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Géographie et ethnologie de l’attelage au joug en France du XVIIe siècle à nos jours, livre de Mariel Jean-Brunhes Delamarre, 1969

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Voici le PDF d’un livre de Mariel Jean-Brunhes Delamarre.

Cette Géographe et ethnologue Française (1905/2001) a beaucoup travaillé sur le milieu rural en France pour en noter de nombreuses données.

Merci à Philippe Berte Langereau pour nous avoir communiqué cet ouvrage de référence sur les jougs paru en 1969 et aujourd’hui introuvable: 

Géographie et ethnologie de l’attelage au joug en France du XVIIe siècle à nos jours

Cliquez sur le lien ci-dessous pour le consulter.

Document PDF : livre-jougs-delamarre_compressed

 Voir aussi le PDF sur son œuvre par Martine Segalen:

Une oeuvre entre géographie et ethnologie Martine Segalen Dans Ethnologie française 2002/3 (Vol. 32), pages 529 à 539 Éditions Presses Universitaires de France

Document PDF : ethn_023_0529

Les bœufs de Maurice Chevalier à la fête de la moisson, 29 juillet 2023 Brassy (58)

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Merci à Philippe Berte Langereau pour ses photos.

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Le grand char et les charrons du Morvan, livre de Philippe Berte-Langereau, édition Sutton

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Le char et les charrons du Morvan.

 Les véhicules agricoles fabriqués par les charrons ont progressivement disparu des campagnes dès 1950. Dans le Morvan, région de moyenne montagne, ils ont perduré jusque dans les années 1970. Philippe Berte-Langereau s’intéresse au char à quatre roues couramment utilisé dans cette région pour le transport du foin, de la paille, des grumes, du fumier, etc. Il revient également sur l’activité des charrons qui le fabriquaient dans les ateliers de villages. Au-delà de l’évocation technique, ces pages richement illustrées et enrichies de nombreux témoignages, mettent au jour le rôle social et sentimental que ce véhicule jouait dans les fermes d’autrefois.

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Jusque dans les années 1970-75, l’agriculture du Morvan et surtout celle du haut-Morvan a connu un véhicule particulier et qui servait à de multiples occasions dans les fermes familiales du Pays. Il s’agit du grand char à quatre roues tiré par des vaches, des bœufs, un cheval ou plus rarement un âne.

C’était un long véhicule fabriqué par le charron de la commune ou des environs et constitué de deux trains avant et arrière, munies de roues dites «  à embattage », autrement dit de grands cercles de métal qui les protégeaient de l’usure et en assuraient la solidité.

Ce véhicule fut progressivement remplacé par d’autres munis de pneus en caoutchouc à partir des années 1950 et suite à l’occupation et à la fin de la seconde guerre. Mais nombre de fermes poursuivirent avec le matériel ancien faute de succession.

Ce grand char avait des rôles multiples ; transport des foins et de la moisson, du bois, des fumiers, des grumes, etc… Il eut également un rôle particulier : il servit souvent à la famille pour une séance de photo, en guise d’estrade. Ce véhicule était une fierté et nombreuses sont les photos où il figure comme une richesse de la ferme.

Philippe Berte-Langereau a enquêté sur ce char (ou chariot) pour en faire un livre récemment publié aux éditions SUTTON. Il en a étudié la morphologie à partir des derniers exemplaires trouvés ici et là dans le pays et en propose un regard technique sur les différentes parties et leurs noms en patois suivant les secteurs du Morvan et cela grâce à des croquis et à de nombreuses photographies de famille.

Il évoque également la mémoire de quelques charrons qui animaient les villages dans leurs ateliers en travaillant le bois et le fer.

Ce livre permet de faire découvrir un univers disparu aujourd’hui mais qui peut intéresser les amateurs de matériels anciens et les plus jeunes pour qui ce véhicule appartient à l’histoire agricole de notre région.

Editeur : Editions Sutton
Année de parution : 2022
1 vol. (167 p.) : illustrations en noir et en couleur : 24 cm

 

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Les bœufs au travail, vingt ans après – et demain. Une note personnelle Cozette GRIFFIN-KREMER

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Chez Laurent Janaudy Novembre 2017 Photo Véronique Nioulou

Article publié en septembre 2020 sur le site de la Société d’Ethnozootechnie et reproduit avec son aimable accord.

 Ethnozootechnie n° 107 – 2020  cliquez ici pour voir et ici pour voir l’article en ligne.

Une note personnelle Cozette GRIFFIN-KREMER Chercheure associée au Centre de recherche bretonne et celtique, Université de Bretagne Occidentale, Brest 18, rue Gambetta, 78120 Rambouillet Contact : griffin.kremer@wanadoo.fr

Résumé : La Société d’Ethnozootechnie a souvent joué un rôle important dans la reconnaissance de l’utilisation de l’énergie animale et a consacré plusieurs numéros d’Ethnozootechnie aux bovins. Engagée dans les efforts pour faire connaître et apprécier le travail avec les bœufs depuis plus d’une vingtaine d’années, je propose ici une esquisse de l’évolution et de l’actualité des bouviers en France et à l’étranger. Il s’agit surtout d’un long travail à multiples acteurs pour construire un réseau d’information qui a également alimenté un nombre considérable de rencontres et de publications. Mots-clés : travail avec les boeufs, bouviers, savoir-faire, races bovines, travail de réseau.

Working oxen, twenty years later – and tomorrow – A personal note. Summary: The Société d’Ethnozootechnie has often contributed to recognition of the use of animal power and dedicated several issues of Ethnozootechnie to bovines. Having been involved in the efforts to make working with cattle better known and more valued for over twenty years, I would like to propose a sketch of the development and current situation of oxdrivers in France and abroad. This has been a long cooperative work on the part of multiple actors to construct a network that provides information as well as underwriting a considerable number of colloquia and publications. Keywords: working cattle, oxdrivers, skills, cattle breeds, networking.

N.B. Les liens aux revues, sites/blogs Internet, fêtes, associations, institutions ou groupes de travail mentionnés sont indiqués dans la Bibliographie.

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Pierre Nabos et ses boeufs, Fête de la Vache Nantaise 2018. Photo Michel Nioulou

Entre 1995 et le début du XXIe siècle, il y a eu tout un florilège de numéros de la revue Ethnozootechnie consacrés aux bovins, de la transhumance au lait pour Paris, de la domestication au travail, ainsi que l’annonce de travaux importants comme l’inventaire des attelages par Laurent Avon en 2006 qui recensait 146 paires encore attelées en France. Pour certain/es Sociétaires, cette boucle était bouclée par un moment fort lors de la Fête de la Vache Nantaise en 2018 au champ dédié à la traction animale. Laurent nous y a rejoints pour voir le bouvier Philippe Kuhlmann, venu d’Alsace en tant qu’invité des organisateurs de la fête. Cela nous a donné l’occasion d’honorer le travail en faveur des bouviers et le recensement des attelages menés à bien par Laurent. Il a inspiré la continuation actuelle de cet attachement au travail avec les bœufs en France et bien au-delà (Avon 2006 ; travail continué par Lucie Markey). Laurent a aussi retrouvé des amis de longue date comme Nicole Bochet, elle-même apprentie-bouvière.

En 1997, la rencontre à l’EHESS (École des Hautes Études en Sciences Sociales) organisée par Nicole Bochet, Jean-Maurice Duplan et François Sigaut, a donné lieu à la publication du n° 60 de la revue de la Société d’Ethnozootechnie « Les bœufs au travail », tout particulièrement dédié à François Juston, auteur en 1994 du manuel « Quand la corne arrachait tout ». Cet événement fut accueilli avec un tel enthousiasme qu’il a fallu en prévoir un « bis » à la Bergerie Nationale, cette fois organisé par Germain Dalin dans le cadre du Festival Animalier International de Rambouillet (F.A.I.R.) (Dalin, 1999). Olivier Courthiade, muletier, bouvier, responsable de maintes actions pour la reconnaissance des races de chevaux comme le Merens, assista aux deux rencontres. A Rambouillet, l’expert en matière d’attelage au Morvan, Philippe Berte-Langereau, a apporté une partie de sa collection de jougs. Outre ses publications (Berte-Langereau, 1996 ; 2000), il continue aujourd’hui encore à œuvrer pour la reconnaissance du travail avec les bovins. Avec Michel Nioulou, inventeur du blog pour l’attelage bovin, il propose de coordonner une enquête qui permettrait une vue synthétique de la diversité des attelages sur le territoire français métropolitain et d’outre-mer, à l’instar de celle sur le Portugal faite par F. Galhano et de B. Pereira (Berte-Langereau Enquête).

En 2006, la SEZ a de nouveau organisé une rencontre autour des « Bovins, de la domestication à l’élevage » (n°79 de la revue). Plusieurs communications concernaient la traction bovine, celle de Li Guoqiang pour la Chine, celle de la spécialiste de l’attelage slovène Inja Smerdel, centrée sur les relations humaines-bovines, et la mienne sur un témoignage ancien de transition du joug de tête au joug de garrot, étoffée plus tard pour une revue d’archéologie (Griffin-Kremer, 2010a). L’année 2006 était riche pour la traction bovine. Le colloque du 23-24 octobre 2006 sur « Traction Animale et briolage », organisée par Germain Dalin, fondateur du F.A.I.R., la SEZ, la Bergerie Nationale et Jean-Pierre Bertrand de l’Association de Recherche et d’Expression pour la Culture Populaire en Vendée (Arexpco), a accueilli des bouviers vendéens, des « brioleurs » tels Mic Baudimant des Thiaulins de Lignières, le bouvier alsacien Philippe Kuhlmann et le maître cocher Jean-Louis Cannelle, entre autres (Griffin-Kremer, 2006a). La rencontre était fructueuse autant par la convivialité que par les divergences qu’elle a permis de mettre à jour, y compris une anecdote bien révélatrice. La Bergerie avait assuré un triple passage (presque « homérique », pourrait-on dire…) du champ de labour avec un tracteur pour faciliter le travail des bouviers et des brioleurs. Trop facile pour être tout à fait « vrai », selon Jean-Louis Cannelle, qui a tenu à montrer au public qu’une démonstration n’équivaut pas travail réel, en ouvrant une raie « vraie » dans le gazon à côté avec son cheval de trait. Arrivé au bout d’une seule longue raie, Cannelle et son cheval étaient tous deux en nage, et il a invité les spectateurs à toucher le soc de la charrue. Tous ont retiré la main, surpris par l’intense chaleur qui s’en dégageait (Griffin-Kremer, 2007, photo). Cela n’enlevait rien au travail des laboureurs venus de la Vendée. Philippe Kuhlmann jugeait leurs labours « très propres », marque évidente d’estime de la part d’un pair hors-pair (ibid. et Griffin-Kremer, 2006b). L’Arexcpo et divers collaborateurs ont poursuivi ce projet par la suite lors d’un colloque qui a donné lieu à la publication d’un volume remarquable auquel le Professeur Bernard Denis a apporté une contribution – 399 pages et un DVD de chants enregistrés, du Berry au Cambodge en passant par l’Afrique (Le chant en plein air…).

Toujours sur ce sujet de la voix, c’est encore la SEZ qui en 2008 a accueilli une journée d’étude consacrée à « L’homme et l’animal : voix, sons, musique… » (n°84 de la revue). Plusieurs contributions touchaient directement à la question de comment manier les bovins au travail ou racontaient leurs charmes : celle du bouvier Philippe Kuhlmann pour l’Alsace, Inja Smerdel pour la Slovénie, Cozette Griffin-Kremer pour les cultures « celtiques » des Îles Britanniques. Germain Dalin y a évoqué ses propres aventures de « relations » avec les taureaux lors de son travail sur l’insémination artificielle et – pour ne pas être injuste envers les chevaux de trait – Henri Baron nous a époustouflés (le mot n’est pas trop fort) avec son évocation des commandes et surtout la démonstration en plein amphithéâtre de l’Académie de l’Agriculture du claquement de son fouet en micocoulier. Par ailleurs, l’article sur le grincement des chars au Portugal par Mouette Barboff était accompagné d’une photo impressionnante de transport de seigle par des attelages de bœufs, menés par des femmes. Les travaux d’ethnologues recèlent de trésors sur les pratiques et les croyances liées aux bœufs (un seul exemple, Méchin, 2010), spécifiques à tel ou tel terroir, sujet vastissime.

Revenons un peu en arrière dans notre chronologie pour évoquer un grand acteur de la traction bovine – l’Écomusée d’Alsace. En pleine crise d’existence de l’Écomusée en 2006-2007, François Kiesler, chargé du programme de l’agriculture, et le bouvier Philippe Kuhlmann ont malgré tout accueilli la rencontre des Ethnozootechnie  Bouviers d’Alsace (Simon, 2007), à laquelle ont participé des spécialistes de la traction chevaline comme Jean-Louis Cannelle du Centre Européen de Ressources et de Recherches en Traction animale (CERRTA) ou Pit Schlechter de la Fédération Européenne du Cheval de Trait pour la promotion de son Utilisation (FECTU). Ces rencontres se sont poursuivies chaque année depuis et ont vite attiré l’attention de participants étrangers – luxembourgeois, belges, britanniques, suisses, et surtout, bon voisinage oblige, de nombreux allemands. Depuis le début, Philippe Kuhlmann a littéralement fait le pont entre Français et Allemands à travers des réunions dans les deux pays, aujourd’hui renforcées par l’accueil de stages de formation de bouviers deux fois par an au sein de l’Ecomusée d’Alsace. Certes, ce n’est pas le seul exemple de formations – le CFPPA de Montmorillon (Coti, 2014), tout comme des privés comme Olivier Courthiade ou Emmanuel Fleurentdidier, en ont proposées – mais c’est sans doute celle avec l’histoire la plus riche et le rayonnement le plus durable.

Une tradition inventée de l’autre côté du Rhin lui fait écho, puisque les bouviers attachés aux spécificités et aux plaisirs de l’attelage allemand tiennent eux aussi une réunion annuelle depuis 1998. C’est une initiative particulièrement réussie de l’avis de tous, à cause d’une organisation aussi efficace que détendue et simple – trouver un hôte (les candidats ne manquent pas), donner une date fin janvier ou début février lorsque les gens de musées sont plus libres, et voir qui vient, une vingtaine au début, une soixantaine aujourd’hui. En 2020, c’est au tour d’un musée de plein air près de Hambourg, le Museumsdorf Volksdorf, d’accueillir le groupe. Au fil des ans, les rencontres allemandes, avec un saut « à l’étranger » en 2019 en Autriche, ont eu lieu en alternance, chez des privés ou dans des musées de tailles et de vocation variées, souvent dans d’immenses sites tels le musée de plein air à Kommern ou la ferme urbaine du Domaine de Dalhem à Berlin, ou au plus rural Laboratoire de plein-air Lauresham à Kloster Lorsch, abbaye médiévale désignée patrimoine mondial par l’UNESCO, dans le Land de Hessen.

Toutes ces réunions, alsaciennes et allemandes, ont fait l’objet d’articles dans la revue Sabots. Son éditeur, François Durand, propose depuis des années un « coin des bouviers » où trouver des rapports sur d’autres rencontres en France, des témoignages de meneurs comme Olivier Courthiade, Philippe Kuhlmann, Emmanuel Fleurentdidier, entre bien d’autres, ou de jougtiers comme René Alibert et son disciple, Lionel Rouanet (ne pas oublier que le « pilote » du blog des bouviers, Michel Nioulou, est aussi jougtier à ses heures). Aujourd’hui, les informations qui paraissent régulièrement dans les pages de Sabots sont relayées par le blog mis en route par Michel : « Attelage Bovins d’Aujourd’hui ». Ces informations sont diffusées régulièrement par le site Internet des Allemands et par des articles en anglais vers les bouviers du monde anglo-saxon, de l’Angleterre à l’Amérique du Nord jusqu’en Australie (Griffin-Kremer, 2012, 2014, 2018).

Pour les évènements valorisant la traction bovine en France, la Fête de la Vache Nantaise, tant prisée depuis ses débuts par Laurent Avon, soutenue par Bernard Denis et des sociétaires divers, a connu en 2018 un point culminant avec la « grande attelée » – la participation simultanée de cinq attelages, qui travaillaient en face d’un champ dédié au débardage avec des chevaux. Évidemment, la mission de la Fête de la Vache Nantaise est de valoriser et de promouvoir celle-ci, mais les organisateurs font aussi connaître d’autres races au sein du « Village des races locales » et prévoient à chaque fête un « invité d’honneur ». En 2018, c’était le porc basque, venu avec un cortège d’éleveurs, de musiciens et de chefs, car la cuisine est parmi les attractions les plus prisées. Cette manifestation de 2018 a aussi rendu hommage au photographe Jean-Léo Dugast, spécialiste des chevaux percherons, grand connaisseur des Horse Progress Days aux États-Unis, qui fait des recherches en tant qu’historien (Dugast, 2019). Il garde aussi un « coin » dans son cœur pour la traction bovine et ses photos prêtent un cachet exceptionnel aux pages de Sabots. Par ailleurs, Sabots ne néglige pas les documents d’archives et fait appel à des auteurs comme Eric Rousseaux ou Étienne Petitclerc pour donner un aperçu sur le passé de la traction animale, sur les relations ville-campagne ou sur les transports par attelages bovins. Étienne a profité de sa collection personnelle de documents photographiques et de dessins pour écrire un compendium détaillé sur les véhicules qui s’appelle « Attelées ! » (Petitclerc, 2016).

Au fil des ans, un réseau international s’est ainsi tissé. Très tôt, l’activité des bouviers allemands, comme l’implication professionnelle de leur « pilote » dans la sauvegarde des races à petits effectifs dans l’Union Européenne, a attiré l’attention d’un expert en matière de traction animale britannique, Paul Starkey, riche de toute une carrière consacrée aux enquêtes pour la FAO et autres organisations internationales (Starkey, 1994 et site « Starkey »). En 2004, il a invité Jörg Bremond, chef informel du groupe allemand et moi-même à rencontrer divers acteurs du travail avec des animaux de trait et de la recherche sur les équipements à Silsoe, Angleterre, dans le cadre de la réunion de la Transport Animal Welfare Society (TAWS), animée surtout par des vétérinaires soucieux de favoriser le bien-être  humain en promouvant celui des animaux de travail dans les pays du « Sud » (TAWS, 2004), tout comme les « développeurs » français, qui ont fourni des documents et accumulé une expérience remarquable en matière de traction animale (Lhoste et al., 2010). Pour renvoyer l’ascenseur, Olivier Courthiade a consenti à proposer avec moi, au pied levé, une rencontre chez lui, à Méras, en Ariège (GriffinKremer, 2005), à l’automne de la même année pour accueillir les Anglais Starkey et le directeur du Musée de Plein-Air Weald & Downland, Richard Harris, avec les Allemands, dont le spécialiste du développement dans le « Sud » et du collier à trois points Rolf Minhorst (2005, 2008), Jörg Bremond et le bouvier du Musée de Plein-Air de la Rhénanie, Gerd Linden. François Sigaut, connu de tous à la SEZ, Mouette Barboff, ethnologue spécialiste du Portugal, et moi-même avons fait le voyage à Méras, pour y être rejoints par Laurent Avon et le neveu de François, Jacques Holtz.

La même année 2004, lors de la réunion annuelle de la Société pour l’Étude des Traditions Populaires (SFLS Society for Folk Life Studies) que j’ai co-organisée avec Fañch Postic, collègue au Centre de recherche bretonne et celtique, Brest (CRBC), Inja Smerdel, alors Directrice du Musée Ethnographique Slovène, est venue parler du patrimoine immatériel, dont le savoir-faire des bouviers auquel elle a plus tard consacré un article en anglais (Smerdel, 2013). François Sigaut a présenté ses interrogations sur les façons diverses de labours, sujet qui a fait couler des lacs d’encre tout au long des études rurales en Europe et au-delà. Ensuite, l’équipe de recherche de François (EHESS/CNAM) a suivi avec attention – et attendrissement – l’évolution de ses rencontres avec les agriculteurs de la région nantaise qui ont précédé l’exposition « Des hommes et des charrues ». Attendrissement, parce que c’est la seule fois que nous avons entendu François avouer franchement être ravi qu’on le contredise, et avec ferveur, puisque certains agriculteurs lui ont dit simplement, « mais, non, Monsieur Sigaut, ce n’est pas du tout comme ça qu’on faisait ». François en est revenu ébloui, et heureux. Ces rencontres en pays nantais ont abouti au colloque « Techniques de travail de la terre, hier et aujourd’hui, ici et là-bas » co-organisé par René Bourrigaud et François en 2006, suivi de la publication « Nous Labourons » (Bourrigaud et Sigaut, 2007). Le colloque a attiré des spécialistes de l’agriculture de l’Antiquité égyptienne ou de l’Asie actuelle, d’autres pays européens, des pays du « Sud », tout comme des experts sur les régions françaises et le vocabulaire des parlers locaux. Lors du colloque, Inja Smerdel nous a raconté une allégorie populaire slovène qui a inspiré par la suite le titre de la publication : « Pendant le labourage d’un champ, une mouche se pose sur la corne du bœuf. A sa camarade qui en passant lui demande ce qu’elle peut bien faire là, elle répond : « Nous labourons ».

L’implication à l’international des Européens a été renforcée en 2006 par l’invitation adressée à Jörg Bremond et à moi d’intervenir lors du colloque sur le travail avec des bovins au musée de Colonial Williamsburg, Virginie (USA), fenêtre majeure sur l’énergie animale, tout près de la capitale américaine. C’est aussi durant ces années que les choses prennent une tournure internationale encore plus fructueuse… Le directeur du Musée National de l’Agriculture et des Industries Alimentaires de Pologne, à Szreniawa près de Poznan, le Dr. Jan Maćkowiak, avait déjà un vif intérêt pour un passé « disparu » dans son pays – l’utilisation des bœufs en Pologne, où l’on racontait qu’il n’y avait que des chevaux, affirmation que les enquêtes du musée sur l’art et les documents historiques avait démentie. Lors de la réunion de l’AIMA (Association internationale des musées d’agriculture) à Novi Sad, Kulpin, Serbie, il a entendu ma communication sur le travail avec les bovins et le patrimoine immatériel (Griffin-Kremer, 2008), et les choses se sont emballées – il invite Allemands, Américains, Britanniques, Estoniens, Français, Hongrois, Tchèques et Roumains à assister au colloque « Mission et options pour le développement des musées d’agriculture dans le monde contemporain » dont le thème principal était l’utilisation de l’énergie animale (Griffin-Kremer, 2010b). Le vif intérêt des Polonais pour la traction bovine les a amenés à embaucher un bouvier roumain pour assurer l’utilisation des bœufs de travail à la ferme du musée. Par la suite, ils ont envoyé une équipe de cinq personnes pour accompagner leur zootechnicien en visite d’étude à la ferme du Domaine de Dahlem à Berlin, aux grands musées de plein-air à Detmold et à Lindlar en Westphalie, et à Kommern en Rhénanie, pour finir la tournée à l’Écomusée d’Alsace en France, où ils ont rencontré le Prof. Bernard Denis (Nowakowska et Wołoszyński, 2012).

Ces échanges sur la traction bovine ont renforcé les liens entre les anciens membres de l’AIMA, et ont accompagné, à travers plusieurs réunions en Pologne, en Normandie et en Écosse, une relance importante de l’association, à partir de 2008-2012. Depuis, nous avons pu assurer la mise en place d’un site Internet, le lancement d’un bulletin, l’AIMA Newsletter et, aujourd’hui, un blog régulier diffusé aux membres et aux amis. Le « fil » actuel du blog traite d’un « bétail » particulier, les abeilles, et se révèle très fructueux (AIMA Blog). La relance de l’AIMA a surtout impliqué un travail intense de réseau avec des associations amies, telles l’ALHFAM nord-américain (Association of Living History, Farming and Agriculture Museums), la SFLS (Society for Folk Life Studies), hôte d’une réunion cruciale pour la relance de l’AIMA en Écosse, l’EXARC (l’Association des musées d’archéologie expérimentale). Ce « consortium » de partenaires, et la détentrice des droits, Dr. Grith Lerche, ont réussi en 2019 à mener à bien un projet phare pour l’histoire et l’anthropologie de l’agriculture : la mise en ligne sous la houlette de l’Université de Heidelberg, de la revue Tools & Tillage dans la banque de données HEIDI (Tools & Tillage). « T&T », comme l’appelaient affectueusement ses lecteurs, regorge d’articles sur les outils de labours, comme sur les observations et les expérimentations sur la traction animale, surtout bovine. La boucle ne se referme pas, mais se poursuit, grâce à l’enquête qui sera bientôt lancée par Claus Kropp (Membre pour l’Allemagne à l’AIMA) sur l’utilisation des bœufs de travail dans les musées.

Par ces temps de crise sanitaire, la réunion annuelle en Alsace à l’Ascension, tout comme la formation proposée par Philippe Kuhlmann en mars 2020, ont été annulées, mais Claus Kropp, aidé par le savoir très « technologique » d’EXARC, a réussi à tenir un congrès entièrement numérique le 9-10 mai 2020 sur « l’Expérience de l’expérimentation archéologique », durant lequel il y a eu deux séances sur le dressage et la formation en traction bovine à son musée. Plus de 400 personnes, de l’Allemagne à l’Australie, ont participé en virtuel. Exemple du travail de réseau entre ces associations : Claus était invité à participer au 50e réunion-anniversaire de l’ALHFAM aux États-Unis cet été, annulée mais passée en numérique les 22-26 juin. Il y aurait rencontré de nombreux acteurs de la traction chevaline et bovine d’Amérique du Nord, tels les grands musées comme le Colonial Williamsburg, des musées d’histoire vivante comme Howell Living History Farm, l’association pour la formation en traction animale pour les « small farmers » de partout dans le monde, Tillers International au Michigan (USA), ou les participants venus de la Livestock Conservancy, qui promeuvent les races à petits effectifs ou menacées.

Heureusement, en attendant que les rencontres « en vrai » reprennent, il y a des croisements de fils fructueux entre les experts et la documentation de leurs pratiques. Grâce à la FECTU (Fédération des chevaux de trait pour leur utilisation), la vénérable revue Draft Animal News a pu reprendre et Rural Heritage continue à publier la revue du même nom, consacrée à l’utilisation de la traction animale dans le cadre d’agricultures et d’élevages à modeste échelle. Le maître-bouvier américain et professeur d’université Drew Conroy poursuit son enseignement et les publications qui visent les bouviers de par le monde. Du côté français, l’Écomusée d’Alsace soutient Philippe Kuhlmann pour la rédaction de son manuel, appuyé par la riche documentation de l’EMA, et Olivier Courthiade a depuis longtemps promis de réunir ses nombreux écrits sur l’attelage bovin dans un volume technique, comparable à son ouvrage sur le dressage des mules et mulets. Au sein du groupe allemand (Arbeitsgruppe Rinderanspannung), le site est déjà enrichi par une photothèque de jougs et de harnachements ainsi que d’une bibliographie de référence. Chef de ferme au Musée de Plein-Air du Domaine de Dahlem à Berlin, Astrid Masson, a publié un livre remarquable sur le dressage des bovins dans le cadre d’une exploitation agricole soumise aux contraintes d’un site urbain ouvert (Masson, 2015). Y figurent des chapitres écrits par Rolf Minhorst, le spécialiste du collier à trois points prisé par les Allemands pour son efficacité au travail autant que pour ses qualités reconnues de confort pour les animaux, et par la spécialiste d’éthologie bovine, Anne Wiltafsky, inventrice d’une « Kuhschule » (École de et à Vaches). Astrid Masson est également membre du Conseil d’Administration du GEH (Gesellschaft für Erhaltung alter und gefährdeter Haustierrassen), l’association allemande qui réunit les acteurs pour la sauvegarde et la promotion des races domestiques anciennes et menacées. Il faut noter que bon nombre des bouviers allemands ou français sont des bouvières – Astrid, Anne, la vétérinaire Elke Treitinger « pilote » du site Internet allemand, Christine Arbeit de la Fête de la Vache Nantaise et sa fille Mélusine, ou Elvire Caspar, petite-fille de François Juston, parmi bien d’autres. Avec son enthousiasme bien connu, Nicole Bochet de la SEZ a assisté à la formation à la traction bovine proposée par Manu Fleurentdidier au CFPPR de Montmorillon et assiste depuis des années à la réunion des bouviers à l’Écomusée d’Alsace. Parmi les participants aux réunions à l’EMA ou en Allemagne, la répartition entre femmes et hommes est égale et plusieurs couples mènent des bœufs ensemble.

Les musées et associations citées ici s’impliquent évidemment en faveur de la conservation et de la promotion des races de leurs régions, que ce soient des chiens « bouviers » ou des bovins. Ils répondent au vif intérêt du public pour le travail avec les animaux dans les musées d’histoire vivante, les écomusées ou de plein-air, ou les musées d’archéologie expérimentale. Ils se concertent aussi avec les autres acteurs de la traction animale pour les exploitations de taille modeste, tel le maraîchage, souvent en situation périurbaine, et invitent régulièrement les nombreux développeurs d’équipements tels le français PROMMATA, qui opèrent au niveau international. Il va sans dire que les équipementiers sont bien représentés lors des Fêtes de la Vache Nantaise tous les quatre ans.

Ces passionnés signalent cependant le manque de reconnaissance chez les acteurs plus « institutionnels » des enjeux de la traction animale qui pourrait favoriser une transition vers des sources d’énergie renouvelables, vers une production agricole plus « circulaire ». La traction bovine, ne pourrait-elle pas aider à rentrer dans les confins vertueux du fameux « donut » (Raworth, 2017, 2018) prôné aujourd’hui même par les mandarins de la grande finance, tel Jamie Dimon de la Banque J.P. Morgan Chase ? (Tisdall, 2020 ; Linnane, 2020) Le volume phare de l’UNCTAD Wake up before it is too late, Make agriculture truly sustainable now for food security in a changing world porte sur sa couverture la photo d’un agriculteur qui utilise un attelage de bovins pour labourer son champ. Le livre ne contient cependant aucun chapitre consacré à l’utilisation de l’énergie animale. MOND’Alim 2030, Panorama prospectif de la mondialisation des systèmes alimentaires (2017) consacre une seule page à « ces acteurs de la mondialisation agricole et alimentaire que l’on n’invite jamais », mais il s’agit en l’occurrence de narcotrafiquants et de terroristes qui s’emparent des terres, des transports et des stocks d’aliments dans des pays souvent encore riches d’une agriculture paysanne (MOND’ALIM 2030, 2017).

Si les bouviers allemands, pour la plupart des « Hobbybauer » (paysans amateurs), avouent que leurs bêtes dans l’ensemble ne sont plus adaptées à un travail exigeant, ils poursuivent l’expérimentation avec des races telles la Rätisches Grauvieh (Grise rhétique), petite et trapue, qui ressemblent aux bovins des livres d’enluminures du Moyen Âge. Ils s’accordent à dire qu’il n’y a aucun éleveur en Allemagne comme Philippe Kuhlmann en Alsace qui vise à produire des bêtes aptes à la production laitière aussi bien qu’à l’utilisation au travail. D’ailleurs, les bovins sont la seule source pour la traction et le débardage sur son exploitation. 

fête 2018 de la vache Nantaise (84)

La « grande attelée » pour la fin de la Fête de la Vache Nantaise 2018. Photo Michel Nioulou.

Il y a vingt ans, Nicole Bochet et moi-même avons évoqué l’idée de faire comme les Japonais et leurs imitateurs ailleurs dans le monde : obtenir un statut de « trésors nationaux vivants » pour les experts bouviers. C’était sans doute peu réaliste, mais nous avons posé la question à Olivier Courthiade, aussi Sociétaire, il y a quelques années. Il nous a répondu de sa façon habituelle : « Je m’en fiche de trésors, il faut nous soutenir pour amener plus de travail, c’est ça qui compte, le travail ». Depuis plus de vingt ans, j’ai le privilège de connaître et d’apprendre de gens qui utilisent les bovins dans le travail des musées, pour les loisirs et sur des exploitations où les bœufs ou les vaches sont la principale force motrice. J’ai pu constater le nombre de jeunes qui souhaitent s’installer en agriculture « bio » à économie circulaire, et qui ont pris conscience du plaisir qui peut exister entre un être humain et une bête de travail. À l’instar du programme agricole de l’Écomusée d’Alsace, ils cherchent comment « atteler » la sagesse et la diversité de pratiques traditionnelles aux besoins réels de production (Griffin-Kremer, 2020). Aujourd’hui, suite à une crise qui a renforcé l’intérêt pour les circuits courts de l’approvisionnement alimentaire, je pense qu’il est temps de revoir la copie et d’explorer plus sérieusement le potentiel de l’utilisation de la traction bovine, entre autres.

Les rencontres et les publications de la Société d’Ethnozootechnie qui traitent du « bœuf au travail » remontent bien avant les années 2000. Ne serait-ce pas le moment de revenir à ces questions sur un niveau plus international ? Nicole Bochet et moi-même, nous proposons d’inclure la SEZ parmi les invités lors d’une telle rencontre. Ce serait une occasion de réunir les acteurs cités ici, d’en inviter d’autres, et de remercier la Société pour ses engagements si souvent clairvoyants et courageux. De pouvoir poser la question aussi : une vache ou un bœuf de travail, bref, l’énergie animale, ne rentrent-ils pas facilement dans le fameux « donut » qui ose envisager une autre économie pour le XXIe siècle ? (Raworth, 2017, 2018).

N.B. Ce texte étant bien une « note personnelle », il y a forcément des omissions et des oublis. Que les personnes concernées m’en pardonnent et je ferai mieux une autre fois.

Références

Note : tous les liens Internet cités étaient accessibles le 15 juin 2020

AIMA (Association international des musées d’agriculture) page d’accueil https://www.agriculturalmuseums.org/, bulletins https://www.agriculturalmuseums.org/news-2/aima-newsletters/ et blog https://www.agriculturalmuseums.org/newsevents/news/

ALHFAM (Association of Living History, Farming and Agricultural Museums) https://alhfam.org/ Arbeitsgruppe Rinderanspannung https://www.zugrinder.de/de/ (DE) et German Working Cattle Group https://www.zugrinder.de/en/ (EN)

Attelages bovins d’aujourd’hui, blog : http://attelagesbovinsdaujourdhui.unblog.fr/

AVON (L.), 2006, Traction bovine, inventaire des attelages 2006, Institut de l’élevage. Travail continué par Lucie Markey.

BERTE-LANGEREAU (P.), 1996, Les Galvachers & Charretiers du Morvan, Éditions Nourrices du Morvan, 1996, ou 2000 Le Temps des Attelages, même éditeur.

BERTE-LANGEREAU (P.), Enquête « Propositions concernant les jougs » sur le blog de Michel Nioulou « Attelages bovins d’aujourd’hui » : http://attelagesbovinsdaujourdhui.unblog.fr/2020/04/29/projet-douvrage-sur-les-jougs-de-franceappel-a-contribution-par-philippe-berte-langereau/

BOURRIGAUD (R.) et SIGAUT (F.) (dir.), 2007, Nous Labourons. Actes du colloque « Techniques de travail de la terre, hier et aujourd’hui, ici et là-bas » Nantes, Nozay, Châteaubriant, 25-28 octobre 2006, Editions du Centre d’histoire du travail, Nantes, 2007.

CERRTA (Centre Européen de Ressources et de Recherches en Traction Animale) https://www.formationtractionanimale.com/

Colonial Williamsburg (museum) https://www.colonialwilliamsburg.org/

CONROY (D.), 2008, Oxen: A Teamster’s Guide to Raising, Training, Driving & Showing, 2008; enseignement à l’Université de New Hampshire https://colsa.unh.edu/person/andrew-conroy

COTI (G.), 2014, Compte-rendu des Actes du Colloque sur la traction animale bovine du 10 décembre 2014, Montmorillon (86) sur le blog de Michel Nioulou http://attelagesbovinsdaujourdhui.unblog.fr/2015/01/22/actes-du-colloque-sur-latraction-animale-bovine-du-10-decembre-2014-montmorillon-86-rediges-par-gerard-coti/

DALIN (G.), 1999, Les bœufs au travail, Actes du colloque, Festival Animalier Internationale de Rambouillet (FAIR), 26 septembre 1998.

Des charrues et des hommes, Exposition, 2006, NB il existe encore plusieurs liens pour l’exposition, dont https://grandpatrimoine.loire-atlantique.fr/jcms/l-agenda/les-expositions/expositions-passees/expositions-au-chateau-dechateaubriant/des-charrues-et-des-hommes/parcours-de-l-exposition-fr-p2_136152

Draft Animal News http://draftanimalnews.org/index.php/en/

DUGAST (J.-L.), 2019, Le siècle d’Or du cheval percheron, 1800-1900. Du Perche à l’Amérique, L’Étrave, 2019, 494 pages.

Le chant en plein air des laboureurs, dariolage, briolage… Actes du colloque au Pays de La Châtaigneraie, Ouvrage collectif, Collection EthnoDoc de l’Association de Recherche et d’Expression pour la Culture Populaire en Vendée (Arexpco), L’Harmattan, Vendée Patrimoine, OPCI, 2012.

EXARC (Experimental Archaeology Open-Air Museums) https://exarc.net/

FECTU (Fédération Européenne du Cheval de Trait pour la promotion de son Utilisation) https://www.fectu.org/

Fête de la Vache Nantaise https://vachenantaise.fr/

GEH (Gesellschaft für Erhaltung alter und gefährdeter Haustierrassen / Société pour la Préservation de races domestiques anciennes et menacées) http://www.g-e-h.de/

GRIFFIN-KREMER (C.), 2005, ‘Alzen capitale des bœufs de travail’ in Sabots, N°10 Printemps 2005, 11.  _

2006a, ‘Briolage à la Bergerie Nationale de Rambouillet’ in Sabots N°13, juin/août 2006, 8. 

2006b, Notes Internationales, in Agrimuse magazine N°3, juillet à décembre 2006, p.15-16. _

2007, ‘Briolage et Traction Animale, Un art qui se porte bien’ in Sabots N°16, jan/fév 2007, 52-53, voir photo de J-L Cannelle au labour et Table ronde « briolage » et Journées « Traction animale » au F.A.I.R

2008, ‘Museums and the transmission of intangible heritage. The case of working cattle’ in Iz istorije poljoprivrede, Proceedings of the CIMA XV Conference, ICOM, AIMA, Godiste XV-IVI, 2008, 76-81.

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2010b, ‘Working with Cattle in Museums: Resources and Potentials’, Congrès 40ème Anniversaire du Musée National de l’Histoire de l’Agriculture et de l’Alimentation, Szreniawa, 24-27 septembre, 2010, 147-154.

2012, ‘Working with Oxen in France and Beyond’ : Museums as Crossroads’ in Folk Life, Journal of Ethnological Studies, Vol. 50, N°2, 2012, 169-192;

2014, ‘Worldwide Animal Power’ in Proceedings of the 2013 Conference of ALHFAM, Vol. XXXVI, 2014, 127-8

2018, A world of real alternatives – the Festival of the Nantaise Cow and working animals today in Heavy Horse World, Winter 2018, p. 69.

2020, ‘Back to the Future. Squaring folk life and cultural diversity at the Alsace Ecomuseum’ in Folk Life 58:1, 57-66. Howell Living History Farm https://howellfarm.org/

JUSTON (F.), 1994, Quand la corne arrachait tout, Ministère de l’agriculture et de la pêche, DGER – S/D FLOPDAC, 1994.

LHOSTE (P.), HAVARD (M.), VALL (E.), 2010, La traction animale, QUAE.

LINNANE (C.), 2020, “Billionaire banker Jamie Dimon urges business and government to use the pandemic to create a fairer world” in Market Watch, 20 mai 2020 pour Jamie Dimon, https://www.marketwatch.com/story/jamie-dimon-urgesbusiness-and-government-to-use-the-pandemic-to-create-a-fairer-world-2020-05-19.

MASSON, (A.), 2015, Handbuch Rinderanspannung Starke Pferde-Verlag, 2015.

MÉCHIN (C.), 2010, Sagesses vosgiennes. Les savoirs naturalistes populaires de la vallée de la Plaine, L’Harmattan.

MINHORST (R.), 2005, 2015, Modernes Geschirr für Rinder https://www.zugrinder.de/en/literature.html (EN) ou https://www.zugrinder.de/de/literatur.html (DE)

MOND’Alim 2030, Panorama prospectif de la mondialisation des systèmes alimentaires, Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, Service de la Statistique et de la Prospective, La Documentation Française, 2017, p. 151.

NOWAKOWSKA, Urszula et Witold WOŁOSZYŃSKI, 2012, « An open-air museum’s study tour in Germany and France from Poland » in AIMA Newsletter N°1 11-12. https://www.agriculturalmuseums.org/wp-content/uploads/2015/01/aimalettre-nc2b01francais.pdf

PETITCLERC (E.), 2016, Attelées ! Campagne&Compagnie, Éditions France Agricole, 2016, 341 pages.

PROMMATA https://assoprommata.org/

RAWORTH (K.), 2017 et 2018, La théorie du donut, l’économie de demain en 7 principes, Plon, 2018 et en version originale Doughnut Economics, Seven Ways to Think Like a 21st-Century Economist, Random House Business Books, 2017. Sommaire avec le « doughnut » en couleurs https://www.oxfamfrance.org/actualite/la-theorie-du-donut-unenouvelle-economie-est-possible/

Revue de l’Ethnozootechnie, N°79, 2006, « Les Bovins : de la domestication à l’élevage »

Revue de l’Ethnozootechnie, N°84, 2008, « L’homme et l’animal : voix, sons, musique… »

Rural Heritage magazine http://www.mischka.com/shop/product.php?productid=16709

Sabots magazine https://www.sabots-magazine.com/ et https://www.journaux.fr/sabots-_animaux_loisirs_150222.html

SFLS (Society for Folk Life Studies) http://www.folklifestudies.org.uk/

SIMON (D.), 2007, ‘Philippe Kuhlmann, Eleveur et bouvier’ 18- 22 ; ‘Ecomusée d’Alsace, Le fleuron européen menacé’ 23-25 ; ‘La Vosgienne, Montagnarde par excellence !’ 26 ; ‘La chanson du Bouvier, vieille chanson de la Guyenne’ in Sabots N°19 juillet/août 2007. Presque toutes ces rencontres des « Bouviers d’Alsace » ou sur Philippe Kuhlmann font l’objet d’articles dans la revue Sabots, il y a donc une quinzaine.

SMERDEL (I.) 2013, ‘What Images of Oxen Call Tell Us: Metaphorical Meanings and Everyday Working Practices” in Folk Life, Vol. 51:1, 2013, 1-32.

SMERDEL, (I.), 2007, ‘Sur le labour à l’araire en Slovénie (fin du XIXe-première moitié du XXe siècle’ : les recherches de Boris Orel’ in BOURRIGAUD et SIGAUT, Nous Labourons, 209-210.

STARKEY (P.) site Internet https://www.animaltraction.com/Starkey-Reports.htm parmi beaucoup d’autres références en ligne

STARKEY (P.), 1994, Systèmes d’attelage et matériels à traction animale, Vieweg, GATE, GTZ Gmbh ;

TAWS, 2004, (Transport Animal Welfare Society) Rapport 2004, Silsoe Research Institute, Bedford http://www.taws.org/TAWS2004/TAWS04-workshop-report-18Apr04-6.pdf

The Livestock Conservancy https://livestockconservancy.org/

Tillers International https://www.tillersinternational.org/ 

TISDALL (J.), 2020, “Covid-19 has changed everything. Now we need a revolution for a born-again world”, The Guardian online, 24 mai 2020, pour Jamie Dimon de la Banque Chase Morgan.

Tools & Tillage en ligne https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/tools_tillage Partenariat et liens par volume ou par article à consulter sur le site de l’AIMA (Association Internationale des Musées d’Agriculture) https://www.agriculturalmuseums.org/category/announcement/

UNCTAD, 2013, Wake up before it is too late, Make agriculture truly sustainable now for food security in a changing world. UNCTAD United Nations Conference on Trade and Development, Trade and Environment Review 2013, 321 pages, aussi disponible en ligne : https://unctad.org/en/pages/PublicationWebflyer.aspx?publicationid=666#:~:text=TER13%2C%20entitled%20Wake%20u p%20Before,released%20on%2018%20September%202013.&text=By%20way%20of%20illustration%2C%20food,for%2 0the%20period%202003%2D2008.

WILTAFSKY (A.), Pour un aperçu du travail d’Anne Wiltafsky https://www.zugrinder.de/en/ (2 minutes) ou https://www.youtube.com/watch?v=rd2ZICFB2Hg (26 minutes, synchronisé en français), mènent à d’autres liens à la « Kuhschule » sur YouTube

Au costa Rica, attelage des boeufs, labours et fabrication des chars peints

Reportage de l’émission « invitation au voyage » sur Arte. Merci à Philippe Berte-Langereau de nous l’avoir signalé.

Reportage photo sur la fabrication d’un joug à Anost (71) en 1977

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Merci à Philippe Berte-Langereau de nous communiquer cette belle série de photos retrouvées dans les archives de « Lai Pouèlée » par son fondateur Pierre Léger.

Ce reportage photographique a été réalisé en 1977 à Varin sur la commune d’Anost en Saône et Loire, chez Raymond Garnier lors de la fabrication d’un joug dans du hêtre qui était resté quarante ans dans un « èzu » (une mare pour rouir de chanvre).
Photos de Louis Jouvet et Philippe Berte-Langereau.
Voici aussi la vidéo qui l’accompagne.

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Projet d’ouvrage sur les jougs de France, appel à contribution, par Philippe Berte-Langereau

joug appel

Philippe Berte-Langereau est un grand connaisseur du monde des attelages bovins. Il a en particulier beaucoup travaillé dans un cadre associatif, sur les attelages de sa région du Morvan 

Il se propose de faire un travail sur les jougs de France. Mais a besoin de la collaboration de tous.

Si déjà chaque lecteur du blog « Attelages Bovins d’Aujourd’hui » communique des photos, des informations sur les jougs qu’il utilise s’il est bouvier, ou sur les jougs qu’il connaît s’il est simple possesseur de joug, une masse considérable de données pourraient rapidement être collectées. Nous comptons sur vous ou sur votre réseau de connaissances.

Ce travail, en le menant à son terme, serait d’un intérêt ethnographique majeur.

Ne craignez pas de prendre contact avec Philippe dont les coordonnées sont notées à la fin de l’appel pour voir avec lui comment procéder simplement. 

Faites tournez l’infos dans vos carnets d’adresses et sur vos réseaux sociaux.

Merci, on compte sur vous!!!

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Propositions concernant les jougs (bœufs, vaches, mules, etc…)

Un constat s’impose : il n’a jamais rien été publié sur le joug sur l’ensemble du territoire français, territoires d’Outre-Mer compris. Les travaux de M. Juston, de Mme Jean-Brunhes Delamarre ou d’autres dans des monographies régionales, sont des ébauches de ce qui pourrait être plus complet, et surtout synthétique pour une vision d’ensemble et comparative comme cela a été fait pour le Portugal, par exemple, avec les travaux très fournis de F. Galhano et de B. Pereira.

C’est d’autant plus dommage que la France a connu une très belle variété de jougs et surtout d’attelages joug/timon avec la richesse linguistique qui va avec. C’est aussi dommage pour celles et ceux qui, depuis quelques années, s’intéressent à ces pratiques, dressent, fabriquent, taillent pour des attelages d’aujourd’hui.

Michel Nioulou a eu l’extraordinaire initiative de créer un blog que beaucoup connaissent aujourd’hui et qui permet un lien moderne entre les personnes que ces techniques intéressent.

Nous en avons parlé. Il s’avère que ce blog permet de lancer la présente proposition : motiver une équipe de personnes pour un travail collectif. Chacun(e) dans sa région ou son secteur pourrait se donner pour objectif d’étudier les jougs et les techniques qui vont avec dans ce secteur bien délimité.

Un premier jet de plan pourrait être le suivant :

  • Le joug, pièce de bois (essences de bois utilisées, formes, etc….).
  • Les différentes parties du joug avec terminologie locale.
  •  Le système d’attache au timon avec terminologie.
  • Les jougs particuliers : extensibles pour la vigne ou le maïs, à trois têtes, à une tête, etc…
  • Les accessoires du joug, coussins de cuir, de paille, de jonc, les lanières, etc…
  • La fabrication d’un joug et ses étapes.
  • La décoration (sur-jougs, peintures, tailles du bois au ciseau, etc…).
  • Le travail avec les bêtes, le dressage, la conduite, les races de travail, etc…
  • Les fabricants de jougs connus.

Il faudrait que ceci soit accompagné de photos anciennes et contemporaines, de cartes postales anciennes, de croquis, de dessins, de textes précis tout en restant techniquement accessibles.

Par ailleurs, pour les personnes qui ne souhaitent pas s’investir trop lourdement, elles peuvent envoyer une ou des photos d’un ou plusieurs jougs en leur possession. Ceci en donnant quelques précisions si elles les ont : dimensions, essence de bois, noms des parties du joug, fabricant quand il est connu, région précise d’utilisation.

Je me propose d’en être le coordonnateur et, bien sûr, nous sommes ouverts à d’autres suggestions, compléments, etc… A partir du moment où une équipe se sera constituée, il faudrait travailler avec des dates butoirs. C’est le plus efficace. Quand c’est possible, il faudrait proposer une collaboration avec des musées régionaux qui ont souvent une collection de jougs plus ou moins importante (comme à Villard-de-Lans par exemple, dans le Vercors).

Enfin, cela pourrait déboucher sur une publication (par souscription par exemple).

Pour me contacter :

 6 joug de montagne de la loire philippe Gaillat (159) logo

Attelage de boeufs dans des vidéos d’archives Portugaises

Vidéos trouvées sur les conseils de Philippe Berte-Langereau. Merci à lui.

 

Les galvachers du Morvan par Philippe Berte-Langereau

Une équipe de galvachers de Corcelles (Anost) mise en scène par le photographe dans les années 1925-30 (lieu non déterminé).

Philippe Berte-Langereau, grand connaisseur des attelages bovins du Morvan, auteur de nombreux ouvrages sur le sujet, après nous avoir fait connaître des films inédits des derniers attelages du Morvan, nous fait l’honneur de nous communiquer un texte sur les galvachers, ces Morvandiaux voituriers aux boeufs qui exportaient leur travail en dehors de leur région natale.

Nous le remercions une nouvelle fois pour son soutien et sa collaboration précieuse dans l’intérêt de tous.

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LES GALVACHERS

  1. QUI ETAIENT LES GALVACHERS ?

Le terme de « galvacher », passé au folklore du Morvan par le biais du « Chant des Galvachers » qui est un hymne du Morvan, désigne des charretiers de bœufs qui partaient avec leurs bêtes et leur matériel débarder les grumes, transporter des pierres ou des étais de mine etc… dans des régions éloignées de la leur de parfois 2 à 300 kilomètres, voire davantage. On les a souvent désignés également sous le terme de « voituriers », terme qui figure dans les actes ou les documents officiels que l’on peut retrouver en archives.

Cette migration était saisonnière (du printemps à l’entrée de l’hiver), temporaire (plusieurs années avec retour au pays) ou définitive avec l’installation dans une nouvelle région où la famille morvandelle faisait souche.

A quelle époque ont pu commencer ces mouvements migratoires ? Au stade des recherches actuelles, rien ne peut permettre de donner des informations précises. Le plus ancien document que j’ai pu consulter pour l’instant date du 24 mai 1764 qui mentionne une mésaventure survenue à Dixmont en forêt d’Othe (Yonne) à Jean Trinquet et Lazare Rouleau, « voituriers boeutiers » de Montignon (Arleuf). Mais il est évidemment probable que les mouvements de charrois se pratiquaient depuis longtemps déjà.

Quoi qu’il en soit, ce phénomène a concerné l’ensemble du massif morvandiau, de l’Avallonnais où il persista jusqu’après la guerre de 1914 jusqu’au sud du Morvan, à Saint-Prix notamment, au pied du Mont Beuvray et du Haut-Folin.

Ce furent des centaines d’hommes, patrons et commis, parfois accompagnés de leurs épouses et de leurs enfants, qui partirent pour les forêts de l’Allier (Tronçais), de l’Yonne, du Cher, de la Nièvre et, plus loin, de l’Aube (Othe et Orient), de la Marne, de la Haute-Marne, des Vosges, de la Côte-d’Or et plus loin encore, jusqu’en Normandie. Les déplacements se faisaient ordinairement à pied sur une distance moyenne de 25 kilomètres par jour mais, avec l’apparition du chemin de fer, on transporta souvent aussi le matériel et les bœufs en wagon selon les endroits où l’on se rendait.

Ces travailleurs venaient d’Avallon (les Granges, Chassigny, Cousin-le-Pont, Magny), des cantons de Lormes, de Corbigny (Cervon, Gâcogne, Mhère), de Montsauche, de Château-Chinon, de Lucenay-l’Evêque, de Quarré-les-Tombes, etc…et les derniers à partir furent ceux d’Athez et de Corcelles (Anost) qui persistèrent jusque dans les année 1930 pour capituler devant la concurrence des camions et engins de débardage.


A Argenvières dans le Cher, le halage d’un tronc de peuplier dans une zone humide des bords de Loire. (1928)

Et tous ces déplacements, ces bouleversements familiaux, toute cette vie rythmée suivant les mois, que rapportaient-ils ?

Si l’on en juge par les enfants et les petits-enfants de ces familles, on a gagné de l’argent ; en tout cas, infiniment plus qu’en demeurant au village. Aujourd’hui, les photos, les témoignages, les maisons, les propriétés sont là pour l’attester. Certes, on n’a pas fait fortune mais on a pu se permettre des dépenses et la réalisation de projets qui n’auraient jamais été possibles sans cet apport d’argent.

 

  1. CE QU’EN ONT DIT LES AUTEURS DE L’EPOQUE.

Curieusement, ce phénomène migratoire a été assez peu évoqué par les auteurs et notamment ceux du 19ème siècle qui l’ont pourtant côtoyé. Quelques textes, cependant, nous donnent des détails et des chiffres qui permettent de corroborer les collectages qui ont été menés auprès des enfants ou petits-enfants de ces galvachers.

En 1853, Dupin écrit dans son livre « Le Morvan » :

«  Les galvachers, c’est ainsi qu’on appelait les bouviers du Morvan qui s’en allaient au loin faire des charrois dans les forêts mieux exploitées que les leurs. Il y a presque trente ans, on voyait encore passer, avec une curiosité impressionnante, ces lourds chariots traînés par de grands bœufs blancs aux cornes longues et écartées. Ils emmenaient le foin nécessaire à la subsistance des animaux et pour eux le salou (saloir) abondamment pourvu.

Au début du 19ème siècle, toutes nos communes comptaient encore de nombreuses paires de bœufs pour galvacher : Montsauche, 35 paires ; Moux, 54 ; Alligny, 19 ; Saint-Brisson, 104 paires. Les derniers survivants venaient de Cussy et d’Anost. Ils se dirigeaient vers la Bourgogne en répétant, à la cadence de l’attelage, des complaintes où se croisaient toutes les sensations de leur vie. »

En 1909, Levainville écrit dans son ouvrage « Le Morvan » :

« La Picardie ou Bas-Pays, pour l’habitant du haut-Pays, commence là où finit le Morvan : Auxerre, Troyes, Laon, Melun, les environs de Paris, comme la Picardie elle-même, sont la Picardie. Ce mot Picardie usité dans tout le pays est une des conséquences de la visite annuelle des marchands de Paris qui viennent en Morvan acheter de gros bœufs charretiers à destination du pays des betteraves et qui profitent de la louée du 1er mars pour y retenir quelques domestiques.

La profession de boeutier est le dernier souvenir de la profession de galvacher autrefois si répandue et qui ne subsiste plus qu’au pays d’Anost.

Les pièces d’archives du commencement du 19ème siècle montrent qu’il existait dans l’arrondissement de Château-Chinon environ 90 individus qui allaient annuellement travailler hors du département avec une voiture et des bœufs. 80 d’entre eux entreprenaient des transports, notamment de bois de chauffage, pour l’approvisionnement de Paris. Ils s’absentaient 6,7,8 mois de l’année du printemps à l’automne. Ils se dirigeaient sur les ports de bois et le plus souvent à Dormans, Mussy et Crissée (Marne), Montereau, Brisson, Saint-Fargeau, Saint-Sauveur (Yonne), Saint-Germain-des-Bois, Dijon (Côte-d’Or), Autun (Saône-et-Loire), Bourbon-l’Archambault (Allier), Châtillon/Loire (Loiret). Chacun d’eux pouvait rapporter dans une campagne environ 400 francs, tous frais payés . […]

Actuellement, le développement des voies ferrées a considérablement diminué et modifié le métier de galvacher. Cependant, ils existent encore à Anost et Gien/Cure. Ils partent tous les ans en mars et reviennent en novembre. Généralement, ce sont les employés d’un propriétaire de bétail qui fait cette exploitation en grand : un seul possède plus de 50 paires de bœufs. Les attelages sont envoyés au loin, dans un pays où l’élevage n’est guère prospère, jusque sur le Plateau de Langres ou en Lorraine. Ils entreprenaient les transports et les travaux des champs. Une paire de bœufs s’y loue 12 ou 15 francs par jour. Très habiles, très économes, les conducteurs, quand ils doivent rester sur place, louent un pré et y installent leurs bêtes à la rentrée du travail. Très solides, ils vivent rudement. Ils ne se payent une ribote qu’au retour. La commune de Vandenesse a la spécialité de ces agapes. Autant que possible, les bœufs sont vendus dans le voyage et d’autant plus cher qu’ils sont dans un pays où ils font défaut. Ceux qui reviennent au pays sont liquidés en décembre à la foire d’Anost où les emboucheurs viennent les chercher pour les engraisser dans le Bazois. Le bénéfice net d’un attelage de galvacher peut atteindre des prix élevés : plus de 800 francs.

Pour la région de Quarré-les-Tombes, voici ce que disait l’abbé Henry en 1874 :

« On compte quatre classes d’émigrants : les galvachers, les manouvriers, les jeunes gens et les nourrices. Les premiers, appelés aussi charretiers, exercent cette profession depuis plusieurs siècles. Ils vont dans les départements voisins, dans un rayon de trente à quarante lieues, comme aux environs de Nevers, d’Auxerre, de Joigny, de Montereau, de Reims, des Riceys. Ils s’occupent uniquement de l’exportation des bois dans les ventes. Ils passent pour maraudeurs, laissant aller pendant la nuit leurs bœufs dans les prairies prohibées et enlevant pour eux-mêmes des pommes de terre, des fruits. La commune de Saint-Brisson comptaient, en 1835, cent sept paires de bœufs occupées à ces travaux. Celle de Dun-les-Places en voit partir, chaque année, plus de cinquante et celle de Quarré, une dizaine seulement. On évalue celles qui sortent de Saint-Agnan et Marigny à vingt pour chaque commune. Cette spéculation a beaucoup perdu dans l’esprit du pays et ne tardera pas à être abandonnée parce que les routes qui sillonnent aujourd’hui les forêts permettent aux chevaux de faire un service que jusqu’alors les bœufs, par leur patience, pouvaient seuls exécuter. Le hameau de l’Huis Laurent, distant de la chapelle de Saint-Eptade et sur la commune de Dun-les-Places, envoyait encore en 1850 jusqu’à dix paires de bœufs pour ces charrois. Le service des chevaux les a tous congédiés.

En 1897, Gaston Gauthier écrivait pour la région de Decize où se rendaient les charretiers morvandiaux :

« On les voit, l’aiguillon sur l’épaule et la pipe à la bouche, suivre lentement leurs lourds chariots attelés de bœufs amaigris par la fatigue. De temps en temps, les bouviers piquent leurs animaux en les appelant par leur nom (car chacun à le sien : Chavan, Corbin, Frisé, Rassignot) et leur geste est souvent accompagné d’un juron retentissant « tounarre me breûle ! » qui fait hâter le pas de l’attelage.

Quelquefois, ils tirent avec précaution de leur poche la dernière lettre du pays qui leur donne des nouvelles de la famille et du bestiau. Après une lecture laborieuse, ils portent à leurs lèvres la feuille de papier avant de la remettre dans l’enveloppe.

Quand ces hommes laborieux arrivent dans le Decizois, ils cherchent dans le voisinage de la coupe dont ils doivent transporter les produits, une maison hospitalière où l’on consent, moyennant une faible redevance, à les coucher sur la paille et à leur préparer la soupe soir et matin. Ils louent également à proximité un pré (ils appellent cela « louer lâs harbes ») où les animaux paîtront et se reposeront pendant la nuit. Celle-ci est courte d’ailleurs, car les bouviers rentrent souvent fort tard et partent de grand matin.

En effet, levés dès l’aube, ils mangent hâtivement la soupe, mettent du pain dans leur sac ou dans leur poche et vont au pré chercher les bœufs pour les courber sous le joug. Alors, les chariots rangés la veille sur les banquettes des routes, partent en tous sens : les uns, chargés, sont dirigés vers Decize, tandis que les autres, vides, prennent le chemin des bois. Le travail achevé, les animaux mangent et soufflent un peu pendant que les conducteurs prennent sur le chariot même ou à son ombre leur frugal repas de midi : pain et fromage arrosés d’eau, rarement d’un verre de vin.

Bois d’équarrissage, charbonnette, moulée, charbons, perches et étais de mine sont voiturés ainsi par les bouviers morvandeaux dont les chariots se croisent sans cesse sur les routes et les chemins qui relient Decize aux coupes exploitées à plusieurs lieues à la ronde. »

Enfin, Jean Simon, instituteur et maire de Lavaut-de-Frétoy, écrivait en 1883 dans ses « Statistiques de Lavaut-de-Frétoy » :

« Bien peu y font fortune ; beaucoup même y ont mangé leur petite aisance et auraient mieux fait de rester cultiver leurs terres. Mais une fois endurcis à ce métier, les charretiers n’ont plus de goût à la culture. Il n’est pas difficile d’être galvacher, il suffit d’acheter deux ou trois paires de bœufs à crédit, de faire construire un ou deux chariots et d’aller entreprendre de l’ouvrage. A la Saint-Martin, on revend les bœufs avec deux ou trois cents francs de perte par paire ; il faut aussi payer pâture, foin, charron, maréchal, boulanger et si le charretier a quelques centaines de francs de bénéfice, il s’estime très heureux. »

 

3) POURQUOI SONT-ILS PARTIS ?

Cette migration semble ancienne mais il n’est actuellement pas possible d’en situer l’origine avec certitude. Néanmoins, quelques documents écrits peuvent livrer, ici et là, des pistes qui permettent d’avancer. Ainsi ai-je pu retrouver aux archives départementales d’Auxerre (supplément 1erB) un document datant du 24 mai 1764 qui mentionne une mésaventure survenue à Dixmont en forêt d’Othe dans l’Yonne, à Jean Trinquet et Lazare Rouleau, « voituriers boeutiers » de Montignon (Arleuf). Mais il est évidemment certain que les mouvements de charrois se pratiquaient depuis longtemps déjà. Ainsi, M. et Mme Fournier ont-ils effectué des recherches généalogiques sur leur famille originaire des Fourniers, des Guichards et de Bousson-le-Haut (Quarré-les-Tombes). Simon Fournier (1777-1846) est cité comme « voiturier à Bousson-le-Haut. Son fils François, né en 1823, quitte le Morvan pour les Riceys-Bas (Aube) et son petit-fils, né en 1858, est également voiturier au Riceys.

Etienne Bon, né en 1800 à Saint-Brisson, quitte ce village en 1847 pour Vauciennes dans la Marne.

Jean Barat, dit « L’Homme de Fer », de Saint-Brisson meurt en 1856 après avoir longtemps entrepris des transports de bois sur Epernay (Marne). Jean Malcoiffe, né le 30 janvier 1842 à Bussières (Ouroux-en-Morvan) s’installe à Dizy près d’Epernay dans la deuxième moitié du 19ème siècle. Léonard Jeanguyot, né le 10 mars 1812 à Mhère, quitte, semble-t-il, le Morvan la première fois en 1853 pour décéder dans la Marne à Saint-Martin-d’Ablois en 1860, alors en activité de charroi.

Si ces hommes, dans une première étape et ces familles, ensuite, pour quelques-uns, ont quitté le Morvan, c’est que, d’une part, la population y devenait trop nombreuse pour nourrir des familles conséquentes et que, d’autre part, certains ont éprouvé le besoin de tenter l’aventure pour une vie meilleure et qu’enfin, on a voulu améliorer l’ordinaire, agrandir un patrimoine foncier, faire ou refaire une maison et des bâtiments.

Les préoccupations ont été identiques pour les nourrices. Mais alors que les femmes étaient liées au pays par leur enfant, les jeunes commis charretiers ou un entrepreneur célibataire n’ont pas hésité à tout quitter pour s’installer ailleurs et y faire souche.

D’autres, ayant laissé leur famille dans le Morvan ont adopté la migration temporaire sur plusieurs années de façon à atteindre un but qu’ils s’étaient fixé : l’achat de terres, la construction d’une maison. En effet, au 19ème siècle, les paysans qui avaient dépendu pendant des siècles d’un seigneur pas toujours accommodant, aspirent à la propriété et à l’indépendance. Ceci est très vrai pour le Morvandiau qui règne sur deux ou trois hectares en disant : « I en seus libre et indépendant ».

Or, on sait bien que ce n’est pas en demeurant au hameau où la main-d’oeuvre est déjà pléthorique qu’on va « gagner des sous ». Il faut donc plier bagages ; mais ce n’est pas donné à tout le monde et tous les Morvandiaux n’ont pas eu cet esprit d’aventure.

Ce sont les plus hardis qui lèvent l’ancre, attirés par des gains beaucoup plus élevés ailleurs que dans le Morvan, comme l’expliquait M. Gautrain de Bussy (Anost).

Et puis, en ce milieu du 19ème siècle, il y a la « révolution industrielle » et ce n’est pas rien ! Les mines de charbon sont de véritables fourmilières dans lesquelles s’engouffrent des millions de « bois de mines » ou étais chargés de consolider les dizaines de kilomètres da galeries souterraines ; la ville de Paris, sous l’impulsion du baron Hausmann, préfet de 1853 à 1870, devient un gigantesque chantier qui remodèle toute la ville qui n’avait guère évolué depuis le Moyen Age avec son labyrinthe de ruelles étroites. La banlieue, elle, commence à bourgeonner et à dépasser les « fortifs » ; les chemins de fer lancent leurs lignes comme des toiles d’araignées à partir des immenses gares parisiennes ; les travaux des canaux s’achèvent progressivement, commencés au 18ème siècle, sous Henri IV même.

Ainsi, ce sont des millions de m3 de pierre qu’il faut, de charpentes, d’étais, de chevrons, de traverses ou « bois carrés ». La moitié nord de la France et notamment l’est, est un immense chantier dont les forêts (Reims, Orient, Othe, Châtillonnais etc…) font les frais. Il faut des ouvriers pour exploiter ces bois, ces mines, ces carrières ; il en faut pour les transports. Et il s’avère que les Morvandiaux sont là qui proposent leurs services : des hommes vaillants, déterminés, habitués à la dure, sachant diriger des bêtes dressées au doigt et à l’oeil, peu exigeants, habitués à des salaires bas ou inexistants et venus là pour travailler à des taux un peu plus élevés que dans leurs montagnes.

Les entrepreneurs de coupes, les marchands de bois, les exploitants de carrières ne s’y sont pas trompés et ont trouvé là des ouvriers compétents et fiables, peu regardants à la tâche, encouragés qu’ils étaient par des gains qu’ils n’auraient jamais espérés dans leurs villages.

Les « galvachers ou voituriers » venus du Morvan ont donc contribué à cette gigantesque entreprise que fut la « révolution industrielle ». Loin d’être d’archaïques bouviers comme certains les ont montrés notamment par le biais de la photo, ils ont su au contraire, s’adapter avec un matériel simple mais efficace et robuste, des animaux lents mais fiables et l’inébranlable volonté de vivre mieux par leur travail.

Une équipe de trois hommes de Corcelles (Anost) en 1928.

  1. OU SONT-ILS PARTIS ?

Ces travailleurs sont allés charrier dans des régions bien éloignées de la leur sur des coupes et des chantiers importants qui les ont occupés souvent plusieurs années au même endroit. Ainsi, des contacts se sont noués et une confiance réciproque s’est instaurée entre les bouviers et des marchands de bois ; ceux-ci, bien souvent, retenaient la même équipe d’une année sur l’autre. On savait ce qu’on aurait à faire et l’on prenait ses dispositions en conséquence. On a parfois décrit ces hommes comme des errants, bivouaquant le long des routes, un brin chapardeurs au gré des chemins et mal vus par la population locale qui les regardait de travers. Les témoignages sont cependant tout autre ; cette activité de charroi était très bien organisée et n’avait rien d’une aventure improvisée.

Claude Mariller de Bussy (Anost) de 1921 à 1929, s’est rendu tous les ans à La Machine (Nièvre) pour le compte du même entrepreneur de coupes. Il partait avec son frère, un commis et douze bœufs.

Jean-Marie Tazare de Corcelles (Anost), de 1928 à 1936, a toujours travaillé à Voulaines-les-Templiers (Côte-d’Or) pour le même marchand de bois, M. Onillon.

 Louis Duvernoy, né en 1912 à Villechaise (Glux), a travaillé à La Ferté-Loupière dans l’Yonne vers 1940 pour une campagne de débardage. Le marchand de bois s’est occupé du transport des deux bœufs aller et retour par camion.

A Bussières (Ouroux), la famille Guyollot a fait plusieurs campagnes pour le transport de la pierre meulière à Dormans, dans la Marne ; on faisait la navette avec chars et bœufs de la carrière jusqu’au port sur la Marne.

A Varin (Anost), Jean Chapelon (1855-1942) est parti avec son frère dans les années 1890 travailler à Saint-Claude (Jura) avec leurs deux bœufs pour charrier du bois. Au retour, ils prenaient des chantiers de grumes et de chaux sur plusieurs étapes. Avec l’argent gagné, entre autre, il fit recouvrir l’ancienne maison de chaume de Varin en ardoises. Il épousa le 22 décembre 1897 Jeanne Digoy dont il eut Marie et René et fit ensuite la culture.

On se connaissait et des liens se tissaient ; ainsi la famille de M. Onillon est-elle venue se réfugier à Corcelles chez les Tazare au début de la deuxième guerre.

Une fois installé sur place, on a fait venir d’autres gens du village dans un même secteur. Ces procédés se retrouvent chez les nourrices qui, par une sorte de solidarité entre gens pauvres, une fois en place et après avoir gagné la confiance de leurs patrons, pouvaient leur conseiller telle ou telle jeune mère de leur famille ou du voisinage comme nounou.

Les endroits où sont allés travailler les galvachers morvandiaux sont variés et plus ou moins éloignés du pays. On en a une première approche avec les lieux sités dans le Chant des Galvachers et qui sont finalement assez proches du Morvan, dans le Cher, l’Yonne et la Nièvre. Ainsi, l’arrière-grand-père de Mme Bernard, Mathieu Mariller de Planchot (Planchez) qui, vers 1882, est parti pendant plusieurs années à Saint-Fargeau (Yonne) où un hobereau employait des charretiers morvandiaux dans sa propriété.

Par contre, certains sont allés beaucoup plus loin : dans le nord de la Côte-d’Or et le Châtillonnais, dans l’Aube, la Marne, la Haute-Marne, le département des Vosges, le Jura, en Normandie même, à Thury-Arcourt (Calvados), dans le Nord, l’Aisne, la Lorraine, les Ardennes. Ce furent des distances de 2 à 400 kilomètres souvent ce qui était une expédition pour atteindre les coupes au pas des bœufs. En effet, les témoignages concordent fidèlement : on comptait 25 kilomètres par jour. Ainsi, les plus longs voyages duraient-ils 10 à 12 jours. Il fallait donc prévoir le foin pour les animaux car le départ au début du printemps ne permettait pas de les laisser paître dans un pré de louage pour la nuit, l’herbe n’ayant pas encore suffisamment poussé. Il fallait aussi emporter les provisions pour les hommes ainsi que les malles contenant les hardes pour plus de six mois d’absence. Tout ceci demandait une préparation et une organisation efficaces. Avec la fin du 19ème et le début du 20ème siècles, certains utilisèrent le chemin de fer en fonction de l’endroit d’où ils partaient et où ils allaient ; mais beaucoup restèrent fidèles à la route par économie, sans doute, mais aussi parce que le matériel aurait été trop encombrant dans des wagons.

Par contre, certains avaient déjà entrepris une campagne dans une région et y retournaient l’année suivante ; ainsi, ils laissaient le matériel sur place, à l’abri dans une grange pour le retrouver à leur retour. Ils chargeaient alors volontiers la bande de bœufs dans un wagon pour repartir au printemps suivant.

Parmi ces destinations, deux pôles se distinguent nettement :

  • Les forêts d’Orient et d’Othe dans l’Aube et le nord de l’Yonne (Brévonnes, Lusigny/Barse, les Riceys, La Loge-Pomblin etc…)
  • La vallée de la Marne (Dormans, Vauciennes, Le Chêne-La Reine, Epernay, Dizy, Saint-Martin-d’Ablois, Mareuil-en-Brise, etc…)

Economiquement, cela s’explique : les forêts d’Othe et d’Orient sont parmi les plus importantes du sud-est de Paris. Les scieries fixes ou volantes battaient leur plein avec notamment des parquetteries comme « La Société Champenoise » dont M. Revelin originaire de Luzy, était directeur. C’est lui qui fit monter de nombreux Morvandiaux, souvent jeunes et célibataires, pour y travailler au débardage vers 1920-25.

Dans la Marne, les activités sont variées : bois, pierre, etc… La Vallée de la Marne est alors en plein essor et Epernay devient une ville très active : le canal, la Marne navigable, les ateliers ferroviaires, le champagne qui coule à flot dans la bourgeoisie du Second Empire. C’est un bassin propice à l’emploi et de nombreux Morvandiaux s’y retrouvent définitivement ou saisonnièrement.

 

  1. LES VOYAGES.

Quitter le Morvan avant et pendant le 19ème siècle pour une population ancrée dans des villages depuis des siècles relevaient de l’aventure. Ce pays vivait toujours à un rythme ralenti, sans routes ou peu s’en faut, dans des villages archaïques et entreprendre ces déplacements avec bœufs et chariots avait un air de conquête de l’Ouest.

Et pourtant, on ne partait pas à l’aventure ; tout avait été parfaitement orchestré et organisé au préalable, on savait où on allait, les chemins étaient connus, on se donnait des adresses et, finalement, tout un réseau s’était établi petit à petit. Le patron bouvier était allé louer une maison et des prés pour y mettre les bœufs. Tout était prêt lorsque l’équipe arrivait du Morvan pour vivre là pendant plusieurs mois.

François de La Brosse, en 1995, se souvenait que « des gars d’Anost » faisaient étape vers 1920 chez son grand-père Roger au château de Vauban à Champignolles (Bazoches) ; là, ils trouvaient le gîte et le couvert et restaient quelques jours à débarder des grumes de la propriété pour les conduire à la scierie. Après quoi, ils continuaient leur route et, de petits chantiers et petits chantiers saisis sur le chemin, lucratifs et pratiques, ils arrivaient en forêt d’Othe dans l’Aube où commençaient les choses sérieuses pour 5 ou 6 mois.

André Barbier de La Chaume-aux-Renards (Marigny-l’Eglise) se souvient du « Père Férot » du Vieux-Dun (Dun-lès-Places) âgé de 99 ans en 1967 et qui racontait ses souvenirs de charretier migrant. Quand il partait pour une campagne aux Riceys (Aube) réputés pour leurs vignes, il chargeait un chariot de glui ou paille de seigle destiné à lier les sarments de vignes en guise de lien. Au retour et en paiement de cette paille, il rapportait des sacs de lentilles qu’il revendait dans le Morvan. C’était une bonne façon de rentabiliser les voyages aller et retour (110 km dans un sens). 

Bonin (Les Granges, Avallon) se rappelle que son grand-père Joseph Bonin qui dirigeait 43 bœufs et 11 commis, montait dans l’Aube et la Haute-Marne en deux équipes, dès la fin mars, « après avoir planté les pommes de terre ». Tous les ans, le trajet était le même vers l’Aube : 1ère étape, Nitry, 2ème, Lichère, 3ème, Aigremont vers Tonnerre etc… Ceci pour revenir à la fin octobre. Une année, au retour, il a entrepris le défonçage d’une vieille vigne avec ses bœufs : avec l’argent, il a acheté un pré de 2 hectares 96 près de l’actuel terrain d’aviation d’Avallon. Sur la superbe photo prise en 1912 à Soumaintrain (Yonne), son équipe et ses bœufs sont en train de tirer un énorme rouleau pour damer la route.

Claude Mariller de Bussy (Anost) allait à La Machine (Nièvre) et mettait deux jours avec étape à mi-chemin. Quand M. et Mme Gautrain de Bussy (Anost) ont quitté leur maison en 1942 pour Arnay-le-Duc, ils ont parcouru les 50 kilomètres avec bœufs et matériel et ont fait étape à Igornay.

On a dit que ces gens s’arrêtaient le long des chemins et bivouaquaient dans leur chariots. Peut-être certains l’ont-ils fait mais en général, ils s’arrêtaient dans une ferme connue ou une auberge, mettaient les bœufs au repos dans un pré et dormaient dans la grange. La diversité des situations particulières évoquées lors des collectages est loin de l’uniformité qui émane du « Chant des Galvachers ».

 

  1. LA VIE SUR PLACE.

On arrive à destination : comme on l’a vu, tout a été réglé les mois précédents. Les hommes s’installent et, parfois, la femme du patron les accompagne, les jeunes enfants également qui seront scolarisés sur place pour les quelques mois qui attendent jusqu’à l’été. Les enfants peuvent également être demeurés au pays et confiés aux grands-parents ou à d’autres membres de la famille.

Si l’on reprend un chantier inachevé l’année précédente, on reloue la même maison ou le marchand de bois s’en est occupé. Il faut en tout cas, des prés à proximité pour les bœufs. Comme l’herbe en avril ou mai n’est pas toujours assez fournie, on a besoin de foin pour faire la soudure. Ces animaux travaillaient dur et devaient disposer de fourrage pour se refaire des forces pour le lendemain.

La vie s’organise ; elle tourne essentiellement autour du chantier et du trajet de transport des bois vers une scierie ou une gare ou des pierres de la carrière vers un port fluvial. Les hommes passent peu de temps à la maison ; ils partent à la « pique du jour », cassent la croûte dans le bois avec leur gamelle et reviennent tard le soir. On est venu ici pour travailler et gagner de l’argent, c’est le seul objectif à atteindre. Seul le dimanche après-midi est consacré à quelque détente lors d’une fête de pays ou au café du village. C’est d’ailleurs là que les jeunes commis charretiers connaîtront souvent des jeunes filles du cru qui les pousseront à rester dans cette nouvelle région et à y faire souche.

Souvent donc, les femmes suivent ; elles ont pu faire la route à pied ou par le train avec les jeunes enfants. Armand Tazare des Pignots (Corcelles, Anost) se souvenait qu’il avait deux ans en 1928 quand son père a fait sa première campagne de charroi. Sa mère l’a emmené par le train. Même situation pour la mère de Mme Nazaret qui emmena ses enfants par le train pour le trajet Bligny/Ouche – Dormans (Aube) en 1919.

La femme reste tout ou partie de la campagne pour la préparation des repas et des gamelles, pour le linge et le rapiéçage des vêtements. On a souvent emporté sur le chariots des saloirs en bois plus robustes que ceux en grès et remplis de cochonailles. On vit essentiellement sur les productions de la ferme que l’on a emportées.

Elle peut également repartir au pays pendant la période des foins pour prêter main-forte à ceux qui sont demeurés sur la ferme du Morvan ; il faut en effet, rentrer le fourrage qui sera nécessaire aux bœufs que l’on gardera. Certains seront revendus après la campagne de charrois aux foires d’Autun en début d’automne ou d’Anost en décembre ou d’ailleurs également. Ces bœufs, décharnés par le travail, seront emmenés dans la région parisienne pour y être engraissés à la pulpe de betterave puis menés aux abattoirs pour le sacro-saint pot-au-feu de l’époque.

 

Une grande foire à Autun où les attelages pour débarder se vendaient ou s’achetaient.

Les enfants emmenés sont scolarisés sur place ; M. Gautrain de Bussy (Anost) lorsque ses parents travaillaient à La Machine, était confié en pension à des amis de Joux (Anost) jusqu’aux grandes vacances puis il rejoignait ses parents en prenant le tacot à Vaumignon ou Corcelles. D’autres, comme la famille Grimont à Corcelles (Anost) partaient plus longtemps ; M. Grimont dit qu’il n’a jamais pu apprendre à lire correctement car il changeait souvent d’école au gré du travail de son père.

 

7) LE RAPPORT.

La question qui vient à l’esprit en découvrant tous ces déplacements, ces bouleversements familiaux, toute cette nouvelle vie rythmée par le travail est bien sûr : « le jeu en valait-il la chandelle ? »

Si l’on en juge par les collectages et les témoignages des enfants ou des petits-enfants de ceux qui sont partis, une chose semble claire : on a gagné « des sous » ce qui était l’objectif premier. Aujourd’hui, les photos, les maisons et bâtiments construits, les propriétés acquises, les améliorations du logement, tout semble l’attester.

Bien sûr, on n’a pas fait fortune. Mais par rapport à ceux qui étaient demeurés au village en poursuivant leur routine, on a pu se permettre des dépenses qui n’auraient jamais été possibles sans cet apport d’argent frais. Certes, une année pouvait être difficile avec des travaux entravés par la météo mais en général, les gains ont permis des bénéfices.

M . Bonin évoque « la plus forte année » de son grand-père Joseph Bonin (Les Granges, Avallon) : après avoir tout payé, il lui resta 50 000 francs de bénéfice, somme très importante avant 1914.

Léon Geoffroy (environ 1850-1933), dit « Ferrino », né à Poirot (Ouroux), avec l’argent de ses campagnes, fit monter de beaux bâtiments à Bussières (Ouroux) : deux étables spacieuses et une grande grange dans laquelle pouvait tourner un chariot, c’est en dire la largeur. Ce bâtiment est toujours important et à côté des étables basses, mal aérées et noires de l’époque, il avait dû impressionner le voisinage et susciter de la jalousie… Leur maison de Bussières était également bien différente de celles des environs : fenêtres entourées de briques vernissées, une grande pièce commune et deux chambres avec des staffs en plâtre, le sol carrelé de carreaux à arabesques suivant le style de l’époque. Le charroi de la pierre meulière à Dormans (Marne) avait incontestablement rapporté de l’argent d’autant que la femme de Léon Geoffroy était partie comme nourrice : c’est un des très rares cas de double émigration galvacher-nourrice.

M. Tarillon de Dizy (Marne) évoque son arrière-grand-père Malcoiffe (1842-1920) né à Bussières. Il s’installe à Dizy et y exploite un terrain de trois hectares pour en tirer la pierre meulière ; il le comble ensuite et en fait une vigne à champagne qui rapporte toujours aujourd’hui. Actuellement, ces terres valent entre 3 et 6 millions d’euros l’hectare en vignes ! Il se marie là et organise une entreprise de transport et la collecte des ordures d’Epernay. Autant dire qu’il ne mettait pas les deux pieds dans le même sabot.

Lazare Defosse (1850-1935) vivait aux Maçons (Arleuf). Il est toujours parti au loin pour charrier avec 3 ou 4 commis, comme le raconte son petit-fils, Henri Defosse. Lazare eut deux fils dont Jean-Louis qui fit construire avec le bénéfice de ses campagnes de charroi une grange de 10 mètres sur 8, taille exceptionnelle au début du 20ème siècle, au hameau des Maçons. Le père d’Henri Defosse, Etienne (né en 1877) fit quelques campagnes avec son père avant son mariage en 1910.

Armand Tazare a toujours habité la maison que son grand-père avait fait construire avec les gains de ses charrois aux Pignots (Corcelles, Anost). Cette maison, à la fin du 19ème siècle, devait trancher avec la plupart des autres toujours couvertes de paille et aux ouvertures réduites, au sol de terre battue ; à l’intérieur, celle-ci a trois chambres individuelles et un plafond en lambris qui n’est plus à la française. Enfin, en 1995, le papier peint posé en 1910 était toujours là. Du papier peint en 1910, au fin fond du Morvan, on ne devait pas en trouver sur tous les murs ! Louis Ravier avait charrié au loin et en avait rapporté des idées.

Pierre Guyollot, gendre de Léon Geoffroy, à Bussières, a charrié également de la pierre à Dormans. C’est lui qui a pu s’acheter la première moissonneuse-lieuse du secteur vers 1914.

Bien évidemment, ces personnes travaillaient à leur compte. Les commis, payés au mois, gagnaient moins ; mais, comme pour Lucien Devoucoux (Vermenoux, Château-Chinon campagne) c’était un moyen de se constituer un pécule avant de se marier. Il travailla avec Jean-Marie Tazare à Voulaines-les-Templiers (Côte-d’Or) de 1928 à 1933, date de son mariage. Ou comme Francis Boixières (Roussillon-en-Morvan) qui a travaillé à 17 ans avec François Guyard dans la Marne, avant son service militaire.

 

8) LES VEHICULES ET LE MATERIEL UTILISES.

La charrette à deux roues.

La charrette à deux roues est un véhicule très simple et qu’on retrouve partout dans le monde avec des adaptations et des aménagements différents suivants les endroits. Certaines sont même somptueuses comme en Sicile ou au Costa Rica où elles rivalisent de couleurs, de peintures et de symbolisme. Dans d’autres régions comme en Galice ou les Asturies (nord-est de l’Espagne) ou le nord du Portugal, leur archaïsme est demeuré étonnant jusqu’à la fin du 20ème siècle avec une construction exclusivement en bois y compris l’essieu des roues.

Cette charrette qui a totalement disparu du Morvan depuis une cinquantaine d’années (c’est tout juste s’il en reste de rares spécimens qui achèvent de pourrir dans un jardin public ou à l’entrée d’un village qui s’en fait une gloire), cette charrette était parfaitement adaptée au relief du pays, à ses chemins difficiles, aux cours exiguës de ses fermes, aux rues étroites des villages. Elle se faufilait partout et les charges qu’elle supportait étaient respectables notamment en matière de bûches.

Cependant, cette charrette n’a, semble-t-il, pas été utilisée par les galvachers de charroi et de débardage ; seuls quelques charretiers de « proximité » l’ont utilisée pour amener de la chaux, du vin etc…jusque dans les villages. Ceux qui migraient avaient besoin du lourd chariot à quatre roues, aux roues puissantes et robustes capables de résister au redoutable chargement des grumes « à la déverse » (voir plus loin).

 

Le char à quatre roues.

C’est un véhicule nettement plus élaboré même s’il demeure simple dans sa conception. Il est constitué de deux trains : l’avant (ou « coum’seu », consure) est équipé de deux roues plus petites de 10 à 12 rayons selon leur robustesse. Il est muni d’une « plotte » qui permet au chariot une rotation tout en maintenant son chargement en ligne. Le train arrière est fait de deux roues de 12 à 14 rayons, en principe de taille plus importante. Il possède un système de freins fait de « patins » en bois d’abord puis en métal qu’on appelait « lai mécanique ». 

2 janvier 1927 à Martigny-les-Bains dans les Vosges. Une équipe de galvachers de Corcelles (Anost). Ce morceau de chêne cubait 10 mètres cubes et pesait 10 210 kg.

Chaque train est muni de deux solides pièces de chêne incurvées et qui empêchaient les troncs de verser : ce sont, suivant la terminologie de chaque secteur du Morvan, « les ranches, ranchers, effoinces etc… ».

Le matériel de charroi et de débardage était nettement plus robuste que les véhicules à usage agricole. Moyeux, jantes, rayons, timon, tout est plus massif et capable de résister à des charges impressionnantes comme les anciens clichés sont là pour nous le rappeler.

 

Les roues.

Observer une roue de bois avec son bandage en fer qu’on appelle « embattage », cela semble faire faire un bond en arrière de plusieurs siècles, se dit-on. Ces roues qu’on voit encore ici et là sont le fruit d’une lente évolution, de calculs compliqués et d’un art complexe, celui du charron.

La roue en bois fut détrônée par le pneumatique, dans le Morvan, à partir des années 1950 et ce fut l’abandon progressif de cette pièce qui avait évolué depuis des millénaires sans doute.

Avant de parvenir à la roues « embattue » et cerclée d’un fer chauffé qui se rétracte par refroidissement autour de l’ensemble en bois, le Morvan comme plusieurs autres régions montagneuses de France, a connu un curieux système de bandage en bois qui recouvre la jante, formant finalement une double jante. Ceci perdura dans les villages par souci d’économie, le fer étant inaccessible à beaucoup de petits paysans.

En 1853, le député Dupin, depuis son château de Gâcogne, en parle comme d’une pratique courante à l’époque : « La plupart des Morvandiaux, accoutumés de bonne heure à « chapouter » le bois, raccommodent eux-mêmes leurs véhicules et leurs charrues. Ils s’entendent à merveille pour « chausser » les roues de leurs « çarottes » avec des bandes de bois dont ils forment des embattures, par préférence à celles de fer qu’il faudrait payer, autant qu’il leur est possible car le bois ne leur coûte rien. »

Ailleurs dans « Le Morvan », Guyot-Bidault, en 1840, en parle également comme d’une chose tout à fait contemporaine : « Les roues de voitures sont tout en bois ; le cercle de fer qui ordinairement entoure la jante, est remplacé par une double jante de bois appelée « chaussure » et qu’on renouvelle lorsqu’elle est usée. »

Henri Lacour, âgé de 80 ans en 1995 (Bousson, Quarré-les-Tombes), racontait qu’il avait vu quand il était âgé d’une vingtaine d’années vers 1935, le père Nolot qui fabriquait lui-même les roues avec des « chaussures » en bois car  « il n’avait pas de sous ».

M. Doreau (Chanson, Saint-Prix), en 1952, lors d’un débardage à la Petite-Verrière a connu un cultivateur qui utilisait des roues à bandage de bois qu’il rechaussait lui-même avec des chevilles.

 

9) LES TECHNIQUES DE CHARGEMENT ET DE TRANSPORT.

Les techniques de chargement des grumes sur le chariot sont variées et M. Doreau, ancien débardeur sur les flancs du Haut-Folin, résumait bien la situation :  « On faisait comme ça se trouvait disposé, ça dépendait. » Il est vrai que, selon la nature du terrain, la pente, la disposition d’une grume, le charretier avait plusieurs cordes à son arc et utilisait toutes les possibilités pour hisser un tronc sur un chariot. Quoi qu’il en soit, il semble bien qu’il y ait eu trois techniques utilisées pour ce travail :

  • la coulisse ou la déroule.
  • La déverse.
  • Le chargement aux crics ou au bouc.

Par contre, les photos que l’on peut retrouver dans le Morvan ou ailleurs nous laissent admiratifs sur les techniques et l’ingéniosité d’hommes qui n’avaient que des outils rudimentaires pour transporter des grumes géantes pesant plusieurs dizaines de tonnes. Il fallait toute l’exploitation de l’intelligence, beaucoup d’audace et de ténacité, une parfaite maîtrise de l’outillage et des bêtes, la connaissance du terrain, un travail d’équipe, de la force et des techniques difficiles.

 

La coulisse ou déroule.

Il s’agit de placer deux coulisses (des madriers) au sommet des deux roues d’un même côté du chariot. A l’aide de chaînes passées sous le tronc et reliées au joug des bœufs qui tirent, on fait rouler la grume le long des coulisses jusqu’à ce qu’elle vienne se poser sur le char. C’est évidemment plus facile à lire qu’à faire mais cette technique avait ses adeptes.

 

La déverse.

C’est grâce à ce procédé que des très gros arbres ont pu être chargés. Il consiste à « déverser » ou renverser le chariot sur chant contre la grume puis à remettre l’ensemble d’aplomb en usant de la force d’une ou plusieurs paires de bœufs.

Le chargement d’une grume « à la déverse ». On renversait le train avant du chariot contre le tronc à charger et avec une chaîne, les boeufs tiraient pour redresser l’ensemble. On faisait ensuite la même chose avec le train arrière du char.

Afin que les roues ne se brisent pas lors de la remise en place du char, on fixait à chaque jante une « fourchette » à l’aide de chaînes ou de cordages. Cette solide pièce de bois avait deux fonctions : stabiliser les roues lors du basculement avec le tronc et faire levier pour la chaîne tirée par les bœufs. Quand un des trains du chariot était chargé, on procédait de même pour le second train.

A Moulins-Engilbert (58) vers 1910.

Les crics et le bouc.

Le bouc est un outils rudimentaire mais très efficace qui utilise à la fois la crémaillère pour se reprendre et le levier pour soulever. La grume était soulevée d’une extrémité qui était déposée sur le train avant puis de l’autre extrémité posée sur le second train.

Les crics sont plus élaborés que le bouc dont ils sont les descendants. Il était l’allié indispensable de tout charretier et servait à différentes fins.

 

Le triqueballe.

C’était un engin spécialement fabriqué pour le transport des troncs et il semble qu’il n’ait pas été utilisé – ou très peu – par les galvachers.

 

10) CONCLUSION.

Les galvachers ou voituriers, à l’égal des nourrices, sont un symbole pour le Morvan dont ils ont été, à une époque, un des fers de lance ; ils sont partis pour améliorer un sort, avec des projets et une volonté d’entreprise. Les ont suivis les commis qui, eux non plus, n’ont pas hésité à franchir le pas pour échapper à ce qui n’était pas loin de la misère.

Les uns sont revenus avec des idées nouvelles captées à l’extérieur et au contact d’autres populations ; ils cherchaient de meilleures bêtes, ont introduit du matériel nouveau qu’ils voyaient tourner dans des régions plus riches, ils ont amélioré leurs bâtiments, leurs maisons. Ils ont été un des moteurs, même éphémère, du haut pays.

Les autres ont décidé de s’établir dans ces nouvelles terres où ils se sont plu et où le travail les a retenus. Aujourd’hui, là-bas, des familles se souviennent toujours de la terre d’origine où, dans maints cimetières, demeurent les ancêtres qui les ont vus partir.

 Vers 1912, à Soumaintrain (Yonne), une équipe de galvachers de la région d’Avallon revient de campagne. Les boeufs sont équipés de guêtres pour éviter de se blesser les pattes avec les fers des onglons.

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 Merci encore à Philippe pour son travail et son soutien.

Taille d’un joug par Raymond Garnier à Anost (71) 1977

Film d’archive en « Super-8 » qui nous a été aimablement communiqué par Philippe Berte-Langereau.

 « J’ai rencontré Raymond Garnier à Pâques 1977 chez lui à Varin (Anost) d’où sa femme Marie était originaire. Lui, sortait des Miens, un hameau plus au-dessus. Il avait fait son apprentissage de charron et a travaillé dans son atelier.

A l’époque, il avait 70 ans ; on a bien discuté et, à un moment, il m’a dit en patois : « S’il fallait, un joug, j’en referais bien un ». Je l’ai pris au mot et il a été d’accord.

Il fallait cependant trouver la pièce de bois à tailler. Une amie, Martine Hunimels, avait son grand-père qui avait fait débiter un hêtre dans les années 40 en vue d’en faire des jougs. Ces pièces de bois était toujours dans « l’aizu » depuis plus de trente ans dans un pré de la ferme de Savault (Ouroux-en-Morvan 58).

L’aizu, c’était une mare où l’on faisait rouir, « aizer », le chanvre pour le faire pourrir et en recueillir les fibres propres à être filées puis tissées jusqu’au début du 20ème siècle. Les bois destinés aux jougs étaient laissés un certain temps dans ces mares pour en éviter le piquage par les vers.

On a tiré la pièce de hêtre de cette mare et on l’a fait sécher jusqu’à l’automne 77 où Raymond Garnier l’a travaillée comme il le faisait trente ans auparavant.

On peut dire que ce joug est le dernier à avoir été taillé dans le Morvan par un charron de métier. »

Philippe Berte-Langereau.

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