon – rampaillou ou rampaliou – raidillon

7 per far prodel – pér fa proudél – pour faire proudel : c’est-à-dire utiliser le proudel, la chaîne de traction qui permettait de rajouter une paire devant la ou les autres. Par extension : venir aider à l’effort.

8 troisième personne du pluriel de : cagar – caga – caguer : déféquer

9 pi(g)assa – pigasso ou piasso – la hache

10 capaissòl – capaïssol – l’herminette

Nicolas Bourgeois et Mireille Caillol, paysans nomades en traction bovine

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Mireille et Nicolas nous présentent leur parcours atypique et leur expérience quotidienne avec la traction bovine au coeur du projet de vie qu’ils partagent en famille.

Merci à eux pour leur communication.

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Pomponette et compagnie

Nous sommes une famille de paysans nomades : Mireille, Nicolas et Solal, qui voyageons en roulotte attelée à nos deux vaches, Ttipi et Ttapa, suivies par nos brebis laitières de différentes races. Notre choix est de vivre le plus possible de ce que nous savons faire, ou de ce que nous pouvons vendre ou échanger : le produit de nos animaux (viande, lait, laine…), des objets en vannerie, la musique, le clown…

Nous souhaitons aussi rencontrer des paysans sédentaires et passer du temps en accueil sur des fermes pour échanger.

Nicolas a pratiqué la traction animale avec ses vaches et ses ânes pendant six ans pour la production de légumes en vallée d’Ossau (64) avec des outils réalisés par P.R.O.M.M.A.T.A. (Cliquez ici pour voir)

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Mireille a travaillé dans le domaine des brebis laitières avec transformation fromagère en montagne et elle se forme à la transformation de la laine.

Solal apprend à manger, marcher, jouer, rire, pleurer, bref à vivre dans son petit corps tout neuf.

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Nous sommes intéressés par les projets à plusieurs et avons envie d’être accueillis sur des fermes pour rester en lien avec la paysannerie en participant à vos activités : installation, traction animale, dressage, besoin d’un soutien temporaire, voire d’un remplacement pour prendre du temps.

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Pour être accueillis, nous avons besoin :

  • D’espace, d’herbe et d’eau pour les animaux (deux vaches, neuf brebis, un bélier, chiens, poules et pigeons)
  • D’un espace où mettre notre roulotte et notre tente avec un accès à l’eau pour la belle saison
  • D’un habitat si c’est l’hiver

Nous sommes attirés par la diversification, la traction animale, la transformation de la laine… bref toute expérience tendant à une agriculture plus humaine et en lien avec la nature, basée sur le partage.

Ces échanges peuvent prendre différentes formes, du simple accueil sur quelques jours avec des moments conviviaux à un accueil sur plusieurs mois avec des actions communes.

N’hésitez pas à nous contacter, nous sommes prêts à réfléchir à de multiples propositions.

Mireille Caillol et Nicolas Bourgeois

tél. : 07 88 21 38 47

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Rencontre internationale des bouviers à l’Ecomusée d’Alsace, Week-end de l’ascension 2017, Par Philippe Kuhlmann, Ungersheim (68)

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Photo Pascal Cranga

Tradition et savoir faire ancien sont le socle sur lequel nous bâtissons de nouvelles perspectives concrètes et opérationnelles pour la traction animale bovine au 21ème siècle.

Des expériences démonstratives, sur un outil de levage à traction bovine d’abord, puis sur un nouveau concept de joug et une étable démontable et transportable, nous permettront de débattre de ces nouvelles perspectives.

“ Le joug de Pierre Mougin ” raconté par Philippe Kuhlmann, est une première de ces aventures-expériences ; l’émergence d’un joug de facture innovante en réponse à certains inconvénients du joug double classique…

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“ L’attelage des bovins retrouve un regain d’intérêt alors qu’il paraissait relégué aux musées d’agriculture il y a une vingtaine d’années.

Parmi les bouviers du troisième millénaire on compte des traditionalistes purs et durs qui veulent perpétuer des gestes ancestraux avec des outils traditionnels et locaux. Leur point de vue se défend ; ce sont des passeurs de mémoire régionaux.

D’autres utilisateurs de bœufs aimeraient travailler régulièrement et facilement avec des bovins, et se retrouvent dans un système économique qui ne leur permet pas de perdre de la puissance et du temps.

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Photo Pascal Cranga

Le confort de l’animal est une autre notion dont il faut tenir compte, bien plus qu’il y a  qu’il y a quelques années encore, pour plusieurs raisons. Notre culture a « humanisé » l’animal par anthropomorphisme, au point que l’on va plus s’apitoyer sur le sort  d’un bœuf au travail que sur celui d’un animal de batterie. Mais plus concrètement, pour travailler efficacement à long terme, il est important que l’animal travaille dans de bonnes conditions, avec du matériel bien adapté à ce qu’on lui demande.

La raréfaction des sources d’énergie va pousser petit à petit les générations futures à se tourner à nouveau vers la traction animale. Il faudra trouver des outils et des modes de travail modernes qui permettent d’avoir une bonne productivité à la traction animale, tout en tenant toujours compte de son investissement de départ minime.

C’est dans cet esprit que je me tourne encore et toujours vers l’attelage au joug double dès que l’on veut atteler deux bovins. Si un animal seul est plus fort au collier – je l’ai maintes fois vérifié – une paire de bœufs sera plus maniable et opérationnelle au joug double que les deux mêmes bœufs au collier. L’attelage au collier implique tout un ensemble de chaînes de traits, de chaînes de reculement, de courroies – avaloirs, sellettes – et de palonniers.

En plaine, deux animaux attelés au collier pourront donner satisfaction et un bon rendement avec une charrette à deux ou quatre roues sans que l’utilisateur ne prenne de risques excessifs, ou n’en fasse prendre à son entourage.

En montagne, en conditions extrêmes, je parle de pentes jusqu’à 60 %, je ne verrais jamais une charrette de deux ou quatre roues, attelée à deux animaux avec un timon qui ne soit pas pris dans le trou central d’un joug.

Dans ces conditions extrêmes l’animal attelé seul à la limonière pourra plus facilement faire corps avec sa charrette et la « tenir » dans un maximum de situations difficiles.

Outre son efficacité et la sécurité en toutes circonstances, l’intérêt du joug double réside dans son étonnante adaptabilité à passer d’un outil à un autre ; du râteau faneur à la faneuse à fourche, à la faucheuse, à la charrette, à la chaîne pour tirer un tronc… Ce passage demande juste au meneur de retirer la clavette du timon et de la remettre sur un autre timon, après avoir fait enjamber ce dernier par un des bœufs.

Ayant résolu le problème de la différence de puissance entre deux animaux attelés grâce au joug de force – c’est je le rappelle, un joug désaxé, l’écart entre la tête du moins fort et le timon sera plus important que l’écart entre la tête du plus puissant et le timon – il restait à enrayer l’inconvénient des têtes de travers avec des bœufs de hauteur différente, je parle ici de toises différentes, mais par extension on devrait parler de port de tête différents.

C’est pour cela que je me suis tourné vers un ancien, un artisan au bon sens paysan, Pierre Mougin de La Bresse. Ayant été paysan avant d’être forgeron, tourneur, ajusteur en métallurgie, mais aussi bûcheron, scieur, menuisier, fabriquant de cors des Alpes, Pierre, artisan, artiste et génie inventif, petit homme rond aux yeux vifs, aux doigts de fée n’avait pas besoin de schéma 3D, ni de logiciel sophistiqué. Il a su résoudre en une dizaine de jours ce que des élèves de deux promotions d’ingénieurs avec toute leur technique n’ont pas su cerner en deux ans.

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 Pierre Mougin  en 2015 lors de la journée technique chez Philippe Kuhlmann

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De gauche à droite, Philippe Kuhlmann avec un joug Vosgien neuf de Pierre Mougin, Jean-Claude Mann bourrelier, et Pierre Mougin

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Je suis allé le trouver dans son petit atelier de La Bresse dans les Vosges et lui ai dit : Pierre, il me faudrait un joug pour un gros et un petit bœuf, étudie pour qu’ils aient tous les deux la tête droite. Le joug devra être taillé en trois pièces, la première étant la partie maîtresse, reliant les deux autres parties qui seraient des jouguets légèrement mobiles sur un axe et réglable latéralement, permettant de rapprocher plus ou moins chaque bœuf  du centre du joug. Évidemment le bœuf le plus faible sera le plus loin du centre de traction.

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Dix jours après, un coup de fil de Pierre: t’as qu’à passer, ton joug est fini. Ce n’était pas la réflexion ni les croquis qui étaient finis, mais bel et bien le joug. Après les premiers essais je lui trouvai un problème de déséquilibre qui gênaient les bœufs dans leur effort de traction. Une modification réalisée rapidement a permis de pallier à cet inconvénient et le joug Pierre Mougin fonctionne très bien. Il lui reste un inconvénient: son poids.

Celui-ci pourrait être moindre en changeant d’essence de bois, en passant du frêne au bouleau, et peut être de l’acier à l’inoxydable ou autre. Les essais montrent bien que les animaux peuvent garder la tête droite même s’ils marchent en dévers ou si l’un des deux marche dans une ornière ou dans un sillon profond lors du labour.

 Quatre ans après la fabrication de ce joug en trois pièces, je me rends compte que je ne l’utilise que dans certains cas très précis  et que je n’ai pas pris le temps ni les moyens de l’améliorer en poids et en finitions. La mise au point de mes autres jougs légers en bouleau, avec les matelassures intégrées, rend les services attendus, et je pense que si amélioration il doit y avoir, c’est vers un joug landais amélioré qu’il faut se tourner.

J’en reviens à l’idée de cette différence de puissance et d’aisance entre le collier et le joug. La stabilité que confère la tenue du timon  dans le centre du joug est indispensable en montagne, ainsi que la possibilité de rotation du timon dans le joug. Et il est important d’améliorer les conditions de travail des bovins du 21ème siècle. Une approche somme toute moderne.

Je m’oriente donc vers un mix entre le joug landais et le collier à trois matelassures apportant un bon respect du mouvement de l’épaule, le tout réglable à la fois pour des animaux de puissance différente, des travaux nécessitant une trace plus large entre les animaux – cas de la mise en place de culture en billons -, et en attelage éclair – atteler 2 bœufs en moins d’une minute.

Un prototype sera soumis à l’expérimentation lors de la rencontre des bouviers 2017 à l’Ecomusée d’Alsace. Mais pour cette première mise à l’épreuve, Pierre Mougin n’est plus, emporté par la maladie. Il aura dompté sa vie durant le métal, le cuir et le bois avec un savoir-faire et un génie inventif qui nous sert de modèle. Mais Pierre, comme tous ces glorieux anciens, s’ils laissent un vide, laissent aussi un espoir et une furieuse envie de continuer. Ils nous ont laissé bien des éléments de savoir faire qui sont autant de pierres pour construire un nouvel édifice. Le souvenir vif que nous avons d’eux est le ciment pour cette construction nouvelle ”.

 Philippe Kuhlmann

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Ainsi la rencontre des bouviers 2017 sera l’une des pierres fondatrices de l’attelage bovin de demain, et le germe d’une nouvel usage et d’une nouvelle proximité avec les bovins en général.

Une étable pliable et déplaçable, d’une capacité de 8 à 10 bovins sera présentée en bâtiment off du festival Bàuistella 2017- Festival d’expérimentations constructives  dont le thème 2017 est « Architectures montables et démontables”.

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Elle illustre cette nouvelle transhumance de service paysager. Une étable légère, à coût modique, déplaçable, à l’avantage sanitaire indéniable, permettant une répartition des fumures résiduelles pouvant être équipée de différentes fonctionnalités périphériques comme un souricière pour regrouper et mettre en contention des animaux peu habitués, un travail à ferrer ou à parer les pieds, etc…

Pour en savoir plus cliquez ici fichier pdf 2017_04_05_FK_Etable_Mobile

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La rencontre 2017 est l’occasion de consolider l’association des bouviers, de l’ouvrir à tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la traction animale bovine et aux nouveaux usages de bovins de service, quelles qu’en soient les approches, utilitaires, loisirs, praticiens réguliers ou simples amateurs. Nous parlerons à la fois de transmission des pratiques, expériences et savoir-faire anciens, et de transposition pour un “ré-emploi » des bovins dans le nouveau contexte émergeant au 21è siècle.

Merci à François Kiesler pour sa collaboration

Reflexions de Katell Lorre sur un stage de formation à l’attelage des boeufs chez Philippe Kuhlmann en juin 2016

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C’est dans le cadre de la réflexion sur mon projet d’installation en agriculture que j’ai passé, en juin dernier, une semaine de formation à la traction bovine chez Anne-Catherine et Philippe KUHLMANN.

Quelques mots sur mon projet afin de mieux comprendre ma démarche…

Originaire du Nord-Est des Côtes d’Armor en Bretagne, je suis auto-entrepreneuse en artisanat « galettes de blé noir » et cotisant solidaire pour mes quelques hectares et mes animaux (chevaux, moutons, chèvres, vaches et poules) majoritairement de races bretonnes. Le but est de réunir ces deux entreprises pour faire une ferme où sera cultivé le blé noir pour la transformation en galettes. De plus, étant investie dans la culture de Haute Bretagne (ici on ne parle pas Breton, on parle Gallo !), il est important pour moi d’ouvrir la ferme sur toute cette tradition et de permettre sa transmission (musique et chant, savoir- faire, langue…)

La traction animale me titille depuis plusieurs années sans que j’ose m’y plonger sérieusement. C’est en posant mon projet sur papier et en rentrant les chiffres économiques que je me rends compte que j’ai la superficie, la capacité et surtout l’envie d’intégrer la traction, ne serait-ce qu’un minimum, à ma ferme. Alors le choix est fait ! Je décide de construire un projet adapté au travail animal.

J’ai deux vaches de race « Froment du Léon » hyper manipulées (au moins un point positif à l’éclatement de mon foncier et aux nombreux déplacements au licol pour les parcours de pâturages) et un jeune bœuf d’un an qu’il serait judicieux de commencer à éduquer.

Etant complètement néophyte en traction animale bovine et afin de mettre toutes les chances de mon côté, je me disais qu’un stage pour découvrir et apprendre les bases serait plus qu’utile ! Un nom me vient en tête grâce à une conférence à laquelle j’ai assisté à la fête de la vache Nantaise : Philippe KUHLMANN !

Je trouve ses coordonnées par le site de « Attelages bovins d’aujourd’hui » et après quelques échanges téléphoniques, me voici en route pour l’autre bout du monde : l’Alsace (!!!)

Je pars avec la conscience qu’en cinq jours, je ne deviendrai pas une professionnelle de la traction bovine. Au mieux, j’aurai le temps d’effleurer quelques techniques. Mais pour moi ce n’est pas cela qui m’importe mais plutôt le fait de découvrir, observer, vivre ce qu’il y a autour de la traction animale bovine chez Philippe et Anne-Catherine. Je pars avec l’espoir de pouvoir comprendre comment fonctionne leur ferme. Pourquoi Philippe a fait ces choix, ce qui le motive encore aujourd’hui et comment vit-il quotidiennement la traction.

Généralement, lorsque je veux faire quelque chose d’important, j’ai besoin de comprendre le fond qui entoure la chose afin de bien intégrer la technique ensuite.

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Assez de blablas ! Rentrons dans le vif du sujet !

Au-delà des paysages de cartes postales et de la douce mélodie des cloches des vaches dans la vallée (ce qui pour moi, fut déjà un régal !) j’ai eu l’opportunité de voir beaucoup plus de techniques que je ne pouvais l’espérer.

Nous avons travaillé avec un grand nombre d’individus différents en âge et en éducation. Du jeune aux prémices de l’apprentissage au plus expérimenté, j’ai pu découvrir les méthodes de débourrage et de dressage. Cela nous a aussi permis d’aborder le sujet de « quels résultats attendre et quels travaux demander aux bovins en fonction de leur âge », chose importante pour ne pas brûler les étapes à vouloir aller trop vite.

Nous avons travaillé avec des paires de bœufs attelés au joug, mais aussi avec un seul bœuf au collier. N’ayant pas encore d’idée fixe sur le fait de travailler mon bœuf en solo et/ou en paire avec sa mère, je pense que ces deux méthodes me seront utiles.

En menant ces deux formations, j’ai pu me rendre compte de différences du point de vue animal, comme sa mobilité ou sa façon de tracter qui varie sensiblement, et du point de vue du meneur dans ses ordres, sa position… Et pourtant, je ne saurais pas encore mettre de mots clairs sur ces observations, cela ne reste que du ressenti…

Le temps n’étant pas complaisant pour attaquer le foin, nous avons fait des travaux divers et variés comme : tirer du bois (des simples branches à des troncs que Philippe qualifiait de « ça devient intéressant pour apprendre aux bœufs à tirer »), transporter une remorque de fumier et le fameux rouleau à écraser les fougères (travail qui m’a décidé à reprendre un sérieux entraînement physique pour suivre le rythme ! Qui a dit que les bovins marchaient pépères ???!)

En faisant mon bilan de fin de semaine, j’avais appris à mettre un joug double, mener en paire ou en solo (dans 20 ans je serai professionnelle !), manœuvrer les bœufs pour atteler un timon ou accrocher un chaîne au bois, me servir d’une pince à grumes, appris les ordre à la façon alsacienne, vu comment réparer un timon et essayé d’observer un maximum de choses lorsque Philippe menait…

Mais aussi me servir et entretenir une faux (outil, à mon avis, indispensable dans une ferme), les utilisations et rangement du bois (du gros bois jusqu’aux fagots), vu comment faire des charges de foin et j’en oublie tellement… !

J’ai aimé le fait d’être intégrée à leur vie de tous les jours et de pouvoir découvrir le rythme de vie d’un paysan de montagne (la traite à la main, les livraisons, l’entraide avec les autres paysans voisins…) C’est quelque chose que je n’avais jamais eu l’occasion de connaître et qui a un « je ne sais quoi » de différent avec la vie paysanne que l’on peut avoir dans mon secteur. Ne serait-ce par le fait d’optimiser un maximum de choses comme les déplacements à pieds (c’est vrai que ça monte souvent comparé à mon bord de mer !!) mais aussi les ressources (l’utilisation de tout le bois alors qu’ici la plupart des agriculteurs font des tas de toutes les branches qu’ils ont coupé, petites et grosses, et brûlent le tout…). Les pâtures et le foin d’une diversité incroyable me rendent envieuse et, chose extraordinaire pour moi, chez Philippe et Anne-Catherine, on boit l’eau qui sort de la source !! Le rêve !! Bien-sûr, le travail de paysan de montagne ne s’arrête pas là mais je ne vais pas écrire un roman aujourd’hui…

Bref, mon objectif est atteint, grâce à notre programme journalier concret auprès des animaux mais aussi (et surtout ?!!) par les discussions que j’ai eues avec Anne-Catherine et Philippe, les voisins, les quelques autres paysans… Sans oublier toute la culture et le patrimoine immatériel que Philippe a pu vivre lui-même ou collecté auprès des anciens de la région et, le plus important, la transmission qu’il sait en faire, tout en ayant un regard tourné vers le futur et l’évolution de la profession.

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Je reviens en Bretagne, avec l’envie de continuer dans la voie de la traction animale. La confirmation qu’une ferme comme celle que je veux continuer de mettre en place, doit être ancrée dans son territoire, aussi bien au niveau des races animales choisies, que de la culture locale. Que le réseau social est plus que bénéfique lorsqu’on fait ce boulot afin de garder le moral dans les coups durs, ne pas rester seul et s’enfermer dans sa ferme et garder un rôle social à l’extérieur, dans un contexte un peu plus large.

Même si cette semaine me laisse sur une faim énorme d’en apprendre plus, je garde certaines images comme des cadeaux précieux qui me permettront de poursuivre ma voie et pour cela, je terminerai par un grand MERCI !

Katell LORRE

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Gaëtan Dübler, un périple en Suisse avec un bovin comme animal de bât

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Gaëtan Dübler est Suisse.

Il nous a contacté sur le blog pour partager son expérience.

De Mai à Juillet 2016, il a traversé son pays d’Ouest en Est sur 450 kilomètres avec un jeune boeuf dressé au bât.

Vous pouvez retrouver son périple sur son site en cliquant ici.

Il nous a communiqué quelques photos. Nous l’en remercions.

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Gaëtan Dübler
Av. Kiener 3
CH-1400 Yverdon-les-Bains
SUISSE
Tél. : +41 (0) 24 425 64 46
         +41 (0) 78 909 79 27
Courriels: dubler.gaetan@gmail.com
              gaetan_dubler@hotmail.com
https://lechemindecompostelleavecunboeuf.com

 

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Mickaël Bojados et sa paire de vaches Ferrandaises, Vorey-sur-Arzon 43)

Découvrez le reportage consacré à la traction animale dans des fermes d’Auvergne en Juin 2016 avec en particulier la ferme de Fumeterre et sa paire de vaches Ferrandaises.

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Page du site de France 3 Auvergne.

Grand Format : la traction animale

C’est une tradition oubliée, celle de la traction animale. Des animaux qui remplacent les tracteurs dans les champs. Intervenants : Maxime Teneul : maraîcher ; Mickaël Bojados : agriculteur chez Fumeterre ; Rémi Langlois : agriculteur chez Fumeterre  –  France 3 Auvergne  –  Un reportage de Stéphanie Vinot et Olivier Martinet. Montage : Didier Robert

Travaux des champs, quand le tracteur laisse sa place aux animaux

La traction animale fait son retour dans les champs. Un mouvement encore limité qui séduit de nouveaux agriculteurs lassés par la course au gigantisme et qui redécouvrent le travail de la terre avec leurs animaux.

Par Cyrille Genet

Les agriculteurs ont été pendant longtemps dans une course à l’agrandissement, aux grosses machines. Aujourd’hui, certains ont décidé de revenir en arrière, à une agriculture plus modeste : ils s’installent sur de petites surfaces et décident de se passer de tracteur, de n’utiliser que des animaux pour le travail aux champs.

C’est le cas de Maxime Teneul, maraîcher à Blot l’Eglise dans le Puy-de-Dôme. Avant, il était mécanicien, désormais il fait pousser des légumes bio dans les Combrailles et ne veut plus entendre un moteur.

Il fait équipe avec Réglisse, un âne noir du Berry âgé de 10 ans, qui travaille depuis 3 ans après 2 mois de formation. « Quand je me suis installé, je n’avais pas forcement l’argent pour acheter un tracteur, un âne coûte beaucoup moins cher », car effectivement, son salaire, c’est du foin, et sa prime de bonne conduite, des carottes. « Un âne c’est plus calme, c’est moins puissant et ça fait moins peur quand on débute la traction animale ».

La traction animale commence à revenir à la mode mais reste souvent un acte militant. Le rejet des moteurs et des grosses machines, c’est aussi ce qui motive les associés de Fumeterre, une ferme alternative en Haute-Loire, qui est allé jusqu’à remettre en service un attelage surprenant : 2 vaches. « C’est plutôt un char d’assaut » commente Mickaël Bojados, « pour tourner, il faut en faire reculer une et faire avancer l’autre, comme des chenilles ».

Ça ne m’intéresse pas de travailler avec des machines qui consomment du pétrole, qui sont irréparables par un paysan, Mickaël Bojados

« On ne va pas changer le monde, mais on espère qu’il y a un maximum de personnes qui vont s’y mettre » dit Rémy Langlois. Cependant ils reconnaissent les limites de la traction animale : sur une exploitation de plusieurs centaines d’hectares, ce n’est pas adaptable à l’agriculture moderne, « mais je pense que l’agriculture moderne n’est pas adaptable à l’agriculture mondiale » conclu Mickaël Bojados.

Voir la page du site France 3 en cliquant ici.

Disparition de Marius Saint Léger, un des derniers fabricants de jougs d’attelage, Estables (48)

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Photo extraite de l’article en ligne du Midi-Libre

Voici l’article du Midi Libre consacré à la disparition De Marius Saint Léger, sabotier et fabricant de jougs en Lozère.

Vous pouvez trouver l’article d’Avril 2016 en ligne en cliquant ici.

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« Cet homme attachant était né à Estables il y a 88 ans.

Marius Saint-Léger, de La Salassette d’Estables, nous a quittés ce vendredi 15 avril. La nouvelle paraît presque incroyable. Il était comme un roc, un pilier inébranlable. Sa voix profonde sentait l’éternité gabale.

 

Marius a été un des derniers sabotiers (esclupio) à travailler entièrement à l’ancienne, en respectant les règles de ce savoir-faire difficile. Il a été également un des deux jougtiers de France et il savait encore, il y a peu, atteler deux bœufs de sa poigne herculéenne.

Expérience ancestrale

Ses dossiers dans Lou Païs, les films documentaires tournés par le Pot’poète (cliquez ici), ou télévisés, gardent mémoire, minutieusement, de tous les détails, des astuces pouvant faire renaître, un jour, cette expérience ancestrale.

Les groupes folkloriques, les amis du Gévaudan de France, d’Angleterre, d’Allemagne ou de Belgique savent quel artisan hors pair ils viennent de perdre. Marius était la chaleur humaine personnifiée. Infatigable, il continuait à assurer foires et animations, en rentrant tard, parfois la nuit, seul, après la mort de son épouse, il y a un an. La disparition de sa brave Marie l’avait beaucoup affecté.

À 88 ans, une maladie insidieuse s’est développée. Elle a terrassé le chêne mais la lumière de ses verts feuillages reste à jamais gravée dans le cœur de tous ceux qui le connaissaient. »

 Midi Libre

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Retrouvez également cette vidéo d’un entretien avec lui réalisé par  Gilbert Corbières pour LRTV.
©laremiseproductions.05.2014.

Une émission lui a été aussi consacrée sur France-Bleu. Ecoutez la en cliquant ici.

Les dé-tracteurs, un film de Jean-Louis CROS, vaches et boeufs attelés dans le Tarn.

Voici un film de Jean-Louis Cros disponible sur youtube où l’on peut entre-autres voir Jean-Pierre Garrouste et ses animaux attelés sur sa ferme.

« Outre que tous cultivent « bio » dans le même coin du Tarn, trois couples d’agriculteurs ont un autre point commun: ils pensent que l’âge du tout pétrole est révolu et attellent les chevaux de trait, les vaches pour travailler la terre.

Filmés sans commentaire chez eux et dans les champs au long des quatre saisons, ces dé-tracteurs (comme on dit dé-croissants) sont-ils des pionniers ou des doux rêveurs ? »

Philippe kuhlmann et ses boeufs dans un article de Patrice COSTA dans Vosges Matin du 16 Août 2015

Photo issue du site Vosges Matin

À SOULTZEREN, SUR LE VERSANT ALSACIEN DES VOSGES, PHILIPPE KUHLMANN EXPLOITE SA PETITE FERME COMME LE FAISAIENT LES PAYSANS D’AUTREFOIS. PAR VOCATION ET RESPECT DE LA TERRE.

Un nuage de mouches enrobe les museaux humides de Milou et Papillon, deux solides bœufs de trois ans, issus d’un métissage entre les races Vosgiennes et Ferrandaises. « Pas bouger ! », leur intime Philippe Kuhlmann. Les deux bovins, de 650 kg chacun, se plient bon gré mal gré à l’ordre du patron. C’est qu’il fait particulièrement chaud en ce jour de juillet sur les pentes du Val de Munster, et les deux auxiliaires en sabots n’apprécient guère de quitter la fraîcheur de leur parc ombragé pour tirer la charrette de foin du bouvier. Une poignée de minutes suffit au paysan pour positionner le double joug sur la nuque des bêtes, qu’il place ensuite devant la charrette, avant de glisser la cheville de métal qui bloque la pièce de bois au timon de l’attelage. Le geste est précis, efficace et réclame juste un peu d’énergie pour forcer les animaux à courber la tête. « Ces deux-là sont parfois rétifs, mais ils ont du potentiel », sourit l’éleveur de Soultzeren. « Sur le plat, ils peuvent tracter un volume de quatre à cinq tonnes, mais beaucoup moins quand ça monte, surtout par ces chaleurs. » Pour récupérer le fourrage qu’il a coupé la veille au soir à l’aide d’une motofaucheuse munie d’une barre de coupe – le seul écart mécanique qu’il s’autorise – Philippe a mobilisé Milou et Papillon tôt dans la matinée, histoire d’épargner les deux poids lourds des effets de la flambée du baromètre. Mais lui était au boulot avant l’aube. Du haut de ses 55 ans, entre les prairies à faucher, le foin à organiser manuellement au râteau en andains avant de le nouer en fardeaux puis de le véhiculer sur son dos jusqu’à une cabane de stockage, l’Alsacien à la chevelure poivre et sel respire l’endurance et n’a jamais compté ses heures. Tout au long de l’été, il bosse tous les jours de 4 h 30 à 23 h, s’accordant juste quelques instants pour déjeuner.

Au fil de la fenaison, il va ainsi porter sur ses épaules plus de 600 fardeaux de foin de 40 à 50 kg ! Ce choix de pérenniser ces pratiques extensives, dictées par le rythme des saisons et l’entretien de son cheptel de 45 têtes, des vaches et bœufs Vosgiens répartis aux beaux jours sur une soixantaine d’ha de pâturages d’altitude et confinés à l’étable en hiver, ce fils de négociant en vin l’assume avec force. Philippe Kuhlmann est pourtant né au cœur des Trente Glorieuses agricoles, cette époque où la campagne de France a jeté aux oubliettes le legs culturel ancestral qui avait modelé ses terroirs. Mais le futur exploitant a regardé passer le train de la révolution verte et les wagons de la mécanisation, de l’élevage hors-sol, de l’arsenal phytosanitaire ou de la monoculture céréalière sans jamais vouloir y embarquer.

« Quand les jeunes de mon âge allaient au bal, je préférais filer écouter les anciens, notamment un vieil oncle fermier dans la vallée de Munster. C’est lui, entre autres, qui m’a transmis le respect de la terre et des plantes. » Inoculé par le virus de la traction animale, il opte tout d’abord pour des études sylvicoles, travaille quelque temps pour l’Office national des forêts, puis s’installe en 1981 à Soultzeren, où il produit du lait trait au pis qu’il vend en circuit court dans les villages de la vallée. En 1994, pour des raisons familiales, il quitte sa ferme perchée sur le piémont alsacien des Vosges et se lance dans une activité de débardage de bois à l’aide de bœufs, de taureaux et de chevaux dans le Massif Central. « En six ans d’activité là-bas, j’ai sorti plus de 35.000 stères des forêts du plateau des Millevaches », dit-il.

Son parcours le conduit ensuite en Suisse, où il devient berger trayeur de vaches. Mais son goût pour l’attelage le tenaille. Revenu dans le Val de Munster en 1999, Philippe Kuhlmann reprend les rênes du dressage de bovins pour les travaux agricoles, réunit son troupeau de Vosgiennes qu’il croise parfois avec des Ferrandaises, cette autre race rustique et docile qui rumine sur les estives de la chaîne des Puys, et partage à mi-temps son expérience en public à l’Ecomusée d’Ungersheim, dans le Haut-Rhin. Aujourd’hui, dans le petit monde quasi marginal de la traction bovine, le paysan vosgien est une référence. Et pour cause : durant sa carrière, il a dompté entre 150 et 160 vaches, bœufs et taurillons, qu’il a sélectionnés quelques mois après la naissance en fonction de leur future aptitude au job. « Je commence le débourrage par des travaux légers, comme le hersage des prairies. Puis les animaux passent progressivement à la fenaison, à la traction des charrettes, à l’épandage de fumier ou au débardage des bois. » Des bêtes obéissantes, formées à la rude, qu’il cède ensuite à des exploitants attirés par un tel retour aux sources, voire à des organismes comme les Établissements et services d’aide par le travail (les anciens CAT), soucieux de développer un relationnel entre l’animal et les personnes en situation de handicap.

Alors un rescapé de la préhistoire agricole, le bouvier de Soultzeren ? Pas vraiment. Entre la vente de ses ex-élèves à cornes, les revenus tirés de la production d’un peu de viande ou de lait et la fourniture de bois énergie, il affirme, avec sa compagne propriétaire du Chalet vosgien (quatre chambres d’hôtes disponibles à côté de la maison familiale), « vivre correctement » de sa ferme, située totalement à la marge du circuit conventionnel. Une philosophie certes héritée du passé mais qui, par les temps qui courent, esquisse peut-être les enjeux de l’agriculture de demain.

Dans le petit monde quasi marginal de la traction bovine, le paysan vosgien est une référence.

Patrice Costa

Retrouvez l’article sur le site de Vosges Matin en cliquant ici.

Les boeufs Vosgiens de Jean-Luc Guerringue en vidéo, Rantechaux (25)

Jean-Luc Guerringue lie des boeufs pour son plaisir en effectuant quelques travaux chez lui. Il participe aussi à des manifestations régionales avec ses animaux.

Alain Baptizet a réalisé un petit film sur son activité et son parcours.

Merci à Jean-Luc et à Alain Baptizet de nous l’avoir communiqué.

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