
Document PDF : 1659-manipulation-bovins
Site du FiBL : https://www.fibl.org/fr/

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La rencontre annuelle des bouviers allemands s’est tenue le week-end du 15 et 16 février. Organisé par Anne Wiltafsky, cet événement a réuni une quarantaine de participants venus d’Allemagne, de Pologne, de Suisse et de France (André Kammerer, Philippe Kuhlmann, Julie Boulenguez et Léonnie Biteau). Ce fut un moment d’échanges riche autour de la traction bovine et du travail avec les animaux.
C’est sous un superbe soleil d’hiver et un paysage enneigé que la rencontre a débuté. Malgré des températures comprises entre -6°C et 2°C, l’ambiance était chaleureuse.
Anne a commencé la matinée en partageant sa routine avec ses veaux. Chacun d’eux reçoit individuellement des granulés et du lait, c’est aussi l’occasion pour elle de les manipuler en douceur, de les toucher et de les masser. Les personnes ont été touchées par la sérénité qui se dégageait de cette interaction entre Anne et ses animaux. Une fois nourris, les veaux ont eu droit à un moment de jeu dans la carrière, où ils ont franchi de petits obstacles sous le regard attentif des participants.
Profitant de ce temps d’observation, Anne a expliqué les bases du comportement et de la psychologie animale, soulignant l’importance d’adapter l’apprentissage aux spécificités des bovins. Elle a également illustré comment ces principes s’appliquent à d’autres animaux de la ferme, comme ses chiens et ses poules.
Un des moments les plus insolites de la matinée a été l’entrée improbable d’un veau dans la maison, équipé de chaussettes antidérapantes. Il a gravi les escaliers jusqu’au deuxième étage pour être nourri, avant de traverser le grenier et de ressortir à l’extérieur pour rejoindre la carrière.
Une fois les veaux nourris, Anne a préparé sa vache Gianna, une Holstein de 14 ans, pour le transport du foin au pré à l’aide d’un traîneau. Les quatre jeunes veaux, Beaux, Bell, Biscuit et Onni, ont ouvert la marche du groupe jusqu’au champ. Anne a installé dans leur pré une bâche qu’elle ouvre ou qu’elle ferme pour garder la paille au sec et proposer une zone de repos propre à ces animaux la journée.
12h – REPAS CONVIVIAL
Le froid étant toujours présent, un feu a été allumé pour griller saucisses et pommes de terre avec distribution de boisson chaude. Chacun a contribué au repas en apportant divers plats : bretzels, fromages, soupes, lentilles, pains, gâteaux, bières, et bien d’autres spécialités. Ce moment de partage a permis aux participants d’échanger et de faire connaissance.
L’après-midi a été consacré à la désensibilisation des jeunes bovins. Anne a installé divers objets (batterie, bancs, bâches, boudins en plastique…) pour permettre aux animaux de les explorer librement. Un des moments improbables a été celui où Anne tirait un petit toboggan derrière elle, invitant les veaux à la suivre. Cette désensibilisation des animaux est importante pour leur stabilité émotionnelle et pour la découverte du monde.
Ensuite, un travail avec de petits colliers et des charges légères a été mis en place. Les veaux ont appris à traverser différentes structures, telles que des bâches, des obstacles et même un groupe de personnes.
Après cet après-midi d’exercices, les participants sont retournés à l’intérieur pour une pause au chaud et poursuivre les discussions.
La fin de journée a été rythmée par une dernière tétée et la routine journalière avec les veaux, offrant un dernier moment d’échange avant le départ pour la soirée.
Les participants se sont rendus à la Lochmühle pour récupérer leurs chambres et partager un repas commun.
La soirée s’est poursuivie par la projection de vidéos et de photos des activités de chacun. Plusieurs interventions ont eu lieu :
– Astrid Masson a présenté son parcours.
– Philippe Kuhlmann a exposé son travail en débardage avec plusieurs paires de bovins et ses outils.
– Un jeune bouvier a partagé son expérience de fauchage de 20 hectares entièrement en traction animale (bovins et chevaux).
– Un autre chantier de débardage réalisé en décembre 2024 a été présenté.
Après cette belle soirée, chacun a rejoint son lit pour une nuit de repos bien méritée.
La matinée a débuté tranquillement avec le nourrissage des veaux, suivi d’échanges par petit groupe.
Philippe Kuhlmann a donné une explication détaillée sur la morphologie des bovins. André a ensuite présenté les hipposandales utilisées lors de la marche de la Corne Rose en 2023, en mettant en avant leurs particularités et les adaptations qui ont été nécessaires pour les bovins.
La matinée s’est poursuivie par une promenade d’1h30 autour de la ferme d’Anne. Ce fut un moment particulier, car chaque paire de veau a trouvé une nouvelle famille au cours du week-end. Leurs futurs propriétaires ont ainsi commencé à les prendre en main et à se familiariser avec eux.
Le week-end s’est achevé par un dernier repas convivial. Les participants se sont dit au revoir, certains promettant de se retrouver lors de prochaines rencontres.
Ce week-end n’aurait pas été possible sans l’engagement de tous les participants, avec qui avons eu le plaisir d’échanger. Nous tenons à remercier chaleureusement Anne et sa famille pour leur accueil et leur générosité, ainsi que tous ceux qui ont contribué à faire de cette rencontre un moment mémorable. En espérant que ces échanges continueront à renforcer les liens au sein des bouviers.
Léonnie Biteau
Depuis l’an passé, deux associations autour de la traction bovine œuvrent pour la promotion et le développement de la pratique. Après la rencontre de l’Ascension 2024 en Creuse à Chatelus-Malvaleix organisée par « L’Association Attelage Bovins d’Aujourd’hui », c’est l’AFMB (Association Française des Meneurs de Bovins) qui organisait ses secondes rencontres désormais itinérantes au fil des années.
Il faut saluer le fait que des membres actifs des deux associations étaient présents tout comme chez Philippe Kuhlmann en Mai.
C’est Agnès et Luc Bernard à Courgenard dans la Sarthe qui accueillaient au sein de « La Ferme d’Héliacynthe », la grosse cinquantaine de participants venus de toute la France. L’itinérance de cette manifestation a le grand avantage de permettre l’accès à la manifestation à un public de la grande région autour du point de rencontre, sans avoir à traverser toute la France. Au fil des ans, toutes les régions aurons cette facilité d’accès grâce au caractère nomade de ces rencontres. Ainsi, cette année, des bouviers et autres personnes de l’Ouest de la France et des Pays de Loire concernés par la traction bovine, étaient présents et élargissaient ainsi le cercle de personnes engagées et désireuses de partager et de promouvoir la pratique.
Ces rassemblements techniques et pratiques sont cependant très conviviaux et l’émulation qu’ils provoquent est évident.
La ferme d’Héliacynthe sur laquelle les propriétaires Luc et Agnès pratiquent la traction bovine depuis 2011, à été l’écrin parfait pour ces trois jours d’échanges. La qualité de l’organisation et de l’intendance de Luc et Agnès et des membres actifs de L’AFMB dont Léonnie Biteau, est à saluer chaleureusement. Elle a permis un déroulement agréable, confortable et efficace de ces trois jours.
Le thème dominant était la sociabilisation, le dressage et la mise au travail de jeunes animaux. Une sixaine d’animaux d’âges différents ont été les acteurs de ces journées.
Jean Léo Dugast, photographe de renom de la traction animale (http://percheron-international. blogspot.com/) et Guy Chapelier un ami de la famille Bernard ont réalisé de nombreux clichés de ces journées. La presse locale ainsi que France 3 Pays de Loire ont couvert l’événement.
Pour cette rencontre, tous les animaux étaient au collier. Deux paires supplémentaires au joug étaient prévues mais, en dernière minute, elles n’ont pas pu être présentes sur la manifestation. Luc et Agnès mettaient à disposition plusieurs animaux à partir de cinq mois dont le boeuf Réglisse. Jo Durand de Gentioux-Pigerolles (23) était venu avec une jeune vache et Marine Ardoin de Baguer-Morvan (35) avait déplacé son jeune boeuf Froment du Léon.
En plusieurs sessions sur la carrière de la ferme, différents intervenants ont décrit et présenté leurs méthodes d’approches et de mise au travail. Laurent Martin de « 2 mains 4 cornes » des Herbiers (85), Philippe Kuhlmann éleveur dresseur de Chatelux-Malvaleix (23), Pascal et Jo Durand paysans de Gentioux-Pigeroles (23) sont intervenus séparément ou conjointement sur les différents ateliers. Une intervention des ostéopathes Laurie Cheramy et David Menu de Bessay sur Braye (72) et de la vétérinaire Clohé Boisseau du Theil sur Huisne (61) ont permis d’aborder l’impact du travail sur l’animal et les bonnes méthodologies à appliquer en conséquence .
Une forêt située au abords de la ferme à permis de débarder des bois de différentes sections en fonction de l’âge et du niveau de travail des animaux.
Un espace « maraîchage » a vu évoluer les bovins avec différents outils dont la Kassine et la forca. Pascal Durand est intervenu en détail pour présenter toutes les possibilités et avantages de la Kassine. Emmanuel Fleurentdidier présentait quand à lui, la forca, outil d’origine espagnol très léger et maniable.
Côté matériels, accessoires et informations, Léonnie Biteau à l’accueil tenait à disposition différentes documentations dont le livre sur l’attelage bovin de Philippe Kuhlmann. Laurent Martin présentait son entreprise autour de l’attelage bovin (prestations, médiation, formation à la traction bovine…) avec documents et matériel ludique. Eline Hoefsloot de Enveitg (66) proposait de nombreux colliers trois points d’occasion remis en état. Emmanuel Fleurentdidier de la région de Montmorillon (86) avait aussi différents jouguets et accessoires en lien avec l’attelage bovin. Léa Rigal, jeune bourrelière de Blanzat (63) avec son entreprise « Les Vaches seront bien Gardées » présentait un licol de sa fabrication et a échangé avec les meneurs afin de cerner les besoins en bourrellerie pour les bovins. Véronique Nioulou, passionnée de travaux de fil, présentait des vire-mouche tressés selon des méthodes traditionnelles et un atelier qui a permis à quelques personnes d’apprendre la technique de tressage de ces indispensables accessoires pour lutter contre les mouches pendant l’attelage . Michel Nioulou présentait différents jougs anciens ou neufs de sa fabrication ainsi que des démonstrations de confection de coussins d’attelage en paille.
Dimanche, animaux et meneurs se sont déplacés au bourg de Courgenard pour présenter le travail avec les bovins sur une terre à proximité de la brocante organisée dans le village. Michel et Véro Nioulou ont présenté des démonstrations (vire- mouche et taille de jougs) Laurent Martin présentait des documents sur son entreprise autour des bovins de travail.
Comme d’habitude lors de ce type de rencontre, la convivialité et la bonne humeur n’ont en rien freiné les échanges techniques et les pratiques de terrain. Le partage de savoir a été intense, les nombreux contacts nouveaux et l’émulation que suscite un tel rassemblement, ont été plus que bénéfiques à tous. Pendant la journée, les repas et les soirées, l’attelage bovin et tout son environnement était LE sujet !!!
Le nombre de nouveaux meneurs ou de personnes en instance de se mettre à l’attelage bovin ne cesse de grandir depuis plusieurs années. A chaque fois la constatation de l’engouement croissant pour la pratique motive chacun d’entre nous et permet de maintenir animaux, lignées de travail, dresseurs, éleveurs, savoirs et savoir-faire. Le milieu est modeste, inconnu de beaucoup, méprisé parfois mais bien vivant, empreint de dynamisme, de bonne volonté et bien ancré dans la réalité d’aujourd’hui. Il vit sa vie au pas, mais avance, sûrement!!!.
Le blog Attelages bovins d’Aujourd’hui, les différents facebook et réseaux permettent le lien et la communication entre chaque rassemblement. Mais les rencontres physiques renforcent ces liens et les concrétisent. Comme chaque fois nous sommes tous regonflés à bloc jusqu’aux prochaines rencontres organisées cette fois ci par l’association ABA pour l’ascension 2025 chez Philippe kuhlmann en Creuse.
Facebook blog ABA: https://www.facebook.com/AttelagesBovins
Association ABA: https://www.facebook.com/profile.php?id=61566358018020
le monde des bovins de travail: https://www.facebook.com/groups/1322217608689601/
AFMB: https://www.facebook.com/profile.php?id=100064865853452
Blog ABA: http://attelagesbovinsdaujourdhui.unblog.fr/
Instagram du bois aux jougs et alentours: https://www.instagram.com/du.bois.aux.jougs.et.alentours/?locale=Google%2B%C4%91%E1%BB%83%2Bl%E1%BA%A1i%2Bd%E1%BA%A5u%2B%E1%BA%A5n%2BSEO[Telegram%3Ae10838].ldf&hl=fr
2 mains 4 cornes: https://www.facebook.com/profile.php?id=61550761745803
Les vaches seront bien gardées Facebook: https://www.facebook.com/profile.php?id=61552726557890
Les vaches seront bien gardées instagram: https://www.instagram.com/les.vaches.seront.bien.gardees/?locale=Google%2B%C4%91%E1%BB%83%2Bl%E1%BA%A1i%2Bd%E1%BA%A5u%2B%E1%BA%A5n%2BSEO[Telegram%3Ae10838].ldf&hl=fr
Travailler avec une vache !
La vache, animal de travail des petites fermes françaises, a encore sa place mais, peut-être, avec des pratiques légèrement différentes de ce qui est connu.
En quelques mots, voici mon avis et mes pratiques.
L’accès au foncier est de plus en plus compliqué, rentabiliser du matériel motorisé sur de petites structures est également difficile, même avoir la nourriture pour de puissants animaux de travail peut être compromis. La vache nous donne du lait, de la viande, les légumes qu’elle permet de cultiver, sans compter son aide pour les transports comme le bois ou le fumier. Je précise que son intérêt ne réside pas seulement dans son utilité, il peut s’agir également d’affinités pour ceux qui ne se sentent pas à l’aise avec des chevaux. Plus placides que des chevaux, les bovins peuvent être plus rassurants.
En quelques décennies de nombreuses choses ont changé:
– Les tracteurs de nos grands-pères ne sont pas les mêmes que ceux d’aujourd’hui, le matériel de traction animale actuel n’est pas forcément le même que celui du 19e siècle, le climat est déréglé et moins prévisible…
Pour s’adapter, certaines techniques agronomiques changent et donc certains outils doivent évoluer. Il en est de même pour les harnachements comme pour les manières de travailler avec les bovins, et il est possible d’intégrer des accessoires et formes connus ailleurs mais moins pratiqués sous nos contrées.
– Le travail avec les animaux dont les bovins, ne fait plus partie de notre environnement quotidien depuis l’enfance, maintenant il s’agit d’une réappropriation des raisons et des savoir-faire. Il y a beaucoup de choses à apprendre, à découvrir, à pratiquer, mais cela laisse également la possibilité de l’envisager sous un nouvel angle, (notamment sur la relation avec les animaux), il ne s’agit plus d’une connaissance et d’ une habitude indiscutable qui se transmettent, mais d’ une recherche parfois mûrement réfléchie.
– Il y a de moins en moins de monde dans les campagnes, on doit travailler seul avec nos animaux, même pour des travaux de précision. Il n’y a plus le vieux ou le gamin pour donner la main. Le guidage et le dressage doivent donc être faits en conséquence.
– Sur les petites fermes, les animaux ne travaillent pas tous les jours car les activités sont très variées entre la production, la transformation, la vente… qui sont souvent les clefs de la survie des petites structures.
– Les travaux lourds, souvent peu rentables en traction animale peuvent, si nous le souhaitons, être réalisés par des tracteurs présents dans notre environnement proche.
– Il reste donc pour la traction animale et plus particulièrement pour les petites structures travaillant avec une vache ou un bœuf, principalement du travail de précision ou du travail en conditions difficiles. Celui-ci est difficilement rentable à la main et trop coûteux en matériel motorisé spécialisé.
En résumé, on a plus besoin de bovins bien dressés et précis que de puissance, ce qui est grandement amélioré par le travail avec un seul animal. Je rajouterai également qu’aujourd’hui nous sommes nombreux à porter haut les questions de bien-être animal et à ne pas souhaiter de relations brutales ou violentes au quotidien. Les animaux qui nous aident dans notre travail, même s’ils sont forcément sous la contrainte ( ils ne voient pas toujours l’intérêt de cultiver des patates ou de sortir du bois), l’acceptent beaucoup mieux quand il y a une contrepartie affective et de l’attention.
Traditionnellement, en France, les bovins sont en général attelés avec un joug double, principalement pour les raisons suivantes:
Le joug, après plusieurs millénaires d’utilisation, s’est affiné et a pris des caractéristiques locales différentes en fonction des animaux ou de la géographie, mais il reste basé sur le même principe, un bois reliant la tête (ou le garrot dans d’autres pays) de deux bovins.
Comme je le précisait plus haut, les harnachements ont évolué et le véritable changement est survenu récemment avec l’arrivé du collier, il y a seulement quelques décennies.
Dans les années 30, à la demande d’Hitler, exigeant un meilleur traitement des bovins au travail, des scientifiques ont élaborés un collier pour bovins qui améliore leur conditions de travail, leur confort au travail et qui également augmente leurs capacités de travail. Il est simple et économique à réaliser et peut relativement facilement passer d’un animal à un autre. C’est le collier 3 points, parfois appelé collier Suisse. En Allemagne, Hitler ayant interdit l’usage du joug, le collier 3 points l’avait remplacé pour le travail en paire comme en solo.
Les bovins, qui ont eu l’opportunité de travailler avec le joug et avec le collier, affirment clairement leur préférence. Un bœuf me disait (en espagnol) qu’il tirait plus facilement la kassine et 5 dents de vibroculteur avec un collier, que la même kassine et 4 dents de vibroculteur harnaché avec un joug simple. La FAO confirme les propos du bœuf !
Pour les raisons citées ci-dessus, j’ai choisi de travailler avec une vache harnachée avec un collier et menée de derrière aux guides, et avec un caveçon. Voici quelques-unes des pistes qui fonctionnent pour moi afin de le faire dans de bonnes conditions :
La sécurité !
Pour la sécurité du bovin comme pour celle du meneur ou de son entourage, ne jamais oublier que l’ordre de base qui doit être intégré avant d’atteler est l’arrêt, le STOP !
Pour cela le caveçon est un très bon outil pour la sécurité, il n’est pas là pour violenter. Même avec un animal gentil et confiant, je l’utilise, car en dressage comme au travail on doit pouvoir faire face à tout imprévu.
En dressage comme pour le travail, j’utilise une sorte de surfaix avec des passants pour les guides. Le surfaix permet d’avoir un point de levier pour les guides en arrière des épaules, ce qui est très important pour les animaux qui font demi-tour sur place, sous les guides. C’est très pratique pour ne pas perdre le contact, surtout avec des jeunes animaux encore vifs.
L’apprentissage se fait par étapes et plus on commence jeune, moins on a besoin de batailles et de conflits, mais également moins on aura besoin de force.
Avant un an, les séances d’apprentissage ne doivent pas excéder 15 ou 20 minutes, et plus ils grandissent, plus leur maturité intellectuelle leur permet de faire des séances longues.
Souvent, ne pouvant les travailler régulièrement, il est préférable et plus efficace de les faire travailler tous les jours pendant 1 semaine ou 2 (même s’ils restent plusieurs semaines sans travailler) que de faire une séance tous les 8 ou 15 jours.
Un animal adulte qui travaille très peu verra de moins en moins l’intérêt de travailler et, il faudra aller au conflit pour remettre en place un travail serein et de qualité . Une période de reprise sera donc nécessaire pour retrouver l’attention au travail en plus de la condition physique. Pour ces raison, il est important d’avoir différents travaux à réaliser au long de l’année mais forcément également une gamme d’outils suffisamment variés ou suffisamment polyvalents pour pouvoir travailler régulièrement.
Voilà quelques infos sur ma manière de travailler et quelques raisons de mes choix.
Emmanuel Fleurentdidier nous propose cet article sur le dressage des boeufs en solo. Nous l’en remercions.
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Actuellement le menage des bœufs se fait le plus souvent de devant, soit en paire à l’aide d’un bâton ou d’un aiguillon, soit en simple, la plupart du temps tenu au licol et à la corde.
Le souci actuellement est que le manque de personnes pour aider le bouvier rend le travail compliqué entre la conduite du ou des bœufs et le guidage de l’outil. Aujourd’hui l’utilisateur de la traction animale est seul, et doit s’adapter à de nouvelles façons de travailler.
L’utilisation des bœufs aux guides fait partie des méthodes de conduites déjà utilisées auparavant, notamment pour la conduite des faucheuses ou dans le cas des attelages mixtes (bœuf/cheval).
Il faut maintenant le mettre au goût du jour, surtout pour des exploitations maraîchères ou viticoles, dans lesquelles l’utilisation de l’animal de traction se fait surtout en simple.
Ainsi, le bouvier peut travailler seul en conduisant le bœuf et gérer l’outil.
Le dressage de l’animal est important, mais il ne faut pas oublier les critères de choix caractéristiques en rapport avec l’attelage, que soit la morphologie (avant développé, membres forts…), le cornage, les aplombs et bien sûr le mental.
Pour l’exemple présenté dans cet article, le choix s’est porté sur la race Vosgienne. Dans les Vosges on trouve encore des animaux aux gènes qui correspondent aux aptitudes réelles de travail et où les élevages ont encore une approche qui permet d’avoir des animaux dociles, loin des élevages intensifs et des stabulations. Le choix se fait au milieu d’un troupeau où l’on observe chaque animal de façon à trouver celui qui va convenir pour le travail.
La morphologie, les aplombs, les cornes, la tête, l’encolure, l’état général de l’animal et son mental font partie des critères de sélection.
L’éducation débute par la prise de contact avec la bête.
On commence par:
Le toucher, le panser, lui donner un nom auquel il va s’identifier, lui mettre un licol et le faire marcher à ses côtés en se faisant respecter, lui faire comprendre que l’on est son meneur et se faire obéir à un ordre principal et de sécurité : le « Oh !».
Il est important aussi de mettre le bœuf dans un endroit clos et de l’observer, de voir comment il se comporte lorsqu’il est en liberté seul ou avec d’autres congénères.
Le dressage va pouvoir commencer. Les animaux sont mis à l’attache à l’étable tout au long de cette phase. Ainsi ils resteront plus concentrés sur l’apprentissage.
Il faut bien faire la différence entre éducation, dressage et travail. Ce sont trois étapes différentes de l’apprentissage.
Ici le dressage va être facilité car nous seront deux, ce qui va permettre d’être en sécurité.
Deux exemples de dressages vont être réalisés et décrits dans cet article :
Le premier avec un jeune animal de deux ans, encore entier, issu du parc, donc pas encore manipulé et l’autre avec un bœuf de quatre ans qui a déjà été mis au joug en paire.
Premier exemple de dressage :
Le jeune bœuf ne connaît rien, il faut donc tout lui apprendre et réaliser les étapes l’une après l’autre, de l’éducation en passant par le dressage jusqu’au travail. Il sera dressé au joug simple.
– Le premier jour de dressage, on commence par le garnissage de l’animal en lui mettant les touchottes (protections des cornes), le chapeau puis le joug.
Il doit apprendre à rester en place, ne pas bouger la tête et porter le matériel. Il a un simple licol et une longe. Le but est de le faire marcher avec tout son harnachement et de lui indiquer simplement le « marcher » et le « oh ».
Pour le moment le dressage se fait de devant ou juste sur le côté du bovin. La séance ne durera pas plus de trente minutes.
Puis l’animal est remis à l’attache et reste garni pendant quinze minutes de façon a ce qu’il apprenne à rester en place harnaché.
– Le deuxième jour de dressage, le jeune bovin est de nouveau garni, on lui met en plus une petite sellette et les guides. Les guides sont prises sur le licol.
La séance se fait à deux meneurs, l’un aux guides, donc placé derrière et l’autre à la longe reliée au licol. Il est muni d’une badine de façon à donner l’impulsion et « l’aide » à l’apprenti bovin.
La technique de menage aux guides est basée sur la « cession », c’est-à-dire que l’on cède à droite pour tourner à gauche et qu’on cède à gauche pour tourner à droite. Cette technique est plus « douce » et fait travailler l’animal avec souplesse et sans contrainte.
La séance de dressage ne dépasse pas trente minutes et est réalisée deux fois par jour. On arrête la séance sur du positif, sur « une action bien exécutée ».
Pendant les deux premiers jours de dressage, le meneur de tête accompagne le jeune bovin sur le côté. Il aide le meneur aux guides en donnant l’impulsion et la cadence du bœuf. Il va passer progressivement de la tête à l’épaule.
Le meneur de derrière donne les ordres à la voix.
Pour le moment, le but de l’apprentissage est de faire avancer le bœuf et de l’arrêter. La séance de travail se fait sur des lignes droites.
– Pour le troisième jour de dressage, le travail est basé sur le rituel et la répétition. Une fois le jeune bovin garni, l’on part marcher. Le meneur de tête reste à l’épaule et le meneur de derrière donne les ordres. C’est à cette phase qu’il commence à donner les indications « à droite » et « à gauche ». Les changements de direction s’opèrent et on commence ainsi les demi-tours. On observe de quel côté il a le plus de facilité à tourner.
– Le quatrième jour de dressage.
Nous avons à disposition une vigne. C’est l’endroit idéal pour canaliser le jeune bovin dans les lignes droite et le faire tourner successivement à gauche et à droite, lui faire respecter les arrêts, les démarrages… On travaille en décomposant les étapes de sa tâche. Le bœuf travaille désormais seul avec son meneur en guide. Le meneur de tête reste en retrait juste par sécurité et intervenir en cas de besoin.
– Le cinquième jour, lors des séances, on répète les exercices et le jeune apprenti répond progressivement aux ordres : « marcher », « à droite », « à gauche », « oh » et « recule ».
– Le sixième jour, vient une séance avec l’utilisation des traits et d’un palonnier. En premier lieu, on va faire une désensibilisation aux bruits des chaînes et du palonnier sur la route.
On passe ensuite à la traction. Cette partie du dressage est délicate pour un jeune bovin, car il n’est pas encore assez formé pour tirer réellement. Un petit pneu est utilisé pour que le poids de traction soit faible et que l’animal ne risque pas de se blesser. La sécurité est respectée pour lui et pour le meneur.
Il sera également mis à l’attelage.
Après dix jours de dressage, le jeune bovin répond à toutes les demandes de son meneur. Il faut maintenant continuer à le faire travailler pour qu’il prenne de l’endurance. A partir de ce moment, le jeune bovin est comme un sportif, on va le travailler progressivement pour qu’il développe son cardio, son souffle, sa musculature.
Deuxième exemple de dressage :
– Le travail de dressage va être réalisé avec un bœuf de quatre ans déjà pré-dressé au joug en paire.
Il a donc déjà quelques bases. Il sait marcher avec un meneur de tête, il doit maintenant apprendre avec un meneur placé derrière lui.
Il est donc garni avec un joug simple, une sellette, les guides et on lui met un caveçon sur lequel les guides sont reliées.
Pour bien démarrer notre travail, on reprend en douceur. Par sécurité on lui met une longe au caveçon que tiendra le meneur de tête.
Cependant, le bœuf doit identifier la personne qui est aux guides comme « le » meneur. C’est pour cette raison que lui seul donnera tous les ordres. Le meneur de tête se tient à l’épaule du bovin et assure le meneur de derrière au cas où le bœuf ne réponde pas aux ordres.
L’apprenti répond déjà aux ordres de « marcher » et « oh ». Il doit maintenant apprendre les ordres venant de derrière, « à droite » et « à gauche ».
La séance commence par des parcours en ligne droite en rajoutant progressivement des demi-tours. On travaille ensuite dans la vigne en respectant certains rituels qui décomposent le travail qu’il devra réaliser par la suite.
La séance se répète deux fois par jour en ne dépassant pas les quarante cinq minutes.
Deux jours suffiront pour mettre le bovin aux ordres.
C’est de l’attelage simple où les brancards sont directement reliés au joug. Le démarrage ce fait avec le meneur aux guides à pied, c’est-à-dire qu’il marche à côté de son attelage et le meneur de tête a toujours la longe reliée au caveçon.
Après quelques mètres, afin d’observer le comportement du bœuf et lui avoir indiqué quelques ordres de maintien de dressage en respectant le meneur, ce dernier monte dans le tombereau.
Le meneur de tête accompagne en restant sur le côté. Puis après quelques temps on peut aussi lâcher la longe du bœuf permettant ainsi au meneur aux guides de gérer seul son attelage. Le dressage est en bonne voie, les prochaines séances ne sont plus maintenant que de la répétition de travail.
Lors du dressage, nous avons pu accueillir des stagiaires du CFPPA de Montmorillon sous la responsabilité de leur formateur A. Léger. Certains ont pu mener ce bœuf en cours de dressage mais surtout ils ont pu observer et comprendre l’utilisation de la Traction Bovine.
En dix jours de travail et en quinze jours de temps, deux bœufs ont été dressés aux guides avec une conduite par derrière.
Cette méthode va permettre de faire évoluer la traction bovine d’une façon plus « moderne » au même titre que la traction équine, aussi bien pour les utilisateurs en maraîchage que dans les vignes.
* Forcat : outil maraîcher, composée d’une limonière (brancards), d’un porte-outil et d’outils : charrue, sous-soleuse, sarcleuse et butoir.
Emmanuel Fleurentdidier
Laurent Janaudy est maraîcher en traction animale à Manziat dans l’Ain. Il travaille avec deux chevaux. Il avait jusqu’en 2014 une paire de vaches Aubracs avant que l’un de ses animaux ne s’écorne. Pour les remplacer, il a donc mis au dressage deux jeunes boeufs Gascons.
Laurent est un fin dresseur et utilisateur que ce soit avec les chevaux ou avec les bovins.
Voici rassemblées dans un même article quatre vidéos qui retracent quatre étapes de dressage des Gascons (les deux premières ont déjà été publiées sur le site, les deux autres sont nouvelles).
Une journée technique organisée dans le cadre des rencontres de bouviers de l’écomusée d’Alsace, s’est déroulée à Soultzeren chez Philippe Kuhlmann le vendredi 15 Mai 2015.
La journée était axée sur le débourrage et dressage des jeunes boeufs.
La longue expérience et le recul de cet éleveur/dresseur de la haute vallée de Munster, dont la seule force motrice au quotidien sur sa ferme est la traction animale bovine, lui permettent de transmettre et de faire partager un savoir appris auprès des anciens et peaufiné par sa pratique de chaque jour depuis de longues années.

Pratiquer est une chose importante pour le maintien d’un savoir-faire, mais le transmettre est essentiel et impératif.
C’est un des objectifs prioritaire de Philippe qui d’ailleurs est en train de rédiger un manuel de dressage et d’utilisation des boeufs de travail.

La journée a rassemblé une bonne quarantaine de participants pour la plupart bouviers, agriculteurs et/ou passionnés venus de tous horizons, le tout sous l’oeil des caméras de la télévision Allemande qui réalisait un documentaire d’une trentaine de minutes sur les quatre jours des rencontres de bouviers de l’écomusée.
Avant d’aborder le thème du dressage, une suite à la journée technique de 2014 était donnée par la venue d’Eric Petit utilisateur de boeufs Vosgiens et d’un outil polyvalent qu’il a nouvellement construit en s’inspirant du matériel conçu et présenté l’an passé par Philippe Kuhlmann.
Ce matériel permet soit de déplacer les balles rondes, soit une utilisation en train avant de débardage qui limite les frottements et la résitance au débardage à la traîne. Sa particularité est qu’il peut travailler, sans dételer, aussi bien en poussant qu’en tractionnant grâce à pivot placé en bout de timon lui même positionné façon col de cygne au dessus des boeufs. Il permet aussi des manoeuvres fines et des déplacements en reculant le matériel mais en ayant les boeufs en marche avant (on évite la difficulté du reculement sur une longue distance des animaux).
Il peut aussi être attelé en solo.


Une démonstration de manipulation de botte ronde et une utilisation en débardage à montrer l’évolution du projet qui a abouti à un matériel facile d’utilisation et performant.


Ensuite, manipulations de sociabilisation, débourrage et dressage ont occupé le restant de la journée jusqu’au soir. Du jeune veau jusqu’au boeuf de trois ans, Philippe a expliqué de nombreuses méthodes de mise aux ordres, de précautions à prendre, de techniques de manipulations pour arriver à obtenir un animal à la fois fiable et volontaire au travail.

Plusieurs paires à différents stades de dressage ont été mises au joug, boeufs Ferrandais, Vosgiens, Hérens.

La fermeté, la patience, la prudence, l’anticipation de réactions, la fréquence et la régularité de travail, la manière de mettre au joug de jeunes bêtes, ont fait l’objet de démonstrations et de débats alimentés par des questions techniques des participants.
Philippe a aussi illustré ses propos par les exemples de sa pratique et son expérience du dressage au quotidien dans le travail. En effet ses animaux sont rapidement mis en situation de travail en adaptant bien sûr la tâche à leur force et à leur avancement dans le dressage. Il dresse généralement au bois en tirant des pièces plus ou moins grosses selon le degré de dressage et l’âge des animaux.
Un volet matériel d’attelage a aussi été abordé par la venue de Mr Mougin qui fabrique entre autres des jougs Vosgiens et de Jean-Claude Mann, bourrelier sellier qui fabrique et répare des colliers d’attelage pour bovins et qui réalise toutes les garnitures nécessaires aux jougs Vosgiens. Leur venue régulière chaque année permet aux bouviers présents d’avoir des contacts avec des artisans rares mais indispensables.

En fin d’après-midi, un boeuf Ferrandais noir a été installé dans le travail à ferrer, et un moment a été consacré au ferrage avec la complicité d’un maréchal ferrant venu de Suisse qui a beaucoup pratiqué le ferrage des bovins.

Malgré la pluie et une température un peu basse, la journée s’est déroulée comme si le soleil avait été de la partie. Le repas de midi et l’excellente soupe aux sept herbes et aux saucisses concoctée par Anne-Catherine Kuhlmann a permis encore plus d’échanges et de convivialité.
Prendre le temps de se rencontrer pour des gens qui travaillent souvent éparpillés sur le territoire est un point très apprécié de tous. Les échanges tant techniques qu’humains et amicaux sont capitaux et attendus chaque année pour repartir chez soi regonflé par l’élan d’une pratique commune ré-alimentée et encouragée par des gens comme Philippe, qui sait chaque année captiver son public par son savoir, sa générosité et sa gentillesse.
Il est parfois des gens essentiels, merci à Anne-Catherine et Philippe d’être de ceux-ci.
Michel Nioulou
Vidéo N° 1
Vidéo N° 2
Vidéo N° 3
Après s’être séparé de sa première paire de vaches de neuf ans à cause de l’écornage de l’une d’entre elles, Laurent Janaudy a commencé le dressage de deux mâles Gascons qu’il a fait castrer récemment.
Cadet et Mignon, qui n’ont pas encore un an, sont déjà en plein dressage.
Laurent les travaille en paire, joints au joug de garrot. Ils sont pour le moment pleins de promesses, avec un caractère facile.
Comme Mignon présente encore plus de docilité que Cadet, il a décidé de le faire travailler en solo, conjointement au travail en paire.

Mené en guides, de derrière, il est déjà parfaitement aux ordres, sans peur et dans un calme étonnant.

Nous suivrons le parcours prometteur de ces deux Gascons un peu loin de leur berceau d’origine, mais qui se sont acclimatés apparemment sans difficultés à la vie en Val de Sâone.