< 1 2 3

Moisson avec un bœuf vosgien et le vallus, Fête de Grannos, 11 au 18 Août 2019, par Emmanuel Fleurentdidier

IMG_14641 e

Une grande première depuis plus de deux mille ans. C’est au mois d’Août qu’ont lieu les fêtes de Grannos chez les Lemovices, peuple gaulois du Limousin, sur l’oppidum de Coriobona dans la vallée de l’Issoire.

Coriobona est un village reconstitué, grandeur nature avec une ferme aristocratique fortifiée, où l’on peut découvrir la vie au quotidien des Gaulois lors du I er siècle avant J.-C., celle de l’artisanat, des guerriers et des marchands (Cliquez ici pour voir). C’est avec leur chef Eporenos (Monsieur Boos Patrick) restituteur et de toute la troupe des Gaulois d’Esse que va se dérouler la moisson.

Ce n’est pas la première fois que j’interviens sur ce site puisqu’en automne 2017 avec Solène Gaudin nous avons participé au tournage d’un documentaire « Le vrai visage des Gaulois », où nous avions réalisé un labour à l’araire gauloise, avec deux bœufs vosgiens.

labour

labour 2

DSC03889

Cette fois-ci,  il s’agit de la moisson avec le vallus, la moissonneuse gauloise, dont la représentation a été trouvée en Gaule Belge.

vallus

C’est une première pour cette reconstitution avec un bœuf vosgien.

tino

D’autres essais avaient été réalisés avec un cheval ou un âne et même avec des hommes. La réalisation de la moissonneuse n’est pas seulement du folklore « à la gauloise » pour le grand public venu passer la journée sur ce site, mais c’est surtout une restitution  grandeur réelle avec deux archéologues, Sammy Benmakhad  doctorant archéo-agronome, et Stéphane Gaudefroy,  de l’INRAP et céramologue, venus pour l’occasion.

DSC_0256

Le vallus a été réalisé par Patrick Boos d’après des sculptures, et de deux textes antiques de Pline et de Columelle.

Le vallus est tout en bois:  c’est une caisse avec, à l’avant, un peigne qui vient cueillir les épis d’épeautre, et à l’arrière des brancards dans lesquels on vient loger le bœuf. Ce vallus est connu par les Gaulois dans le nord de la France, en Belgique, et en Allemagne, lieu de grandes cultures où l’on cultive l’épeautre et le millet.

Paradoxalement, c‘est une machine tractée, mais où  « l’outil » est devant le boeuf.

vallus et le boeuf

A l’arrière, un homme qui tient  le vallus  règle la hauteur de coupe. A l’avant, un homme rabat les épis vers le peigne.

Cette moisson va se faire avec Tino, bœuf vosgien de quatre ans, dressé au menage en solo par l’arrière. Là, on n’a pas mis la charrue avant le bœuf, mais le vallus.

Il a donc fallu apprendre à Tino à tirer pour pousser l’outil. Lors de la préparation et pour la présentation,  je suis aidé par Emile qui sera à la manœuvre du vallus mais aussi par Elian qui sera rabatteur.

présentation elian emile manu

 Tino est un bœuf qui apprend vite même si la manœuvre est délicate pour lui.

Il faut qu’il tire le vallus pour qu’il avance, qu’il apprenne à le faire tourner et à faire demi-tour sur place. Pour cela, on a fabriqué un vallus d’entraînement, un essieu, une caisse, et des brancards. Le valllus doit être équilibré car le bœuf tire et Emile doit tenir les brancards pour tenir la direction mais n’avoir aucun poids à porter. Tino pousse bien l’outil, il faut maintenant le faire tourner, ce qu’il réalise assez bien, puis faire demi-tour sur place. Après une heure d’entraînement, on sait que Tino va pouvoir réaliser la moisson.

 entrainement

Fin Juillet, Emile, Tino et moi nous nous rendons à l’oppidum de Coriobona, où nous  retrouvons Patrick Boos qui va nous montrer le vallus avec lequel nous allons travailler. On garnit Tino puis on le met dans les brancards. C’est Patrick qui se place à l’arrière pour la direction, puis l’on fait marcher Tino. Il effectue des lignes droites et des demi-tours. Tout se passe comme à l’entraînement.

entrainement 2

Nous sommes prêts pour la moisson.

Enfin, les grands jours arrivent, les visiteurs sont là en nombre et certains sont venus spécialement pour voir un bœuf travailler, suite à l’annonce faite sur le blog de Michel Nioulou : « Attelages Bovins d’aujourd’hui ».

67835137_2367485673577970_567067366769295360_n

Après la présentation du vallus et de Tino dans l’hémicycle du village, on se rend dans le champ où l’on doit moissonner l’épeautre, accompagnés des Gaulois du village et des archéologues.

C’est un grand moment de l’Histoire que l’on va reconstituer, avec des gestes autrefois quotidiens que l’on va réaliser dans l’idée de les redécouvrir. Tino est prêt, tout le monde attend ses premiers pas dans le champs. C’est parti, Tino pousse ou tire et Patrick rabat les épis vers le peigne du vallus. Les premiers épis tombent dans la caisse. Le vallus fonctionne, la moisson se déroule comme il y a deux mille ans. On peut voir la satisfaction des reconstituteurs,  des Gaulois d’Esse, des archéologues, et de Patrick qui a fabriqué le vallus, des bouviers, qui ont tous le sentiment de vivre une grande première.

 moisson

moisson 6

moisson 4

moisson 3

moisson 2

Maintenant que l’on sait que ça marche, cette reconstitution permet aussi de faire quelques modifications sur le vallus afin d’améliorer la récolte mais c’est aussi ce qu’ont dû faire les Gaulois de l’époque.

Ces journées étaient plus que de la simple démonstration, elles vont permettre de continuer les recherches et les études à venir, montrer au public le travail de la traction bovine, expliquer le futur à travers le passé. Mais nous sommes « aujourd’hui » , au temps où l’on se pose toutes ces questions sur notre avenir, notre agriculture, nos énergies, nos sols, mais aussi sur notre travail avec les animaux….

La moisson se termine sous les applaudissements du public! Alors merci à tous ces gens d’être venus redécouvrir notre passé, merci à Patrick Boos, aux Gaulois d’Esse, aux archéologues. Merci à Solène Gaudin pour son travail en amont, à Michel Nioulou pour son blog qui aide à communique. Merci à Tino, premier bœuf à pousser le vallus depuis deux mille ans. Un grand merci à Emile  et Elian pour les heures de préparation de dressage. Comme toujours chez les Gaulois, c’est avec un banquet que s’achève la fête de Grannos.

Emmanuel Fleurentdidier

Bosognatos «  celui qui connaît les bœufs »

Contact :

les Gaulois d’Esse, le pont Binot, 16 500 ESSSE

lesgauloisdesse@free.fr

DSC_0083

DSC_0086

 DSC_0089

DSC_0153

Un jour, deux jougs, deux jougtiers, Maillezais (85), 10 Août 2016 par Michel Nioulou

maillezais photo jean léo dugast 1 ok

Photo Jean-Léo Dugast

Une rencontre autour des bœufs de travail

Maillezais, au bord du marais Poitevin, accueillait le 10 Août 2016, la fête des bœufs de travail.

Jérome Csubak et son épouse ont organisé cette rencontre sur le site des roulottes de l’abbaye dont ils sont les promoteurs. Emmanuel Fleurentdidier et Solène Gaudin étaient également venus épauler l’équipe d’organisation .

On a pu voir évoluer la paire de Vosgiens d’Emmanuel et la paire de boeufs Parthenay du propriétaire des lieux qui présentait également une paire de jeunes bœufs en début de dressage.

maillezais 8 ok

maillezais 10 ok jerome czubak 5 ok

Jérome Csubak

Différentes démonstrations d’attelages ont eu lieu devant un public venu nombreux malgré le déroulement de la fête un jour de semaine.

Des séances de travail avec des chevaux étaient aussi au programme avec en particulier un bel attelage de Manu Davignon.

Brocante, artisans, maréchal-ferrant venaient compléter les animations d’une journée déjà bien remplie.

La naissance de deux jougs.

 maillezais 1 ok

maillezais 2 ok

« Depuis le matin, à l’abri du soleil, sous la stabulation, des coups sonores de haches et d’herminettes viennent régulièrement ponctuer l’ambiance de la journée.

Lionel Rouanet et moi-même avions été invités à venir présenter le travail de la taille des jougs à la fête des bœufs de travail de Maillezais.

Soigneusement enveloppés dans des bâches étanches, nous déballons un peu avant neuf heure nos pièces de bois maintenues humides depuis chez nous à l’autre bout de la France, l’Aveyron pour Lionel et la Saône-et-Loire pour moi.

Le plein été n’est certes pas la meilleure époque pour transporter dans les voitures surchauffées des pièces de bois parfois immergées depuis plusieurs mois et sujettes dès leurs sorties de l’eau à une dessiccation trop rapide et à l’apparition de fentes dans les pièces qui peuvent parfois être rédhibitoires.

Après un déballage et mise en présentation de nos différents modèles de jougs, nous attaquons rapidement le travail.

Très fortuitement, il se trouve que chacun des modèles que nous avons à tailler aujourd’hui est nouveau pour l’un et pour l’autre.

Lionel commence un joug en frêne qui lui a été commandé. Ce dernier, un joug mixte, est destiné à joindre d’un côté un bovin et de l’autre une mule ou un âne.

maillezais 24 ok

maillezais photo jean léo dugast 2 ok

Photo Jean-Léo Dugast

Ce type de joug a suscité de nombreuses interrogations et questionnements du public.

Pour ma part, c’est un joug double que je taille, un modèle de la Loire, à la limite du Puy-de-Dôme, un joug « de montagne » comme le nomme la personne qui me l’a commandé. C’est avec le modèle d’un joug ancien à proximité que je taille la pièce de frêne.

gaillat p article joug 29 ok

gaillat p article joug 33 ok

maillezais 15 ok

gaillat p article joug 32 ok

Je travaille différemment de Lionel en pratiquant un traçage avec un gabarit sur la bille dégauchie.

Bien sûr le traçage n’est qu’indicatif mais permet aussi, au moins au début sur un modèle nouveau, d’avoir des repères précieux. La réalisation du gabarit à l’atelier permet aussi de bien s’imprégner des formes et des subtilités du joug que l’on découvre.

Bien qu’aujourd’hui à Maillezais, le modèle soit nouveau pour lui, Lionel réalise le plus souvent des jougs du type Aveyronnais dont il maîtrise la réalisation du fait de son apprentissage auprès de René Alibert à Laissac dans l’Aveyron.

A contrario, je travaille en autodidacte et j’ai été amené à réaliser de nombreuses formes régionales différentes (Charollais, Velay, Vendée, Loire). C’est aussi pour cela que je réalise des gabarits qui me permettent de mémoriser les formes et les tracés.

C’est donc avec prudence que nous avançons la taille sur nos jougs respectifs.

Bien sûr le public s’interroge et s’étonne de nos réponses lorsque nous leur expliquons que nous réalisons régulièrement des jougs dont la destinée n’est pas de finir en décoration au dessus d’une cheminée ou d’une porte, mais bel et bien d’avoir un usage réel, une fonction de travail chez les différents bouviers qui nous les réclament.

gaillat p article joug 34 ok

gaillat p article joug 30 ok

La découverte de la part du public de l’existence encore active de la pratique professionnelle de l’attelage bovin les laissent souvent dubitatifs, certains repartent sûrement en se disant qu’on leur a raconté des mensonges !!! Et pourtant!!

maillezais 22 ok

En milieu de matinée, une dizaine de personnes de l’académie des bouviers du Puy-Du-Fou nous rendent visite. Le groupe guidé par le dynamique et motivant Laurent Martin, a échangé sur la technique, les différentes formes de jougs, l’attelage, le liage. Cette rencontre a été pour nous l’occasion de croiser des praticiens, apprentis ou confirmés qui travaillent dans l’environnement très spécifique du spectacle, mais dont l’implication dans l’attelage des bovins est très marquée et passionnée.

La présence en visiteurs de Jo Durand, paysan bouvier au Dresny en Loire-Atlantique et de Nicole Bochet, chercheuse et passionnée par l’attelage bovin, a permis une nouvelle fois, outre l’amitié que nous avons pour eux, de croiser des expériences, des points de vues.

maillezais 13 ok

En discussion avec Jo Durand 

A la pause de midi avant d’aller manger quelques mogettes pour reprendre des forces, nous mouillons copieusement nos deux pièces de frêne et nous les couvrons soigneusement pour limiter le séchage. La température est forte et le soleil ardent !! Nous devons être vigilants !!

Après avoir repris nos tailles en début d’après-midi, comme une pause dans notre journée, nous prenons le micro devant la paire de Parthenay pour un moment de présentation du travail des jougs, de leur fabrication et de leur utilisation avec différents liages de plusieurs modèles de notre fabrication.

maillezais photo jean léo dugast 3 ok Photo Jean-Léo Dugast

maillezais photo jean léo dugast 4 ok

Photo Jean-Léo Dugast

maillezais 20 ok

maillezais 21 ok

maillezais 11 ok

Emmanuel Fleurentdidier

maillezais 6 ok

Solène Gaudin

Nous reprenons ensuite le travail, toujours au son des haches, grandes et petites herminettes, planes, ciseaux, gouges et maillets entrecoupé d’explications de notre part, et d’enrichissants témoignages et anecdotes que nous confient les nombreuses personnes de la région qui viennent à nous et qui voici quelques décennies encore, liaient des bovins.

maillezais 9 ok

maillezais 3 ok

maillezais 4 ok

maillezais 12 ok

maillezais 23 ok

gaillat p article joug 35 ok 

Progressivement, le public se fait plus clair, puis disparaît. Les jougs ont déjà bien pris forme. Les deux lourdes pièces de frêne du matin se sont visiblement affinées et allégées, la finition se fera à la maison dès notre retour.

Le soir est venu et, malgré la fin de la fête, nous taillons encore un peu, comme pour prolonger ce moment, où, malgré le fait que nous nous connaissons déjà depuis plusieurs années, nous avons pour la première fois travaillé côte à côte. Moments rares, intenses où, dans la même passion, nous avons fabriqué chacun un joug qui coiffera des bœufs qui patiemment travailleront dans la discrétion des montagnes du Massif Central et des Pyrénées. »

 Michel Nioulou

 maillezais 17 ok

maillezais 19 ok

Toutes photos Véronique Nioulou sauf mentions « Jean-Léo Dugast ».

Un grand merci à Jean-Léo pour sa contribution.

Boeufs Parthenay aux roulottes de l’abbaye chez Jérome Czubak Maillezais (85)

 jerome czubak ok

 La famille Czubak gère un lieu unique où se côtoient les neuf races de chevaux de trait (cliquez ici pour voir). Mais le dressage de bovins de travail fait aussi partie de leur expérience.

Après le dressage d’une première paire de bovins qui n’a pas abouti, c’est une paire de boeufs Parthenay qui a été mise au travail.

jerome czubak 3 ok

Il y a 3 ans, pour diversifier son activité,  il a acheté deux veaux qu’il a élevés sur sa ferme dans l’objectif de les mettre au joug pour le travail.
L’été 2015 dernier, ils ont appris à être liés, porter le joug, marcher ensemble… Cette année 2016, les choses sérieuses commencent pour eux. En effet, Jérôme cultive 1.5 hectares de mojettes (haricot blanc ) et ce sont eux qui se chargeront de l’entretien de la culture. Donc au programme, passage de canadien, binage, buttage, ….
jerome czubak 5 ok

Retrouvez quelques photos et vidéos des boeufs Parthenay de Jérome Czubak sur le facebook des Roulottes de l’abbaye en cliquant ici. et en cliquant ici.

Facebook des Roulottes de l’Abbaye en cliquant ici.

jerome czubak 4 ok

jerome czubak 2 ok

Merci à Solène Gaudin pour sa communication de vidéo et d’informations.

Entretien des haies avec deux boeufs Vosgiens pendant l’hiver 2015/2016, par Solène Gaudin

entretien des haies ok

Durant l’hiver, de nombreux petits travaux d’entretien sont à faire sur la ferme. L’entretien des haies en fait partie, notamment leur nettoyage en évacuant le bois mort afin de permettre aux jeunes arbres de pousser. Ce bois servira pour le chauffage hivernal.

Un ou deux bœufs peuvent être utilisés, ici, on travaille avec Varo et Grivé, la paire de boeufs Vosgiens de Manu Fleurentdidier ( formateur traction animale, CFPPA de Montmorillon).

On leur met le joug auquel on accroche un chaîne munie d’un ressort de traction et d’une arête de poisson, sans oublier la chaîne de débardage. On amène les bœufs devant le bois à sortir, on accroche notre chaîne à l’arbre puis on la met dans l’arête de poisson.

On demande aux bœufs de faire demi-tour sur place et on avance pour sortir le bois à deux ou trois mètres de la haie. On laisse le bois puis on recommence l’opération plus loin.

On essaye de regrouper les bois ensemble pour pouvoir les reprendre par la suite. Les gros bois seront rapportés directement en traîne directe à la ferme pour être débités. Pour les petits bois, on attelle les bœufs à un avant train muni d’une remorque et on ramasse le reste.

« La forcat », un outil de maraîchage simple et efficace, démonstration avec un boeuf Vosgien en solo le 7 mai 2016 aux rencontres de bouviers à l’écomusée d’Alsace, par Solène Gaudin

la forcat 5 ok

Quoi de mieux que le site de l’écomusée d’Alsace pour présenter un outil ancestral pour le travail du sol et de tirer de notre passé, notre avenir !!

Un outil simple mais efficace, utilisé depuis des centaines d’années en Espagne et remis au goût du jour par quelques utilisateurs espagnols d’une façon plus moderne et plus polyvalente, plus simple dans son utilisation.

Cet outil, c’est la « Forcat » que Manu Fleurentdidier est venu présenter, suite à des déplacements chez des maraîchers bio en Espagne où il l’a découverte.

A la base, c’est une araire à laquelle on ajoute un sac en paille tressé qui sert de butoir. Les différentes tailles de buttes sont faites en ajoutant plus ou moins de terre et de paille dans le sac.

Aujourd’hui, elle est toujours utilisée en tant que telle par des maraîchers dans la région de Valencia.

la forcat 2 ok

la forcat 3 ok

dessin forcat ok

C’est chez Abel Ibanez et Alfred Ferris Garcia que j’ai pu voir fonctionner cet outil en version moderne. Auparavant tout en bois, la Forcat est maintenant métallique. De conception toujours aussi simple et légère, elle est facile à mettre en place et à utiliser. Elle est bien équilibrée avec une bonne pénétration dans le sol.

La Forcat est composée de 2 parties :

– La limonière est plus courte que celle d’origine qui allait jusqu’au collier. Elle est supportée par une petite sellette. Sur la partie arrière de la limonière, se trouve le palonnier et la partie de fixation du reste de l’outil : l’âge.

L’âge, de conception simple permet de recevoir différents accessoires :

  • Brabanette pour le labour
  • Des « ailes » pour monter des billons ou butter
  • Des lames sarcleuses de longueurs différentes que l’on peut mettre dans un sens ou dans l’autre en fonction du travail souhaité.

 la forcat 4 ok

rencontres 2016 alsace 48 ok

L’âge a toujours sur sa base, une pointe carrée qui fait office de sous-soleuse

On trouve deux poignées sur le manche de la Forcat, l’une permet de tenir l’outil pendant le travail et l’autre, plus basse, permet de lever l’outil pour les manœuvres.

Pour faciliter le transport ou le déplacement de la Forcat jusqu’aux champs, un support avec deux roues vient se greffer sur la pointe de la Forcat.

Pour la démonstration, nous avons utilisé un bœuf de l’écomusée, mené par René Cretin. Il était garni d’un licol, d’un collier 3 points avec croupière, d’une petite sellette et d’une paire de traits.

L’outil se déplace facilement derrière l’animal sans même être tenu grâce à ses roues.

Sur le terrain, c’est avec la brabanette que le premier travail s’effectue. Elle est montée sur un axe et c’est une cordelette qui permet le retournement des versoirs. Le réglage du terrage se fait avec une pige.

L’animal marche dans la raie et la Forcat suit et réalise le labour.

Nous changeons d’accessoire en retirant la brabanette pour mettre une lame sarcleuse. Un simple marteau suffit pour le changement. En effet, c’est un coin qui maintient l’ensemble des accessoires.

Après réglage de la pige de terrage, la Forcat fait son travail dans une simplicité surprenante pour les spectateurs, elle est ancrée en terre et suit le bœuf sans même être maintenue. Un travail de sarclage impressionnant et rapide.

Puis l’accessoire pour créer des buttes est mis en place, changement rapide grâce à ce fameux coin. Et voilà que le bœuf reprend les lignes de travail pour ouvrir le sol et monter en quelques minutes plusieurs billons.

A voir aussi (merci à Christine Arbeit pour l’information):

La démonstration faite, plusieurs personnes ont pu s’initier et prendre en main la Forcat. Les utilisateurs ont été agréablement surpris de la facilité d’utilisation et de la rapidité du changement d’accessoire sans avoir à sortir une caisse à outil.

Solène Gaudin

____________________________________________________________________________________

Pour tous renseignements, contactez Emmanuel Fleurentdidier qui transmettra:

06 12 25 94 21

traitmalin@laposte.net

Semaine découverte de la Traction Bovine, Montmorillon (86) formation de juin 2015

Manipulation des bœufs avec un pneu (Toutes photos Jean-Jacques Blanchon)

Du 08 au 12 juin 2015, a eu lieu au CFPPA de Montmorillon, la session Découverte de la Traction Bovine avec Manu Fleurentdidier, formateur.

La formation était complète avec 9 stagiaires de divers horizons, et des objectifs variés. Certains étaient là pour découvrir le travail avec le bœuf dans le cadre d’une installation en maraîchage. D’autres étaient là pour conforter leur choix du bœuf de travail dans un cadre privé.

La semaine a commencé avec une présentation des jougs, une description des différentes façons de mener (par devant au bâton ou par derrière aux guides) et une approche des bœufs.

Présentation de différents matériels pour travailler avec les bœufs

Une première prise en main a eu lieu sur le site de la Jarrouie, avec les bœufs simplement licolés. Les stagiaires ont appris à mettre un licol, à marcher avec un bœuf en main …

Première prise en main avec un bœuf licolé

Ensuite, un bœuf a été joint avec un joug simple (chaque stagiaire a pu s’entraîner avant sur un simulateur) et le second harnaché avec un collier. Puis les deux ont été joints ensemble.

Mise en place du joug simple

Le groupe de stagiaires a pu manipuler et appréhender les différentes façons de garnir et joindre des bœufs selon l’objectif d’attelage en simple ou en paire.

Les 2 bœufs liés

Explication et aide sur la manière de lier avec des jointures

Menage avec un bœuf au joug simple

Les deux bœufs en pleine manipulation

Première manipulation avec des bœufs liés

Manipulation et rectification par le formateur pour mener au mieux les bœufs

Les stagiaires ont appris dans la suite de la formation, à manier les bœufs avec un pneu ou un tronc en passant dans des zones balisées. Le but étant de ne rien toucher en apprenant à estimer le gabarit de la charge.

Manipulation des bœufs avec un tronc pour évaluer le gabarit

Lors de cette formation, une journée en chantier réel a eu lieu avec le concours des apprenants en formation bûcheronnage.

Le but de cette journée était de dégager des arbres abattus sur le chantier. La technique du mouflage y a été utilisée.

Les grosses branches étaient d’abord dégagées en traîne directe puis, pour les grosses grumes, les élèves mettaient en place le mouflage en câblant avec les poulies.

Les bœufs lors du chantier pendant la mise en place des poulies et des câbles.

Explication au stagiaire bûcheron et Ttraction Bovine sur le protocole à suivre

Mise en place des bœufs pour sortir le bois

Les bœufs en plein effort (on peut voir la chaîne tendue)

Une grosse grume!!

 La grume qui décolle grâce aux câbles visibles

Ce fut une journée enrichissante car chacun a pu voir les différentes techniques du mouflage et de la traîne directe pour sortir du bois.

Le groupe est aussi intervenu pour aider une grume à tomber dans la direction souhaitée et permettre au bûcheron de travailler en sécurité.

Préparation

Les câbles et chaînes reliés à l’arbre pour le faire tomber dans la bonne direction

Les bœufs en pleine pression

Le reste de la formation s’est articulée autour du maraîchage, les techniques de travail du sol avec l’utilisation de différents outils ad hoc .

Explication sur la façon de mettre les bœufs sur un avant-train, une voiture ou ici un Homesteader

Utilisation du Homesteader par un stagiaire

Une demi-journée a été consacrée à la manière de débourrer une jeune paire de bœufs, des Parthenay, avec des explications sur la façon de commencer avec des animaux peu ou pas manipulés, comment mettre l’animal en confiance, ce qu’il faut faire et ne pas faire….

Explication sur le dressage d’une paire de bœuf

  Démonstration avec une paire de jeunes bœufs Parthenay qui commence à apprendre à travailler

La paire de Parthenay qui commence à marcher

La suite de la formation a continué avec d’autres méthodes de menages (joug frontal).

Explication du frontal

Utilisation du frontal

Un menage aux guides avec un licol éthologique, s’est révélé concluant.

Mise en place d’un licol éthologique avec des guides pour mener de derrière.

 Varo aux guides avec un licol éthologique

Cette session de formation fut enrichissante pour tous, chacun a pu voir ce qu’il était possible de faire avec des bœufs. Les stagiaires étaient satisfaits de leur semaine même si celle-ci fut trop courte.

Pour finir, il en est ressorti que des semaines supplémentaires d’approfondissement consacrées soit au maraîchage, soit au menage, seraient nécessaires pour pousser plus avant la formation.

Solène Gaudin

_______________________________________________

Merci à Solène Gaudin pour sa contribution et à Jean-Jacques Blanchon pour les photos.

Chantiers de débardage à Pindray (86), Février 2015 par Solène Gaudin


 Préparation et mise en place des animaux (Toutes photos Jean-Jacques Blanchon)

Pindray, Février 2015: la session CS Utilisateur de Chevaux Attelés s’apprête à réaliser deux chantiers dans le cadre du Module Débardage.

Ces chantiers ont eu lieu sur la commune de Pindray, village situé à une dizaine de kilomètres de Montmorillon (86) et ont été réalisés en collaboration avec la formation Bûcheronnage du CFPPA qui préparait le terrain.

Le premier chantier était une coupe à blanc sur une parcelle d’un particulier.

Il y avait deux choses à faire:

Débarder 19 grumes, d’un diamètre de 65 cm et d’une longueur moyenne de 8 mètres.

Sortir le bois de chauffage.

Arrivée sur le chantier

Les grumes ont été sorties avec les chevaux à l’aide d’un trinqueballe. La difficulté était de gérer la longueur et la grosseur des grumes dans le peu d’espace que nous avions sur le site, qui limitait nos mouvements et nos déplacements. La mise en place du trinqueballe s’avéra compliquée à maintes reprises, à cause des arbres en place et des souches. La sortie était difficile car la longueur de traîne était de plus de 200 mètres et la zone de dépôt de bois d’un espace limité, ce qui nous obligeait à gerber les bois.

 

Descente à vide avec le trinqueballe accroché à l’avant-train

Pour le bois de chauffage, nous avons utilisé un traîneau avec un cheval et un avant train avec une remorque avec les bœufs. Pour cette tâche, la difficulté était la distance de la zone de dépôt et un accès au site compliqué, avec de nombreuses souches qui parsemaient le terrain, des arbres, un chemin sinueux et beaucoup de boue.

Sortie de bois

Les chevaux et les bœufs s’enfonçaient jusqu’au canon, au dessus du genou, ce qui compliquait la sortie du bois….

 

Sur le second chantier, également à Pindray, quatre grosses grumes d’une longueur de 9 mètres en moyenne et d’un diamètre allant jusqu’à 1 mètre devaient être sorties.

Ce chantier, présentait plusieurs difficultés.

La première était la disposition du site. Nous étions en pente sur un coteau, avec un ruisseau à traverser, des clôtures à ne pas abîmer. De plus, une fois le ruisseau franchi,  la distance de traîne était de plus de 400 mètres.

Sortie de la grume du ruisseau

Ce chantier était loin d’être évident pour des novices car il nécessitait des moyens et une technicité particulière pour le réaliser.

Pour ce faire, du mouflage a été mis en place. Le mouflage est une technique de débardage réalisée à l’aide de câbles et de poulies. C’est un dispositif mécanique qui permet le levage d’une charge à l’aide de plusieurs câbles, afin de démultiplier l’effort de traction.

Transport des câbles et des poulies avec les bœufs.

Cette technique a l’avantage de faciliter le travail du cheval ou du bœuf en divisant le poids de la charge par le jeu des poulies. Elle est mise en place sur des chantiers difficiles d’accès même aux chevaux, sur des gros bois, en pente….

La difficulté pour les stagiaires a été de comprendre comment placer ces poulies pour gagner en force et en distance de traction.

Sur ce chantier, les bœufs intervenaient en renfort, pour amener les grumes à la zone de dépôt. Les bois étaient descendus avec la paire de chevaux à l’aide du mouflage. Les chevaux traversaient le ruisseau. Une fois, le ruisseau traversé, la grume était accrochée à un avant-train à l’aide d’un treuil. La paire de chevaux était devant les bœufs, une chaîne reliait le palonnier des chevaux au timon des bœufs. Les chevaux donnaient la cadence et les bœufs, leur force de traction.

Préparation avant le départ vers la zone de dépôt

La difficulté était de faire partir les animaux en même temps, c’est-à-dire lancer les bœufs pour qu’ils décollent la charge, et de faire démarrer les chevaux.

Les chevaux ne devaient pas marcher trop vite pour ne pas tirer les bœufs et la grume. L’objectif a été rempli. Toutes les grumes ont été sorties.

Solène Gaudin

________________________________________

Merci à Solène Gaudin pour sa contribution ainsi qu’à Jean-Jacques Blanchon pour les photos.

Chantier école avec les boeufs du lycée agricole de Montmorillon dans les bois de Saint-Pierre près de Poitiers (86)

Solène Gaudin nous communique un article sur un chantier école près de Poitiers.

__________________________________________________

Depuis le 09 février 2015, les stagiaires du CS UCA (Utilisateurs de Chevaux Attelés) de Montmorillon sont présents dans les bois de St Pierre près de Poitiers. Durant deux semaines, ils apprennent à débarder, moufler, gerber, dans le cadre du module débardage.
Cette année, la commune de Poitiers a décidé d’y mettre les bœufs pour tester leur efficacité, notamment sur la fagotteuse.
.
Les bœufs à la fagotteuse
Pour ce faire, les stagiaires sortent le bois abattu à l’aide des chevaux, des bûcherons le coupent et le fendent en bouts d’un mètre. Une intervention est faite ensuite avec un stagiaire pour le ramasser et le mettre en fagots.
La fagotteuse en cours de chargement et la fendeuse avec le tracteur
Les bœufs sont attelés à un avant-train de l’AMB 88 et la fagotteuse du Bois de St Pierre. Le bois coupé en un mètre est mis dans la fagotteuse et emmené sur une place de dépôt pour le décharger.
L’avantage des bœufs sur cet outil, c’est que l’on n’est pas obligé de rester devant les bœufs comme avec un cheval, deux personnes suffisent pour faire les fagots, alors qu’il faut trois personnes avec un cheval ( un meneur aux guides et deux au chargement).
Les boeufs sur la place de dépôt
La seconde activité avec les bœufs, c’est le débardage des grosses grumes.
Sur les photos, nous utilisons l’avant-train AMB 88 avec un treuil.
Débardage avec l’avant-train AMB 88, un treuil et une pince
Débardage avec l’avant-train AMB 88, un treuil et une pince
Des écoles à la découverte des bœufs et du débardage

 

Actes du colloque sur la traction animale bovine du 10 décembre 2014, Montmorillon (86) rédigés par Gérard Coti.

Photo Jean-Léo Dugast 

Actes du colloque sur la traction animale bovine du 10 décembre 2014

Au lycée agricole de Montmorillon

« La traction animale bovine : un outil pour l’agriculture d’aujourd’hui et pour celle de demain ? »

Intervenants et témoignages :

Intervenants

  • Michel Nioulou: Créateur du site Web « Attelages bovins d’aujourd’hui »
  • Madame Nicole Bochet: De la Société d’Ethnozootechnie
  • Madame Cozette Griffin-Kremer: Chercheuse au Centre de Recherches Bretonnes et Celtiques

Témoignages :

  • Jo Durant : Paysan, utilisateur et dresseur en Loire-Atlantique
  • Pierre Nabos : Utilisateur amateur dans le Gers
  • Christelle de Freitas : Utilisatrice et dresseuse, salariée chez M. Jean Bartin en région Centre
  • Solène Gaudin : Prestataire de service en traction animale dans la Vienne
  • Emmanuel Fleurentdidier : Formateur en traction animale équine et bovine au CFPPA de Montmorillon
  • René Dudognon : Praticien d’autrefois en traction bovine

Animation et organisation :

 

Laurent Imbert : Directeur du CFPPA de Montmorillon

Gérard Coti : Coordonnateur formations traction animale au CFPPA de Montmorillon

Rédaction : Gérard Coti

Déroulement et contenu du Colloque

 

  • Le colloque a débuté par un mot d’accueil et de bienvenue de M. jacques Ferrand, directeur de l’EPLEFPA de Montmorillon qui a souhaité que ce colloque aboutisse à des pistes de progrès et d’organisation de la filière traction animale bovine.

  • Laurent Imbert, directeur du CFPPA de Montmorillon, a ensuite rappelé rapidement la genèse et les objectifs de ce colloque, les interrogations sur la formation notamment et la structuration de la traction bovine. Il a également présenté et rappelé les actions menées par l’établissement de Montmorillon en faveur de la traction animale et comment la traction bovine est venue logiquement se placer dans la continuité de ces actions.

  • Gérard Coti a cité les personnes excusées: Olivier Courthiade, Jean Bernard Huon, Philippe Kuhlmann, pris par leurs obligations professionnelles, André Kamerer, souffrant, Mathilde Doyen du Parc des Ballons des Vosges, Marc Michel directeur de l’INSIC (Ecole des Mines de Nancy) et Pit Schlechter, président de la FECTU, tous pris également par d’autres obligations. Gérard Coti a précisé que toutes ces personnes approuvaient la démarche du colloque, soutenaient cette action et souhaitaient être destinataires des actes.

 

  1. Etat des lieux de la traction bovine : Michel Nioulou

Michel Nioulou a rappelé qu’il était avant tout un amateur passionné de traction bovine et des races bovines. La création du site internet « Attelages bovins d’aujourd’hui » est issue d’un travail effectué avec l’Institut de l’élevage sur les races à petits effectifs et surtout avec Laurent Avon, hélas actuellement souffrant, dont la collaboration a été et reste très précieuse.

Les résultats présentés en chiffres peuvent comporter, selon M. Nioulou, quelques erreurs, les praticiens de la traction bovine étant particulièrement « dispersés », sachant que pour l’instant il reste à peu près 32 personnes à contacter.

Les chiffres présentés mélangent des personnes n’ayant jamais cessé d’atteler, des amateurs, des passionnés. Il précise qu’une paire sur deux travaille de façon effective et régulière. M. Nioulou souligne également que ces praticiens se situent souvent en zone de montagne.

Il a donc recensé à ce jour :

Environ 198 paires et 21 bœufs en « solo » utilisés par:

  • 59 exploitations agricoles
  • 14 retraités dits « actifs »
  • 27 attelages de loisirs
  • 10 structures organisatrices de spectacles
  • 12 particuliers 

M. Nioulou constate que parmi toutes ces personnes beaucoup sont des passionnés, pour la plupart issus du milieu agricole, préoccupés pour certains par le maintien d’une race à faible effectif et du travail avec les bœufs ou la fabrication de jougs et de fers.

Le recensement s’est effectué auprès de particuliers, d’associations diverses, d’écuries, d’organismes de spectacles etc.…

La difficulté du recensement vient aussi du fait que certaines personnes travaillent avec des bœufs et ne participent pas aux fêtes, il y a également ceux qui n’ont jamais cessé le travail en traction bovine.

Il constate également que parmi les meneurs, beaucoup réalisent notamment des activités de débardage…

Il existe visiblement une diversité importante d’activités, très « atomisée », d’où l’idée de M. Nioulou d’élaborer une cartographie des bouviers.

M. Nioulou a ensuite énuméré les atouts dont dispose la traction bovine :

  • Le fait déjà qu’en 2014 on parle encore et toujours du travail avec les bœufs.
  • La formation existe, qu’elle soit dispensée en centres de formation (Montmorillon, Oloron-Ste-Marie…) ou transmise par des professionnels.
  • Il y a beaucoup de jeunes bouviers.
  • Il existe des exemples d’utilisation sur des exploitations viticoles comme « Château Pape Clément » par exemple, ce qui est sans doute plus une image commerciale qu’un réel investissement dans la pratique, mais « c’est toujours ça ! »
  • Il y a un projet de création d’une académie des bouviers au Puy du Fou.
  • Un travail intéressant a été réalisé par l’ADEME (Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) du Limousin sur l’efficacité de la traction bovine
  • Il existe des recherches sur les jougs (Ecole des Mines de Nancy avec Emmanuel Fleurentdidier).
  • Il y a des réflexions constantes sur la conception, l’évolution ou l’adaptation du matériel de traction animale.
  • Il existe un projet de rédaction d’un manuel de dressage.

Toutes ces choses font que la traction animale bovine est assez vivante en France, et qu’il s’agit d’une activité normale souvent intégrée au fonctionnement d’une exploitation agricole.

Cependant des questions restent posées notamment sur :

  • La viabilité.
  • Cela reste une pratique précaire, voire confidentielle.

C’est une activité qui doit trouver sa place dans la préservation des races locales menacées et à faibles effectifs et dans le développement durable.

Il est assez compliqué finalement de se faire une image nette et représentative de la traction bovine, car beaucoup de praticiens travaillent et manquent de temps pour communiquer sur leur pratique.

Il faut trouver ou créer des relais sur l’ensemble du territoire, a suggéré M. Nioulou, et ne pas négliger les fêtes et manifestations. Mais il faut bien mettre en avant les gens qui travaillent vraiment en traction bovine, a-t-il conclu.

L’intervention de M. Nioulou a été très applaudie et pas mal de participants dans la salle (notamment M. Jean Bartin) l’ont chaleureusement remercié M. Nioulou pour le travail remarquable qu’il a réalisé pour son site, permettant ainsi de créer un lien et une communication entre les acteurs et de faire accéder les jeunes à la traction bovine.

Il faut souligner également que l’organisation de ce colloque a été grandement facilitée par le travail de M. Nioulou. (Note de G. Coti, rédacteur)

  1. Traction bovine : « Le poids du passé et des traditions, quel avenir ? » Mmes Cozette Griffin-Kremer et Nicole Bochet

Madame Griffin Kremer a débuté son intervention en rappelant que les trois quarts des agriculteurs du monde utilisent la traction animale…

Elle a ensuite souligné l’importance du travail en réseaux, en précisant qu’il existe différentes formes de réseaux aux connections différentes.

Actuellement, on se trouve dans un réseau libre qui communique dans tous les sens. Peut-être faudrait-il trouver un mode de relation plus organisé? L’important dans un réseau c’est le contact, précise Madame Griffin Kremer.

Exemples de réseaux :

  

Potential but

unconnected partners Network of individuals

or groups that communicate Information diffusion without reciprocity without central oversight

Il existe pourtant, poursuit-elle, beaucoup de connections possibles et de réalisations consacrées à la traction bovine.

  • Des manifestations qui réunissent les acteurs (A Montmorillon, en Vendée, en Allemagne…).
  • Des travaux d’étude, comme par exemple le travail du réseau des zootechniciens polonais et la publication d’un ouvrage sur la génétique et les bâtiments.
  • Beaucoup d’autres réseaux existent déjà : les musées, la société d’ethnozootechnie, des recherches…
  • La traction animale et bovine bénéficie de trois grands médiateurs : le magazine Sabots, la revue Esprit Village et l’AFMA (Assoc des Musées d’Agriculture)

   

  • Des supports de communication comme le site de M. Nioulou ou le blog de J.-L. Dugast, il existe aussi un site allemand sur le matériel.
  • Il y a également de nombreuses publications scientifiques sur le sujet.

Tous ces éléments sont des atouts et des passerelles importantes pour activer un réseau efficace et propice au développement et pour « optimiser la convergence de communication et  le maximum de connectivité parmi les acteurs »

Madame Griffin Kremer poursuit son exposé en insistant sur le fait qu’il existe en France une grande diversité de races et de pratiques, et qu’il faut s’appuyer sur cette biodiversité génétique pour valoriser encore mieux la traction animale bovine.

D’autant, dit-elle, qu’« un train peut en cacher un autre », qu’il existe une prédominance du cheval sur le bœuf et qu’il bénéficie d’une meilleure image. Même si certains pays, comme l’Angleterre, ont révisé leur point de vue sur le sujet.

  

Madame Griffin Kremer souligne l’importance de la conservation des savoirs et notamment de la transmission de ces savoirs par les anciens, ces « passeurs de mémoire » qui, hélas disparaissent ou sont appelés à le faire dans un avenir proche.

Elle met en garde aussi contre la façon de présenter la traction bovine par des démonstrations un peu factices, avec, par exemple, des terrains préparés par des engins pour faciliter le travail des bovins. Les démonstrations ne sont pas du travail et peuvent alors donner une image négative des possibilités de la traction bovine, à l’inverse de ce que l’on voudrait démontrer…

La traction animale bovine offre également beaucoup de défis à la recherche par la grande diversité des attelages et des jougs, mais là aussi une mise en garde : « Ne pas réinventer la poudre ! »

Madame Griffin Kremer estime qu’il y a vraiment un gros travail à faire sur les savoir-faire nouveaux, anciens ou inventés.

Peut-être faut-il « fonder un comité expert international pour définir des standards de compétence, pour trouver et designer officiellement les plus qualifiés parmi les meneurs, ainsi que pour définir leurs devoirs en tant que détenteurs de patrimoine immatériel »

Madame Griffin Kremer a fait aussi un point sur la transmission : comment transmettre et quels objectifs se fixe-t-on ?

Elle a souligné l’important travail et la qualité de ce travail réalisé par les musées, les parcs naturels régionaux et les écomusées. Ces organismes sont d’autant plus intéressants qu’ils ont souvent des « ponts » à l’international, notamment avec l’Allemagne (Musée de Plein Air de la Rhénanie)

Les musées ont cet énorme avantage de posséder et de présenter des collections souvent riches, des répliques de matériel divers et de favoriser les échanges.

Parenthèse : Attention à la désinformation non intentionnelle qu’on peut parfois trouver sur des représentations totalement imaginaires où l’on peut voir des jougs « extraterrestres »  ou des matériels n’ayant jamais existé…

La transmission c’est aussi la formation et les démonstrations réalisées lors de rencontres sur les sites de ces musées (en Alsace, en Rhénanie ou dans les Vosges…).

Les musées, c’est aussi une forte contribution à la sauvegarde des structures patrimoniales.

Pour finir, Madame Griffin Kremer s’est attachée aux perspectives et a souligné l’importance d’élaborer un plan stratégique (exposé dans le numéro 62 de Sabots).

Elle a insisté sur la nécessité d’ « obtenir pour ces meneurs soit le statut de « trésor vivant », style UNESCO, ou l’équivalent, et logiquement, des financements pour assurer leurs enseignements et leurs travaux d’auteurs de manuels (démarche déjà réussie par la CFPPA de Montmorillon)

Elle a également précisé l’objectif de proposer le développement d’un programme européen qui pourrait même dépasser les frontières de l’UE. « Développer un programme paneuropéen pour la formation des meneurs, sanctionnée par un diplôme reconnu nationalement et internationalement. Étendre ce programme au-delà des frontières de l’Europe afin d’accroître la conscience de la valeur de l’énergie animale et de ceux qui l’utilisent… »

Elle a conclu son intervention en insistant sur les besoins impérieux des meneurs d’attelages bovins de réaliser un travail qui soit rémunérateur…« Tirer les conséquences de la formation de plus de meneurs experts en créant des emplois ou en subventionnant une partie de leurs activités professionnelles (par exemple, agriculture ou viticulture, entretien du paysage périurbain ou rural)»

 

Madame Nicole Bochet a ensuite pris la parole pour présenter le travail réalisé avec la Société d’Ethnozootechnie dont elle est membre.

Elle a rappelé l’expérimentation menée sur la traction bovine en zone de semi- montagne avec pour thème principal : « Comment les praticiens ont résisté à la pression de la mécanisation »

Une étude a également été menée avec la société d’Ethnozootechnie sur les risques liés au travail avec des bovins, dont les résultats ont été publiés sur une revue de la MSA sur le savoir-être.

Elle a aussi rappelé son travail de 10 ans pour tenter d’aboutir à une nouvelle parution de l’ouvrage «Quand la corne arrachait tout» de François Juston, grâce à l’appui de la DGER.

Madame Bochet a souligné l’importance de cet auteur qui a travaillé sur la traction animale bovine, et elle a souhaité que des chercheurs puissent travailler sur ses écrits.

Mme Bochet a ensuite évoqué des journées consacrées à la traction bovine ayant donné lieu à des publications :

 

  • Une Journée d’étude de la société d’Ethnozootechnie organisée conjointement avec l’Association Française des Musées d’Agriculture et du Patrimoine Rural le 17 octobre1997, concrétisée par l’édition du volume1 de «Les  Bœufs au travail » par l’ Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales – sous la direction de F. Sigaut, J.M. Duplan, Nicole Bochet

 

  • Actes du colloque du « Festival Animalier International de Rambouillet (FAIR) » le 26 septembre 1998 qui a abouti à la parution du volume 2 de «Les Bœufs au travail »

Nicole Bochet a abordé des points très concrets concernant les frais engagés par les praticiens ou les personnes se déplaçant pour enquêter sur la traction bovine.

Les déplacements et les frais liés à ces déplacement posent en effet un réel problème pour les praticiens, obligés de s’absenter de leur exploitation agricole pour des démonstrations ou interventions diverses. Nous en avons trois exemples pour ce colloque en la personne d’Olivier Courthiade, de Jean Bernard Huon et de Philippe Kuhlmann, dont les obligations professionnelles et le coût du voyage ont entraîné les absences malgré leur soutien et leur envie de participer.

Ce fut également le cas lorsque Laurent Avon effectua son remarquable premier travail de recensement des bouviers de France. Les déplacements sur les sites lui ont posé un très lourd problème.

L’intervention s’est terminée par un certain nombre de questions et de sujets à creuser pour faire avancer la recherche et l’aider à travailler.

La création d’un centre de ressources, et l’utilisation plus approfondie d’internet peuvent être des appuis précieux.

Dans les sujets d’étude évoqués citons :

  • Un travail sur les animaux utilisés dans la traction bovine et particulièrement sur la sélection d’animaux pour le travail.
  • La viabilité du métier : Un point important et sans doute crucial pour l’avenir de la traction bovine.
  • La santé et la sécurité au travail avec des bœufs qui reste un travail très physique

Pour finir Nicole Bochet a évoqué le CIRAD (Centre de Coopération International en Recherche Agronomique pour le Développement) de Montpellier, qui pourrait s’intéresser à la traction bovine dans ses thèmes de recherche sur le développement rural par exemple, et qu’il faudrait inviter lors de colloques de ce type.

Elle a conclu en soulignant l’importance de stimuler des réactions et des engagements qui sont fondamentaux pour l’avenir et le présent de l’utilisation des animaux pour le travail.

  1. Témoignages de praticiens

  • Témoignage de Jo Durant :

Jo possède une paire de bœufs Vosgiens.

Jo a découvert le travail des bœufs chez ses grands-parents. Il a appris à travailler avec les chevaux chez ses parents, mais il a toujours eu une attirance particulière pour le travail en traction bovine.

Il s’est installé sur une exploitation agricole en polyculture élevage.

Il tient à dire d’emblée que travailler avec les bœufs pose un problème dans un contexte économique difficile.

On ne peut pas tout faire avec les bœufs, car il y a trop de travaux qui se superposent et c’est à une trop grande échelle dans la situation actuelle.

Jo précise que cela fait déjà pas mal de temps qu’ils réfléchissent avec Christine Arbeit, sa compagne, à changer de stratégie pour l’exploitation pour pouvoir utiliser les bœufs à 100 %…mais cela suppose, dit-il, une spécialisation de la production.

Ils possèdent des terres difficiles et réalisent très peu de labours. Il faudrait une seconde paire en fait, mais dans le contexte actuel ce n’est pas justifié le reste de l’année…

Par contre, en ce qui concerne les foins, Jo utilise le tracteur par souci de rentabilité économique plus que pour un problème de temps. Le matériel de traction animale est souvent trop cher (il évalue ses besoins à environ 8000 €) et difficile voire impossible à rentabiliser. L’achat d’une auto chargeuse par exemple serait idéal mais c’est un engin totalement hors de prix pour eux…

Tout cela fait que les bœufs sont sous-utilisés, et qu’ils ne réalisent pas un travail assez régulier, ce qui entraîne pas mal de soucis à la remise en route…De plus Jo et Christine consacrent beaucoup de temps à la commercialisation de leurs produits et au travail administratif, ce qui leur laisse peu de temps à consacrer à la traction animale.

Quant à l’emploi d’un salarié, Jo ne voit pas quelle activité pourrait financer un salarié en traction bovine…

Jo reste persuadé que la spécialisation est la clé d’une utilisation rationnelle de la traction bovine. Mais il reste à bien définir cette spécialisation par rapport au fonctionnement d’une entreprise agricole.

Il ne faut pas non plus rêver, dit-il, les jeunes aujourd’hui ne pourront pas travailler comme les anciens…

Une production paraît bien compatible avec la traction bovine, c’est la production maraîchère ou / et la culture des plantes aromatiques et médicinales. L’utilisation de la traction bovine dans ce contexte paraît possible et rentable…mais attention, la notion de rentabilité peut être très différente selon les individus, c’est une notion très personnelle…

En bref dans l’état actuel de son exploitation agricole, Jo pense qu’il faudrait revoir le fonctionnement global de l’entreprise… sachant, en outre, qu’il possède un parcellaire très morcelé et que les déplacements fréquents ne sont pas envisageables en traction bovine car beaucoup trop lents…

Il y a par contre beaucoup d’intérêt à utiliser la traction bovine pour l’impact bénéfique sur le sol, notamment le travail sans labour. Il y a à l’évidence des pistes intéressantes à creuser. Il faut être vigilant aussi au problème posé par la traction animale par rapport à la puissance demandée (le sous solage par exemple ou certains labours…)

Jo conclut en disant qu’il reste persuadé que la traction bovine s’adapte parfaitement à une production maraîchère en permaculture par exemple, c’est-à-dire spécialisée.

 

 

  • Témoignage de Pierre Nabos

Pierre a commencé à travailler en traction animale avec des chevaux de trait, puis s’est intéressé aux bœufs. Il utilise en mixte la traction animale et la traction mécanique mais uniquement en amateur. Il précise qu’il a un travail à « l’extérieur » et qu’il n’a évidemment pas les contraintes liées à l’utilisation professionnelle de la traction bovine et qu’il n’en voit que les aspects positifs. Il dresse également des bovins pour d’autres utilisateurs.

Ceci dit, Pierre estime que l’utilisation des vaches pour la traction animale reste plus simple, que les animaux sont plus maniables, plus robustes et plus résistants à la chaleur notamment.

D’un point de vue économique, il constate que les bovins sont moins coûteux que les chevaux (harnachement), qu’une vache a l’avantage de produire un veau (pour la viande) et du lait, et que les surfaces exigées pour les bovins sont moins importantes.

Il intervient beaucoup à l’occasion de fêtes, de manifestations ou d’animations ce qui lui a permis de faire pas mal de rencontres pour démarrer son activité en traction bovine.

Il insiste sur l’intérêt de ce type de manifestations pour donner au public une première image de la traction bovine, et notamment une image positive.

Il dit avoir de nombreux contacts lors de ces fêtes, mais regrette par contre le peu de continuité constaté par la suite. « Pour que ça marche, il faut partir du début » dit-il.

Pour finir, il lui semble important de préciser que, lorsque l’on veut utiliser la traction bovine sur une exploitation agricole, il est indispensable de bien prendre en compte, avant toute chose, la superficie à travailler.

  • Témoignage de Christelle de Freitas

Christelle précise dès le début qu’elle a été baignée dès son enfance dans l’élevage bovin, puisque ses parents étaient des éleveurs de bovins charolais.

Elle travaille en traction animale uniquement dans un contexte de loisirs et de démonstrations à l’occasion de prestations pour des manifestations. Elle est salariée de M. Jean Bartin.

Christelle a commencé la traction animale avec des chevaux. Mais les nombreux témoignages entendus sur la traction bovine l’ont incitée à s’y intéresser de plus près et à pratiquer. Elle a commencé avec une paire de vieux bœufs expérimentés pour se « faire la main ».

Quand elle se déplace sur le territoire, elle apprécie tout particulièrement les rencontres souvent chargées d’émotion, qu’elle peut avoir avec des anciens mais aussi des plus jeunes.

Christelle a conscience qu’elle transmet un savoir dans une société qui a perdu beaucoup de ses repères avec l’animal. Elle est convaincue d’être un lien entre le professionnel et le passionné, mais surtout d’être une « passeuse de mémoire » qui va permettre de conserver ce contact primordial avec l’animal.

De plus, le fait qu’elle soit une femme menant des paires de bœufs est un atout et une démonstration que la force physique est secondaire.

Lors de ces démonstrations elle se déplace non seulement au niveau national mais aussi européen. Elle constate une forte demande venant de multiples organismes. Cela crée de nombreux déplacements avec des problèmes sanitaires parfois difficiles à gérer. En ce qui concerne le ferrage, ils bénéficient de l’assistance d’un maréchal-ferrant qui se déplace avec eux.

Christelle pense qu’il y a un gros travail à faire pour transmettre ces savoirs aux jeunes, un travail indispensable.

Elle évoque des pistes de réflexion, notamment sur la fin de vie des animaux qui sont finalement plus que des outils de travail…Faut-il les envoyer aux abattoirs, Faut-il avoir des scrupules après 14 à 15 ans de bons et loyaux services ? Bien sûr cela ne fait pas plaisir de les voir partir mais n’est-ce pas leur destin de bovins ?

Mais Christelle insiste aussi sur l’importance de beaucoup travailler la communication et l’image de la traction bovine, pour pallier la méconnaissance et parfois l’ignorance du public. Elle est persuadée notamment de la nécessité de faire toucher les animaux aux gens…

Enfin, elle conclut sur la possible introduction des bœufs en zone urbaine et de la traction animale en général, sachant qu’il faudra gérer les problèmes de propreté, ce qui peut être un facteur négatif aux yeux des citadins…

  • Témoignage d’Emmanuel Fleurentdidier

Manu fait un rapide rappel de son expérience personnelle et professionnelle en traction animale précisant que ses débuts en traction animale se sont faits de façon autodidactique et avec les chevaux.

Il a réalisé de nombreuses prestations et interventions avec les chevaux de trait pour à un moment se diriger vers les bœufs. Mais cette nouvelle pratique s’est développée presque « par défaut », pour le loisir et dans le but de « se détendre » de l’utilisation professionnelle des chevaux.

Au début Manu a le sentiment d’être un peu seul, puis il participe à la « rencontre des bouviers » en Alsace en 2007 ce qui lui permet d’entrer en contact avec des bouviers et notamment Philippe Kuhlmann.

En 2008, il participe à un travail sur la transmission des savoirs avec l’UNESCO sur le Parc des Ballons des Vosges. Plusieurs propositions d’animations sont proposées, la traction animale est retenue et particulièrement son projet sur la traction bovine. Cela a donc permis l’intégration des bœufs de travail au Parc des Ballons des Vosges.

Puis Manu rappelle son arrivée au CFPPA de Montmorillon en décembre 2009 sous l’impulsion de Gérard Coti, pour assurer la formation CS Utilisateur de chevaux attelés…

Il souligne qu’il était toujours fortement intéressé par la traction bovine, et qu’il rapatrie ses bœufs Vosgiens l’année suivante à Montmorillon, mettant il est vrai le CFPPA un peu devant le fait accompli…mais dans l’objectif de monter une formation.

En 2011 a donc lieu la première formation à la traction bovine à Montmorillon.

L’idée de Manu est de travailler sur l’amélioration et la modernisation du matériel utilisé en traction bovine et notamment les jougs. Il entreprend alors une recherche avec les élèves ingénieurs de l’INSIC (de l’Ecole des Mines de Nancy) sur les matériaux composant les jougs, dans l’objectif de les alléger et de faciliter leur mise en place sur l’animal. Cette recherche aboutit à la fabrication d’un prototype. Les élèves ingénieurs sont d’ailleurs venus tester ce matériel et prendre des mesures dynamométriques à Montmorillon.

Depuis peu la formation CS a intégré, dans son programme, une période de 35 heures consacrée à la traction bovine.

Pour conclure, Manu suggère de réaliser un travail sur le dressage, et l’influence des différents types de jougs (joug de garrot ou de cornes). Il pense également qu’il faut plus communiquer et valoriser les différents types d’animaux en fonction des utilisations.

 

  • Témoignage de Solène Gaudin

Solène se présente comme prestataire en traction animale. Elle réalise des chantiers divers : du débardage, des prestations attelage, du maraîchage et intervient également sur certaines manifestations et fêtes.

Elle utilise une paire de bœufs Vosgiens et une paire de chevaux de trait.

Elle s’est formée en 2013 au CFPPA de Montmorillon où elle obtient son CS Utilisateur de chevaux attelés qui lui permet de s’intéresser aux différentes thématiques abordées durant la formation.

Elle suit également un stage en traction bovine, ce qui lui fait découvrir avec intérêt l’utilisation du bœuf de travail.

Solène a pu comparer lors de ses prestations le bœuf et le cheval : elle considère le bœuf comme plus économique que le cheval.

Elle souligne aussi que les bœufs sont plus endurants au travail et plus simples d’utilisation, avis qui semble partagé par de nombreux praticiens.

Solène a également réalisé des expérimentations sur les vignes. Le gros avantage des bovins semble être leur entretien par rapport aux chevaux, certainement plus exigeants et au fond plus coûteux si l’on en revient aux critères économiques.

Par contre, Solène précise que les bœufs posent plus de problèmes lors de déplacements surtout lorsque d’autres bœufs sont présents notamment en ce qui concerne les papiers d’identifications et vétérinaires.

Un autre problème est le ferrage, il n’est pas évident de trouver un maréchal-ferrant sachant ferrer les bœufs.

Autre souci, selon Solène, le matériel neuf pour traction bovine, est encore peu répandu malgré les efforts de certains constructeurs comme AMB 88.

En ce qui concerne le ferrage, Solène suggère d’inclure le ferrage des bovins dans les parcours de formation sur le ferrage ou le parage.

 

  • Témoignage de René Dudognon

Note du rédacteur : M. René Dudognon est un ancien praticien en traction bovine. Sa présence à ce colloque s’explique par sa rencontre avec Mme Monique Gésan, directrice de l’Ecomusée du Montmorillonnais. Mme Gésan travaille beaucoup sur la mémoire vivante et sur les témoignages d’anciens qu’elle enregistre pour l’Ecomusée. Au courant de la tenue de ce colloque, elle nous a contactés pour proposer son intervention. La rencontre d’anciens et de nouveaux praticiens est toujours fructueuse et intéressante et permet de se faire une idée de ce qu’était la traction animale à une époque où elle faisait encore partie du quotidien agricole. Il nous a semblé aussi que M. Dudognon pourrait trouver du plaisir et une certaine fierté à parler de ce qui fut sa vie, durant de longues années. Nous le remercions de sa présence.

M. Dudognon commence par expliquer qu’il a travaillé avec des bœufs jusqu’en 1960, l’arrivée de la mécanisation ayant entraîné rapidement le déclin de l’utilisation des bœufs.

A cette époque tout se faisait avec les bœufs.

Il y avait plus de vaches au travail que de bœufs car les vaches présentaient l’avantage de faire un veau.

René Dudognon se souvient d’avoir aussi travaillé un peu avec les chevaux, mais leur usage était moins courant dans les fermes parce que plus coûteux sans doute…

M. Dudognon parle du dressage des bœufs en précisant que les fermes n’achetaient presque jamais de bœufs dressés et qu’ils prélevaient des veaux élevés sur l’exploitation, et que les fermiers dressaient eux-mêmes.

Ils confectionnaient de petits « jougs », parfois de simples morceaux de bois, qu’ils attachaient sur la tête du veau pour l’habituer tout jeune au joug de travail.

M. Dudognon poursuit en expliquant que les futurs bœufs de travail étaient castrés tôt, entre 4 et 6 mois, qu’ils commençaient à travailler à partir de 2 ans, et pendant 3 à 4 ans, période à l’issue de laquelle on les renouvelait.

Le dressage à l’époque était plus simple et plus rapide, car le nombre important d’animaux de travail permettait de lier ensemble un jeune bœuf inexpérimenté avec un plus âgé déjà dressé. Le jeune n’avait pas le choix et suivait…

En ce qui concerne l’alimentation des animaux de trait, les bœufs étaient nourris avec des topinambours, des betteraves et du foin, mais le plus souvent ils étaient à l’herbe.

Pour le ferrage, il se faisait beaucoup en fonction du terrain… Parfois, par exemple, on ne ferrait que les antérieurs, ou seulement les onglons externes…

Bien entendu le dressage pouvait poser un problème à certains fermiers et dans ce cas là ils achetaient un animal dressé, mais c’était peu courant.

M. Dudognon nous explique aussi qu’en général les jougs étaient fabriqués « maison », et que lui-même en fabriquait.

Par contre les bœufs étaient lents et cela posaient aussi des problèmes de déplacements surtout en évitant les routes.

Pour finir M. Dudognon évoque les moments où ils allaient chercher les bœufs pour le travail. Il souligne que, bien entendu quand les bœufs logeaient à l’étable, la préparation était plus facile et plus rapide; mais il arrivait aussi que les bœufs restent au pré et il fallait les attraper pour les lier, cela prenait un peu plus de temps, mais beaucoup d’animaux étaient dociles et se laissaient attraper sans problème.

On les liait en commençant toujours par celui de gauche.

A une question de M. Mic Baudimant (spécialiste du Briolage: chants accompagnant le travail des bœufs) qui demandait à M. Dudognon si cela leur arrivait de chanter en menant les bœufs, celui-ci répondit qu’en effet cela arrivait, « notamment le matin pour montrer au voisin qu’on était au travail plus tôt que lui ! ». Cependant René Dudognon n’a pas osé « brioler » pour nous… Puis il a cité deux ou trois noms donnés aux animaux comme par exemple « Mariolle » au caractère un peu vif, « Pompon » etc.…

Pour finir, René Dudognon se souvient des deux derniers bœufs Limousins qu’il a connus et qui pesaient 1 tonne 2 chacun ! Et il conclut en disant qu’à l’époque le temps s’écoulait à un autre rythme et que c’était les animaux qui donnaient le rythme…

 

  1. Travail par ateliers

  • Atelier 1 : « Peut-on tout faire avec un bœuf ? »

Animateur : Emmanuel Fleurentdidier

La réponse à la question posée par le thème de l’atelier a été clairement: oui.

Les participants ont ensuite énuméré les différents travaux pouvant être réalisés avec des bœufs en les commentant.

  • Le travail de débardage a d’abord été abordé : il a été souligné que c’est peut être le travail qui correspond le mieux aux capacités des bovins de trait. Ils vont bien dans ce contexte par leur maniabilité d’abord, leur adaptation aux types de reliefs rencontrés, en sachant qu’aujourd’hui le matériel de débardage est suffisamment bien conçu pour être opérationnel. Les bovins s’adaptent très bien en zones naturelles sensibles (zones humides et sols fragiles) grâce, notamment, à leurs onglons qui évitent l’effet « ventouse » rencontré avec les chevaux.

  • Le travail du sol : le travail en viticulture est tout à fait possible et efficace si le menage des bœufs se fait par l’arrière. En maraîchage, beaucoup de possibilités, travail facilité par une vitesse d’avancement lente et plus contrôlable. Surtout en ce qui concerne le labour, qui se révèle de qualité supérieure en vitesse modérée.

De plus, en travail du sol, on peut sans difficulté alterner un attelage en paire, travailler en solo, utiliser un joug, un collier ou un frontal…

  • Le voiturage : l’utilisation du bœuf pour réaliser un travail de collecte / ramassage / distribution sur une ferme est tout à fait concevable sur de courtes distances où elle reste équivalente (en coût et rapidité) à celle réalisée avec un cheval.

On peut donc faire pratiquement tout, ou du moins beaucoup de choses avec un bœuf, y compris en agglomération (le bœuf territorial, pourquoi pas ?) sachant tout de même que dans un contexte citadin, il faut soigner l’image que l’on va donner, car le bœuf ne bénéficie pas d’une image aussi favorable que le cheval de trait. Notamment au niveau des déjections (les sacs à crottin pour les chevaux ont réduit en partie le problème) car les bœufs produisent des bouses…C’est sans doute un faux problème pour notre atelier car cela peut se gérer de façon simple : en changeant d’alimentation avant la prestation, en calculant le temps de transport pendant lequel les déjections peuvent être « évacuées » et en travaillant en se calant sur le calcul du cycle alimentaire…

Mais cet atelier a lui aussi insisté sur cette image à donner primordiale pour faire accepter le bovin par le public en général.

  • Atelier 2 : Organisation

Animateur Jo Durand

(Note du rédacteur : les rapporteurs désignés des différents ateliers ont eu l’excellente et généreuse idée de me faire parvenir le compte-rendu de l’atelier auquel ils ont participé ou qu’ils ont animé. Je les en remercie grandement, et restitue donc chaque contribution dans son intégralité (ou presque…), ayant trop peur de ne pas respecter ou d’omettre une partie de ce qui a été dit et échangé lors de ces moments riches et conviviaux.)

Les discussions vives et fructueuses de cet atelier ont souvent rejoint les thèmes abordés dans les Ateliers 1 et 3. Les participants étaient d’accord sur les points suivants :

1) Il faut travailler sur l’image de la traction bovine qui est soit méconnue, soit moins bien perçue que la traction chevaline.

2) Les utilisateurs de traction bovine sont si peu nombreux (en France) qu’il y a un manque de main-d’œuvre: par exemple, certaines tâches entreprises par une seule personne devraient l’être par deux ou trois, ce qui donne fréquemment lieu à une situation de sécurité insuffisante.

3) La formation est, elle aussi, souvent insuffisante, à la fois pour le travail purement technique, comme pour obtenir une efficacité dans les réponses aux exigences pratiques telles l’émission de devis, l’explicitation d’arguments, etc., au sein de qualifications globales. Il y aurait nécessité de faire des recherches sur la mutualisation.

4) On constate aussi un fossé considérable entre l’expertise dans l’utilisation de la mécanisation et celle concernant l’énergie animale, surtout au niveau de la recherche sur cette dernière qui n’a pas suivi le rythme des investissements dans les équipements mécanisés, laissant ainsi un hiatus d’une cinquantaine d’années et un manque de structures pour soutenir des progrès techniques.

5) Au lieu d’insister sur le débat cheval versus bovin, il serait bien plus sage de souligner leur complémentarité, tout comme la complémentarité énergie animale/motorisation (sauf, très probablement, dans le transport).

6) Il ne faut pas oublier que le plombier travaille sur une matière inerte, tandis que le bouvier travaille avec le vivant, ce qui l’amène à une vision bien plus écologique de respect du sol dans tous les sens de ce terme.

Cozette Griffin-Kremer

13 décembre 2014

  • Atelier 3 : la formation

Animateur : Gérard Coti

(Note du rédacteur : je me suis permis de « raccourcir » le compte rendu de M. Baudimant non pas dans le but inavoué de le censurer mais pour des questions de lisibilité et de clarté en rapport avec le thème de l’atelier et pour des questions de place. Il est vrai que cet atelier a été marqué par de nombreux échanges, un peu dans tous les sens et que la tâche du rapporteur n’a pas été chose aisée. J’espère de tout cœur que Mic Baudimant ne prendra pas ombrage de cet élagage un peu sévère sans doute, mais nécessaire…)

Aux trois questions initialement posées en préambule – une formation pour qui ? Une formation par qui ? Une formation comment ?- est venue s’ajouter une quatrième : pourquoi une formation ?

Question récurrente et question de fond : Pourquoi utiliser la traction bovine en ce début de XXI ème siècle ? Comment en vivre ? S’engager dans une formation technique de cet ordre nécessite une motivation et un « horizon » suffisamment clair pour le demandeur d’apprentissage.

 

UNE FORMATION POUR QUI ????

Devant la « confidentialité » des pratiques de traction bovine, en France, aujourd’hui, la promotion tous azimuts ne semble pas porteuse, ni même souhaitable : « On s’époumonerait à rien » dit une des participantes de la table ronde.

1/ Cibler les circuits spécialisés s’impose :

Journaux agricoles locaux (trouver des relais dans chaque région par l’intermédiaire de passionnés. Revues nationales spécialisées : « SABOTS », ‘VILLAGES »… revues « BIO ».

L’activation des réseaux « traction bovine » en place est un point majeur mis en évidence par Cozette GRIFFIN KREMER, dans la présentation du matin. « La sollicitation du réseau des musées d’agriculture est un très bon système » précise Nicole BOCHET de la Société d’Ethnozootechnie.

2/ « De l’oeuf et de la poule » …. Quel élément au départ des choses ?

Dans le groupe, la réflexion court sur l’origine souhaitable de la formation :

Faut-il développer la traction bovine de manière graduelle et non ostentatoire, pour servir de modèle à des volontaires qui s’engageront à la suite, de façon croissante et durable ? (situation actuelle, considérée par certains comme un peu trop lente)

Ou

Faut-il chercher des stagiaires (promotion de formations par voie de presse – diffusion ciblée de documents d’appels pour stages en région) … afin de construire un « bataillon » d’initiés, capables de développer la traction bovine ?

Les deux voies sont sans doute à prendre, pour un maximum d’efficacité.

3/ Constat est fait de l’intérêt porté à cette pratique par des personnalités « atypiques », en rupture de ban avec la société « normalisée » qui prévaut, aujourd’hui.

Le « feeling » avec l’animal est nécessaire et au départ des motivations et réussite.

Si la force physique peut ne pas compter, un « caractère » affirmé est capital ! (Exemple de la jeune bouvière Solène GAUDIN)

4/ Des expériences du type « EQUI TRAITS JEUNES » seraient à promouvoir dans le milieu bovin.

Dans un premier temps, la fusion entre initiatives équines et bovines simplifierait la mise en place.

Hélas, avec la « crise » un ralentissement de cette pédagogie ouverte se fait sentir.

Rassembler 400 jeunes – accueillir, nourrir, et faire s’affronter amicalement – met en œuvre des fonds importants, souvent à la charge du lycée organisateur.

Son avenir est remis en cause selon monsieur COTI. Les instances supérieures de l’Enseignement Agricole ne voient pas forcément d’un « bon œil » cette facette de l’enseignement : «  ça fait rigoler » … « ça parait être un retour au Moyen-âge !!! ». L’inspection y opposerait un NON catégorique.

 

UNE FORMATION PAR QUI ????

La phalange des formateurs reconnus (Olivier COURTHIADE, Philippe KUHLMANN…..) est actuellement très réduite et peut se compter sur les doigts d’une seule main ! Ils se sont formés par eux-mêmes et n’ont pour eux que l’antériorité de la passion et quelques bons conseils d’anciens qui les ont précédés: l’observation fine et le temps ont fait le reste. Ils dispensent une formation sur le terrain mais non reconnue par un diplôme ou une qualification officiellement répertoriée.

Emmanuel FLEURENTDIDIER, formateur au Lycée Agricole de Montmorillon est actuellement le seul à dispenser une formation qualifiante.

Le renouvellement et l’élargissement du groupe des formateurs paraissent nécessaires. D’anciens bouviers, en petit nombre, proposent de manière encore officieuse un échange de savoirs et de savoir-faire. Une liste des propositions serait à établir et sans doute utile pour former les novices au plus près de leur résidence et au moindre frais.

L’idée d’un COMPAGNONNAGE basé sur des contacts multiples dans divers territoires parait séduire le plus grand nombre des participants au groupe 3. Les pédagogies propres à chaque formateur pourraient être synthétisées et répondre ainsi, plus efficacement, à la singularité du bouvier formé.

 

UNE FORMATION COMMENT ???

La FÊTE de la VACHE NANTAISE 2014, a fait apparaître le besoin de s’organiser pour proposer divers types de formations. Le colloque TRACTION BOVINE de Montmorillon est le premier temps de cette organisation.

Il arrive après l’annulation récente de 3 stages de formation au lycée de Montmorillon.

Par trois fois, les difficultés à rassembler, dans ce lieu dédié à la traction animale, des gens motivés avaient pour cause :

  • L’éloignement géographique.
  • La durée du stage (5 jours …pour des personnes en activité professionnelle !)
  • Pour certains, le financement de cette formation, (environ 530 € la semaine)

Les rencontres informelles d’Alsace (Ecomusée), d’Ariège (Ecomusée) et de Nantes (Fête) sont au départ d’un désir accru d’échanges (théorie et terrain) autour de la traction bovine.

Elles ne peuvent prétendre à une formation détaillée, qualifiante, et restent pour beaucoup de participants un très agréable échange, une sensibilisation, une initiation qui demande sa suite.

  • Se former seul, en autodidacte, est-il suffisant? Tout doit être redécouvert avec perte de temps et erreurs magistrales possibles
  • Une initiation – assez complète– à Montmorillon, (anatomie, harnachement, réglementation, sécurité) est un bon point de départ.
  • Participer à des stages locaux, plus brefs (deux jours, un WE) mais plus fréquents, en alternance avec un travail rémunérateur initial, serait sans doute l’idéal.

Pratique de l’aller-retour, expériences individuelles en alternance avec la formation … pourrait permettre de «donner du temps au temps», ont dit certains…

On se verrait bien, alors, suivre un  Tour de France « des gens passionnés qui reçoivent » un compagnonnage formateur mais qui pose le problème de l’accueil et ses contraintes matérielles, de la rémunération éventuelle ou du dédommagement du bouvier formateur …..Des accidents toujours possibles et des diverses responsabilités. (Où l’on voit à nouveau les réactions généreuses et spontanées de « marginaux » – fréquentes dans le milieu des défricheurs d’idées neuves ! – s’opposer à la législation en vigueur)

 

La mobilité des formateurs plutôt que celle des bouviers à former serait-elle une avancée de taille ?

Un regroupement minimum est nécessaire : à nouveau le problème du lieu et de son accueil, tant au plan de l’hébergement que des moyens techniques à mettre en œuvre (bêtes d’attelage et matériels en nombre suffisant).

Malgré un frémissement perceptible dû aux évolutions récentes de la « bio-attitude », la traction bovine reste encore aujourd’hui assez confidentielle. Sa formation, comme on vient de le voir, est difficile à mettre en place. Elle implique la nécessité de S’ORGANISER.

Le prochain SALON INTERNATIONAL de l’AGRICULTURE est proposé comme le cadre obligé de cette naissance, lui qui a profité, depuis plus de 20 ans, à l’essor – mesuré – de la traction avec chevaux, ânes et mulets.

Mic Baudimant

Bilan de la journée, questions, réponses et pistes évoquées…

A l’issue de ce travail des ateliers, beaucoup d’échanges ont eu lieu, résumés par cette remarque de Cozette Griffin Kremer qui a dit : « Beaucoup de fils se sont rejoints entre les groupes de travail » ce qui montre bien, en effet cette volonté commune, cet élan commun vers l’unité des discours et la similitude des préoccupations.

Cozette a même suggéré de traduire les actes du colloque en anglais afin de « rejoindre le reste du monde »…cela est révélateur aussi de la nécessité d’une communication accentuée et qui aille dans le même sens pour tous mais qui préserve la « culture » de chacun.

MM. Coti et Fleurentdidier ont ensuite pris la parole pour tenter de faire un bilan de la journée en reposant la question de départ, à l’origine du colloque: « La traction bovine, un outil pour l’agriculture d’aujourd’hui et pour celle de demain ? »

A-t-on finalement répondu à cette question ? D’une certaine façon, oui, et sans doute positivement mais peut-être certaines conditions restent à définir pour concrétiser.

Certes le bilan de la journée s’est révélé positif, les fils ont tendance à se relier, les témoignages de la matinée ont été un apport fructueux, et, pour les personnes extérieures au domaine de la traction bovine, ce colloque a été aussi très enrichissant.

Mais il reste à faire et poursuivre dans ce sens, et notamment :

  • à constituer un véritable réseau. Des personnes ont proposé de servir de relais en ouvrant leur structure pour échanger sur des thématiques, comme M. Bartin par exemple ou M. Czubak des « Roulottes de l’Abbaye »…
  • à prolonger ce moment de « communion » et le mot n’est pas trop fort, par d’autres rencontres (il a été par exemple suggéré de se revoir sur le Salon de l’Agriculture en proposant une animation dans le cadre d’un stand Ministère ou des races rustiques à faibles effectifs)
  • à, peut être, créer une association, ce qui avait déjà été proposé par Manu Fleurentdidier.
  • à mieux valoriser le site web
  • à contacter la Chambre d’Agriculture pour préciser sa position et peut-être lui demander de porter un réseau.
  • à préciser la position de la Région.
  • Etc.…

Beaucoup de choses ont été évoquées, échangées, proposées, bref, il s’est passé quelque chose ce 10 décembre 2014 à Montmorillon…

Conclusion :

Pour finir, (et sans doute par déformation professionnelle), je vais tenter de résumer en quelques phrases l’ensemble de ce qui est ressorti de ces échanges, selon moi, et tenter de souligner les points sur lesquels l’unanimité s’est faite.

  • Améliorer et intensifier la communication sur la traction bovine, pour la faire connaître, montrer qu’elle existe et qu’elle est vivante. Des hommes et des supports existent, aidons-les et développons-les.
  • Améliorer nettement l’image du bœuf de travail auprès du public, plus enclin souvent à admirer les chevaux de trait.
  • Parler « d’une même voix » et constituer un réseau interactif et efficace, qui assure et rend durables les contacts entre tous les acteurs.
  • Valoriser et s’appuyer le plus possible sur la mémoire, les savoirs transmis et la richesse des traditions, comme autant de tremplins pour l’avenir.
  • Faire progresser et encourager la recherche dans tous les domaines qui gravitent autour de la traction bovine: la biodiversité génétique, la sélection génétique, le matériel, les jougs, l’impact environnemental, le dressage etc…
  • Travailler à assurer la viabilité économique de l’utilisation de la traction bovine dans un cadre professionnel et ce, dans le respect absolu de la sécurité et de la santé des hommes et des animaux.
  • Encourager, faciliter et développer la formation en inventant de nouvelles formes d’apprentissage et de nouveaux modes de fonctionnement.

 

Voilà, je crois, les points importants sur lesquels les participants à ce colloque ont trouvé un consensus. D’autres points bien sûr ont été abordés, mais résumer, c’est faire un choix…et puis les actes sont là pour retranscrire tout (ou presque) ce qui a été dit, il suffit de s’y reporter pour en apprendre plus sur tel ou tel point.

Enfin, je voudrais dire que la traction bovine possède en elle-même les ferments de son développement futur et des atouts incomparables tant humains que matériels, que ce colloque a permis de mettre en évidence. A nous, à présent, de « relier tous ces fils » et de propulser la traction animale bovine vers l’avenir…

 

Le 14 janvier 2015

Gérard COTI

 

 

 

« Tranquilles et leur ombre allongée sur les champs,

Les grands boeufs descendaient au profil d’un coteau,

Traînant les moissons d’or sous les feux du couchant,

Et tout l’été passait dans les lourds chariots. »

Paul FORT, Ballades françaises, 1922-1958

___________________________________

Pour télécharger les actes du colloque rédigés par Gérard Coti, cliquez ici: actes-du-colloquetab-1

 

______________________________________________

La traction bovine, un outil pour l’agriculture d’aujourd’hui et pour celle de demain? Colloque à Montmorillon (86) le 10 Décembre 2014 par Michel Nioulou

Photo Véronique Nioulou

Le colloque sur la traction bovine s’est tenu à Montmorillon le 10 décembre 2014, accueilli au sein du lycée agricole et du CFPPA par Jacques Ferrand, directeur du lycée, Gérard Coti, professeur et chargé de communication, Laurent Imbert, directeur du CFPPA et Emmanuel Fleurentdidier, formateur traction animale à Montmorillon.

Presque une cinquantaine de personnes se sont retrouvées autour du thème de la traction bovine en France. Etat des lieux, avenir, formation et témoignages ont permis aux différents acteurs présents de confronter leurs expériences et leurs points de vue sur le sujet.

Photo Jean-Léo Dugast

Le projet d’association d’utilisateurs en traction bovine a été évoqué. Si pour le moment rien n’est encore ni clarifié, ni formulé, cette journée a déjà eu le bénéfice de faire se rencontrer de nombreuses personnes qui œuvrent chacune de leur côté, et de prendre conscience qu’elles ne sont pas seules à pratiquer. Au cours de la journée, dans les débats ou dans les pauses, le sujet était à 100% la traction bovine, pratique, technique, dressage, élevage, rentabilité, préparation, matériel, joug.

Exploitants, prestataires de services, amateurs, structures de spectacles, tous ont témoigné et partagé leurs expériences.

Un état des lieux de la traction bovine en France a été dressé par votre serviteur au vu des infos recueillies par le blog Attelages Bovins d’Aujourd’hui.

De gauche à droite: Gérard Coti, René Dudognon, Emmanuel Fleurentdidier, Christelle de Freitas, Jo Durand, Pierre Nabos (Photo Mic Baudimant)

De gauche à droite: Michel Nioulou, Nicole Bochet, Cozette Graffin kremer, Laurent Imbert (Photo Mic Baudimant)

Ensuite, Nicole Bochet et Cozette Graffin Kremer, chercheuses et investies sur le sujet, ont présenté les différents réseaux qui se mettent en place en Europe, l’avenir, les actions à mener.

Puis les acteurs de terrain sont intervenus:

  • Jo Durand, exploitant.
  • Pierre Nabos utilisateur/éleveur amateur et dresseur.
  • Christelle de Freitas, utilisatrice et dresseuse professionnelle chez Jean Bartin.
  • Solène Gaudin, prestataire de service en traction animale et utilisatrice de boeufs.
  • Emmanuel Fleurentdidier, formateur en traction animale au lycée agricole de Montmorillon, prestataire et exploitant.
  • René Dudognon, ancien bouvier au sein d’une grosse ferme qui utilisait 5 paires de boeufs.

 Pierre Nabos et Christelle de Freitas durant leurs interventions (Photo Jean-Léo Dugast)

René Dudognon pendant les pauses parle de son travail avec les boeufs jusque dans les années 1960 (photo Mic Baudimant)

L’après-midi, trois ateliers thématiques étaient proposés aux participants.

Atelier technique: Peut-on tout faire avec un boeuf?

Atelier organisation: Avantage de la traction bovine aujourd’hui et demain

Atelier formation: Formation pour qui? Par qui? Comment?

On aura pu regretter l’absence d’incontournables comme Philippe Kuhlmann et Olivier Courthiade tous les deux retenus et excusés en début de séance. Malgré l’intérêt des débats et la réactivité des participants, l’expérience et le recul que ces deux piliers représentent pour la promotion de la traction bovine, aurait été du plus grand enrichissement pour tous.

Parmi les participants, on comptait entre autres bouviers, Jean Bartin, André le Faou, ATEA 33, Pierre Gatard, Richard Maillet, Gilles Blaudeau et Carole Lombardot, Laurent Martin et Renaud Sorin, Antoine Dugué…

(note: vous pouvez retrouver l’expérience de la plupart des personnes citées en tapant leur nom dans la fenêtre « Recherche » dans la colonne de droite du site)

Des personnes ayant des projets d’attelage de bovins étaient aussi présentes pour en savoir un peu plus, pour pouvoir croiser des utilisateurs et échanger avec eux.

Mic Baudimant, musicien, brioleur et amateur de traction bovine a participé aussi activement en soulevant quelques questions intéressantes.

Sophie Arlot, réalisatrice de documentaires (voir « La vache fantôme » et les informations sur « le grenier d’images » sur le site) était présente pour en savoir plus, afin de peaufiner le projet d’un film consacré à la traction animale aujourd’hui en France.

Bien sûr, Jean-Léo Dugast couvrait le reportage photographique et nous suivrons ses articles sur son excellent blog et peut-être dans « Sabots » Magazine.

Un panel de jougs et de colliers étaient présentés et ont fait aussi l’objet de confrontations d’expériences d’utilisation.

Christelle de Freitas, Jo Durand et Emmanuel Fleurentdidier examinent un joug de garrot 

(photo Jean-Léo Dugast)

Discussions sur le matériel autour de René Dudognon (photo Jean-Léo Dugast)

Un rendez-vous a été donné au Salon de l’Agriculture pour continuer la réflexion et croiser d’autres bouviers dresseurs présents au salon avec leurs animaux.

Nous vous ferons part du contenu des discussions lors de la publication des Actes du Colloque qui sera réalisée prochainement.

A suivre!!

Michel Nioulou

Un grand merci à Jean-Léo Dugast et à Mic Baudimant pour nous avoir communiqué leurs clichés

< 1 2 3