1 2 3 9

Grande Messe des Bouviers du Monde, article de Cozette Griffin-Kremer pour l’Association internationale de MUSÉES AGRICOLES (AIMA) , Lorsch (Allemagne) 8-10 Mars 2024

 logo symposium

Logo conçu pour le Symposium par lasilhouettiste ©Lauren Muney

________________

Merci à Cozette Griffin-Kremer pour son article et pour le lien avec l’AIMA et ainsi nous permettre de reprendre cet article complet en Français. Michel Nioulou ABA.

Les index en gras soulignés sont des liens que vous pouvez ouvrir en cliquant dessus

———————————————————————————————————

Le « Draft Cattle Symposium » au Laboratoire de Plein-Air Lauresham sur le Site UNESCO de l’Abbaye de Lorsch en Allemagne, 8-10 Mars 2024

Voir des vues aériennes et autres vidéos de la rencontre en cliquant ICI (Courtoisie Lauresham et Arbeitsgruppe Rinderanspannung) i

Cette rencontre était le produit de convergences entre divers acteurs et réseaux intéressés par les bœufs de trait de par le monde. Partenaires officieux depuis plus de vingt ans, le réseau français autour du noyau de communication « Attelages Bovins d’Aujourd’hui » ii et le « Groupe de Travail Attelage Bovin allemand » iii se sont enfin rencontrés en masse. Tout un contingent de Français ya participé, pour assurer des démonstrations d’équipementiers, de travail avec des bœufs, des arts des jougtiers, ou pour présenter une communication, participer aux débats et contribuer à l’importante exposition de jougs. C’était aussi le moment pour rendre hommage à Laurent Avon, inventeur des recensements des ateliers encore au travail en France et il se serait régalé.

1

Les participants entourent deux des vedettes. (Photo C. Griffin-Kremer)

Les Français se sont retrouvés à côté de bouviers et de bouvières d’Europe, d’Amérique et d’Afrique, entourés d’experts de la traction bovine : archéologues (surtout archéo-ostéologues), historiens, éthologues, animateurs de traction bovine au sein de musées de plein air et autres sites historiques, équipementiers, décideurs politiques du Land de Hesse, journalistes. Les réseaux des associations telles l’AIMA (Association Internationale des Musées d’Agriculture iv ), l’ALHFAM (Association for Living History, Farming and Agricultural Museums v ) et EXARC (regroupement de musées de plein-air d’archéologie expérimentale vi ) , dont les faisceaux sont entremêlés depuis des années, y ont contribué : participants, publicité et … jougs.

Claus Kropp, directeur de Lauresham, a relevé le défi d’organisateur ce congrès mondial hybride : 120 participants sur place, 26 en ligne, 20 pays représentés pour se réunir durant un long week-end consacré au passé et à l’actualité de la traction bovine dans ce site UNESCO Kloster Lorsch. Grâce aux moyens et à la mission du Laboratoire de Lauresham – reconstituer et montrer au public la vie quotidienne de la communauté entourant une grande abbaye autour de l’an 900 – le site a pu recevoir non seulement les participants, mais un public de plusieurs milliers de visiteurs.

2Gravure de Kloster Lorsch et de la ville vers 1615 par Matthaeus Merian, DE Wikipédia, domaine public vii

Site longtemps abandonné, qui occupe aujourd’hui un rang public régional et national, l’abbaye a abrité pendant des siècles un scriptorium renommé dont les manuscrits sont actuellement dispersés dans des bibliothèques de recherche. Pour rappeler ce passé d’érudition et d’éducation, le catalogue de l’exposition de jougs montre un passage du Codex de Lorsch contenant le mot latin pour le joug, iugum. viii Le village reconstitué sur la base des fouilles archéologiques est le lieu consacré aux travaux des saisons, aux champs et en forêt, aux métiers d’époque et aux programmes actuels d’éducation. Il possède son propre centre d’exposition et d’activités, un modèle de construction durable, tandis que le musée de l’abbaye dispose de vastes espaces pour accueillir des congrès et d’autres rencontres.

3

Vue partielle du village médiéval de Lorsch reconstitué (Photo Cozette Griffin-Kremer)

4

L’auditorium principal du musée (Photo Lauren Muney)

5

Ed Schultz, délégué venu du site historique américain de Colonial Williamsburg, à la présentation de son affiche (Photo Lauren Muney)

Claus Kropp est depuis longtemps membre de l’EXARC (musées de plein air d’archéologie expérimentale), donc la première tranche de communications était consacrée aux archéo-ostéologues. En fait, il y avait un tel afflux de propositions pour toutes les séances, qu’une partie d’entre elles a dû avoir lieu éventuellement l’utilisation de posters dans le foyer du musée, toujours consacrés à la traction bovine ou au bien- être des animaux : la préparation de mortier de construction, le maraîchage au Canada, la production laitière plus humaine, surtout la préservation des savoir-faire des bouviers de par le monde et tant d’autres. La diversité des intervenants était particulièrement impressionnante : un photographe professionnel roumain qui consacre son travail à la vie traditionnelle en voie de disparition ou un ingénieur ougandais qui a fondé une association pour promouvoir le bien-être animal et humain par l’utilisation d’instruments de labour plus ergonomiques, à côté de pratiques agricoles plus soutenables.

6

Une des visites guidées des vestiges de l’abbaye bénédictine (Photo Lauren Muney)

La Direction du site de l’abbaye a tenu à rendre accessible aux participants du Symposium la totalité de son musée : l’exposition permanente sur les fouilles archéologiques, qui sont toujours en cours, et le Musée du Tabac qui traite de l’histoire de la production et de la consommation du tabac, autrefois un pilier de l’économie locale. Un groupe de volontaires a même repris l’activité pour préserver le patrimoine des techniques et des variétés.

7

Aperçu des chefs-d’œuvre en écume de mer (écume de mer) au Musée du Tabac ix (Photo C. Griffin-Kremer)

La ville de Lorsch possède de nombreuses maisons à colombage et l’héritage architectural fait partie intégrante de la triple mission du site, expliquée par les affiches « Wir in Lorsch » (« Nous à Lorsch ») : valoriser les activités des habitants autant que la région, poursuivre l’utilisation soutenable et innovatrice de la terre, promouvoir un sens de communauté régionale.

8

De nombreuses activités étaient proposées pendant la journée réservée aux participants au congrès : les travaux des champs (rayage, labours, hersage, semis), de forêt (débardage), ou de transport, utilisant des véhicules d’époque, reconstitués, tractés par des bovins.

9

Participants lors des démonstrations, avant d’ôter leurs vestes (Photo Lauren Muney)

10

Exemple d’un rapport humain-animal à Lauresham, le gros câlin, mais aussi une attention de tout instant à la sécurité du personnel et du public (Photo C. Griffin-Kremer)

11

Une des charrettes reconstituées avec quelques-uns des jougs utilisés (Photo Daniel Viry)

La présence de plusieurs spécialistes du comportement bovin (et humain…) a représenté un point particulièrement prisé par les participants. Les bouviers et bouvières d’aujourd’hui tiennent à établir des relations de coopération et d’affection avec leurs partenaires de travail. Comme le soulignait Claus et les autres participants venus du monde des musées, une toute première étape dans le dressage des bovins est d’obtenir qu’ils restent sans bouger lorsqu’une personne se rencontre directement devant eux, en principe une pure provocation, mais aussi un exploit qui doit rester invisible pour être efficace. Ainsi, le grand public, des gens si admirateurs des bœufs de Lorsch, ignore totalement une grande part du travail investi pour leur plaisir et leur sécurité.

La journée « professionnelle » a permis la présentation et l’utilisation des équipements actuels pour la traction bovine, chevaline et asine, tels ceux du groupe français PROMMATA, x particulièrement prisés pour le maraîchage, ou ceux du groupe luxembourgeois Schaff mat Päerd xi (Travaille avec des Chevaux), tous deux dédiés au développement de produits ergonomiques pour les utilisateurs comme pour les animaux. Un des points forts de la journée « pro » était l’examen des outils reproduits par les forgerons et les tourneurs du musée sur la base d’objets trouvés lors des fouilles, par exemple, du puits principal de l’abbaye. Les guides ont aussi pris le temps d’expliquer la reconstitution des granges surélevées et des fameuses « pit-houses » (habitations semi-souterraines) du village médiéval.

12

Présentation de l’équipementier PROMMATA : André Kammerer (Alsace) et Daniel Viry (bouvier venu du travail de débardage à cheval), Pascal Durand (Photo C. Griffin-Kremer)

13

Les travaux pratiques, utilisant le même outil tiré par un des gris rhétiques de Gerd Döring du Groupe de Travail Attelage Bovin allemand (Photo C. Griffin-Kremer)

14

Présentation par Paul Schmit de l’équipementier luxembourgeois Schaff mat Päerd (Photo C. Griffin-Kremer)

15

Schaff mat Päerd distingue ses prototypes (en jaune) des instruments déjà commercialisés (en vert) (Photo C. Griffin-Kremer)

Le dimanche suivant les deux jours de colloque était consacré au public, la réouverture gratuite du musée pour la belle saison. Les organisateurs espéraient attirer 2 000 entrées, mais il y avait plus de 3 000 visiteurs, enchantés par les travaux avec les bœufs, les vaches et les chevaux, ainsi que par les activités pour les enfants, tels l’atelier de tissage à tablettes, ou la « voie » de la laine, du cardage à la couture.

16

L’attelage de chèvres du Laboratoire de Plein-Air Lauresham (Photo L. Muney)

17

Le bouvier alsacien Philippe Kuhlmann en train de débarder avec des bœufs de race Vosgienne de Lauresham, attelées au joug à coussins intégrés qu’il a lui-même inventé (Photo Astrid Masson)

18

Démonstrations par les bénévoles du musée de toute la chaîne de production des textiles en laine (Photo L. Muney)

19

L’atelier pour enfants de tissage à tablettes dans le centre multi-activités de Lauresham (Photo C. Griffin-Kremer)

20

Inauguration de l’exposition sur les jougs « Yoke – Joug – Ayoko / Une histoire culturelle du joug à travers les millénaires », 10 mars-28 avril 2024 (Photo C. Griffin-Kremer)

L’un des points forts dépendant des communications en salle et l’exposition sur les jougs était la vidéo préparée par le Slovene Ethnographic Museum (SEM) sur le processus de conservation d’un joug très utilisé, du moment de sa donation au musée jusqu’à ‘à son transport à Lorsch pour prendre sa place dans l’exposition. Il ne manquait effectivement pas grand-chose concernant les types de joug venus de 15 pays : du joug chinois à fourche aux toutes dernières expérimentations d’un joug combiné sur la base du collier réglable à trois points, le tout représenté méticuleusement dans le catalogue.

21

La pièce centrale de l’exposition

22

Un même jeu exposé et illustré dans l’essai photographique de la vie traditionnelle en Roumanie proposé par Vlad Dimitrescu, collaborateur régulier de Lauresham / Lorsch. XII

Il y avait bien entendu les débats sur les races bovines les plus aptes pour le travail, enrichis par la visite des bouviers galiciens d’Espagne, qui en ont fait une partie importante de leur campagne en faveur de la reconnaissance de leur patrimoine régional auprès de l’UNESCO.

23

Un Gris rhétique avant le débardage (Photo D. Viry)

24

L’Allemand Gerd Döring avec ses deux Gris (Photo L. Muney)

Lauresham utilise toute une étable de Gris Rhétiques ainsi qu’une paire de Vosgiennes et des Rotvieh (Rouges). Le Groupe de Travail Attelage Bovin allemand a amené des Gris supplémentaires, une course aujourd’hui promue pour le triple usage (lait, viande, traction). xiii Ils ont travaillé tout à côté du stand pour la promotion de la race xiv et celui du GEH, le groupement allemand dédié à la conservation des courses à petits effectifs en général. XV

25

Matthias Höwer derrière son Fritz, Glanrind ou Rotvieh (Photo C. Griffin-Kremer)

26

La table de présentation des peluches, « best-sellers » de la boutique de Lauresham, modélisées sur la paire originale de Gris de Lauresham, Darius et David (Photo L. Muney)

Pour rappeler la fragilité des efforts de conservation des races et l’attachement des bouviers à leurs bêtes, la séance de débardage en forêt devait inclure des Vosgiennes, xvi des Gris, xvii le Rotvieh (Glanrind xviii ) et un Fleckvieh, xix ce dernier particulièrement apprécié par les Allemands pour le perfectionnement de son dressage à la conduite en lignes, tout comme un cheval, mais… le bœuf est mort subitement peu avant le congrès. En contrepartie de cette déception, nous avons assisté à la fête d’anniversaire d’un des Gris, David, pilier des travaux au musée, tandis que ses meneurs mangeaient son gâteau….

27

Claus Kropp avec le gâteau d’anniversaire de David (Photo L. Muney)

28

Les jougs à coussins intégrés de Philippe Kuhlmann, illustrés dans le catalogue de l’exposition, p. 73.

29

Véronique et Michel Nioulou avec les chasse-mouches que confectionne Véronique et le joug sur lequel Michel a travaillé pendant la journée de démonstration, à côté d’autres jougs apportés par l’équipe française (Photo C. Griffin-Kremer)

30

Le musicien et jougtier Gilles Péquignot en conversation avec Barbara Sosič, directrice de la collection agricole au Musée ethnographique slovène (SEM), parmi les contributeurs majeurs à l’exposition et au catalogue (Photo L. Muney)

Le contingent français de bouviers et de bouvières a largement contribué à l’animation de l’événement : jougtiers, équipementiers, chasse-mouches, toute une panoplie de jougs régionaux et d’innovations. La discussion sur le confort animal, le ferrage, mais surtout sur la maniabilité des jougs ou des colliers, est loin d’être terminé, et le dernier joug du catalogue de l’exposition montre une toute récente expérience avec un jeu combinant le collier à trois points et un nouveau système de réglage. xx

31

Le forgeron-ferrier de Lauresham (Photo C. Griffin-Kremer)

32

Les divers fers, à bœuf ou à cheval, qu’il fabrique (Photo L. Muney)

Bien entendu, il y a eu naturellement beaucoup de discussions sur le contexte complet qui sous-tend toute utilisation réaliste de la traction bovine : sélection des animaux et promotion des races, conservation des métiers (jougtiers, bourreliers, maréchaux-ferrants), surtout les savoir -faire, ainsi que les conditions diverses encourageant des exploitations plus petites. Les Nord-Américains profitent évidemment du succès massif du modèle Amish et de leurs Horse Progress Days, qui génèrent un marché solide pour les équipementiers, bourreliers et autres. La situation à la fois comparable et différente des pays représente a fourni beaucoup de matière à réflexion, que ce soit en Inde, en Ouganda, aux Pays Bas, en Belgique ou au Luxembourg, en Espagne, en France, au Canada, à Cuba, en Irlande, en Italie ou en Autriche. De même que sur les institutions qui peuvent impulser le mouvement, tels les grands musées représentés – Colonial Williamsburg, Howell Living History Farm, The Henry Ford, Lauresham ou le Hessenpark – qui ont les moyens pour entreprendre des « re-enactments » (reconstitutions) à échelle réelle.

Cette réunion d’acteurs aussi divers est de bon augure pour l’avenir, tout d’abord grâce à la parution des actes, annoncée pour 2025. Côté contacts humains, il y a eu un sentiment de solidarité et un élan renouvelé. Une participante, à la tête de la ferme du Domaine Dahlem à Berlin, a noté un point commun à presque tous : un sentiment de « reconnexion » à la terre par un travail manuel qui oblige à apprécier la teneur, l’humidité, l’ éventuel compactage, la battance de la terre (Astrid Masson). xxx

33

Aperçu de la séance consacrée aux traces (ou manque de…) dans l’analyse ostéologique des effets de l’attelage (Photo L. Muney)

34

Jim Slining, représentant de Tillers International, xxii sur la création de modèles d’agriculture utilisant la traction animale (Photo L. Muney)

Avec 34 interventions à l’intérieur, le premier jour, et 10 pendant le second –outre les démonstrations commentées en plein-air – le temps est passé vite ! Mais il est possible d’évoquer au moins quelque chose avec un des fils conducteurs. La préoccupation évidente des archéologues était la question d’éventuelles traces d’un travail attelé détectable sur les os des bovins trouvés lors des fouilles. Mais il faut bien noter qu’ils s’intéressent tout autant aux pathologies en général pour comprendre le vivre-ensemble des humains et des bovins. Les intervenants d’honneur ont tous repris ce sujet des relations entre les espèces au sein d’une communauté, surtout celle d’une coexistence.

Les historiens, ethnologues, éthologues et représentants de musées qui ont succédé aux archéologues ont souligné les continuités et les ruptures dans l’évolution de la traction bovine. Il existe un large consensus sur la valeur des films pour préserver les savoir-faire, et nous avons également évoqué l’étrange absence de visibilité de la traction bovine et animale dans le discours académique ou des décideurs. Le rôle des musées de plein air et d’autres sites historiques était de nouveau mis en avant en tant que lieux de transmission de savoirs, tout comme ils peuvent contribuer à la compréhension du patrimoine culturel et à l’amélioration de la vie quotidienne des agriculteurs du monde entier. Dans le contexte du patrimoine, plusieurs intervenants ont évoqué la préservation et la promotion des races bovines locales en tant qu’importants marqueurs d’identité.

36 logo uganda

En cohérence avec sa préoccupation du bien-être humain et animal, l’Oxen Clinic Uganda vise l’introduction d’innovations basées sur l’agriculture de conservation, la fabrication locale des outils et l’amélioration du jeu de garrot. xxiii

Enfin, il y avait de nombreuses communications sur de nouvelles visions de l’usage de la terre, de l’application des principes de l’agro-écologie, mais aussi l’importance des bovins dans les traditions religieuses et au niveau des représentations symboliques. , par exemple, en Inde et en Afrique, autant qu’en Nouvelle Angleterre.

Ces préoccupations faisaient écho aux objectifs des représentants du Land de Hesse, exprimés en début de colloque : l’agriculture soutenable, le souci du territoire et son développement à l’avenir. Ils soutiennent la publication des actes du symposium qui sortiront en 2025. Ceux-ci promettent d’être aussi réussis et encore plus volumineux que ceux issus du congrès «  Draft Animals in the Past, Present and Future », également publiés par l’Université de Heidelberg. xxiv

« Et maintenant, que faire ? » : à cette question récurrente soulignons un projet immédiat, puisque Lauresham / Lorsch fonde un centre de recherche et de formation pour la traction bovine qui pourra centraliser les efforts et servir de « hub » de communication entre les acteurs éparpillés autour de la planète. xxv

Cozette Griffin-Kremer

37Les premiers participants arrivés rassemblés autour d’une des vedettes du congrès (Photo L. Muney)

Remerciements aux participants qui ont fourni les photos : Astrid Masson, Lauren Muney et Daniel Viry

Le Groupe de Travail Attelage Bovin allemand propose un rapport très complet (en allemand) et des vidéos avec des points forts des communications, des démonstrations en plein air et des entretiens avec des participants. Un autre curriculum vitae du Dr Devinder K. Sadana pour l’équipe RRAN avec photos est également disponible. Rapport pour l’AIMA (Association Internationale des Musées Agricoles) en anglais .

Pour rappeler le côté imprévisible des rencontres, le jour d’arrivée (7 mars 2024) pour la plupart des participants, coïncidait avec une grève générale des Chemins de Fer Allemands (Deutsche Bahn) et de la Lufthansa, ce qui a empêché une dizaine de participants à venir….

38. Bouviers et symposiums Le village tranquille « médiéval » reconstitué de Lauresham à Kloster Lorsch attend son public et les participants au Symposium le dimanche matin (Photo C. Griffin-Kremer)

Remarques:

 je Tous les liens Internet étaient accessibles au 15 avril 2024

ii Attelages Bovins d’Aujourd’hui

iii Groupe de Travail Attelage Bovin allemand (Arbeitsgruppe Rinderanspannung

iv AIMA

v ALHFAM

vi EXARC

vii Voir Wikipédia sur Kloster Lorch

viii Yoke-Joug-Ayoko, Une histoire culturelle du joug à travers les millénaires , catalogue accompagnant l’exposition spéciale du 10 mars au 28 avril 2024, p.14, voir Mainzer Bücher verschiedenen Inhalts 72 (Codex Laureshamensis), 34v.

ix Visitez le musée du tabac de Lorsch et découvrez l’équipe de bénévoles (NB cliquez sur la fonction « traduire » pour la version anglaise ou française)

X PROMMATA

xi Tapis Schaff Paerd

XII Voir, par exemple, la quête pour trouver des bouviers en Roumanie

 xiii Voir Wikipédia sur les Gris Rhétiques

xiv Das rätische Grauvieh / Albula

 XV GEH (Gesellschaft zur Erhaltung alter und gefährdeter Haustierrassen eV) 

 xvi Voir Wikipédia sur la Vosgienne

xvii Les Gris Rhétiques y sont décrits comme les « allrounders from Switzerland », mais sont élevés aussi dans des pays avoisinants, voir Das rätische Grauvieh / Albula en allemand et en anglais

xviii Voir Wikipédia sur Bovins Glan couenne

xix Voir Wikipédia sur les Fleckvieh

xx Yoke-Joug-Ayoko, Une histoire culturelle du joug à travers les millénaires , pièce 44, p. 74

 xxx Astrid Masson, Rapport pour le Groupe de Travail Allemand https://www.zugrinder.de/de/terminanzeiger/worlddraftcattlesymposium.html

XXII Tillers International , grand spécialiste américain de formation en traction animale, équipements

xxiii Voir plus sur l’Oxen Clinic Uganda

XXIV Les animaux de trait dans le passé, le présent et le futur

xxv Rapport pour le Groupe de Travail AllemandAllemands

Maison Michel-Clément, jougtiers-boisseliers à Charolles

Alice Michel-Fèbvre est l’une des filles de Claude Michel qui excerça le métier de fabricant de jougs à Vendenesse-les-Charolles dans un premier temps, puis à Charolles, rue Gambetta.

Alice Michel-Fèbvre nous propose un petit historique de l’activité de son père et de son grand-père, en nous livrant ses souvenirs.

Merci à elle pour cette participation.

« Mon grand-père, Pierre Clément né le 16 Octobre 1854, à Vendenesse-lès-Charolles, était installé sur la commune au lieu-dit « Molaise ». Il fabriquait des jougs pour la demande locale.

C’était un travail artisanal qui laissait libre cours à la forme particulière et personnelle qui s’adapterait le mieux à celle de l’animal pour lequel il était destiné, en l’occurence, les vaches et les boeufs Charollais. C’est ce qui fît la renommée du fabricant.

Pour exercer cette activité, il fallait une autorisation du directeur des contributions de l’arrondissement. En effet, le percepteur de Charolles, Monsieur P.Finaud, lui délivra l’avertissement-formule suivant:

« Monsieur Pierre Clément demeurant à Molaise sera redevable de la somme de 58 francs 90, pour exercer l’activité de marchand forain, n’allant pas à plus de 20 kilomètres de sa résidence à l’aide d’une voiture à quatre roues avec collier ».

Depuis, l’atelier de « Molaise » où travaillait Pierre Clément a été détruit au moment de la modification du tracé de la route Express dans les années 1980.

Après la guerre de 1914, Monsieur Claude Michel, né le 12 Août 1885 à Suin, revient au pays, miraculeusement épargné par l’horreur de la Grande Guerre, après sept ans sous les drapeaux, service militaire compris. La paix retrouvée, malgré sa formation d’électricien dans les ascenseurs à Paris, Claude Michel est attiré par son Charollais.

Il épouse en 1919 sa promise, Antoinette, née le 2 Août 1885 à Vendenesse-lès-Charolles. C’est précisément la fille de Pierre Clément, le fabricant de joug bien connu. Le jour venu, après avoir travaillé quelques années avec son beau-père, malgré sa formation d’électricien en ascenseur, il prend tout naturellement sa succession. Il s’installe à Charolles, rue Gambetta. Son atelier a été aussi détruit, il y a quelques année pour dégager une partie des remparts de la ville.

La fabrication de jougs se poursuit jusque dans les années 1950.

Claude Michel va en forêt choisir ses arbres, des hêtres et des bouleaux, il en effectue le cubage avec une étonnante facilité, lui qui se vantait d’aller à l’école uniquement le Jeudi, jour de repos de l’époque.  Le calcul mental semblait pour lui d’une évidente simplicité, tant il était doué.

Une fois la matière première repérée et achetée, les arbres étaient abattus à l’aide d’un immense passe-partout. Il avait ensuite recours aux services des rouliers messieurs Machillot ou Burtin de Charolles, avec leurs grands boeufs Charollais attelés pour effectuer le débardage.

Les troncs étaient alors déposés à la scierie Sabatier-Roberjon, route de Mâcon à Charolles, pour obtenir des sections de bois vert dans lesquels seront sculptés les jougs. 

A l’atelier, après avoir tracé des repères avec des gabarits, quelques ébauches étaient données à la scie à ruban avant de commencer le travail très physique de ces pièces, qui allaient devenir le moyen d’atteler des boeufs et de leur donner ainsi toute leur puissance de traction.

Il fallait se rapprocher le plus possible de l’anatomie bovine. Quelques fois, une retouche était donc nécessaire suivant l’animal.

A genoux sur le sol de l’atelier, face à ce gros blocs de bois vert, protégé par un immense tablier et un coussin de toile rempli de frisons de bois, il dégrossissait pour ébaucher la forme, à l’aide d’herminettes, de grosses gouges et de planes.

Cela demandait une force évidente pour obtenir enfin, après des heures de travail, la forme désirée.

La finition s’effectuait à la râpe et au papier de verre.

Les formes étaient variables selon le modèle et la région. Trois tailles étaient proposées.

Dans la région, on proposait des jougs découpés Charollais et des jougs droits. Pour l’Auvergne où il avait une clientèle de grossistes, il proposait un modèle particulier.

La famille de Gramont de Lugny-lès-Charolles, qui possèdait une exploitation sucrière dans le bassin de l’Ile de France, avait fait une commande d’une vingtaine de jougs qui étaient partis pour lier les boeufs de l’exploitation. Ils avaient été payés en numéraires et en nature avec du sucre en poudre.

La production était gravée sur le bois avec un fer chauffé au rouge: c’était la signature de l’artisan-artiste CLEMENT.

A la vente, ils étaient accompagné d’accessoires:

Les « cordets  »  en cuir torsadé, qui soutiennent l’attelage au joug.

Les « pieumets » , petits coussins de paille de seigle qui protége la tête des boeufs ou des vaches attelés de la tension des liens.

Les sangles appelées « layoure » ou « liures » en cuir.

Les « vire-mouches » avec ses ficelles qui, pendues devant les yeux, et par leur mobilité continue, éloignaient les insectes.

Mon père travaillait beaucoup et de toutes ses forces, pour réaliser durant l’hiver, des réserves de matériels à vendre avant les ventes de printemps et de la belle saison.

Il employait plusieurs personnes suivant la demande, mais a toujours eu un employé embauché à l’année.

J’ai grandi dans cette atmosphère où l’odeur du bois s’est révélée inoubliable. Les années ont passé, la demande de jougs s’est peu à peu ralentie avec le remplacement progressive des bovins de trait par les chevaux puis par la mécanisation qui s’installait.

Dans le courant des années 1920, il a fallu pour assurer la stabilité financière de la famille, s’orienter vers d’autres fabrications, avec toujours cette merveilleuse matière première qu’est le bois.

C’est ainsi que barattes, moules à beurre ovales ou rectangulaires à décors de vaches, de fleurs ou de glands, cages à fromages, garde-manger, broyeurs à pommes de terre, vêleuses, ruches en bois, râteaux à blé et à foin en bois, selles à laver, battoirs à linge, pelles à grain, manches de faux, faux à blé avec un râteau intégré, fléaux, jeannettes sur pied (50X15) de repasseuse pour repasser les manches de corsages et de chemises, des « potets » (couffin d’aiguisage ») que l’on pendait à la ceinture, et qui contenaient la pierre d’aiguisage pour affûter les faux.

Les jouets en bois sont venus renforcer la gamme des produits:

Tricycles, brouettes d’enfants, trottinettes, luges et aussi tableaux noirs d’écoliers.

Les affaires étaient prospères. Il fallut même adapter la fabrication aux besoins de la clientelle Auvergnate, notamment pour  les jougs et pour la forme des râteaux à foin avec une certaine courbure de dents, obtenue par immersion dans l’eau bouillante.

On a changé de siècle depuis, mais la merveilleuse aventure est intacte dans mes souvenirs. Mon père était de ceux qui trouvaient le bonheur dans le travail.

Avec l’âge, lorsqu’il cessa son activité vers 1955, il continua malgré tout à aller tous les jours à son atelier « tourner autour de son établi » comme il aimait à le dire. »

Alice Michel-Fèbvre.

 

Cliquez sur les photos pour les agrandir

Fers à marquer


Carte mentionnant en haut « Fabrique de jougs »

et en bas à droite « cordes, liures cuir, cordets etc ». Ce sont là tous les accessoires nécessaires à l’utilisation des jougs Charollais (dans cette région du Charollais et du Brionnais, les liens sont mixtes en cuir et corde, les cordets sont les anneaux de traction en cuir tressé).

Monsieur Michel à gauche et un ouvrier, devant l’atelier, rue Gambetta à Charolles

Lettre de commande de jougs

Stand de la foire-exposition de Paray-le-Monial

On y voit, à gauche de la photo, sur un présentoir,  les jougs découpés Charollais rangés par taille, et tout en haut, les jougs droits.

Dépliant mentionnant en bas à gauche, « jougs droits et découpés ».

 

Toute la famille devant l’atelier rue Gambetta

Autour de l’archéologie de la traction bovine, Interprétation d’un motif peint à l’abri gravier (Mazaugues), article d’henri Pellegrini Les Cahiers de L’ASER N° 23″

7 henry pellegrini abrie elie gravier archéo détail

L’archéologue amateur passionné et engagé Henri Pellegrini (Membre de (l ‘IPAAM)  Institut de Préhistoire et d’Archéologie des Alpes Maritimes. Membre de (l’ASER centre Var). Président Honoraire d’ARCHEAM, Cercle d’Histoire et d’Archéologie des Alpes Maritimes)

nous fait le grand privilège de nous accorder la publication qui suit.
Il s’intéresse principalement aux peintures et gravures rupestres du monde entier, en archéologie.
Son attention est surtout d’analyser le mode d’harnachement et les caractéristiques des animaux et engins tractés, travois, chars, chariots, ainsi que les instruments aratoires utilisés depuis le néolithique à nos jours.
bibliographie de l’article :  H. P. ASER du Centre Var. : « in : Les Cahiers de L’ASER N° 23 »
1 henry pellegrini abrie elie gravier archéo
3 henry pellegrini abrie elie gravier archéo
4 henry pellegrini abrie elie gravier archéo
5 henry pellegrini abrie elie gravier archéo
6 henry pellegrini abrie elie gravier archéo
7 henry pellegrini abrie elie gravier archéo
8 henry pellegrini abrie elie gravier archéo

Géographie et ethnologie de l’attelage au joug en France du XVIIe siècle à nos jours, livre de Mariel Jean-Brunhes Delamarre, 1969

 livre jougs pdf (1)

Voici le PDF d’un livre de Mariel Jean-Brunhes Delamarre.

Cette Géographe et ethnologue Française (1905/2001) a beaucoup travaillé sur le milieu rural en France pour en noter de nombreuses données.

Merci à Philippe Berte Langereau pour nous avoir communiqué cet ouvrage de référence sur les jougs paru en 1969 et aujourd’hui introuvable: 

Géographie et ethnologie de l’attelage au joug en France du XVIIe siècle à nos jours

Cliquez sur le lien ci-dessous pour le consulter.

Document PDF : livre-jougs-delamarre_compressed

 Voir aussi le PDF sur son œuvre par Martine Segalen:

Une oeuvre entre géographie et ethnologie Martine Segalen Dans Ethnologie française 2002/3 (Vol. 32), pages 529 à 539 Éditions Presses Universitaires de France

Document PDF : ethn_023_0529

Appel pour information au sujet d’un collier entièrement en bois

collier bois 1

Elke treitinger nous a communiqué ce mail avec des photos pour un appel au sujet d’un collier entièrement en bois dont on ne connait rien. 

Si quelqu’un a des indices communiquez nous vos connaissances!!!Merci! 

Contact: aba.attelagesbovinsdaujourdhui@gmail.com

_________________

Cher Monsieur,

Je demande l’aide de nos bouviers français au sujet d’un collier sculpté provenant du musée ethnographique de Ljubljana dont voici les photos.

Le musée n’a aucune information à ce sujet ; je demande partout, plus il y a de personnes au courant, plus l’information est intéressante. Si vous avez déjà vu ce genre de choses ou si vous en avez déjà fait l’expérience, n’hésitez pas à nous le faire savoir !

collier bois 1

collier bois 2

collier bois 3

Le collier est entièrement sculpté en bois, jusque dans les moindres détails ; seules les attaches pour les cordes de traction sont en fer. Il est nettement plus petit que les tailles de colliers habituelles ; c’est pourquoi nous supposons qu’il a été sculpté pour des ânes (mulets ?), en raison de l’angle supérieur horizontal du collier.

collier bois 4

collier bois 5

collier bois 6

L’angle inférieur du collier est ouvert et présente des fentes de chaque côté dans lesquelles étaient insérés soit deux bâtons, soit un arc en bois. Les trous sont bien visibles dans l’espace vide en haut et ils seraient protégés dans les fentes

collier bois 7

collier bois 8

collier bois 9

Il n’y a pas non plus d’indication sur son âge, si ce n’est qu’il faisait déjà partie de la collection du musée avant que celui-ci ne soit construit.

Quelqu’un s’est donné beaucoup de mal et nous espérons ainsi trouver des indices…

collier bois 10

collier bois 11

collier bois 12

collier bois 13

collier bois 14

Bien à vous et reconnaissant pour vos efforts

elke treitinger

Comparaison de l’utilisation du joug de tête et du collier d’épaule en traction bovine d’un point de vue ostéopathique, Mémoire d’ostéopathie vétérinaire, Mélissa Boursier

2019 EMA 9

Pour valider son diplôme d’ostéopathie vétérinaire, Melissa Boursier devait rédiger entre autres, un mémoire. Elle a choisi un sujet qui lui plaisait et qui lui servirait : la traction bovine d’un point de vue ostéopathique en comparant le joug de tête et le collier d’épaule.

Voici donc son mémoire en lecture directe ainsi que la possibilité de le télécharger en cliquant ici: fichier pdf Dr Mélissa BOURSIER Mélissa – DIE ostéo – Mémoire

____________________

 

Comparaison de l’utilisation du joug de tête et du collier d’épaule en traction bovine d’un point de vue ostéopathique

 

1

 

Dr. Mélissa BOURSIER

Mémoire pour l’obtention du DIE d’ostéopathie vétérinaire 

2022

Enseignant-tuteur : Dr. Fabrice PECAULT 

Table des matières

  • Introduction                                                                                           
    Première partie : présentation de la traction bovine                            
    Histoire  3
    Etat des lieux                                                                                         
    De par le monde : effectifs humains et bovins, type de travail, conséquences sociales                                                                           
    En France                                                                                              
    Comparaison de deux types de harnachement : le joug de tête vs le collier d’épaule                                                                                     
    Le joug de tête                                                                                       
    Le collier d’épaule                                                                                
    Conséquences biomécaniques selon le harnachement utilisé              
    L’angle de traction                                                                               
    Les surfaces de contact entre le harnachement et l’animal                 
    La position de travail                                                                           
    Le poids du harnais                                                                             
    La transmission de l’effort dans l’espace                                           
    Biomécanique de la traction et de la propulsion                                
    Deuxième partie : étude du point de vue ostéopathique                     
    Matériel                                                                                               
    Méthodes                                                                                             
    Résultats                                                                                             
    Martin (béarnais, cf. figure n° 18) :                                                  
    Chouan (cf. figure n° 20) :                                                                
    Martin (bordelais, cf. figure n° 22) :                                                 
    Moris (cf. figure n° 24) :                                                                   
    Fleur (cf. figure n° 26) :                                                                   
    Plume (cf. figure n° 28) :                                                                  
    Grive (cf. figure n° 30) :                                                                   
    Fury (cf. figure n° 32) :                                                                    
    Analyse                                                                                             
    Discussion                                                                                        
    Conclusion                                                                                       
    Bibliographie                                                                                   
    Listes                                                                                                
    Figures                                                                                             
    Tableau                                                                                             
    Abréviations                                                                                     
    Annexes                                                                                            

     Un très grand merci à tous ceux qui ont participé de près ou de loin à la rédaction de ce mémoire, aux bouviers (Thomas FAURE, Flora MONTERRIN, Solène MORIN, Serge CAMMAS, Marie CADOT) pour leur passion, et à leurs animaux pour leur patience, à l’IMAOV qui offre plus qu’une formation, à mon enseignant-tuteur Fabrice PECAULT qui a pris de son temps libre précieux pour moi, à ma famille pour son soutien indéfectible.

     Une mention particulière pour le site internet « Attelages Bovins d’aujourd’hui » qui est un recueil formidable d’informations et de contacts, merci !

Introduction

      En ce début de XXIème siècle, il y aurait dans le monde plus de 400 millions d’animaux de trait appartenant à différentes espèces :

  • Les bovins (taurins Bos taurus et zébus Bos indicus)
  • Les bubalins (buffles Bubalus bubalis)
  • Les équidés (chevaux Equus caballus, ânes Equus asinus et mules)
  • Les camélidés (dromadaires Camellus dromedarius, chameaux Camelus bactrianus, lamas Lama glama) [1]

     Il sera question dans ce mémoire de s’intéresser à la traction bovine. L’équipement des animaux et les outils attelés ont évolué au fil du temps pour répondre aux besoins des hommes, tant sur le plan agricole que du transport en général. Pour ce qui concerne le harnachement des bovins, on trouve en France et en Europe deux procédés généralement pour transmettre la force de travail de l’animal à l’outil : le joug de tête et le collier d’épaule. Le joug de tête est une exception au niveau mondial où lui est préféré le joug de garrot. Le collier d’épaule est quant à lui considéré comme l’équipement d’attelage le plus abouti au regard du rendement de la force de travail et du confort de l’animal mais reste un équipement moins abordable tant financièrement que techniquement. Le choix de l’équipement découle encore beaucoup de la tradition.     

     L’approche ostéopathique proposée dans ce mémoire pourrait permettre un nouvel éclairage sur ce choix en présentant une comparaison des implications ostéopathiques de ces deux équipements sur l’animal lui-même, ce qui pourra être extrapolé au rendement de sa force de travail.

     Après avoir fait un bref historique, un état des lieux sera dressé sur la situation de la traction bovine dans le monde puis plus particulièrement en France. Ensuite seront comparées deux techniques d’attelage différentes : le joug de tête et le collier d’épaule, d’un point de vue biomécanique et d’un point de vue ostéopathique grâce à la présentation de quelques consultations d’ostéopathie de bovins de traction travaillant au joug ou au collier. L’ensemble des résultats permettra une discussion et tentera d’apporter des réponses quant au choix du matériel utilisé pour l’attelage.

Première partie : présentation de la traction bovine

Histoire

     L’histoire de la traction bovine est très ancienne et remonterait au Néolithique en Europe et au Proche-Orient, période allant de 5 800 à 2 500 ans avant notre ère. Utilisés pour leur lait et leur force dès leur domestication, les bovins ont certainement joué un rôle important dans le développement des populations humaines, tant sur le plan économique que symbolique, grâce aux échanges et aux déplacements.

      Des ossements attestent des contraintes liées à leur travail par la déformation des phalanges et des vertèbres. La comparaison avec des ossements de bovins domestiques actuels montre également que le recours à la castration était une pratique déjà employée au Néolithique. Sur certains sites, la fréquence élevée des atteintes pathologiques et l’intensité des déformations sur les premières et secondes phalanges antérieures chez ces bovins de petite stature (moins de 1,20 m au garrot) suggèrent des activités plutôt intensives de type traction lourde : labours, et peut-être aussi débardage (cf. figure n° 1). Ces animaux étaient conservés jusqu’à un âge avancé et avaient travaillé toute leur vie. [2]

 3

Figure n° 1: Une des représentations les plus anciennes d’attelage au joug en France : attelage de bovidés tirant un araire, guidé par un cultivateur, âge du Bronze ancien, gravures rupestres du Mont- Bégo (Saint-Dalmas-de-Tende, Alpes Maritimes, 1900 av. J-C) [3] 

En Europe, la traction animale a été, au fil des siècles, un facteur essentiel d’évolution des systèmes de production agricole avec la succession de deux périodes, celle de la traction animale légère de l’agriculture méditerranéenne du monde antique et celle de la traction animale lourde en Europe du Nord qui a permis le développement économique des zones plus froides. [4]

     Si le boeuf et l’âne sont les animaux les plus utilisés pour les tâches agricoles, à partir du XIème siècle, l’Europe fait figure d’exception dans l’emploi des animaux de travail : l’emploi du cheval en agriculture. Timidement au début puis allant s’intensifiant aux XVème et XVIème siècles, le cheval ira même jusqu’à supplanter le bovin dans certaines régions. Aux XVIIème et XVIIIème siècles, il y a désormais des régions à chevaux, en France le Nord, la Picardie, la Haute-Normandie, l’Ile de France, et des régions à boeufs : la Bourgogne du sud, l’Auvergne, le Limousin, le Poitou, etc. A la fin du XIXème siècle et au XXème siècle, le cheval reprendra sa progression aux dépens du boeuf jusqu’à ce que l’un et l’autre soient éliminés par le tracteur. [3]

     Dans les pays industrialisés, l’utilisation des animaux de trait a fortement régressé après la seconde guerre mondiale, c’est-à-dire au cours de la seconde moitié du XXème siècle, avec le développement de la motorisation. La place de l’énergie animale est désormais marginalisée mais elle garde toute son importance dans les pays en développement, notamment en Afrique subsaharienne où elle est d’implantation plus récente et où elle continue de se développer. [4]

Etat des lieux

De par le monde : effectifs humains et bovins, type de travail, conséquences sociales

     Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO, Food and Agriculture Organisation) les deux tiers des agriculteurs, soit plus de 800 millions de personnes, travaillent encore essentiellement à la main. Viennent ensuite les utilisateurs de la traction animale qui représentent environ un tiers des agriculteurs, soit 400 millions de personnes, suivis par ceux qui bénéficient de la mécanisation motorisée, soit 30 millions d’agriculteurs. [5]

     Bien que les progrès technologiques aient pu supplanter la traction animale, cette dernière reste très importante dans de nombreux pays.

     Grâce à leur force, ces animaux réduisent significativement la pénibilité des travaux agricoles et permettent d’autres activités comme le transport des personnes ou des marchandises, l’exhaure de l’eau [6], ou bien encore la création de dispositif anti-érosion ou des chemins. [5]

     La traction animale permet ainsi la production alimentaire et sa commercialisation pour les familles l’employant dont elle améliore la sécurité alimentaire et la viabilité économique. [5]
Au début du XXIème siècle, la place de la traction animale est extrêmement variable d’un pays à l’autre et on reconnait schématiquement trois types de situations :
      celle de la plupart des pays industrialisés qui ont pratiquement abandonné l’utilisation de l’énergie animale,
      celle de nombreux pays en développement ou émergents où les évolutions des systèmes de production sont rapides et tendent souvent vers le remplacement des animaux de trait par des tracteurs ou des motoculteurs (cf. figure n°2),
      celle enfin de pays moins avancés où la traction animale est encore d’actualité et présente même souvent des solutions d’avenir pour les petites exploitations agricoles, encore majoritairement en travail manuel. [5]

2

 

Figure n° 2 : Graphique comparant les utilisations des différentes formes d’énergie, dans les pays en développement et dans les pays développés [5]

En France

   Même si on ne saurait être exhaustif, beaucoup de praticiens de la traction bovine (bouviers) manquant de temps et communiquant peu sur leur pratique, il a été recensé en 2014 environ 198 paires de bovins au travail et 21 bœufs en solo. Les bouviers se répartissent comme suit :

  • 59 exploitants agricoles
  • 14 retraités
  • 27 en attelages de loisir
  • 10 structures organisatrices de spectacles
  • 12 particuliers

    Ces bouviers sont des passionnés, la plupart issus du milieu agricole et les jeunes y sont bien représentés. La traction bovine est vue comme un moyen de maintenir certaines races à faible effectif. Ces bovins participent aux tâches agricoles, mais aussi à des activités de débardages ou à des démonstrations.
La formation existe, que ce soit par des centres de formation (Montmorillon, Oloron-Ste-Marie) ou dispensée par des professionnels.

    Malgré tout, la pratique reste précaire voire confidentielle. Il y a des réflexions constantes sur la conception, l’évolution ou l’adaptation du matériel de traction animale. [7]
Des réflexions sur la durabilité des pratiques agricoles orientent l’emploi de la traction animale comme un bon compromis en termes d’efficience économique, d’équité sociale et de respect de l’environnement. [8] Ces avantages permettent à cette pratique d’avoir survécu à la motorisation et de regagner du terrain.

    En résumé, il apparaît que la traction animale bovine est très ancienne et remonterait au Néolithique. Elle a grandement participé aux développements des civilisations humaines grâce aux nombreux services qu’elle a rendus : production de nourriture, transport de marchandises et de personnes, débardage, exhaure de l’eau, etc. Deux situations sont constatées selon que l’on se situe dans les pays industrialisés où elle a cédé la place à la motorisation, ou bien dans les pays en développement où elle continue de progresser. Elle offre de nombreux avantages tant sur les plans agricole, social qu’écologique.

Comparaison de deux types de harnachement : le joug de tête vs le collier d’épaule

     Pour être fonctionnel, un harnachement doit assurer la mise en mouvement en avant et en arrière, le ralentissement et l’arrêt, la traction de divers matériels et véhicules à deux ou quatre roues. [9]

Le joug de tête

     Le joug de tête, ou joug de cornes (cf. figure n°3), se distingue du joug de garrot qui comme son nom l’indique, se place en avant du garrot. Il permet d’atteler en paire, bien qu’un joug plus réduit, le jouguet, permette la configuration d’un attelage en solo, utilisé principalement pour le dressage du bovin. Nous nous intéresserons au joug le plus rencontré de nos jours en France, c’est-à-dire le joug de tête pour atteler une paire de bovins.

4

Figure n° 3 : Illustration d’un joug de tête reposant sur la nuque [10]
Histoire et aire de répartition

     Le joug de tête est une exception Européenne. Il est attesté en Egypte ancienne mais il y a disparu depuis bien longtemps. Son histoire est mal connue mais on sait qu’au XIXème siècle, le joug de cornes occupait une partie de l’Espagne, la Franceet le Sud-Ouest de l’Allemagne.

       Dans le reste du monde, il est complètement inconnu et c’est le joug de garrot qui est utilisé. Sa prépondérance en Europe est d’autant plus curieuse que d’un point de vue technique, le joug de garrot semble plus avantageux : plus simple, moins coûteux, plus facile à poser, il laisse une plus grande liberté de mouvement aux animaux et donc un meilleur rendement pour une fatigue moindre. Le seul avantage du joug de tête par rapport au joug de garrot résiderait dans le fait que les animaux seraient, du fait d’être attachés l’un à l’autre rigidement, plus faciles à conduire car leurs mouvements de tête seraient canalisés. Ceci apporte une certaine sécurité pour le bouvier. Mais avec des animaux bien dressés, cet avantage est minime. [3] Monsieur Thomas Faure, bouvier à l’écomusée de Marquèze dans les Landes, confiait également que lier une paire de bovins au joug prend bien moins de temps que d’équiper une seule mule avec un harnachement complet au collier.

     Pousser avec la tête fait partie de l’éthogramme des bovins et serait une des explications de l’emploi du joug de tête, mettant à profit ce comportement naturel.

     Il est difficile de faire un tour exhaustif des jougs de tête existants tant leur forme et la manière dont ils sont attachés à la tête des animaux, ce qu’on appelle le liage, diffèrent selon les régions et les races de bovins employées. Il peut ainsi être posé à l’avant des cornes, « joug de front », ou à l’arrière des cornes, « joug de nuque ». C’est habituellement une pièce en bois dont l’essence varie selon la région : le bouleau, le frêne, le chêne, mais aussi l’aulne, le cormier, le hêtre, le noyer, le tilleul. Sa fabrication nécessite un réel savoir-faire de la part du jouguier. Les plus longs pour les labours vont jusqu’à 1,90 m et une trentaine des kilogrammes, ceux pour les charrois font entre 1,10 m et 1,60 m de long pour une dizaine de kilogrammes. Des protections en tissu ou en paille sont placées entre le joug et l’animal pour le protéger. Le tout est lié avec de courroies. Le joug est ensuite attaché au timon soit par une attache souple avec des anneaux, des courroies, etc., ou bien rigide, le timon s’engageant alors dans un orifice directement percé dans le joug puis bloqué par des chevilles. [9]

Les jougs de nuque nécessitent des bovins pourvus de cornes solides, de préférence orienté vers le haut et vers l’avant. [11]
     Nous allons voir en détail le joug occitan, qui est un joug de tête très élaboré et qui nous permettra d’illustrer les conséquences biomécaniques d’un tel outil.

Un exemple, le joug occitan

Description des différentes parties constituant un joug (cf. figure n°4)

5

Figure n° 4 : Illustration d’un joug occitan vu de face [12]

  • 1. Embanures : logements qui reçoivent les cornes. Elles ont un rôle de mise en position de la tête de chaque bovin l’un par rapport à l’autre. Ce sont les « surfaces de références »
  • 2. Suca ou suco : coiffe le chignon de chaque animal mais ne doit pas le toucher. Il guide les courroies sur les cornes pour effectuer le liage
  • 3. Capet : partie du joug au-dessus de chaque tête
  • 4. Trou de passage pour la méjane : la méjane est une forte courroie de cuir avec un système de boucle qui permet de pendre les deux anneaux dans lesquels passe le timon. C’est une des manières de lier le joug au timon
  • 5. Joues : elles viennent contre les oreilles de l’animal, rabattues sur l’arrière. Les oreilles ainsi plaquée mais non serrées permettent de faire amortisseur entre le crâne et le joug
  • 6. Capières : emplacements qui reçoivent la tête. Les joues font partie des capières
  • 7. Chemin de passage des courroies vers le front et vers les cornes           
  • 8. Chemin de passage des courroies depuis les cornes vers l’arrière (ou inversement) afin qu’elles fassent le tour du joug 
  • 9. Catel ou tenon : il y en a un de chaque côté, ils permettent de terminer de lier les courroies en les y nouant par deux demi-clefs [12]

Zones de portance du joug

    Le joug, pour développer tout son potentiel et ne pas blesser l’animal, doit être le plus ergonomique possible. Il doit « mouler » la tête de l’animal. Il porte sur les cornes et sur la nuque (cf. figures n° 5 et 6). Les cornes ne doivent pas porter sur leur naissance près du crâne, qui est une zone fragile mais à quelques centimètres de là.

 6

Figure n° 5 : Illustration de la capière droite d’un joug vu de dessous et de derrière montrant la zone d’appui sur la nuque [12]

7

Figure n° 6 : Illustration de la capière droite d’un joug vu de face montrant la zone d’appui des cornes et les zones où elles ne doivent pas porter [12]

Les courroies assurent deux rôles :

  • Celles passant sur les cornes maintiennent le joug fermement à la tête de l’animal
  • Celles passant sur le front assurent la réception de l’effort de traction

Le bovin ne doit pas tirer avec ses cornes mais essentiellement avec son front.
Enfin, le joug présente deux courbures, ou galbes. L’un dans le plan frontal (cf. figures n° 7 et 8) et l’autre dans le plan transversal (cf. figure n° 9). Le premier a deux fonctions: 

  • Permettre le croisement des cornes dans la partie médiane du joug.
  • Donner plus de maniabilité dans les virages car les axes longitudinaux qui passent par chaque animal ne sont pas parallèles mais se croisent plusieurs mètres devant.

L’animal de droite a généralement la tête plus inclinée que l’autre.

 8

Figure n° 7 : Illustration d’un joug vu de dessus montrant le galbe dans le plan frontal [12]

 9

Figure n° 8 : Illustration d’une paire de bovins attelés au joug vu de dessus montrant le galbe dans le plan frontal et montrant la projection des trajectoires de chaque animal [12]

    Le galbe dans le plan transversal permet également aux cornes de se croiser sans se toucher, ce qui serait inconfortable pour les bovins dans le cas contraire. Là aussi les axes passant par la tête des animaux ne sont pas symétriques, généralement, c’est l’animal de droite qui a la tête légèrement plus inclinée que l’autre (cf. figure n° 9).

10

Figure n° 9 : joug vu de face montrant le galbe dans le plan transversal, la courbure étant exagérée ici [12]

    Ce type de joug est particulièrement ergonomique s’il est bien ajusté mais présente l’inconvénient de ne pas pouvoir être interchangeable à plusieurs paires de bovins. D’autres jougs avec des emplacements pour les cornes moins marqués ou carrément inexistants, et sans galbe, sont plus faciles à transposer à d’autres paires mais ont l’inconvénient de ne pas être parfaitement ajustés ni de soigner le croisement des cornes dans la partie médiane du joug. [12] De plus, cela revient moins cher de se procurer des jougs de récupération plutôt que d’en faire fabriquer un sur mesure.

    En résumé, le joug de nuque en paire est d’utilisation traditionnelle en France et dans certains pays européens, là où il est inexistant dans le reste du monde. Sa fabrication relève d’un vrai savoir-faire pour permettre un bon ajustement aux animaux et une bonne efficacité dans le maniement de l’attelage.

Le collier d’épaule

     Dans un article sur l’adaptation du collier bovin de Berne pour les pays en développement, publié sur le site de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, la FAO, l’auteur présente les jougs en général comme ayant été conçus pour faciliter le contrôle de l’animal. Ils sont peu coûteux et relativement facile à fabriquer. Malheureusement, selon lui, l’utilisation efficace de la puissance de traction et le confort de l’animal ne sont pratiquement jamais pris en compte. [13]

     En 1920, Maximilien Ringelmann, universitaire français membre de l’Académie d’agriculture de France, établit qu’un boeuf équipé d’un collier pourrait accomplir la même quantité de travail que deux boeufs attachés à un joug. [14] Cependant, selon P. STARKEY, ceci est sans doute vrai pour un travail de traction légère mais ne se vérifie pas dans ces proportions lors d’un travail de traction lourde. [15]

    Il est généralement admis que le meilleur harnachement équipé à un animal est le collier d’épaule chez le cheval. Il fait sa première apparition en Europe au XIème siècle mais on ne sait pas s’il a été inventé sur ce continent ou s’il a été importé de l’Orient par les tribus Mongoles. Pour autant ce matériel n’a été que très peu utilisé pour des animaux de trait autres que le cheval, en Europe et ailleurs dans le monde. La Suisse fait figure d’exception, les agriculteurs y ayant adapté le collier pour chevaux aux bovins. Il prend le nom de « collier de Berne » (cf. figure 10).

    Le collier de Berne a été simplifié par la suite pour arriver au « collier à trois matelassures » ou « collier suisse simplifié » dans lequel seules les épaules de l’animal sont protégées par des matelassures tandis qu’un troisième patin est fixé en haut entre les deux attelles pour maintenir le collier en position sur le corps (19, cf. figure n° 11).

 

 

 11

Figure n° 10 : Illustration du collier de Berne en place sur un bovin [16]

   12         13

Figure n° 11 : Illustrations du collier simplifié, seul et en place sur un bovin [16]

  La conception de ce collier simplifié doit respecter ces quelques règles :
      Les attelles sont formées de deux pièces de bois qui doivent épouser au mieux le contour des épaules pour apporter un maximum de confort
      Les matelassures permettent de protéger les épaules des frottements et de la pression des attelles [13]
      L’un des inconvénients du collier est sa relative fragilité. En cas de choc, une des attelles peut casser, le crochet de fermeture peut lâcher, etc. [17]
     Ce collier est plus léger, plus facile à concevoir et moins coûteux que le collier de Berne, le rendant plus abordable.

     En résumé, le collier d’épaule est d’utilisation plus confidentielle en France. Il est moins abordable en termes de prix et de fabrication que le joug mais semble offrir une grande efficacité.

Conséquences biomécaniques selon le harnachement utilisé

     Quelle que soit l’espèce, l’animal de traction doit être un animal assez compact, plutôt lourd que long. La force de traction déployée est proportionnelle au poids de l’animal [18], bien que certains auteurs modèrent ces critères. [19] Les membres sont bien écartés, droits, musclés, courts, les pieds sont sains et durs. Le thorax ample et profond pour assurer une bonne oxygénation, l’encolure droite. [18]

     La morphologie de l’animal mise à part, les différents types de harnachement auront un impact sur le fonctionnement biomécanique de l’animal lors de l’effort fourni en traction. Différents facteurs entrant en jeu seront détaillés pour mieux appréhender les avantages et inconvénients du joug et du collier l’un par rapport à l’autre.

L’angle de traction

     L’angle créé entre la ligne où s’applique la force de traction d’une part, et l’horizontale d’autre part, est l’angle de traction (θ, cf. figure n° 12).

14

Figure n° 12 : Schéma des différentes forces en traction animale et de l’angle de traction [20]

    Cet angle doit être le plus petit possible afin d’utiliser la puissance de l’animal au maximum. Plus l’angle augmente et plus la force de traction se divise au niveau du point d’attache à l’animal (cf. figure n° 13). Une partie de la force est perdue pour le processus de traction et exerce une pression sur l’animal (R). Un angle de traction à 30 °, qui est plus facilement rencontré avec un joug de tête, va rajouter environ 50 kg de poids supplémentaire à l’animal, sans compter le poids du harnachement. [13]

15

Figure n° 13 : Illustration montrant l’impact de l’angle de traction sur les forces s’appliquant à l’animal [20]

 

     Le collier offre l’avantage par rapport au joug d’abaisser l’angle de traction et donc de mieux transmettre la force de l’animal à l’outil attelé.

Les surfaces de contact entre le harnachement et l’animal

     L’efficacité d’un harnais est grandement liée à sa façon d’épouser le corps de l’animal et de répartir les zones de pression. Avec un joug de tête la surface de contact est d’environ 200 cm². Avec un collier aux matelassures bien ajustées et rembourrées, on obtient une surface de contact de 600 cm² par épaule soit 1200 cm² pour les deux épaules. La surface est augmentée d’un facteur 6 et réduit d’autant la pression par unité de surface (P = F/S, avec P la pression, F la force appliquée et S la surface). [13]

     Ainsi, le collier permet d’augmenter la surface de contact entre le harnachement et l’animal par rapport au joug, ce qui laisse suggérer un plus grand confort de l’animal.

La position de travail

     Le harnachement doit être conçu de sorte que l’animal puisse utiliser son corps dans une position la plus naturelle possible. Le port du joug modifie plus sensiblement la posture de l’animal et les cahots de la route sont transmis directement aux zones sensibles des cervicales, des sinus et des os crâniens. [13] De plus, le manque de liberté de mouvement peut amener l’animal à maintenir la tête ou la nuque dans une position inconfortable (cf. figure n° 14). Cependant, les blessures s’expliquent souvent par une installation ou une utilisation inadaptée des jougs. [11] Les jougs dans lesquels le timon s’insère dans un trou médian permettent à ce dernier de tourner à l’intérieur du joug [17] et de limiter les postures telles qu’adoptées dans la figure n° 14 :

16

Figure n° 14 : Photographie montrant une contrainte de la position de la tête, ici en rotation droite, imposée par le joug lors d’un travail en dénivelé [21]

     Un mauvais positionnement du joug aura plus facilement tendance à créer de l’inconfort ou des blessures à l’animal, ce dernier étant plus contraint dans sa posture. Il est évident qu’un bon ajustement du matériel est primordial quel que soit le harnachement choisi.

Le poids du harnais

     Idéalement, le harnais doit être le plus léger possible. Le collier de Berne est relativement lourd et pèse environ 20kg. Les versions simplifiées sont beaucoup plus légères et font environ 10 kg. [13] Le poids d’un joug de tête est réparti sur les deux animaux donc chacun porte environ 10 kg minimum.

Les poids des deux harnachements ne diffèrent pas significativement.

La transmission de l’effort dans l’espace

     Le joug de tête étant solidaire de l’animal, il permet aux animaux de développer des efforts dans des directions diverses. Par exemple lors de travaux forestiers, les animaux peuvent soulever l’extrémité d’une grume en soulevant la tête. De même, lorsque le matériel agricole est relié à l’animal par un timon rigide plutôt que des chaines, les jougs de nuque peuvent faciliter le freinage et les changements de directions. [11] Ce qui n’est pas le cas si le collier est utilisé seul sans sellette et avaloir, et donc nécessite un matériel complémentaire pour parvenir à ces fins.

     Le timon est plus long lorsque que les animaux sont attelés au joug de tête plutôt qu’au collier d’épaule et offre donc plus de bras de levier pour faire pivoter l’essieu avant. [17]
L’avantage du collier c’est qu’il facilite le franchissement d’obstacle comme des fossés ou de très fortes pentes. [17]

     Le joug semble plus efficace pour transmettre l’effort dans des directions variées.

Biomécanique de la traction et de la propulsion

     Pour pouvoir transmettre une force à un élément tiré par l’intermédiaire de son harnachement, l’animal va devoir verrouiller les parties de son corps entre ce qui lui fournit la propulsion, c’est-à-dire ses membres postérieurs et plus particulièrement l’articulation coxo-fémorale via les muscles fémoraux caudaux (muscles semi-tendineux, semi-membraneux et glutéobiceps), [22] et le point d’appui qui va recevoir l’effort, c’est-à-dire la zone d’attache du harnachement : la tête et plus particulièrement la zone du front dans le cas du joug, et les épaules dans le cas du collier. Cependant, le bouvier Philippe Kuhlmann fait la différence entre le cheval qu’il apparenterait à un « moteur à propulsion » et le bovin qui serait plus une « traction avant ». [23] Ce seraient donc les membres thoraciques qui auraient un rôle prépondérant par rapport aux membres postérieurs selon lui, même si ces derniers participent forcément à l’effort.

      Dans le cas du joug, l’animal va rigidifier principalement l’ensemble du rachis depuis l’articulation atlanto-occipitale jusqu’à l’articulation sacro-iliaque et aligner le plus possible ses vertèbres cervicales en abaissant légèrement la tête. Dans le cas du collier d’épaule, la portion du corps en verrou débutera depuis l’articulation scapulo-thoracique (par contraction des muscles rhomboïde, trapèze crânial et grand dorsal, ce qui amène à une verticalisation de l’épaule [22]) puis sur le rachis de la portion allant du garrot à l’articulation sacro-iliaque. L’animal obtient cette rigidification du rachis notamment par l’abaissement du levier cervical qui vient mettre en tension par le biais du ligament nuchal les apophyses épineuses des premières thoraciques qui font office de bras de levier sur le rachis. La tension se poursuit jusqu’au sacrum via les ligaments supra- et inter-épineux (cf. figures n° 15 et 16).

 17

Figure n° 15 : Schéma de la mise en tension de l’animal dans le cas d’un travail au joug (dessin personnel inspiré en partie de [22])

 18

 Figure n° 16 : Schéma de la mise en tension de l’animal dans le cas d’un travail au collier d’épaule (dessin personnel inspiré en partie de [22])

     Contrairement à la croyance populaire et perpétuée par l’utilisation des jougs, les bovins ne tirent pas mieux par la tête, mais comme chez les chevaux, leur force de traction vient des épaules et du tronc. [13, 14]

     Dans le cas du collier, la tête étant libre, l’animal peut utiliser son balancier cervical pour accompagner les différentes phases de la foulée. Dans le cas du joug, il est privé du balancier cervical.
Il semblerait que le collier soit intrinsèquement plus efficace que le joug. Cependant, les expériences scientifiques portant sur un nombre statistiquement recevable d’animaux dans le but de comparer avec précision le pourcentage de rendement supérieur du collier sur le joug manquent ou bien font état de faible pourcentage d’amélioration relative (7 à 9 %). [16] Les avantages avancés pour le collier par rapport au joug sont : l’augmentation de la surface de contact, l’abaissement de l’angle de traction et le confort de l’animal. [15]

      La biomécanique de la traction permet de faire des hypothèses des zones où les tensions sont maximisées : pour le joug : le crâne et les cervicales hautes. Pour le collier : la scapulo-thoracique, la scapulo-humérale et la zone du garrot. Ensuite, la mise en tension du reste du rachis apparaît similaire dans les deux cas de figure.

     En résumé, l’histoire très ancienne de la traction animale prendrait racine au Néolithique. Les animaux de trait, dont les bovins, ont accompagné les civilisations humaines dans leur développement. La mécanisation a supplanté l’énergie animale dans les pays industrialisés mais la traction animale continue de progresser dans les pays en développement où elle est d’implantation plus récente.
En France, où la traction animale a su perdurer par endroits, deux types de harnachement sont utilisés : le joug de nuque en paire, d’utilisation traditionnelle et qui fait figure d’exception pour une grande partie du monde ; et le collier d’épaule, plus confidentiel, moins abordable au premier abord mais qui semble très efficace et plus confortable pour l’animal.
Les avantages agricoles, sociaux et écologiques qu’offre la traction animale ne doivent pas faire oublier le respect de l’intégrité de l’animal qui prête sa force, au titre de n’importe quel sportif et les connaissances en biomécanique et l’ostéopathie peuvent apporter des solutions pour prendre soin des animaux et prévenir d’éventuelles atteintes de l’organisme.

 Deuxième partie : étude du point de vue ostéopathique

Matériel

     Pour rentrer dans l’étude les animaux doivent être des bovins en formation ou en travail pour de la traction animale. Ils peuvent être travaillés au joug, au collier, ou les deux.

     L’âge et le sexe ne sont pas des critères d’inclusion ou d’exclusion, dans la limite de l’adéquation entre le travail demandé et la croissance de l’animal pour ce qui concerne l’âge.

     Les contre-indications habituelles inhérentes à la consultation ostéopathique s’appliquent, c’est-à-dire que ne seront pas acceptés des animaux présentant une tumeur ou un cancer en évolution, un accident traumatique aigu, une maladie infectieuse évolutive non jugulée ou une décompensation organique en phase avancée. Enfin, les animaux doivent être coopératifs et vigiles pour rentrer dans l’étude. [24]

     Ce sont au total 8 animaux qui vont être présentés pour cette étude, vus en consultation d’ostéopathie sur une période allant du 19/06/2022 au 06/07/2022 :

      2 boeufs béarnais, Martin et Chouan, d’un an et demi, actuellement en apprentissage. Ils portent le joug 2 fois par jour entre 20 minutes à 1 heure 30 minutes par cession, sans tirer de charge. Martin est à gauche, Chouan à droite. Martin est plus petit que Chouan. Martin est le moteur de la paire. Ils sont destinés à travailler en maraîchage et faire des animations à l’écomusée de Marquèze à Sabres dans les Landes. Pour distinguer ce Martin du suivant (cf. paragraphe ci-dessous), il sera appelé désormais « Martin (béarnais) ».
      1 boeuf bordelais x Prim’Holstein, Martin, de 12 ans et demi, qui a travaillé pendant 8 ans jusqu’à début avril au joug en paire avec un autre boeuf un peu plus grand que lui, pour du maraîchage et des animations à l’écomusée de Marquèze à Sabres dans les Landes. Martin était à gauche et il était le moteur de la paire. Son collègue de paire, atteint d’un lymphome, va être euthanasié. Martin va être reconverti pour du bât en pré-retraite ou être vendu. Il sera nommé dorénavant « Martin (bordelais) ».
       1 boeuf vosgien, Moris, de 12 ans. Il fait des animations et quelques travaux agricoles, principalement au collier ou au jouguet, à Gavaudun dans le Lot-et-Garonne
      2 vaches vosgiennes, Fleur et Plume, en arrêt pour le moment suite à leur vêlage respectif en avril 2022, à Gavaudun dans le Lot-et-Garonne
      1 vache Brune des Alpes, Grive, de 11 ans, attelée au collier et réalisant plusieurs travaux agricoles et du transport, ainsi que des animations, à Castelsarrasin dans le Tarn-et-Garonne
      1 vache Blonde d’Aquitaine, Fury, de 3 ans, en formation au collier, à Castelsarrasin dans le Tarn-et-Garonne

Méthodes

     Après avoir recueilli les commémoratifs et une éventuelle anamnèse pour chaque animal, le bovin était vu en consultation générale et ostéopathique dans l’objectif d’établir un diagnostic ostéopathique, dans l’intérêt de l’animal lui-même, et à des fins d’analyses ultérieures pour le présent mémoire. Enfin, les animaux étaient traités selon les principes de l’ostéopathie vétérinaire. Les traitements ne seront pas détaillés dans ce mémoire car ils ne rentrent pas en compte dans l’étude.

Résultats

Martin (béarnais, cf. figure n° 18) :

Commémoratifs et anamnèse :

     (Cf. la partie Matériel, p 15). Il est plus petit que l’autre bovin de paire, ce qui occasionne un port de tête bas et en rotation droite. Sa colonne vertébrale présente des incurvations dans le plan frontal pendant le travail.

Examen clinique :

     L’examen clinique n’a montré aucune anomalie particulière si ce n’est l’orientation non symétrique des cornes, celles-ci s’orientant vers la droite.
Examen ostéopathique et chaine dysfonctionnelle (cf. figure n° 17) :

 19

 Figure n° 17 : Schéma des dysfonctions diagnostiquées chez Martin (béarnais)

 20

Figure n° 18 : Photographie de Martin (béarnais)

     Le MRP du système cranio-sacré était asynchrone de façon marquée. Les dysfonctions s’organisaient sur un axe latéral gauche.

     L’occiput (gauche ventral) avait la mobilité la plus réduite, et a été considéré comme la dysfonction primordiale. Par continuité anatomique, il relie le temporal gauche (en expir). Le muscle long de la tête rejoint l’occiput et la face ventrale des processus transverses de C3 (ERSD). L’occiput et le sacrum (base gauche dorsale) sont en relation via les méninges, notamment la dure-mère. Vers l’arrière par l’articulation sacro-coccygienne, le sacrum est relié à la Cd1 (FRS droite). Vers l’avant par l’intermédiaire du fascia iliaca, le sacrum est en relation avec à L2 (FRSG) puis à la loge rénale du rein gauche (dorsal, médial, caudal). De plus, il existe un lien métamérique entre L2 et le rein. Le fascia endothoracique fait la jonction entre L2 et T7 (FRSD).

     Le grasset droit (rotation interne, extension, abduction) est plus une compensation de l’axe latéral gauche et vient apporter de l’impulsion pour seconder l’occiput lors du travail.

Chouan (cf. figure n° 20) :

Commémoratifs et anamnèse :

     (Cf. la partie Matériel p 15). Tout comme Martin (béarnais), Chouan a un port de tête en rotation droite car il est solidaire du joug.

Examen clinique :

     L’examen clinique n’a montré aucune anomalie particulière si ce n’est l’orientation non symétrique des cornes, celles-ci s’orientant vers la droite mais de façon moins marquée que chez Martin (béarnais).

 21

 Figure n° 19 : Schéma des dysfonctions diagnostiquées chez Chouan

22

Figure n° 20 : Photographie de Chouan

     Les dysfonctions ostéopathiques de Chouan suivent pour certaines d’entre elles le même schéma que celles de Martin (béarnais) mais en moins prononcées. D’autres sont propres à Chouan.
     Ainsi on retrouvait un asynchronisme crâne-sacrum mais léger cette fois, ainsi que l’occiput (gauche ventral), en lien avec le temporal gauche (en expir) par continuité anatomique. De même, l’occiput et le sacrum (base gauche dorsale) sont reliés dans le système cranio-sacré par les méninges. Chez Chouan, c’est L3 (FRSG) qui peut être mise en relation avec le sacrum via le fascia iliaca. Le foie (dorsal, crânial et médial) peut être en relation à L3 via les piliers du diaphragme, le diaphragme lui-même puis les ligaments triangulaires droit et gauche, falciforme et coronaire.

Martin (bordelais, cf. figure n° 22) :

Commémoratifs et anamnèse :

(Cf. la partie Matériel p 15).

Examen clinique :

L’examen clinique n’a montré aucune anomalie particulière.

Examen ostéopathique et chaine dysfonctionnelle (cf. figure n° 21) :

23

Figure n° 21 : Schéma des dysfonctions diagnostiquées chez Martin (bordelais)

24

Figure n° 22 : Photographie de Martin (bordelais)

     Les dysfonctions s’organisaient sur un axe latéral gauche. Le MRP du système cranio-sacré avait un léger décalage de phase.

     Chez Martin (bordelais), deux dysfonctions vertébrales étaient proches. Il se peut que la raison soit que la fixation était suffisamment marquée et étendue pour affecter toute cette région. La charnière thoraco-lombaire pouvait être considérée comme la dysfonction primordiale pour ce cas-ci. Ainsi T13 (FRSD) et L2 (FRSD) sont intimement en relation par les piliers du diaphragme, eux-mêmes s’enchevêtrant dans les psoas et mettant en relation l’ilium gauche (dorsal). La caillette (dorsale, médiale, crâniale) peut être mise en relation avec T13 par le système nerveux autonome mais aussi avec l’occiput (gauche ventral) via le nerf vague. Depuis la caillette et le diaphragme par contiguïté, les tensions pouvaient suivre le fascia endothoracique puis les fascias axillaire, brachial et antébrachial droits jusqu’au coude droit (rotation interne, extension et abduction). C3 pouvait être en lien avec la caillette par la lame pré-vertébrale du fascia cervical profond puis le fascia endothoracique, le diaphragme et le péritoine. Enfin, depuis l’ilium gauche et en passant par les fascias lata, jambier et du pied, les tensions pouvaient rejoindre le boulet du postérieur gauche (rotation interne, extension et adduction).

Moris (cf. figure n° 24) :

Commémoratifs et anamnèse :

     (Cf. la partie Matériel p 15). Moris a fait une fourbure il y a quelques mois, qui s’est traduite par des douleurs podales principalement et donc une boiterie. Il a été vu par un maréchal ferrant qui lui a fait un parage et qui a préconisé de réduire sa ration. La boiterie a disparu depuis.

Examen clinique :

     L’examen clinique n’a montré aucune anomalie particulière si ce n’est un surpoids estimé à 7/9 et un affaissement de la colonne vertébrale en arrière de la jonction thoraco-lombaire et un testicule gauche encore assez volumineux malgré la castration à la pince effectuée il y a des années. Nous suspectons un effet partiel de la castration au vu de la morphologie de Moris, proche de celle d’un taureau (cf. figure n° 24). De plus, l’orientation des cornes de Moris est asymétrique, la corne de droite poussant plus vers l’extérieur que son homologue (cf. figure n° 24).

Examen ostéopathique et chaine dysfonctionnelle (cf. figure n° 23) :

25

Figure n° 23 : Schéma des dysfonctions diagnostiquées chez Moris

 

26 27

Figure n° 24 : Photographies de Moris et de l’orientation de ses cornes

     Les dysfonctions s’organisaient selon un axe diagonal gauche avec le boulet du postérieur gauche compensatoire. Le système crânio-sacré va plus en expir.

     La dysfonction du foie (zone de densité diffuse) semblait être la plus marquée et centrale dans le schéma des dysfonctions. Elle a donc été considérée comme la dysfonction primordiale. Puis en suivant le ligament hépatorénal les tensions arrivent au rein droit (médial, ventral et caudal). La loge rénale est reliée à L3 (FRSG) puis à L6 (FRSG) via les psoas et à l’attache du cordon spermatique droit (crâniale, médiale et dorsale) par le fascia transversalis et fascia spermatique interne. Depuis le foie et sa relation étroite avec le diaphragme via les ligaments triangulaires, falciforme et coronaire, les tensions pouvaient cheminer par le fascia endothoracique puis axillaire et brachial pour arriver la scapulo-humérale droite (extension rotation externe et abduction). La scapulo-humérale et l’occiput (gauche ventral) sont reliés par le fascia axillaire et la lame prévertébrale du fascia cervical profond. Enfin, depuis l’occiput et la symphyse sphéno-basillaire puis l’ethmoïde, on peut rejoindre la crista galli et l’attache crâniale de la faux du cerveau (rostrale). Enfin, le boulet du postérieur gauche (rotation interne, adduction, flexion) semble être isolé de la chaîne et était peut-être une conséquence de la fourbure.

Fleur (cf. figure n° 26) :

Commémoratifs et anamnèse :

     (Cf. la partie Matériel p 15). Fleur a eu un veau par césarienne en février 2022. Fleur est habituellement à droite au joug avec Plume.

Examen clinique :

     L’examen clinique n’a montré aucune anomalie particulière si ce n’est la cicatrice de la césarienne encore palpable au niveau musculaire et cutané.

Examen ostéopathique et chaine dysfonctionnelle (cf. figure n° 25) :

28

Figure n° 25 : Schéma des dysfonctions diagnostiquées chez Fleur

29

Figure n° 26 : Photographie de Fleur

     Les dysfonctions s’organisaient selon un axe diagonal droit.

     L’utérus (zone de densité à gauche correspondant probablement à la suture de la césarienne) semblait être le plus fixé lors de la consultation et semblait être la dysfonction primordiale. Le ligament large met en relation l’utérus avec les psoas et L4 (FRSG). Les psoas pouvaient également transmettre les tensions au rein gauche (ventral, médial, caudal). La chaine devenait alors plus superficielle, mettant en relation la L4 avec le fascia thoraco-lombaire et le muscle rhomboïde thoracique et T5 (FRSG), se prolongeant ensuite par le muscle dentelé et la scapulo-thoracique gauche (dorsale, caudale et médiale). Le muscle trapèze cervical pouvait transmettre les tensions à l’occiput (droit ventral). En repassant de façon plus interne, l’occiput pouvait être en relation avec la symphyse sphéno-basillaire (en expir et en side-bending rotation gauche) par continuité anatomique.

Plume (cf. figure n° 28) :

Commémoratifs et anamnèse :

     (Cf. la partie Matériel p 15). Plume est habituellement à gauche au joug avec Fleur.

Examen clinique :

     L’examen clinique n’a montré aucune anomalie particulière.

Examen ostéopathique et chaine dysfonctionnelle (cf. figure n° 27) :

 30

Figure n° 27 : Schéma des dysfonctions diagnostiquées chez Plume

31

Figure n° 28 : Photographie de Plume

     Les dysfonctions étaient principalement situées sur un axe latéral gauche.

     Toutes les tensions convergeaient vers le poumon gauche (en expir) qui sera donc considéré comme la dysfonction primordiale. Via le fascia endothoracique, ce dernier pouvait être en relation avec T10 (FRSD), puis avec L3 (FRSD) grâce au diaphragme et à ses piliers. Ces derniers pouvaient être en lien avec les psoas et la loge rénale du rein droit (médial et dorsal). Via le ligament hépatorénal, les tensions pouvaient se répercuter sur le foie (médial, crânial et dorsal). De plus, il existe un lien métamérique entre T10 et le foie. En repartant des psoas et en poursuivant avec le fascia iliaca et l’articulation ilio-sacrée, L3 pouvait être reliée au sacrum (base dorsale à gauche). Le sacrum est intimement relié à l’occiput (gauche dorsal) via les méninges et notamment la dure-mère. Ce dernier rejoint la symphyse sphéno-basillaire (torsion droite) par continuité anatomique. Le coude gauche (en inspir) quant à lui pouvait être relié au poumon via le fascia endothoracique, puis axillaire et brachial, ainsi qu’avec l’occiput par le muscle brachio-céphalique puis le triceps brachial. Enfin, la phalange 1 du doigt IV de l’antérieur gauche (rotation interne, flexion et adduction) pouvait recevoir les tensions provenant du fascia antébrachial et des gaines palmaires.

Grive (cf. figure n° 30) :

Commémoratifs et anamnèse :

     (Cf. la partie Matériel p 15). Grive est atteinte de néosporose. Sa fertilité est très faible. En revanche, elle est en lactation depuis des années sans interruption, avec un lait propre à la transformation en fromage.

Examen clinique :

     L’examen clinique n’a montré aucune anomalie particulière si ce n’est l’orientation particulière des cornes de Grive qui se retourne vers le front. Il n’y avait pas de pression mais les cornes touchaient le poil du front. De plus, une protubérance était présente sur le processus épineux de T13.

Examen ostéopathique et chaine dysfonctionnelle (cf. figure n° 29) :

32

Figure n° 29 : Schéma des dysfonctions diagnostiquées chez Grive

33  34

Figure n° 30 : Photographie de Grive équipée de son harnachement complet et d’un gros plan sur l’orientation de ses cornes vers le front

     Grive présentait une chaine dysfonctionnelle plutôt superficielle latérale droite et une plus courte et plus profonde latérale gauche.

     En commençant par la chaine droite, L4 (FRSG) a été considéré comme la dysfonction primordiale, du fait de sa position assez centrale sur la chaine dysfonctionnelle sur le squelette axial et son lien avec la deuxième chaine, qui sera explicité ultérieurement. Les tensions pouvaient se redistribuer à l’ilium (droit ventral) via l’aponévrose du muscle grand dorsal et le muscle fessier moyen, puis se poursuivre via le fascia coccygien à Cd1 (FRSD). En repartant par l’avant, et toujours via le muscle grand dorsal, la L4 pouvait être en relation avec T12 (FRSG) et T7 (FRSG). Ensuite, successivement via le chef thoracique puis cervical du muscle trapèze, les tensions pouvaient remonter jusqu’à l’occiput (droit dorsal). Le muscle longissimus permettrait de transmettre les tensions de L7 à C4 (ERSD). Les frontaux (en expir) semblaient être indépendants du reste de la chaine, les deux étant touchés de façon similaire. Les cornes y étaient sans doute pour beaucoup. La pousse anormale des cornes quant à elle était peut-être due à la génétique.

Fury (cf. figure n° 32) :

Commémoratifs et anamnèse :

     (Cf. la partie Matériel p 15). Fury est, elle aussi, atteinte de néosporose. Sa fertilité est très faible et elle n’a jamais eu de veau. Fury est en surpoids estimé à 7/9.

Examen clinique :

     L’examen clinique n’a montré aucune anomalie particulière.

Examen ostéopathique et chaine dysfonctionnelle (cf. figure n°31) :

35

Figure n° 31 : Schéma des dysfonctions diagnostiquées chez Fury

36

Figure n° 32 : Photographie de Fury

     Les dysfonctions s’organisaient sur un axe diagonal latéral gauche.

     L’ovaire (dorsal, caudal, médial) pouvait être considéré comme la dysfonction primordiale car il était fortement fixé. En partant de l’ovaire et du mésovarium, les tensions pouvaient suivre les muscles psoas et se distribuer à L5 (FRSD et L1 (FRSG), mais aussi au côlon descendant (caudal, dorsal, médial) via son méso. Par contiguïté, le côlon pouvait conduire les tensions à l’ilium gauche (dorsal). Depuis les psoas et leur relation étroite avec les piliers du diaphragme, les tensions pouvaient cheminer le long du fascia endothoracique jusqu’à T6 (FRSG). Il existe un lien métamérique avec le réseau (caudal, dorsal et médial). Ce dernier pouvait ensuite être relié à l’occiput (gauche ventral) par le nerf vague. Enfin, l’occiput est en lien anatomique direct avec la SSB (side-bending rotation droite).

Analyse

     L’ensemble des dysfonctions ont été réparties dans un tableau selon une dichotomie réalisée par le harnachement employé. 5 bovins étaient uniquement au joug, 2 uniquement au collier. 1 animal (Moris) a essentiellement travaillé au joug mais depuis plusieurs mois il travaille très peu et plutôt au collier. Il a été comptabilisé dans les animaux travaillant au joug car le travail au collier est plutôt anecdotique. Ce sont donc les dysfonctions de 6 bovins au joug constituant le lot « joug » et de 2 bovins au collier, constituant le lot « collier » qui ont été comparées.

     D’après la biomécanique, la différence majeure entre un harnachement au joug ou au collier intervient au niveau du départ de la mise en tension, depuis le crâne et la jonction atlanto-occipitale pour le joug et depuis la scapulo-thoracique et le garrot pour le collier d’épaule. Différentes zones clés ont donc été définies pour chercher à distinguer d’éventuelles différences dans la répartition des dysfonctions : les dysfonctions crâniennes et des cervicales hautes (jusqu’à C3), et les dysfonctions de la zone du garrot (T1 à T6) et du haut du membre thoracique (de la scapulo-thoracique à la scapulo-humérale). (cf. tableau I)

Tableau I : moyennes des dysfonctions ostéopathiques selon leurs localisations dans les lots « joug » et « collier »

tableau fury

     Pour comparer les moyennes des deux lots indépendants à faible effectif, un test de Student avec une marge d’erreur de 5 % a été réalisé pour chaque zone (cf. Annexes). Il en ressort que les moyennes ne sont pas statistiquement différentes entre les deux lots pour toutes les zones étudiées.

Discussion

     La répartition des dysfonctions n’est pas statistiquement différente entre les deux lots.
     Ceci peut s’expliquer par différentes hypothèses :

  •  le nombre insuffisant des animaux testés (il y a assez peu de bovins au travail en France)
  • une non homogénéité du nombre d’animaux par lot (pour rappel, en France, une très grosse majorité des bovins de travail est au joug)
  •  il n’y a pas de différences notables au niveau ostéopathique entre des bovins travaillant au joug ou au collier
  • les animaux travaillaient soit en paire soit en solo et ceci peut avoir des répercussions ostéopathiques individuelles
  • un défaut de diagnostic de la part de l’opératrice
  • les animaux étudiés ne travaillaient pas tous beaucoup et régulièrement, sauf la paire de boeufs béarnais qui avaient un travail de formation régulier et les animaux du lot « collier ». Les dysfonctions observées n’étaient peut-être tout simplement pas  imputables au travail mais à d’autres évènements de leur vie, comme la césarienne de Fleur. Les animaux du lot « collier » étaient régulièrement montés, ce qui peut entrainer une organisation différente du schéma corporel.

     De plus, il manque dans cette étude une population de référence qui pourrait être constituée d’animaux de différents types de production ne travaillant pas. Il serait alors possible de calculer la prévalence de telle ou telle dysfonction selon le lot « joug » ou « collier » par rapport à une population de référence

     Après discussions avec les différents bouviers, il ressort que les animaux travaillant au joug nécessitent un certain nombre d’heures de travail pour apprendre à bien se placer correctement et éviter de se blesser. Le choix des animaux du lot « joug » devraient idéalement tous avoir passé ce cap de l’apprentissage pour être plus représentatifs des dysfonctions observables dans ce lot.

     Il était tout de même intéressant de noter que concernant la paire de boeufs béarnais, la différence de gabarit avait pour conséquence un défaut de positionnement de la tête pour les deux animaux et ces derniers partageaient un certain nombre de dysfonctions, un schéma global similaire, plus marqué pour le plus petit des deux. Chez Chouan, c’est la L3 et non L2 qui est ressortie de l’examen ostéopathique. Les sensibilités propres à chacun font ressortir les dysfonctions à des zones d’éventuelles fragilités antérieures à la fixation. A la différence de Martin (béarnais), Chouan présentait une dysfonction sur le foie.

     Certains des animaux étudiés étaient en surpoids et l’un deux avait présenté une fourbure quelques mois auparavant. Même si ces bovins ne sont pas destinés à la production, il ne faut pas oublier l’importance de l’adéquation de la ration alimentaire avec les besoins énergétiques de l’animal et sa qualité nutritionnelle.

 

     Les races sélectionnées aujourd’hui le sont pour une production de viande ou de lait. On ne trouve plus de race sélectionnée de nos jours avec un objectif de traction animale. Une bonne adéquation entre la morphologie de l’animal et le travail demandé serait sans doute un atout pour que le corps de l’animal soit le moins impacté. En effet, les races à viande ont évolué vers des masses musculaires impressionnantes mais les os et les tendons n’ont pas suivi et ces animaux seraient sujets à des claquages très rapidement. Les races laitières sont très grandes et plus forcément adaptées au travail. [19]

     En résumé, les consultations ostéopathiques de cette étude n’aboutissent pas à une différence notable entre les deux lots étudiés. Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer ce résultat : un nombre trop restreint d’animaux et l’impossibilité de réaliser des lots homogènes en nombre ; des animaux qui ne travaillent pas régulièrement en traction ; la possibilité que le travail de traction peut aboutir à des répercutions ostéopathiques non spécifiques à tel ou tel harnachement mais qui découlent par exemple des contraintes biomécaniques du travail en paire ou en solo.

Conclusion

     La présente étude n’a pas permis de faire une distinction du point de vue ostéopathique entre le travail de traction de bovins au joug ou au collier d’épaule.

     Mais elle n’est en aucun cas un projet abouti. Il s’agit plutôt d’un travail qui permet de poser un cadre et des hypothèses à vérifier lors d’éventuels futurs travaux expérimentaux à plus grande échelle. En effet, comme écrit plus haut, le faible nombre d’animaux ne permet pas d’en faire une étude statistique suffisante.

     Dans un contexte de crise sociale et écologique, ainsi qu’une disponibilité future en énergie fossile incertaine, la traction animale connaît un regain d’intérêt. Il ne s’agit pas d’un retour en arrière mais plutôt de la fusion de savoirs du passé avec les nouvelles connaissances sur le fonctionnement de l’animal, notamment par l’ostéopathie, et la création d’outils nouveaux, plus légers, plus efficaces. L’utilisation de l’animal est parfois remise en cause, par le véganisme par exemple. Pourtant, la traction animale offre de nombreux avantages, tant pour les sols que pour l’agriculteur-trice [25], et bien formé-e-s, ces animaux et leurs bouvier-è-s pourraient apporter des solutions d’avenir. Pour ce faire, il est incontournable de connaître et de comprendre le fonctionnement et les conséquences du travail de traction sur les animaux. L’ostéopathie peut être un des leviers pour prendre soin de l’animal au travail tout comme elle l’est déjà pour les animaux de sport.

Bibliographie

[1] HAVARD M., LHOSTE P, VALL E., 2010, La diversité et le choix de l’animal de trait, La Traction animale, Quae, Versailles, 224 p, p 35

[2] HELMER D., BLAISE E., GOURICHON L., SANA SEGUI M., 2018, Using cattle for traction and transport during the Neolithic period. Contribution of the study of the first and second phalanxes, Bulletin de la Société préhistorique française, tome 115 (1), p 71-98

[3] SIGAUT F., WASSERMAN H., 1993, Le joug de cornes : une exception européenne, Jougs, contre jougs : cent jougs de provinces de France, Ecomusée de Savigny-le-Temple, 38 p, p 2, 5, 7

[4] MAZOYER M., ROUDART L., 1997, Histoire des agricultures du Monde. Du néolithique à la crise contemporaine. Le Seuil, Paris, 528 p[5] HAVARD M., LHOSTE P, VALL E., 2010, la traction animale dans le monde, La Traction animale, Quae, Versailles, 224 p, p 11, 13, 16

[6] ABOUBACAR A., Centre International Japonais de Recherche en Sciences Agricoles (JIRCAS), Etude de Développement des Oasis Sahéliennes en République du Niger (EDOS), support de formation sur les systèmes d’exhaure (pompe, motopompe, traction animale), 20 p, p 3

[7] COTI G., 22 janvier 2015, Compte-rendu des Actes du Colloque sur la traction animale bovine du 10 décembre 2014, Montmorillon, sur le blog « Attelages bovins d’aujourd’hui » de NIOULOU M. : http://attelagesbovinsdaujourdhui.unblog.fr/2015/01/22/actes-du-colloque-sur-la-traction-animale-bovine-du-10-decembre-2014-montmorillon-86-rediges-par-gerard-coti/

[8] Association Prommata, 17 juin 2015, Traction Animale Moderne et Développement durable,
https://assoprommata.org/spip.php?article230

[9] SIGAUT F., WASSERMAN H., 1993, Le joug en France (XVIIe –XXe siècle), Jougs, contre jougs : cent jougs de provinces de France, Ecomusée de Savigny-le-Temple, 38 p, p 8, 12, 13

[10] MERCIER E., consulté le 17 août 2022, dessin d’un joug de nuque, archives Larousse https://www.larousse.fr/encyclopedie/images/Joug/1001279

[11] STARKEY P., 1994, Les systèmes d’attelage courants, Systèmes d’attelage et matériels à traction animale, 278 p, p 34, 35, 36

[12] ROUANET L. 6 mai 2013, Géométrie des jougs occitans, sur le blog « Attelages bovins d’aujourd’hui » de NIOULOU M., http://attelagesbovinsdaujourdhui.unblog.fr/2013/05/06/geometrie-des-jougs-occitans-par-lionel-rouanet/

[13] MICUTA W., 1985, The Swiss collar : a harness for developing countries. Agriculture International, 37(4), p 130-135

[14] CHANCRIN E., DUMONT R. et coll., 1921, Larousse Agricole, Encyclopédie illustrée, 1ère édition, 832 p, p 44 et 45

[15] STARKEY P., Harnessing for cattle and buffaloes : options and research, in HOFFMANN, D., NARI, J., PETHERAM. R.J., 1989, Draught animals in rural development: proceedings of an international research symposium, Cipanas, Indonesia, ACIAR Proceedings n°. 27, 347 p, 286

[16] STARKEY P., 1994, Les systèmes d’attelage moins courants, Systèmes d’attelage et matériels à traction animale, 278 p, p 62, 67, 69

[17] KUHLMANN P., 2022, Débourrer et dresser, Manuel d’attelage bovin, 2ème édition, 223 p, p 166, 185

[18] HAVARD M., LHOSTE P., VALL E., 2010, La diversité et le choix de l’animale de trait, La Traction animale, Quae, Versailles, 224 p, p 46

[19] KUHLMANN P., 2022, Choisir son animal de travail, Manuel d’attelage bovin, 2ème édition, 223 p, p 31 et 33

[20] LE THIEC G., 1996, Agriculture africaine et traction animale, Montpellier, CIRAD, 375 p

[21] NIOULOU M., 01 octobre 2018, Fauchage chez Maryse et Michel Berne avec une paire de bovins, Bourg-Argental (42) sur le blog « Attelages bovins d’aujourd’hui » de NIOULOU M.
http://attelagesbovinsdaujourdhui.unblog.fr/2018/10/01/fauchage-chez-maryse-et-michel-berne-avec-une-paire-de-bovins-bourg-argental-42/

[22] DENOIX J.-M., PAILLOUX J.-P., 1997, Approche de la kinésithérapie du cheval, Maloine, 291 p

[23] KUHLMANN P., 2022, Les méthodes de harnachement pour les bovins, Manuel d’attelage bovin, 2ème édition, 223 p, p 191

[24] COLOMBO J.-C., 2012-2017, IMAOV, Présentation générale et principes fondamentaux, Ostéopathie vétérinaire, Enseignement fondamental en ostéopathie, module 1, 44 p, p 40

[25] Association Prommata, 19 août 2014, Avantages de la traction animale pour l’agriculture paysanne, https://assoprommata.org/spip.php?article73

 Listes

Figures

Figure n° 1: Une des représentations les plus anciennes d’attelage au                          joug en France : attelage de bovidés tirant un araire,                               guidé par un cultivateur, âge du Bronze ancien, gravures                           rupestres du Mont-Bégo (Saint-Dalmas-de-Tende, Alpes                             Maritimes, 1900 av. J-C) [3]
Figure n° 2 : Graphique comparant les utilisations des différentes                                 formes d’énergie, dans les pays en développement et dans                         les pays développés [5]
Figure n° 3 : Illustration d’un joug de tête reposant sur la nuque [10]
Figure n° 4 : Illustration d’un joug occitan vu de face [12]
Figure n° 5 : Illustration de la capière droite d’un joug vu de dessous et                       de derrière montrant la zone d’appui sur la nuque [12]
Figure n° 6 : Illustration de la capière droite d’un joug vu de face                                 montrant la zone d’appui des cornes et les zones où elles                           ne doivent pas porter [12]
Figure n° 7 : Illustration d’un joug vu de dessus montrant le galbe dans                       le plan frontal [12]
Figure n° 8 : Illustration d’une paire de bovins attelés au joug vu de                             dessus montrant le galbe dans le plan frontal et montrant                           la projection des trajectoires de chaque animal [12]
Figure n° 9 : joug vu de face montrant le galbe dans le plan transversal,                       la courbure étant exagérée ici [12]
Figure n° 10 : Illustration du collier de Berne en place sur un bovin [16]
Figure n° 11 : Illustrations du collier simplifié, seul et en place sur un                            bovin [16]
Figure n° 12 : Schéma des différentes forces en traction animale et de                            l’angle de traction [20]
Figure n° 13 : Illustration montrant l’impact de l’angle de traction sur                          les forces s’appliquant à l’animal [20]
Figure n° 14 : Photographie montrant une contrainte de la position de                           la tête, ici en rotation droite, imposée par le joug lors                                d’un travail en dénivelé [21]
Figure n° 15 : Schéma de la mise en tension de l’animal dans le cas                              d’un travail au joug (dessin personnel inspiré en partie de                        [22])
Figure n° 16 : Schéma de la mise en tension de l’animal dans le cas                              d’un travail au collier d’épaule (dessin personnel inspiré                          en partie de [22])
Figure n° 17 : Schéma des dysfonctions diagnostiquées chez Martin                              (béarnais)
Figure n° 18 : Photographie de Martin (béarnais)
Figure n° 19 : Schéma des dysfonctions diagnostiquées chez Chouan
Figure n° 20 : Photographie de Chouan
Figure n° 21 : Schéma des dysfonctions diagnostiquées chez Martin                               (bordelais)
Figure n° 22 : Photographie de Martin (bordelais)
Figure n° 23 : Schéma des dysfonctions diagnostiquées chez Moris
Figure n° 24 : Photographies de Moris et de l’orientation de ses cornes
Figure n° 25 : Schéma des dysfonctions diagnostiquées chez Fleur
Figure n° 26 : Photographie de Fleur
Figure n° 27 : Schéma des dysfonctions diagnostiquées chez Plume
Figure n° 28 : Photographie de Plume
Figure n° 29 : Schéma des dysfonctions diagnostiquées chez Grive
Figure n° 30 : Photographie de Grive équipée de son harnachement                              complet et d’un gros plan sur l’orientation de ses cornes                            vers le front
Figure n° 31 : Schéma des dysfonctions diagnostiquées chez Fury
Figure n° 32 : Photographie de Fury

Tableau

Tableau I : moyennes des dysfonctions ostéopathiques selon leurs localisations dans les lots « joug » et « collier »
Abréviations
    FAO : Food and Agriculture Organization of the United Nations,               l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture         en français
    MRP : Mouvement Respiratoire Primaire
    C1, C2, … : cervicale 1, cervicale 2, …
    T1, T2, … : thoracique 1, thoracique 1, …
    L1, L2, … : lombaire 1, lombaire 2, …
    Cd1 : caudale 1
    FRSD ou G : vertèbre en flexion rotation sidebending droite ou                 gauche, les facettes articulaires sont engagées
    ERSD ou G : vertèbre en extension rotation sidebending droite ou             gauche, les facettes articulaires sont engagées
    Côlon desc. : côlon descendant
    SSB : Symphyse sphéno-basillaire

Annexes

  Test de Student : test statistique permettant de comparer les moyennes d’un échantillon par rapport à une valeur de référence ou, comme ici, entre deux échantillons, pour établir si les moyennes sont statistiquement différentes ou non. Ce test offre la possibilité de traiter avec de petits effectifs :

 test student

 

37

Les bœufs au travail, vingt ans après – et demain. Une note personnelle Cozette GRIFFIN-KREMER

nettoyage terre laurent janaudy 1 ok. Les bœufs au travail, vingt ans après –

Chez Laurent Janaudy Novembre 2017 Photo Véronique Nioulou

Article publié en septembre 2020 sur le site de la Société d’Ethnozootechnie et reproduit avec son aimable accord.

 Ethnozootechnie n° 107 – 2020  cliquez ici pour voir et ici pour voir l’article en ligne.

Une note personnelle Cozette GRIFFIN-KREMER Chercheure associée au Centre de recherche bretonne et celtique, Université de Bretagne Occidentale, Brest 18, rue Gambetta, 78120 Rambouillet Contact : griffin.kremer@wanadoo.fr

Résumé : La Société d’Ethnozootechnie a souvent joué un rôle important dans la reconnaissance de l’utilisation de l’énergie animale et a consacré plusieurs numéros d’Ethnozootechnie aux bovins. Engagée dans les efforts pour faire connaître et apprécier le travail avec les bœufs depuis plus d’une vingtaine d’années, je propose ici une esquisse de l’évolution et de l’actualité des bouviers en France et à l’étranger. Il s’agit surtout d’un long travail à multiples acteurs pour construire un réseau d’information qui a également alimenté un nombre considérable de rencontres et de publications. Mots-clés : travail avec les boeufs, bouviers, savoir-faire, races bovines, travail de réseau.

Working oxen, twenty years later – and tomorrow – A personal note. Summary: The Société d’Ethnozootechnie has often contributed to recognition of the use of animal power and dedicated several issues of Ethnozootechnie to bovines. Having been involved in the efforts to make working with cattle better known and more valued for over twenty years, I would like to propose a sketch of the development and current situation of oxdrivers in France and abroad. This has been a long cooperative work on the part of multiple actors to construct a network that provides information as well as underwriting a considerable number of colloquia and publications. Keywords: working cattle, oxdrivers, skills, cattle breeds, networking.

N.B. Les liens aux revues, sites/blogs Internet, fêtes, associations, institutions ou groupes de travail mentionnés sont indiqués dans la Bibliographie.

fête 2018 de la vache Nantaise (22)

Pierre Nabos et ses boeufs, Fête de la Vache Nantaise 2018. Photo Michel Nioulou

Entre 1995 et le début du XXIe siècle, il y a eu tout un florilège de numéros de la revue Ethnozootechnie consacrés aux bovins, de la transhumance au lait pour Paris, de la domestication au travail, ainsi que l’annonce de travaux importants comme l’inventaire des attelages par Laurent Avon en 2006 qui recensait 146 paires encore attelées en France. Pour certain/es Sociétaires, cette boucle était bouclée par un moment fort lors de la Fête de la Vache Nantaise en 2018 au champ dédié à la traction animale. Laurent nous y a rejoints pour voir le bouvier Philippe Kuhlmann, venu d’Alsace en tant qu’invité des organisateurs de la fête. Cela nous a donné l’occasion d’honorer le travail en faveur des bouviers et le recensement des attelages menés à bien par Laurent. Il a inspiré la continuation actuelle de cet attachement au travail avec les bœufs en France et bien au-delà (Avon 2006 ; travail continué par Lucie Markey). Laurent a aussi retrouvé des amis de longue date comme Nicole Bochet, elle-même apprentie-bouvière.

En 1997, la rencontre à l’EHESS (École des Hautes Études en Sciences Sociales) organisée par Nicole Bochet, Jean-Maurice Duplan et François Sigaut, a donné lieu à la publication du n° 60 de la revue de la Société d’Ethnozootechnie « Les bœufs au travail », tout particulièrement dédié à François Juston, auteur en 1994 du manuel « Quand la corne arrachait tout ». Cet événement fut accueilli avec un tel enthousiasme qu’il a fallu en prévoir un « bis » à la Bergerie Nationale, cette fois organisé par Germain Dalin dans le cadre du Festival Animalier International de Rambouillet (F.A.I.R.) (Dalin, 1999). Olivier Courthiade, muletier, bouvier, responsable de maintes actions pour la reconnaissance des races de chevaux comme le Merens, assista aux deux rencontres. A Rambouillet, l’expert en matière d’attelage au Morvan, Philippe Berte-Langereau, a apporté une partie de sa collection de jougs. Outre ses publications (Berte-Langereau, 1996 ; 2000), il continue aujourd’hui encore à œuvrer pour la reconnaissance du travail avec les bovins. Avec Michel Nioulou, inventeur du blog pour l’attelage bovin, il propose de coordonner une enquête qui permettrait une vue synthétique de la diversité des attelages sur le territoire français métropolitain et d’outre-mer, à l’instar de celle sur le Portugal faite par F. Galhano et de B. Pereira (Berte-Langereau Enquête).

En 2006, la SEZ a de nouveau organisé une rencontre autour des « Bovins, de la domestication à l’élevage » (n°79 de la revue). Plusieurs communications concernaient la traction bovine, celle de Li Guoqiang pour la Chine, celle de la spécialiste de l’attelage slovène Inja Smerdel, centrée sur les relations humaines-bovines, et la mienne sur un témoignage ancien de transition du joug de tête au joug de garrot, étoffée plus tard pour une revue d’archéologie (Griffin-Kremer, 2010a). L’année 2006 était riche pour la traction bovine. Le colloque du 23-24 octobre 2006 sur « Traction Animale et briolage », organisée par Germain Dalin, fondateur du F.A.I.R., la SEZ, la Bergerie Nationale et Jean-Pierre Bertrand de l’Association de Recherche et d’Expression pour la Culture Populaire en Vendée (Arexpco), a accueilli des bouviers vendéens, des « brioleurs » tels Mic Baudimant des Thiaulins de Lignières, le bouvier alsacien Philippe Kuhlmann et le maître cocher Jean-Louis Cannelle, entre autres (Griffin-Kremer, 2006a). La rencontre était fructueuse autant par la convivialité que par les divergences qu’elle a permis de mettre à jour, y compris une anecdote bien révélatrice. La Bergerie avait assuré un triple passage (presque « homérique », pourrait-on dire…) du champ de labour avec un tracteur pour faciliter le travail des bouviers et des brioleurs. Trop facile pour être tout à fait « vrai », selon Jean-Louis Cannelle, qui a tenu à montrer au public qu’une démonstration n’équivaut pas travail réel, en ouvrant une raie « vraie » dans le gazon à côté avec son cheval de trait. Arrivé au bout d’une seule longue raie, Cannelle et son cheval étaient tous deux en nage, et il a invité les spectateurs à toucher le soc de la charrue. Tous ont retiré la main, surpris par l’intense chaleur qui s’en dégageait (Griffin-Kremer, 2007, photo). Cela n’enlevait rien au travail des laboureurs venus de la Vendée. Philippe Kuhlmann jugeait leurs labours « très propres », marque évidente d’estime de la part d’un pair hors-pair (ibid. et Griffin-Kremer, 2006b). L’Arexcpo et divers collaborateurs ont poursuivi ce projet par la suite lors d’un colloque qui a donné lieu à la publication d’un volume remarquable auquel le Professeur Bernard Denis a apporté une contribution – 399 pages et un DVD de chants enregistrés, du Berry au Cambodge en passant par l’Afrique (Le chant en plein air…).

Toujours sur ce sujet de la voix, c’est encore la SEZ qui en 2008 a accueilli une journée d’étude consacrée à « L’homme et l’animal : voix, sons, musique… » (n°84 de la revue). Plusieurs contributions touchaient directement à la question de comment manier les bovins au travail ou racontaient leurs charmes : celle du bouvier Philippe Kuhlmann pour l’Alsace, Inja Smerdel pour la Slovénie, Cozette Griffin-Kremer pour les cultures « celtiques » des Îles Britanniques. Germain Dalin y a évoqué ses propres aventures de « relations » avec les taureaux lors de son travail sur l’insémination artificielle et – pour ne pas être injuste envers les chevaux de trait – Henri Baron nous a époustouflés (le mot n’est pas trop fort) avec son évocation des commandes et surtout la démonstration en plein amphithéâtre de l’Académie de l’Agriculture du claquement de son fouet en micocoulier. Par ailleurs, l’article sur le grincement des chars au Portugal par Mouette Barboff était accompagné d’une photo impressionnante de transport de seigle par des attelages de bœufs, menés par des femmes. Les travaux d’ethnologues recèlent de trésors sur les pratiques et les croyances liées aux bœufs (un seul exemple, Méchin, 2010), spécifiques à tel ou tel terroir, sujet vastissime.

Revenons un peu en arrière dans notre chronologie pour évoquer un grand acteur de la traction bovine – l’Écomusée d’Alsace. En pleine crise d’existence de l’Écomusée en 2006-2007, François Kiesler, chargé du programme de l’agriculture, et le bouvier Philippe Kuhlmann ont malgré tout accueilli la rencontre des Ethnozootechnie  Bouviers d’Alsace (Simon, 2007), à laquelle ont participé des spécialistes de la traction chevaline comme Jean-Louis Cannelle du Centre Européen de Ressources et de Recherches en Traction animale (CERRTA) ou Pit Schlechter de la Fédération Européenne du Cheval de Trait pour la promotion de son Utilisation (FECTU). Ces rencontres se sont poursuivies chaque année depuis et ont vite attiré l’attention de participants étrangers – luxembourgeois, belges, britanniques, suisses, et surtout, bon voisinage oblige, de nombreux allemands. Depuis le début, Philippe Kuhlmann a littéralement fait le pont entre Français et Allemands à travers des réunions dans les deux pays, aujourd’hui renforcées par l’accueil de stages de formation de bouviers deux fois par an au sein de l’Ecomusée d’Alsace. Certes, ce n’est pas le seul exemple de formations – le CFPPA de Montmorillon (Coti, 2014), tout comme des privés comme Olivier Courthiade ou Emmanuel Fleurentdidier, en ont proposées – mais c’est sans doute celle avec l’histoire la plus riche et le rayonnement le plus durable.

Une tradition inventée de l’autre côté du Rhin lui fait écho, puisque les bouviers attachés aux spécificités et aux plaisirs de l’attelage allemand tiennent eux aussi une réunion annuelle depuis 1998. C’est une initiative particulièrement réussie de l’avis de tous, à cause d’une organisation aussi efficace que détendue et simple – trouver un hôte (les candidats ne manquent pas), donner une date fin janvier ou début février lorsque les gens de musées sont plus libres, et voir qui vient, une vingtaine au début, une soixantaine aujourd’hui. En 2020, c’est au tour d’un musée de plein air près de Hambourg, le Museumsdorf Volksdorf, d’accueillir le groupe. Au fil des ans, les rencontres allemandes, avec un saut « à l’étranger » en 2019 en Autriche, ont eu lieu en alternance, chez des privés ou dans des musées de tailles et de vocation variées, souvent dans d’immenses sites tels le musée de plein air à Kommern ou la ferme urbaine du Domaine de Dalhem à Berlin, ou au plus rural Laboratoire de plein-air Lauresham à Kloster Lorsch, abbaye médiévale désignée patrimoine mondial par l’UNESCO, dans le Land de Hessen.

Toutes ces réunions, alsaciennes et allemandes, ont fait l’objet d’articles dans la revue Sabots. Son éditeur, François Durand, propose depuis des années un « coin des bouviers » où trouver des rapports sur d’autres rencontres en France, des témoignages de meneurs comme Olivier Courthiade, Philippe Kuhlmann, Emmanuel Fleurentdidier, entre bien d’autres, ou de jougtiers comme René Alibert et son disciple, Lionel Rouanet (ne pas oublier que le « pilote » du blog des bouviers, Michel Nioulou, est aussi jougtier à ses heures). Aujourd’hui, les informations qui paraissent régulièrement dans les pages de Sabots sont relayées par le blog mis en route par Michel : « Attelage Bovins d’Aujourd’hui ». Ces informations sont diffusées régulièrement par le site Internet des Allemands et par des articles en anglais vers les bouviers du monde anglo-saxon, de l’Angleterre à l’Amérique du Nord jusqu’en Australie (Griffin-Kremer, 2012, 2014, 2018).

Pour les évènements valorisant la traction bovine en France, la Fête de la Vache Nantaise, tant prisée depuis ses débuts par Laurent Avon, soutenue par Bernard Denis et des sociétaires divers, a connu en 2018 un point culminant avec la « grande attelée » – la participation simultanée de cinq attelages, qui travaillaient en face d’un champ dédié au débardage avec des chevaux. Évidemment, la mission de la Fête de la Vache Nantaise est de valoriser et de promouvoir celle-ci, mais les organisateurs font aussi connaître d’autres races au sein du « Village des races locales » et prévoient à chaque fête un « invité d’honneur ». En 2018, c’était le porc basque, venu avec un cortège d’éleveurs, de musiciens et de chefs, car la cuisine est parmi les attractions les plus prisées. Cette manifestation de 2018 a aussi rendu hommage au photographe Jean-Léo Dugast, spécialiste des chevaux percherons, grand connaisseur des Horse Progress Days aux États-Unis, qui fait des recherches en tant qu’historien (Dugast, 2019). Il garde aussi un « coin » dans son cœur pour la traction bovine et ses photos prêtent un cachet exceptionnel aux pages de Sabots. Par ailleurs, Sabots ne néglige pas les documents d’archives et fait appel à des auteurs comme Eric Rousseaux ou Étienne Petitclerc pour donner un aperçu sur le passé de la traction animale, sur les relations ville-campagne ou sur les transports par attelages bovins. Étienne a profité de sa collection personnelle de documents photographiques et de dessins pour écrire un compendium détaillé sur les véhicules qui s’appelle « Attelées ! » (Petitclerc, 2016).

Au fil des ans, un réseau international s’est ainsi tissé. Très tôt, l’activité des bouviers allemands, comme l’implication professionnelle de leur « pilote » dans la sauvegarde des races à petits effectifs dans l’Union Européenne, a attiré l’attention d’un expert en matière de traction animale britannique, Paul Starkey, riche de toute une carrière consacrée aux enquêtes pour la FAO et autres organisations internationales (Starkey, 1994 et site « Starkey »). En 2004, il a invité Jörg Bremond, chef informel du groupe allemand et moi-même à rencontrer divers acteurs du travail avec des animaux de trait et de la recherche sur les équipements à Silsoe, Angleterre, dans le cadre de la réunion de la Transport Animal Welfare Society (TAWS), animée surtout par des vétérinaires soucieux de favoriser le bien-être  humain en promouvant celui des animaux de travail dans les pays du « Sud » (TAWS, 2004), tout comme les « développeurs » français, qui ont fourni des documents et accumulé une expérience remarquable en matière de traction animale (Lhoste et al., 2010). Pour renvoyer l’ascenseur, Olivier Courthiade a consenti à proposer avec moi, au pied levé, une rencontre chez lui, à Méras, en Ariège (GriffinKremer, 2005), à l’automne de la même année pour accueillir les Anglais Starkey et le directeur du Musée de Plein-Air Weald & Downland, Richard Harris, avec les Allemands, dont le spécialiste du développement dans le « Sud » et du collier à trois points Rolf Minhorst (2005, 2008), Jörg Bremond et le bouvier du Musée de Plein-Air de la Rhénanie, Gerd Linden. François Sigaut, connu de tous à la SEZ, Mouette Barboff, ethnologue spécialiste du Portugal, et moi-même avons fait le voyage à Méras, pour y être rejoints par Laurent Avon et le neveu de François, Jacques Holtz.

La même année 2004, lors de la réunion annuelle de la Société pour l’Étude des Traditions Populaires (SFLS Society for Folk Life Studies) que j’ai co-organisée avec Fañch Postic, collègue au Centre de recherche bretonne et celtique, Brest (CRBC), Inja Smerdel, alors Directrice du Musée Ethnographique Slovène, est venue parler du patrimoine immatériel, dont le savoir-faire des bouviers auquel elle a plus tard consacré un article en anglais (Smerdel, 2013). François Sigaut a présenté ses interrogations sur les façons diverses de labours, sujet qui a fait couler des lacs d’encre tout au long des études rurales en Europe et au-delà. Ensuite, l’équipe de recherche de François (EHESS/CNAM) a suivi avec attention – et attendrissement – l’évolution de ses rencontres avec les agriculteurs de la région nantaise qui ont précédé l’exposition « Des hommes et des charrues ». Attendrissement, parce que c’est la seule fois que nous avons entendu François avouer franchement être ravi qu’on le contredise, et avec ferveur, puisque certains agriculteurs lui ont dit simplement, « mais, non, Monsieur Sigaut, ce n’est pas du tout comme ça qu’on faisait ». François en est revenu ébloui, et heureux. Ces rencontres en pays nantais ont abouti au colloque « Techniques de travail de la terre, hier et aujourd’hui, ici et là-bas » co-organisé par René Bourrigaud et François en 2006, suivi de la publication « Nous Labourons » (Bourrigaud et Sigaut, 2007). Le colloque a attiré des spécialistes de l’agriculture de l’Antiquité égyptienne ou de l’Asie actuelle, d’autres pays européens, des pays du « Sud », tout comme des experts sur les régions françaises et le vocabulaire des parlers locaux. Lors du colloque, Inja Smerdel nous a raconté une allégorie populaire slovène qui a inspiré par la suite le titre de la publication : « Pendant le labourage d’un champ, une mouche se pose sur la corne du bœuf. A sa camarade qui en passant lui demande ce qu’elle peut bien faire là, elle répond : « Nous labourons ».

L’implication à l’international des Européens a été renforcée en 2006 par l’invitation adressée à Jörg Bremond et à moi d’intervenir lors du colloque sur le travail avec des bovins au musée de Colonial Williamsburg, Virginie (USA), fenêtre majeure sur l’énergie animale, tout près de la capitale américaine. C’est aussi durant ces années que les choses prennent une tournure internationale encore plus fructueuse… Le directeur du Musée National de l’Agriculture et des Industries Alimentaires de Pologne, à Szreniawa près de Poznan, le Dr. Jan Maćkowiak, avait déjà un vif intérêt pour un passé « disparu » dans son pays – l’utilisation des bœufs en Pologne, où l’on racontait qu’il n’y avait que des chevaux, affirmation que les enquêtes du musée sur l’art et les documents historiques avait démentie. Lors de la réunion de l’AIMA (Association internationale des musées d’agriculture) à Novi Sad, Kulpin, Serbie, il a entendu ma communication sur le travail avec les bovins et le patrimoine immatériel (Griffin-Kremer, 2008), et les choses se sont emballées – il invite Allemands, Américains, Britanniques, Estoniens, Français, Hongrois, Tchèques et Roumains à assister au colloque « Mission et options pour le développement des musées d’agriculture dans le monde contemporain » dont le thème principal était l’utilisation de l’énergie animale (Griffin-Kremer, 2010b). Le vif intérêt des Polonais pour la traction bovine les a amenés à embaucher un bouvier roumain pour assurer l’utilisation des bœufs de travail à la ferme du musée. Par la suite, ils ont envoyé une équipe de cinq personnes pour accompagner leur zootechnicien en visite d’étude à la ferme du Domaine de Dahlem à Berlin, aux grands musées de plein-air à Detmold et à Lindlar en Westphalie, et à Kommern en Rhénanie, pour finir la tournée à l’Écomusée d’Alsace en France, où ils ont rencontré le Prof. Bernard Denis (Nowakowska et Wołoszyński, 2012).

Ces échanges sur la traction bovine ont renforcé les liens entre les anciens membres de l’AIMA, et ont accompagné, à travers plusieurs réunions en Pologne, en Normandie et en Écosse, une relance importante de l’association, à partir de 2008-2012. Depuis, nous avons pu assurer la mise en place d’un site Internet, le lancement d’un bulletin, l’AIMA Newsletter et, aujourd’hui, un blog régulier diffusé aux membres et aux amis. Le « fil » actuel du blog traite d’un « bétail » particulier, les abeilles, et se révèle très fructueux (AIMA Blog). La relance de l’AIMA a surtout impliqué un travail intense de réseau avec des associations amies, telles l’ALHFAM nord-américain (Association of Living History, Farming and Agriculture Museums), la SFLS (Society for Folk Life Studies), hôte d’une réunion cruciale pour la relance de l’AIMA en Écosse, l’EXARC (l’Association des musées d’archéologie expérimentale). Ce « consortium » de partenaires, et la détentrice des droits, Dr. Grith Lerche, ont réussi en 2019 à mener à bien un projet phare pour l’histoire et l’anthropologie de l’agriculture : la mise en ligne sous la houlette de l’Université de Heidelberg, de la revue Tools & Tillage dans la banque de données HEIDI (Tools & Tillage). « T&T », comme l’appelaient affectueusement ses lecteurs, regorge d’articles sur les outils de labours, comme sur les observations et les expérimentations sur la traction animale, surtout bovine. La boucle ne se referme pas, mais se poursuit, grâce à l’enquête qui sera bientôt lancée par Claus Kropp (Membre pour l’Allemagne à l’AIMA) sur l’utilisation des bœufs de travail dans les musées.

Par ces temps de crise sanitaire, la réunion annuelle en Alsace à l’Ascension, tout comme la formation proposée par Philippe Kuhlmann en mars 2020, ont été annulées, mais Claus Kropp, aidé par le savoir très « technologique » d’EXARC, a réussi à tenir un congrès entièrement numérique le 9-10 mai 2020 sur « l’Expérience de l’expérimentation archéologique », durant lequel il y a eu deux séances sur le dressage et la formation en traction bovine à son musée. Plus de 400 personnes, de l’Allemagne à l’Australie, ont participé en virtuel. Exemple du travail de réseau entre ces associations : Claus était invité à participer au 50e réunion-anniversaire de l’ALHFAM aux États-Unis cet été, annulée mais passée en numérique les 22-26 juin. Il y aurait rencontré de nombreux acteurs de la traction chevaline et bovine d’Amérique du Nord, tels les grands musées comme le Colonial Williamsburg, des musées d’histoire vivante comme Howell Living History Farm, l’association pour la formation en traction animale pour les « small farmers » de partout dans le monde, Tillers International au Michigan (USA), ou les participants venus de la Livestock Conservancy, qui promeuvent les races à petits effectifs ou menacées.

Heureusement, en attendant que les rencontres « en vrai » reprennent, il y a des croisements de fils fructueux entre les experts et la documentation de leurs pratiques. Grâce à la FECTU (Fédération des chevaux de trait pour leur utilisation), la vénérable revue Draft Animal News a pu reprendre et Rural Heritage continue à publier la revue du même nom, consacrée à l’utilisation de la traction animale dans le cadre d’agricultures et d’élevages à modeste échelle. Le maître-bouvier américain et professeur d’université Drew Conroy poursuit son enseignement et les publications qui visent les bouviers de par le monde. Du côté français, l’Écomusée d’Alsace soutient Philippe Kuhlmann pour la rédaction de son manuel, appuyé par la riche documentation de l’EMA, et Olivier Courthiade a depuis longtemps promis de réunir ses nombreux écrits sur l’attelage bovin dans un volume technique, comparable à son ouvrage sur le dressage des mules et mulets. Au sein du groupe allemand (Arbeitsgruppe Rinderanspannung), le site est déjà enrichi par une photothèque de jougs et de harnachements ainsi que d’une bibliographie de référence. Chef de ferme au Musée de Plein-Air du Domaine de Dahlem à Berlin, Astrid Masson, a publié un livre remarquable sur le dressage des bovins dans le cadre d’une exploitation agricole soumise aux contraintes d’un site urbain ouvert (Masson, 2015). Y figurent des chapitres écrits par Rolf Minhorst, le spécialiste du collier à trois points prisé par les Allemands pour son efficacité au travail autant que pour ses qualités reconnues de confort pour les animaux, et par la spécialiste d’éthologie bovine, Anne Wiltafsky, inventrice d’une « Kuhschule » (École de et à Vaches). Astrid Masson est également membre du Conseil d’Administration du GEH (Gesellschaft für Erhaltung alter und gefährdeter Haustierrassen), l’association allemande qui réunit les acteurs pour la sauvegarde et la promotion des races domestiques anciennes et menacées. Il faut noter que bon nombre des bouviers allemands ou français sont des bouvières – Astrid, Anne, la vétérinaire Elke Treitinger « pilote » du site Internet allemand, Christine Arbeit de la Fête de la Vache Nantaise et sa fille Mélusine, ou Elvire Caspar, petite-fille de François Juston, parmi bien d’autres. Avec son enthousiasme bien connu, Nicole Bochet de la SEZ a assisté à la formation à la traction bovine proposée par Manu Fleurentdidier au CFPPR de Montmorillon et assiste depuis des années à la réunion des bouviers à l’Écomusée d’Alsace. Parmi les participants aux réunions à l’EMA ou en Allemagne, la répartition entre femmes et hommes est égale et plusieurs couples mènent des bœufs ensemble.

Les musées et associations citées ici s’impliquent évidemment en faveur de la conservation et de la promotion des races de leurs régions, que ce soient des chiens « bouviers » ou des bovins. Ils répondent au vif intérêt du public pour le travail avec les animaux dans les musées d’histoire vivante, les écomusées ou de plein-air, ou les musées d’archéologie expérimentale. Ils se concertent aussi avec les autres acteurs de la traction animale pour les exploitations de taille modeste, tel le maraîchage, souvent en situation périurbaine, et invitent régulièrement les nombreux développeurs d’équipements tels le français PROMMATA, qui opèrent au niveau international. Il va sans dire que les équipementiers sont bien représentés lors des Fêtes de la Vache Nantaise tous les quatre ans.

Ces passionnés signalent cependant le manque de reconnaissance chez les acteurs plus « institutionnels » des enjeux de la traction animale qui pourrait favoriser une transition vers des sources d’énergie renouvelables, vers une production agricole plus « circulaire ». La traction bovine, ne pourrait-elle pas aider à rentrer dans les confins vertueux du fameux « donut » (Raworth, 2017, 2018) prôné aujourd’hui même par les mandarins de la grande finance, tel Jamie Dimon de la Banque J.P. Morgan Chase ? (Tisdall, 2020 ; Linnane, 2020) Le volume phare de l’UNCTAD Wake up before it is too late, Make agriculture truly sustainable now for food security in a changing world porte sur sa couverture la photo d’un agriculteur qui utilise un attelage de bovins pour labourer son champ. Le livre ne contient cependant aucun chapitre consacré à l’utilisation de l’énergie animale. MOND’Alim 2030, Panorama prospectif de la mondialisation des systèmes alimentaires (2017) consacre une seule page à « ces acteurs de la mondialisation agricole et alimentaire que l’on n’invite jamais », mais il s’agit en l’occurrence de narcotrafiquants et de terroristes qui s’emparent des terres, des transports et des stocks d’aliments dans des pays souvent encore riches d’une agriculture paysanne (MOND’ALIM 2030, 2017).

Si les bouviers allemands, pour la plupart des « Hobbybauer » (paysans amateurs), avouent que leurs bêtes dans l’ensemble ne sont plus adaptées à un travail exigeant, ils poursuivent l’expérimentation avec des races telles la Rätisches Grauvieh (Grise rhétique), petite et trapue, qui ressemblent aux bovins des livres d’enluminures du Moyen Âge. Ils s’accordent à dire qu’il n’y a aucun éleveur en Allemagne comme Philippe Kuhlmann en Alsace qui vise à produire des bêtes aptes à la production laitière aussi bien qu’à l’utilisation au travail. D’ailleurs, les bovins sont la seule source pour la traction et le débardage sur son exploitation. 

fête 2018 de la vache Nantaise (84)

La « grande attelée » pour la fin de la Fête de la Vache Nantaise 2018. Photo Michel Nioulou.

Il y a vingt ans, Nicole Bochet et moi-même avons évoqué l’idée de faire comme les Japonais et leurs imitateurs ailleurs dans le monde : obtenir un statut de « trésors nationaux vivants » pour les experts bouviers. C’était sans doute peu réaliste, mais nous avons posé la question à Olivier Courthiade, aussi Sociétaire, il y a quelques années. Il nous a répondu de sa façon habituelle : « Je m’en fiche de trésors, il faut nous soutenir pour amener plus de travail, c’est ça qui compte, le travail ». Depuis plus de vingt ans, j’ai le privilège de connaître et d’apprendre de gens qui utilisent les bovins dans le travail des musées, pour les loisirs et sur des exploitations où les bœufs ou les vaches sont la principale force motrice. J’ai pu constater le nombre de jeunes qui souhaitent s’installer en agriculture « bio » à économie circulaire, et qui ont pris conscience du plaisir qui peut exister entre un être humain et une bête de travail. À l’instar du programme agricole de l’Écomusée d’Alsace, ils cherchent comment « atteler » la sagesse et la diversité de pratiques traditionnelles aux besoins réels de production (Griffin-Kremer, 2020). Aujourd’hui, suite à une crise qui a renforcé l’intérêt pour les circuits courts de l’approvisionnement alimentaire, je pense qu’il est temps de revoir la copie et d’explorer plus sérieusement le potentiel de l’utilisation de la traction bovine, entre autres.

Les rencontres et les publications de la Société d’Ethnozootechnie qui traitent du « bœuf au travail » remontent bien avant les années 2000. Ne serait-ce pas le moment de revenir à ces questions sur un niveau plus international ? Nicole Bochet et moi-même, nous proposons d’inclure la SEZ parmi les invités lors d’une telle rencontre. Ce serait une occasion de réunir les acteurs cités ici, d’en inviter d’autres, et de remercier la Société pour ses engagements si souvent clairvoyants et courageux. De pouvoir poser la question aussi : une vache ou un bœuf de travail, bref, l’énergie animale, ne rentrent-ils pas facilement dans le fameux « donut » qui ose envisager une autre économie pour le XXIe siècle ? (Raworth, 2017, 2018).

N.B. Ce texte étant bien une « note personnelle », il y a forcément des omissions et des oublis. Que les personnes concernées m’en pardonnent et je ferai mieux une autre fois.

Références

Note : tous les liens Internet cités étaient accessibles le 15 juin 2020

AIMA (Association international des musées d’agriculture) page d’accueil https://www.agriculturalmuseums.org/, bulletins https://www.agriculturalmuseums.org/news-2/aima-newsletters/ et blog https://www.agriculturalmuseums.org/newsevents/news/

ALHFAM (Association of Living History, Farming and Agricultural Museums) https://alhfam.org/ Arbeitsgruppe Rinderanspannung https://www.zugrinder.de/de/ (DE) et German Working Cattle Group https://www.zugrinder.de/en/ (EN)

Attelages bovins d’aujourd’hui, blog : http://attelagesbovinsdaujourdhui.unblog.fr/

AVON (L.), 2006, Traction bovine, inventaire des attelages 2006, Institut de l’élevage. Travail continué par Lucie Markey.

BERTE-LANGEREAU (P.), 1996, Les Galvachers & Charretiers du Morvan, Éditions Nourrices du Morvan, 1996, ou 2000 Le Temps des Attelages, même éditeur.

BERTE-LANGEREAU (P.), Enquête « Propositions concernant les jougs » sur le blog de Michel Nioulou « Attelages bovins d’aujourd’hui » : http://attelagesbovinsdaujourdhui.unblog.fr/2020/04/29/projet-douvrage-sur-les-jougs-de-franceappel-a-contribution-par-philippe-berte-langereau/

BOURRIGAUD (R.) et SIGAUT (F.) (dir.), 2007, Nous Labourons. Actes du colloque « Techniques de travail de la terre, hier et aujourd’hui, ici et là-bas » Nantes, Nozay, Châteaubriant, 25-28 octobre 2006, Editions du Centre d’histoire du travail, Nantes, 2007.

CERRTA (Centre Européen de Ressources et de Recherches en Traction Animale) https://www.formationtractionanimale.com/

Colonial Williamsburg (museum) https://www.colonialwilliamsburg.org/

CONROY (D.), 2008, Oxen: A Teamster’s Guide to Raising, Training, Driving & Showing, 2008; enseignement à l’Université de New Hampshire https://colsa.unh.edu/person/andrew-conroy

COTI (G.), 2014, Compte-rendu des Actes du Colloque sur la traction animale bovine du 10 décembre 2014, Montmorillon (86) sur le blog de Michel Nioulou http://attelagesbovinsdaujourdhui.unblog.fr/2015/01/22/actes-du-colloque-sur-latraction-animale-bovine-du-10-decembre-2014-montmorillon-86-rediges-par-gerard-coti/

DALIN (G.), 1999, Les bœufs au travail, Actes du colloque, Festival Animalier Internationale de Rambouillet (FAIR), 26 septembre 1998.

Des charrues et des hommes, Exposition, 2006, NB il existe encore plusieurs liens pour l’exposition, dont https://grandpatrimoine.loire-atlantique.fr/jcms/l-agenda/les-expositions/expositions-passees/expositions-au-chateau-dechateaubriant/des-charrues-et-des-hommes/parcours-de-l-exposition-fr-p2_136152

Draft Animal News http://draftanimalnews.org/index.php/en/

DUGAST (J.-L.), 2019, Le siècle d’Or du cheval percheron, 1800-1900. Du Perche à l’Amérique, L’Étrave, 2019, 494 pages.

Le chant en plein air des laboureurs, dariolage, briolage… Actes du colloque au Pays de La Châtaigneraie, Ouvrage collectif, Collection EthnoDoc de l’Association de Recherche et d’Expression pour la Culture Populaire en Vendée (Arexpco), L’Harmattan, Vendée Patrimoine, OPCI, 2012.

EXARC (Experimental Archaeology Open-Air Museums) https://exarc.net/

FECTU (Fédération Européenne du Cheval de Trait pour la promotion de son Utilisation) https://www.fectu.org/

Fête de la Vache Nantaise https://vachenantaise.fr/

GEH (Gesellschaft für Erhaltung alter und gefährdeter Haustierrassen / Société pour la Préservation de races domestiques anciennes et menacées) http://www.g-e-h.de/

GRIFFIN-KREMER (C.), 2005, ‘Alzen capitale des bœufs de travail’ in Sabots, N°10 Printemps 2005, 11.  _

2006a, ‘Briolage à la Bergerie Nationale de Rambouillet’ in Sabots N°13, juin/août 2006, 8. 

2006b, Notes Internationales, in Agrimuse magazine N°3, juillet à décembre 2006, p.15-16. _

2007, ‘Briolage et Traction Animale, Un art qui se porte bien’ in Sabots N°16, jan/fév 2007, 52-53, voir photo de J-L Cannelle au labour et Table ronde « briolage » et Journées « Traction animale » au F.A.I.R

2008, ‘Museums and the transmission of intangible heritage. The case of working cattle’ in Iz istorije poljoprivrede, Proceedings of the CIMA XV Conference, ICOM, AIMA, Godiste XV-IVI, 2008, 76-81.

2010a, ‘Wooing and Works: an episode on yoking oxen in the Tochmarc Étaine’ in Eolas, The Journal of the American Society of Irish Medieval Studies, Vol. 4, 2010, 54-85.

2010b, ‘Working with Cattle in Museums: Resources and Potentials’, Congrès 40ème Anniversaire du Musée National de l’Histoire de l’Agriculture et de l’Alimentation, Szreniawa, 24-27 septembre, 2010, 147-154.

2012, ‘Working with Oxen in France and Beyond’ : Museums as Crossroads’ in Folk Life, Journal of Ethnological Studies, Vol. 50, N°2, 2012, 169-192;

2014, ‘Worldwide Animal Power’ in Proceedings of the 2013 Conference of ALHFAM, Vol. XXXVI, 2014, 127-8

2018, A world of real alternatives – the Festival of the Nantaise Cow and working animals today in Heavy Horse World, Winter 2018, p. 69.

2020, ‘Back to the Future. Squaring folk life and cultural diversity at the Alsace Ecomuseum’ in Folk Life 58:1, 57-66. Howell Living History Farm https://howellfarm.org/

JUSTON (F.), 1994, Quand la corne arrachait tout, Ministère de l’agriculture et de la pêche, DGER – S/D FLOPDAC, 1994.

LHOSTE (P.), HAVARD (M.), VALL (E.), 2010, La traction animale, QUAE.

LINNANE (C.), 2020, “Billionaire banker Jamie Dimon urges business and government to use the pandemic to create a fairer world” in Market Watch, 20 mai 2020 pour Jamie Dimon, https://www.marketwatch.com/story/jamie-dimon-urgesbusiness-and-government-to-use-the-pandemic-to-create-a-fairer-world-2020-05-19.

MASSON, (A.), 2015, Handbuch Rinderanspannung Starke Pferde-Verlag, 2015.

MÉCHIN (C.), 2010, Sagesses vosgiennes. Les savoirs naturalistes populaires de la vallée de la Plaine, L’Harmattan.

MINHORST (R.), 2005, 2015, Modernes Geschirr für Rinder https://www.zugrinder.de/en/literature.html (EN) ou https://www.zugrinder.de/de/literatur.html (DE)

MOND’Alim 2030, Panorama prospectif de la mondialisation des systèmes alimentaires, Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, Service de la Statistique et de la Prospective, La Documentation Française, 2017, p. 151.

NOWAKOWSKA, Urszula et Witold WOŁOSZYŃSKI, 2012, « An open-air museum’s study tour in Germany and France from Poland » in AIMA Newsletter N°1 11-12. https://www.agriculturalmuseums.org/wp-content/uploads/2015/01/aimalettre-nc2b01francais.pdf

PETITCLERC (E.), 2016, Attelées ! Campagne&Compagnie, Éditions France Agricole, 2016, 341 pages.

PROMMATA https://assoprommata.org/

RAWORTH (K.), 2017 et 2018, La théorie du donut, l’économie de demain en 7 principes, Plon, 2018 et en version originale Doughnut Economics, Seven Ways to Think Like a 21st-Century Economist, Random House Business Books, 2017. Sommaire avec le « doughnut » en couleurs https://www.oxfamfrance.org/actualite/la-theorie-du-donut-unenouvelle-economie-est-possible/

Revue de l’Ethnozootechnie, N°79, 2006, « Les Bovins : de la domestication à l’élevage »

Revue de l’Ethnozootechnie, N°84, 2008, « L’homme et l’animal : voix, sons, musique… »

Rural Heritage magazine http://www.mischka.com/shop/product.php?productid=16709

Sabots magazine https://www.sabots-magazine.com/ et https://www.journaux.fr/sabots-_animaux_loisirs_150222.html

SFLS (Society for Folk Life Studies) http://www.folklifestudies.org.uk/

SIMON (D.), 2007, ‘Philippe Kuhlmann, Eleveur et bouvier’ 18- 22 ; ‘Ecomusée d’Alsace, Le fleuron européen menacé’ 23-25 ; ‘La Vosgienne, Montagnarde par excellence !’ 26 ; ‘La chanson du Bouvier, vieille chanson de la Guyenne’ in Sabots N°19 juillet/août 2007. Presque toutes ces rencontres des « Bouviers d’Alsace » ou sur Philippe Kuhlmann font l’objet d’articles dans la revue Sabots, il y a donc une quinzaine.

SMERDEL (I.) 2013, ‘What Images of Oxen Call Tell Us: Metaphorical Meanings and Everyday Working Practices” in Folk Life, Vol. 51:1, 2013, 1-32.

SMERDEL, (I.), 2007, ‘Sur le labour à l’araire en Slovénie (fin du XIXe-première moitié du XXe siècle’ : les recherches de Boris Orel’ in BOURRIGAUD et SIGAUT, Nous Labourons, 209-210.

STARKEY (P.) site Internet https://www.animaltraction.com/Starkey-Reports.htm parmi beaucoup d’autres références en ligne

STARKEY (P.), 1994, Systèmes d’attelage et matériels à traction animale, Vieweg, GATE, GTZ Gmbh ;

TAWS, 2004, (Transport Animal Welfare Society) Rapport 2004, Silsoe Research Institute, Bedford http://www.taws.org/TAWS2004/TAWS04-workshop-report-18Apr04-6.pdf

The Livestock Conservancy https://livestockconservancy.org/

Tillers International https://www.tillersinternational.org/ 

TISDALL (J.), 2020, “Covid-19 has changed everything. Now we need a revolution for a born-again world”, The Guardian online, 24 mai 2020, pour Jamie Dimon de la Banque Chase Morgan.

Tools & Tillage en ligne https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/tools_tillage Partenariat et liens par volume ou par article à consulter sur le site de l’AIMA (Association Internationale des Musées d’Agriculture) https://www.agriculturalmuseums.org/category/announcement/

UNCTAD, 2013, Wake up before it is too late, Make agriculture truly sustainable now for food security in a changing world. UNCTAD United Nations Conference on Trade and Development, Trade and Environment Review 2013, 321 pages, aussi disponible en ligne : https://unctad.org/en/pages/PublicationWebflyer.aspx?publicationid=666#:~:text=TER13%2C%20entitled%20Wake%20u p%20Before,released%20on%2018%20September%202013.&text=By%20way%20of%20illustration%2C%20food,for%2 0the%20period%202003%2D2008.

WILTAFSKY (A.), Pour un aperçu du travail d’Anne Wiltafsky https://www.zugrinder.de/en/ (2 minutes) ou https://www.youtube.com/watch?v=rd2ZICFB2Hg (26 minutes, synchronisé en français), mènent à d’autres liens à la « Kuhschule » sur YouTube

Taille d’un joug Vendéen de A à Z en vidéo

20211106_160603

Voici les vidéos de la taille d’un joug Vendéen en frêne chez Michel Nioulou, automne 2021.

20211106_160708

Jougs, contre jougs, le catalogue de l’exposition (1993/1994), Ecomusée de Savigny-le-Temple (77)

11ème rencontre des bouviers

En 1993-1994, l’Ecomusée de Savigny-le-Temple (Seine-et-Marne) présentait l’exposition « Jougs, contre Jougs ».Cette exposition était une initiative de l’AFMA (Fédération des Musées d’Agriculture et du Patrimoine Rural), du musée national des Arts et Traditions populaires, avec le CNRS et bien-sûr de l’Ecomusée de Savigny-le-Temple, pour son financement.

« Cent jougs des provinces de France » étaient proposés à la découverte des visiteurs mettant en valeur leurs variations typologiques et les travaux effectués par les bovins ainsi attelés. Les jougs provenaient des collections du musée national des ATP mais aussi de très nombreux musées ruraux à travers la France.

Depuis lors, aucune exposition de cette importance n’a été réalisée. Le musée national des ATP a reçu le legs de la très importante collection de jougs rassemblée par Jacques Leclerc et est devenu, en 2013, le musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem). L’Ecomusée de Savigny-le-Temple a été dissout et ses collections en partie conservées aujourd’hui au musée départemental de Seine-et-Marne à Saint-Cyr-sur-Morin.

En accord avec les organisateurs et notamment Edouard de Laubrie, à cette époque commissaire-adjoint de l’exposition et aujourd’hui responsable du pôle « agriculture & alimentation » au Mucem et par le biais de Pierre Del Porto, Président de l’AFMA qui en a réalisé la copie, vous trouverez le fac-similé du catalogue de cette exposition, présenté ici en deux parties.

Un grand merci à tous ces acteurs, de permettre de partager ce document qui, sans eux, serait resté confidentiel et oublié.

Pour les découvrir, cliquez sur les liens ci-dessous:

fichier pdf Jougs, contre Jougs 1993 Part 1

fichier pdf Jougs, contre Jougs 1993 Part 2

RÉQUISITION DE BOEUFS EN PAYS CLUNYSOIS PENDANT LA REVOLUTION FRANCAISE, par Maroussia Laforêt

Une histoire de bœufs et de bouviers…

Voici un document qui peut intéresser les amateurs d’animaux de trait et d’attelages.

Venu directement de la fin du XVIII° s., le passage que je vous propose est à la fois anodin et fugitif : quelques mots cachés au cœur de deux délibérations de la ville de Cluny datées de 1795, simples compte-rendus des conseils municipaux de l’époque, qui nous en apprennent finalement beaucoup de la vie quotidienne en Bourgogne du Sud, et plus particulièrement dans le Clunysois il y a plus de deux siècles.

La langue française de 1795 a été conservée dans la transcription (p. 1 à 3), qui reste lisible quoique parfois surprenante question orthographe et ponctuation.

Les passages surlignés en gras font directement allusion à la réquisition des bœufs.

Première délibération : « Boeufs » – feuillet 129

25 nivose an III de la République GUICHARD maire PONIEL LAROCHE ADNOT, MUTIN GUILLEMIN officiers municipeaux, DEBEAUX DUTTRION BARBET FERRIERE PETITJEAN PERRIER et PIRET notables ont paru à la maizon commune […]

boeufs cluny maroussia image 1

De suite un membre a observé qu’à l’exécution de l’arreté du departement du sept du présent mois, et celui du district du dix-sept, on devait […faire la repartition des quatorze bœufs et cinq bouviers qui doivent être levés dans notre canton. Les dits bœufs nantis de deux jougs chaque paire que cette répartition devoit être faitte dans le vingt-quatre heures sont ensuite à se concerter pour le tout avec les officiers municipaux de tout le canton sur les différentes mezures qui pourraient entraver cette operation nottament sur la fourniture de cinq bouviers et qu’en même tem il falloit nommer un expert qui serait chargé de faire l’estimation des dits bœufs et harnais conjoinctement avec celuy du district et un de la part du propriétaire des bœufs sur quoy déliberant le cytoyen MUTIN faizant les fonctions d’agent national en l’absence du cytoyen CHARLES entendu il a été arrété que la repartition des dits quatorze bœufs demeuroit faitte ainsy que suit cluny en fournira deux Pont sur Grosne Mazille Bergesserin et Curtil deux Donzy le National Buffiere et Garde deux Lavineuze Massy deux Cortambert Blanot et Donzy le Pertuis deux Jallogny et Chateau deux et Lournand deux en tout quatorze lesquelles communes seront tenues de faire les dittes fournitures

boeufs cluny maroussia image 2

le plutot possible chaque paire de bœuf ayant deux jougs garnis de leurs agrais pour le trait en telle sorte qu’ils puissent être rendu au chef lieu c’est adire à cluny dans la 8ne [huitaine] de la notiffication qui leurs sera faitte de la prezente déliberation et être estimé par le citoyen DUMONT ainsi que la commune nomme pour expert conjointement avec celuy du district et celuy quil plaira au propriétaire de choizir en prézence de deux officiers municipaux qui dresseront procès verbal de cette operation et de suitte il sera tiré mandat sur le receveur du district pour obtenir payement lequel mandat sur le viza du district sera de faitte acquitté et ont tous les membres

signé la prezente ledit jour étan.

Suivent les signatures du maire, des officiers municipaux et des notables de la ville de Cluny

boeufs cluny maroussia image 3

Seconde délibération : « Procès verbal réglé contre les communes qui nont pas fourni leurs contingents de bœufs » – Feuillets 131 et 132

Aujourd’hui 14 pluviose an III, sur les cinq […] de relevées nous maire et officiers municipaux de la commune de cluny nommés par l’arrêtte du district de macon du 27 nivose pour faire la repartition entre les communes de ce canton du contingents des bœufs jougs et bouviers qu’elles étaient dans le cas de fournir d’après larrête du Comité de Salut public du 19 brumaire dernier le dit contingent déterminé pour notre canton à une quantité de quatorze bœufs par autre arrêtté du district du 17 nivose, nous maire et officiers municipaux après avoir fait la repartition entre les dites communes le 25 dudit mois de nivose leur avait fait parvenir les ordres et instructions tendantes à leur faire fournir leur contingent chacune en cequi les concerne et leur avait a cet éffet de se trouver cejourdhuÿ et faire trouver leurs bœufs garnis de leurs jougs avec leurs propriétaires leurs experts pour conjointement avec REBOUX expert nommé par le district, et DUMONT ainé nommé de notre part faire l’estimation des dits bœufs et jougs et recevoir ensuite le montant de la dite estimation un mandat par nous signé par le receveur du district. La commune de cluny à fourni les deux céans [ici], celles de Blanot Cortambert et Donzy le Perthuis deux, celles de Lavineuse et Massy deux, quant aux autres communes aucunes non présenté ni donné leurs motifs à l’exception de Joseph DECHAISE de Donzy Lenational et qui sans être assisté d’officiers municipaux en droit ni de

boeufs cluny maroussia image 4

ceux des autres communes aux quelles il etait soumis en a présenté deux garnï d’un seul joug mauvais, lesquels dits bœufs ont été refusés par les experts REBOUX et DUMONT pour cause de deffectiosité dont et dutout nous commissaires cette part avons réglés le présent procès verbal du jour et au susdit troisième année républicaine et nous sommes soussignés avec les dits REBOUX et DUMON experts.

Suivent les signatures du maire, des experts, des officiers municipaux et des notables de la ville de Cluny 

Il s’agit de l’une des rares mentions concernant des bœufs dans les Délibérations Municipales D1 conservées aux Archives Municipales de Cluny. On est 1795, « année de la faim », en pleine tourmente révolutionnaire, pendant la Convention: les dates de ces deux délibérations, 25 nivose an III (janvier 1795) et 14 pluviose an III (février 1795), correspondent à une période de privations et de réquisitions pour les habitants de Cluny et des alentours.

« 14 paires de bœufs munis de jougs, deux paires par attelage, avec harnais et  agrais pour le trait ».

Très peu d’informations. Pas d’explication complémentaire. On aurait pu penser, à première lecture, que ces 14 bœufs, avec jougs, harnais et agrès (liens en cuir et/ou corde et anneaux de traction en cuir ou bois torsadé, appelés cordets dans la région) pouvaient être destinés aux labours. Or nous sommes en plein hiver, en janvier et février 1795, un froid exceptionnel s’installe dans tout le Clunysois : « La glace tient la Grosne et empêche le jeu des moulins qui sont arrêtés », et « les amas de neige couvrent l’horizon ». De plus, cette réquisition se fait en plus dans l’urgence. Il faut donc chercher une autre cause que celle d’un hypothétique travail agricole, car les sols sont gelés sur une belle épaisseur.

boeufs cluny maroussia image 5 Collect marie thérèse prost tous droits réservés

Collection M.-Thérèse PROST

Tous droits réservés

C’est dans le contexte de ces années révolutionnaires qu’il faut chercher une éventuelle explication. On a brûlé les terriers seigneuriaux sur la place de la Foire de Cluny en haut de la rue du Merle le 28 septembre 1793, et depuis cette date, la commune procède régulièrement à des réquisitions de subsistances, notamment de grains : « froment, orge, gesses (une légumineuse ressemblant aux pois), turquis (maïs) et seigle ». Dans l’hiver 1793-1794, on les entrepose dans l’église Notre-Dame, et ces céréales sont destinées à nourrir les indigents, environ 5% des 4 000 habitants de cette ville qui, fin XVIII° s., « sont dans une disette effroyable ».

En janvier 1794, le district de Mâcon exige des communes du canton de Cluny des grains, des légumes, de la paille et même « 21 bœufs gras et 4 vaches », ainsi que « tous les cochons tant morts que vifs ».

En mars suivant, on recense « tous les bœufs qui ne sont pas nécessaires à la culture ». La commune a ordre également de fournir du blé pour « les armées et la ville de Paris ».

Ces réquisitions rendues obligatoires par le Comité de Salut public, qui sont destinées à l’approvisionnement des armées et de Paris, sont mentionnées à plusieurs reprises, de façon d’autant plus insistante que nous sommes en hiver, on sait que la « soudure » sera difficile. Les grains se font rares, la crise économique s’installe et les prix augmentent. Les paysans évitent de vendre leur récolte, spéculant sur une éventuelle flambée des cours. Au printemps 1795, le marché de Cluny est vide. Aucun paysan des communes voisines ne vient proposer son grain. La crise de 1795 couvait en fait depuis un moment…

On peut donc penser que cette réquisition de 14 bœufs avec « deux jougs par paire avec harnais et agrès » semble avoir été ordonnée pour transporter les céréales réquisitionnées jusqu’à Mâcon, afin de répondre aux ordres du district et alimenter l’armée et Paris. L’opération ne doit rien au hasard : la répartition se fait par village, y compris la ville de Cluny qui fournit une paire de bœufs (en 1795, les 2/3 de la commune « sont couverts en bâtiments, vignes ou prés »), mais si la Grosne est gelée, la Saône doit l’être également, et les transports par voie fluviale sont sans doute compromis. L’hypothèse est d’autant plus vraisemblable qu’on adjoint à cette réquisition 5 bouviers, capables de mener les charrois.

L’opération est surveillée de près par des Commissaires aux Subsistances et des experts. Les propriétaires sont convoqués. Pour finir, trois paires de bœufs seulement sont livrées. Les communes défaillantes n’ont pas donné d’explications. On devine que les paysans traînent les pieds…

Dans ce contexte, Joseph DECHAISE, cité dans la seconde délibération, fait-il preuve de mauvaise volonté en ne fournissant qu’un seul joug ? N’a-t-il réellement qu’un « joug mauvais » à présenter, alors qu’il est propriétaire de son attelage et qu’il appartient à la catégorie la plus aisée des paysans, celle des laboureurs ?

La défection de plus de la moitié des communes et cette histoire de joug défectueux vont vraisemblablement dans le sens d’une résistance des communautés villageoises au printemps 1795, preuve que la situation se tend, prémisses d’une agitation populaire rurale mais aussi urbaine qui éclatera à la fin du printemps. Ainsi, en juin 1795, à Cluny, la municipalité interdit « le chant des Marseillais », les attroupements, et le tapage nocturne après minuit. Il y a même des patrouilles dans la ville pour garantir la sécurité publique de 7 h. du soir à 3 heures du matin.

Sources : Délibérations de la ville de Cluny

Archives Municipales – D1

27 juillet 1793 – 19 messidor an III

Maroussia LAFORET

1 2 3 9