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Rencontre internationale des bouviers à l’Ecomusée d’Alsace, Week-end de l’ascension 2017, Par Philippe Kuhlmann, Ungersheim (68)

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Photo Pascal Cranga

Tradition et savoir faire ancien sont le socle sur lequel nous bâtissons de nouvelles perspectives concrètes et opérationnelles pour la traction animale bovine au 21ème siècle.

Des expériences démonstratives, sur un outil de levage à traction bovine d’abord, puis sur un nouveau concept de joug et une étable démontable et transportable, nous permettront de débattre de ces nouvelles perspectives.

“ Le joug de Pierre Mougin ” raconté par Philippe Kuhlmann, est une première de ces aventures-expériences ; l’émergence d’un joug de facture innovante en réponse à certains inconvénients du joug double classique…

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“ L’attelage des bovins retrouve un regain d’intérêt alors qu’il paraissait relégué aux musées d’agriculture il y a une vingtaine d’années.

Parmi les bouviers du troisième millénaire on compte des traditionalistes purs et durs qui veulent perpétuer des gestes ancestraux avec des outils traditionnels et locaux. Leur point de vue se défend ; ce sont des passeurs de mémoire régionaux.

D’autres utilisateurs de bœufs aimeraient travailler régulièrement et facilement avec des bovins, et se retrouvent dans un système économique qui ne leur permet pas de perdre de la puissance et du temps.

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Photo Pascal Cranga

Le confort de l’animal est une autre notion dont il faut tenir compte, bien plus qu’il y a  qu’il y a quelques années encore, pour plusieurs raisons. Notre culture a « humanisé » l’animal par anthropomorphisme, au point que l’on va plus s’apitoyer sur le sort  d’un bœuf au travail que sur celui d’un animal de batterie. Mais plus concrètement, pour travailler efficacement à long terme, il est important que l’animal travaille dans de bonnes conditions, avec du matériel bien adapté à ce qu’on lui demande.

La raréfaction des sources d’énergie va pousser petit à petit les générations futures à se tourner à nouveau vers la traction animale. Il faudra trouver des outils et des modes de travail modernes qui permettent d’avoir une bonne productivité à la traction animale, tout en tenant toujours compte de son investissement de départ minime.

C’est dans cet esprit que je me tourne encore et toujours vers l’attelage au joug double dès que l’on veut atteler deux bovins. Si un animal seul est plus fort au collier – je l’ai maintes fois vérifié – une paire de bœufs sera plus maniable et opérationnelle au joug double que les deux mêmes bœufs au collier. L’attelage au collier implique tout un ensemble de chaînes de traits, de chaînes de reculement, de courroies – avaloirs, sellettes – et de palonniers.

En plaine, deux animaux attelés au collier pourront donner satisfaction et un bon rendement avec une charrette à deux ou quatre roues sans que l’utilisateur ne prenne de risques excessifs, ou n’en fasse prendre à son entourage.

En montagne, en conditions extrêmes, je parle de pentes jusqu’à 60 %, je ne verrais jamais une charrette de deux ou quatre roues, attelée à deux animaux avec un timon qui ne soit pas pris dans le trou central d’un joug.

Dans ces conditions extrêmes l’animal attelé seul à la limonière pourra plus facilement faire corps avec sa charrette et la « tenir » dans un maximum de situations difficiles.

Outre son efficacité et la sécurité en toutes circonstances, l’intérêt du joug double réside dans son étonnante adaptabilité à passer d’un outil à un autre ; du râteau faneur à la faneuse à fourche, à la faucheuse, à la charrette, à la chaîne pour tirer un tronc… Ce passage demande juste au meneur de retirer la clavette du timon et de la remettre sur un autre timon, après avoir fait enjamber ce dernier par un des bœufs.

Ayant résolu le problème de la différence de puissance entre deux animaux attelés grâce au joug de force – c’est je le rappelle, un joug désaxé, l’écart entre la tête du moins fort et le timon sera plus important que l’écart entre la tête du plus puissant et le timon – il restait à enrayer l’inconvénient des têtes de travers avec des bœufs de hauteur différente, je parle ici de toises différentes, mais par extension on devrait parler de port de tête différents.

C’est pour cela que je me suis tourné vers un ancien, un artisan au bon sens paysan, Pierre Mougin de La Bresse. Ayant été paysan avant d’être forgeron, tourneur, ajusteur en métallurgie, mais aussi bûcheron, scieur, menuisier, fabriquant de cors des Alpes, Pierre, artisan, artiste et génie inventif, petit homme rond aux yeux vifs, aux doigts de fée n’avait pas besoin de schéma 3D, ni de logiciel sophistiqué. Il a su résoudre en une dizaine de jours ce que des élèves de deux promotions d’ingénieurs avec toute leur technique n’ont pas su cerner en deux ans.

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 Pierre Mougin  en 2015 lors de la journée technique chez Philippe Kuhlmann

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De gauche à droite, Philippe Kuhlmann avec un joug Vosgien neuf de Pierre Mougin, Jean-Claude Mann bourrelier, et Pierre Mougin

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Je suis allé le trouver dans son petit atelier de La Bresse dans les Vosges et lui ai dit : Pierre, il me faudrait un joug pour un gros et un petit bœuf, étudie pour qu’ils aient tous les deux la tête droite. Le joug devra être taillé en trois pièces, la première étant la partie maîtresse, reliant les deux autres parties qui seraient des jouguets légèrement mobiles sur un axe et réglable latéralement, permettant de rapprocher plus ou moins chaque bœuf  du centre du joug. Évidemment le bœuf le plus faible sera le plus loin du centre de traction.

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Dix jours après, un coup de fil de Pierre: t’as qu’à passer, ton joug est fini. Ce n’était pas la réflexion ni les croquis qui étaient finis, mais bel et bien le joug. Après les premiers essais je lui trouvai un problème de déséquilibre qui gênaient les bœufs dans leur effort de traction. Une modification réalisée rapidement a permis de pallier à cet inconvénient et le joug Pierre Mougin fonctionne très bien. Il lui reste un inconvénient: son poids.

Celui-ci pourrait être moindre en changeant d’essence de bois, en passant du frêne au bouleau, et peut être de l’acier à l’inoxydable ou autre. Les essais montrent bien que les animaux peuvent garder la tête droite même s’ils marchent en dévers ou si l’un des deux marche dans une ornière ou dans un sillon profond lors du labour.

 Quatre ans après la fabrication de ce joug en trois pièces, je me rends compte que je ne l’utilise que dans certains cas très précis  et que je n’ai pas pris le temps ni les moyens de l’améliorer en poids et en finitions. La mise au point de mes autres jougs légers en bouleau, avec les matelassures intégrées, rend les services attendus, et je pense que si amélioration il doit y avoir, c’est vers un joug landais amélioré qu’il faut se tourner.

J’en reviens à l’idée de cette différence de puissance et d’aisance entre le collier et le joug. La stabilité que confère la tenue du timon  dans le centre du joug est indispensable en montagne, ainsi que la possibilité de rotation du timon dans le joug. Et il est important d’améliorer les conditions de travail des bovins du 21ème siècle. Une approche somme toute moderne.

Je m’oriente donc vers un mix entre le joug landais et le collier à trois matelassures apportant un bon respect du mouvement de l’épaule, le tout réglable à la fois pour des animaux de puissance différente, des travaux nécessitant une trace plus large entre les animaux – cas de la mise en place de culture en billons -, et en attelage éclair – atteler 2 bœufs en moins d’une minute.

Un prototype sera soumis à l’expérimentation lors de la rencontre des bouviers 2017 à l’Ecomusée d’Alsace. Mais pour cette première mise à l’épreuve, Pierre Mougin n’est plus, emporté par la maladie. Il aura dompté sa vie durant le métal, le cuir et le bois avec un savoir-faire et un génie inventif qui nous sert de modèle. Mais Pierre, comme tous ces glorieux anciens, s’ils laissent un vide, laissent aussi un espoir et une furieuse envie de continuer. Ils nous ont laissé bien des éléments de savoir faire qui sont autant de pierres pour construire un nouvel édifice. Le souvenir vif que nous avons d’eux est le ciment pour cette construction nouvelle ”.

 Philippe Kuhlmann

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Ainsi la rencontre des bouviers 2017 sera l’une des pierres fondatrices de l’attelage bovin de demain, et le germe d’une nouvel usage et d’une nouvelle proximité avec les bovins en général.

Une étable pliable et déplaçable, d’une capacité de 8 à 10 bovins sera présentée en bâtiment off du festival Bàuistella 2017- Festival d’expérimentations constructives  dont le thème 2017 est « Architectures montables et démontables”.

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Elle illustre cette nouvelle transhumance de service paysager. Une étable légère, à coût modique, déplaçable, à l’avantage sanitaire indéniable, permettant une répartition des fumures résiduelles pouvant être équipée de différentes fonctionnalités périphériques comme un souricière pour regrouper et mettre en contention des animaux peu habitués, un travail à ferrer ou à parer les pieds, etc…

Pour en savoir plus cliquez ici fichier pdf 2017_04_05_FK_Etable_Mobile

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La rencontre 2017 est l’occasion de consolider l’association des bouviers, de l’ouvrir à tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la traction animale bovine et aux nouveaux usages de bovins de service, quelles qu’en soient les approches, utilitaires, loisirs, praticiens réguliers ou simples amateurs. Nous parlerons à la fois de transmission des pratiques, expériences et savoir-faire anciens, et de transposition pour un “ré-emploi » des bovins dans le nouveau contexte émergeant au 21è siècle.

Merci à François Kiesler pour sa collaboration

Un jour, deux jougs, deux jougtiers, Maillezais (85), 10 Août 2016 par Michel Nioulou

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Photo Jean-Léo Dugast

Une rencontre autour des bœufs de travail

Maillezais, au bord du marais Poitevin, accueillait le 10 Août 2016, la fête des bœufs de travail.

Jérome Csubak et son épouse ont organisé cette rencontre sur le site des roulottes de l’abbaye dont ils sont les promoteurs. Emmanuel Fleurentdidier et Solène Gaudin étaient également venus épauler l’équipe d’organisation .

On a pu voir évoluer la paire de Vosgiens d’Emmanuel et la paire de boeufs Parthenay du propriétaire des lieux qui présentait également une paire de jeunes bœufs en début de dressage.

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Jérome Csubak

Différentes démonstrations d’attelages ont eu lieu devant un public venu nombreux malgré le déroulement de la fête un jour de semaine.

Des séances de travail avec des chevaux étaient aussi au programme avec en particulier un bel attelage de Manu Davignon.

Brocante, artisans, maréchal-ferrant venaient compléter les animations d’une journée déjà bien remplie.

La naissance de deux jougs.

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« Depuis le matin, à l’abri du soleil, sous la stabulation, des coups sonores de haches et d’herminettes viennent régulièrement ponctuer l’ambiance de la journée.

Lionel Rouanet et moi-même avions été invités à venir présenter le travail de la taille des jougs à la fête des bœufs de travail de Maillezais.

Soigneusement enveloppés dans des bâches étanches, nous déballons un peu avant neuf heure nos pièces de bois maintenues humides depuis chez nous à l’autre bout de la France, l’Aveyron pour Lionel et la Saône-et-Loire pour moi.

Le plein été n’est certes pas la meilleure époque pour transporter dans les voitures surchauffées des pièces de bois parfois immergées depuis plusieurs mois et sujettes dès leurs sorties de l’eau à une dessiccation trop rapide et à l’apparition de fentes dans les pièces qui peuvent parfois être rédhibitoires.

Après un déballage et mise en présentation de nos différents modèles de jougs, nous attaquons rapidement le travail.

Très fortuitement, il se trouve que chacun des modèles que nous avons à tailler aujourd’hui est nouveau pour l’un et pour l’autre.

Lionel commence un joug en frêne qui lui a été commandé. Ce dernier, un joug mixte, est destiné à joindre d’un côté un bovin et de l’autre une mule ou un âne.

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Photo Jean-Léo Dugast

Ce type de joug a suscité de nombreuses interrogations et questionnements du public.

Pour ma part, c’est un joug double que je taille, un modèle de la Loire, à la limite du Puy-de-Dôme, un joug « de montagne » comme le nomme la personne qui me l’a commandé. C’est avec le modèle d’un joug ancien à proximité que je taille la pièce de frêne.

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Je travaille différemment de Lionel en pratiquant un traçage avec un gabarit sur la bille dégauchie.

Bien sûr le traçage n’est qu’indicatif mais permet aussi, au moins au début sur un modèle nouveau, d’avoir des repères précieux. La réalisation du gabarit à l’atelier permet aussi de bien s’imprégner des formes et des subtilités du joug que l’on découvre.

Bien qu’aujourd’hui à Maillezais, le modèle soit nouveau pour lui, Lionel réalise le plus souvent des jougs du type Aveyronnais dont il maîtrise la réalisation du fait de son apprentissage auprès de René Alibert à Laissac dans l’Aveyron.

A contrario, je travaille en autodidacte et j’ai été amené à réaliser de nombreuses formes régionales différentes (Charollais, Velay, Vendée, Loire). C’est aussi pour cela que je réalise des gabarits qui me permettent de mémoriser les formes et les tracés.

C’est donc avec prudence que nous avançons la taille sur nos jougs respectifs.

Bien sûr le public s’interroge et s’étonne de nos réponses lorsque nous leur expliquons que nous réalisons régulièrement des jougs dont la destinée n’est pas de finir en décoration au dessus d’une cheminée ou d’une porte, mais bel et bien d’avoir un usage réel, une fonction de travail chez les différents bouviers qui nous les réclament.

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La découverte de la part du public de l’existence encore active de la pratique professionnelle de l’attelage bovin les laissent souvent dubitatifs, certains repartent sûrement en se disant qu’on leur a raconté des mensonges !!! Et pourtant!!

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En milieu de matinée, une dizaine de personnes de l’académie des bouviers du Puy-Du-Fou nous rendent visite. Le groupe guidé par le dynamique et motivant Laurent Martin, a échangé sur la technique, les différentes formes de jougs, l’attelage, le liage. Cette rencontre a été pour nous l’occasion de croiser des praticiens, apprentis ou confirmés qui travaillent dans l’environnement très spécifique du spectacle, mais dont l’implication dans l’attelage des bovins est très marquée et passionnée.

La présence en visiteurs de Jo Durand, paysan bouvier au Dresny en Loire-Atlantique et de Nicole Bochet, chercheuse et passionnée par l’attelage bovin, a permis une nouvelle fois, outre l’amitié que nous avons pour eux, de croiser des expériences, des points de vues.

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En discussion avec Jo Durand 

A la pause de midi avant d’aller manger quelques mogettes pour reprendre des forces, nous mouillons copieusement nos deux pièces de frêne et nous les couvrons soigneusement pour limiter le séchage. La température est forte et le soleil ardent !! Nous devons être vigilants !!

Après avoir repris nos tailles en début d’après-midi, comme une pause dans notre journée, nous prenons le micro devant la paire de Parthenay pour un moment de présentation du travail des jougs, de leur fabrication et de leur utilisation avec différents liages de plusieurs modèles de notre fabrication.

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Photo Jean-Léo Dugast

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Emmanuel Fleurentdidier

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Solène Gaudin

Nous reprenons ensuite le travail, toujours au son des haches, grandes et petites herminettes, planes, ciseaux, gouges et maillets entrecoupé d’explications de notre part, et d’enrichissants témoignages et anecdotes que nous confient les nombreuses personnes de la région qui viennent à nous et qui voici quelques décennies encore, liaient des bovins.

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Progressivement, le public se fait plus clair, puis disparaît. Les jougs ont déjà bien pris forme. Les deux lourdes pièces de frêne du matin se sont visiblement affinées et allégées, la finition se fera à la maison dès notre retour.

Le soir est venu et, malgré la fin de la fête, nous taillons encore un peu, comme pour prolonger ce moment, où, malgré le fait que nous nous connaissons déjà depuis plusieurs années, nous avons pour la première fois travaillé côte à côte. Moments rares, intenses où, dans la même passion, nous avons fabriqué chacun un joug qui coiffera des bœufs qui patiemment travailleront dans la discrétion des montagnes du Massif Central et des Pyrénées. »

 Michel Nioulou

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Toutes photos Véronique Nioulou sauf mentions « Jean-Léo Dugast ».

Un grand merci à Jean-Léo pour sa contribution.

Histoire d’un joug

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Un message laissé sur le répondeur : « Bonjour Monsieur, je vous contacte car le joug de mes bœufs est trop petit et il m’en faudrait un plus grand. Merci de me rappeler »

C’est ainsi que commence souvent la fabrication d’un nouveau joug.

Quelques temps après l’appel, je me rends à Chausseterre dans la Loire pour prendre les mesures sur une paire de bœufs Vosgiens âgés de bientôt cinq ans.

Philippe Gaillat qui m’avait contacté au téléphone, m’avertit : « Je veux un joug de montagne, le même que j’utilise actuellement, mais à la bonne taille. Par contre il faudrait l’élargir un peu, les bêtes ont plus de gabarit qu’autrefois et elles frottent trop au timon lorsqu’elles travaillent avec un joug ancien, même si les têtières sont à la bonne taille »

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On regarde, on décide des quelques modifications qui ne modifieront pas l’esthétique du modèle.

Je prend les mesures sur les bœufs avec les deux modèles de jougs de prises de taille (type Charollais et type Velay) que j’ai réalisés voici quelques années. Ces jougs sont de simples têtières réglables grâce à une réglette mobile, que je viens positionner sur les cornes à la bonne place afin de prendre au plus juste la taille des têtes.

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Après avoir bien observé et analysé la forme du joug « de montagne », c’est le joug de mesure du type « Charollais » qui me servira à reporter la bonne taille grâce à des points de repères communs aux deux formes de jougs.

Il me sera aussi possible de fabriquer par la suite un joug de mesure « de montagne » afin d’avoir directement les tailles pour la réalisation d’un tel modèle sans passer par un modèle intermédiaire.

 

Et voilà c’est parti pour la réalisation d’un nouveau modèle pour moi.

Une fois rentré à la maison, je prend les cotes d’un joug ancien que j’ai ramené de Chausseterre afin de tracer des gabarits (vue du dessus, de face et de l’arrière) sur de la planche fine tout en tenant compte des modifications décidées avec Philippe.

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Je trie un morceau de frêne au bon débit dans le bassin où trempent depuis plusieurs mois, des pièces, qui cette fois-ci avaient été débitées au banc de scie.

Après un tracé rapide réalisé avec les gabarits en mettant bien sûr les têtières à la bonne mesure, j’attaque la taille. gaillat p article joug 23 ok

D’abord les ouvertures de têtières, puis le passage des liens sur le dessus, et la découpe de la forme arrière des têtières. Taille du corps central, des oreilles, des passages de liens à la base des têtières. Dégrossis à la hache, finitions à l’herminette, plane, râpes, racloirs.

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J’ai taillé en partie ce joug à la journée des bœufs de travail à Maillezais en Vendée.

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Tout au long de la taille, le joug est maintenu humide et enveloppé après chaque session de travail.

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La taille terminée, le joug est flambusqué, c’est-à-dire qu’il est passé au feu et simultanément imprégné de matière grasse animale ou végétale, afin de limiter au maximum les problèmes de fentes.

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Pour la seconde fois, je monte dans les montagnes de la Loire à la limite du Puy-de-Dôme pour le réglage du joug sur la tête des bœufs.

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Après plusieurs liages pour vérifier et modifier l’appui des cornes dans les logements, le passage du bas de la têtière au dessus du chignon, le positionnement semble bon et les bêtes à l’aise.

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Le joug travaille dorénavant à sortir du bois, du fumier, herser les prairies avec une paire de bœufs de bon tempérament.

Fabriquer régulièrement des jougs aujourd’hui paraît peut-être impensable et pourtant, mon expérience d’une dizaine d’années ainsi que celle de mon ami Lionel Rouanet qui fait le même travail que moi prouvent le contraire. N’oublions pas bien sûr les quelques anciens en particulier René Alibert qui reste un exemple et une référence en la matière.

Malgré une expérience modeste, des erreurs, des recherches, des tâtonnements, le travail que je réalise avec passion est d’un enrichissement énorme avec le plaisir du contact avec les animaux, la satisfaction d’une tentative de maintien d’un savoir-faire au service d’un autre savoir-faire. C’est aussi une expérience humaine riche de rencontres simples et sincères qui motivent à chaque fois pour continuer à maintenir la flamme.

Michel Nioulou

gaillat p article joug 6 ok. Histoire d'un joug.

Reflexions de Katell Lorre sur un stage de formation à l’attelage des boeufs chez Philippe Kuhlmann en juin 2016

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C’est dans le cadre de la réflexion sur mon projet d’installation en agriculture que j’ai passé, en juin dernier, une semaine de formation à la traction bovine chez Anne-Catherine et Philippe KUHLMANN.

Quelques mots sur mon projet afin de mieux comprendre ma démarche…

Originaire du Nord-Est des Côtes d’Armor en Bretagne, je suis auto-entrepreneuse en artisanat « galettes de blé noir » et cotisant solidaire pour mes quelques hectares et mes animaux (chevaux, moutons, chèvres, vaches et poules) majoritairement de races bretonnes. Le but est de réunir ces deux entreprises pour faire une ferme où sera cultivé le blé noir pour la transformation en galettes. De plus, étant investie dans la culture de Haute Bretagne (ici on ne parle pas Breton, on parle Gallo !), il est important pour moi d’ouvrir la ferme sur toute cette tradition et de permettre sa transmission (musique et chant, savoir- faire, langue…)

La traction animale me titille depuis plusieurs années sans que j’ose m’y plonger sérieusement. C’est en posant mon projet sur papier et en rentrant les chiffres économiques que je me rends compte que j’ai la superficie, la capacité et surtout l’envie d’intégrer la traction, ne serait-ce qu’un minimum, à ma ferme. Alors le choix est fait ! Je décide de construire un projet adapté au travail animal.

J’ai deux vaches de race « Froment du Léon » hyper manipulées (au moins un point positif à l’éclatement de mon foncier et aux nombreux déplacements au licol pour les parcours de pâturages) et un jeune bœuf d’un an qu’il serait judicieux de commencer à éduquer.

Etant complètement néophyte en traction animale bovine et afin de mettre toutes les chances de mon côté, je me disais qu’un stage pour découvrir et apprendre les bases serait plus qu’utile ! Un nom me vient en tête grâce à une conférence à laquelle j’ai assisté à la fête de la vache Nantaise : Philippe KUHLMANN !

Je trouve ses coordonnées par le site de « Attelages bovins d’aujourd’hui » et après quelques échanges téléphoniques, me voici en route pour l’autre bout du monde : l’Alsace (!!!)

Je pars avec la conscience qu’en cinq jours, je ne deviendrai pas une professionnelle de la traction bovine. Au mieux, j’aurai le temps d’effleurer quelques techniques. Mais pour moi ce n’est pas cela qui m’importe mais plutôt le fait de découvrir, observer, vivre ce qu’il y a autour de la traction animale bovine chez Philippe et Anne-Catherine. Je pars avec l’espoir de pouvoir comprendre comment fonctionne leur ferme. Pourquoi Philippe a fait ces choix, ce qui le motive encore aujourd’hui et comment vit-il quotidiennement la traction.

Généralement, lorsque je veux faire quelque chose d’important, j’ai besoin de comprendre le fond qui entoure la chose afin de bien intégrer la technique ensuite.

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Assez de blablas ! Rentrons dans le vif du sujet !

Au-delà des paysages de cartes postales et de la douce mélodie des cloches des vaches dans la vallée (ce qui pour moi, fut déjà un régal !) j’ai eu l’opportunité de voir beaucoup plus de techniques que je ne pouvais l’espérer.

Nous avons travaillé avec un grand nombre d’individus différents en âge et en éducation. Du jeune aux prémices de l’apprentissage au plus expérimenté, j’ai pu découvrir les méthodes de débourrage et de dressage. Cela nous a aussi permis d’aborder le sujet de « quels résultats attendre et quels travaux demander aux bovins en fonction de leur âge », chose importante pour ne pas brûler les étapes à vouloir aller trop vite.

Nous avons travaillé avec des paires de bœufs attelés au joug, mais aussi avec un seul bœuf au collier. N’ayant pas encore d’idée fixe sur le fait de travailler mon bœuf en solo et/ou en paire avec sa mère, je pense que ces deux méthodes me seront utiles.

En menant ces deux formations, j’ai pu me rendre compte de différences du point de vue animal, comme sa mobilité ou sa façon de tracter qui varie sensiblement, et du point de vue du meneur dans ses ordres, sa position… Et pourtant, je ne saurais pas encore mettre de mots clairs sur ces observations, cela ne reste que du ressenti…

Le temps n’étant pas complaisant pour attaquer le foin, nous avons fait des travaux divers et variés comme : tirer du bois (des simples branches à des troncs que Philippe qualifiait de « ça devient intéressant pour apprendre aux bœufs à tirer »), transporter une remorque de fumier et le fameux rouleau à écraser les fougères (travail qui m’a décidé à reprendre un sérieux entraînement physique pour suivre le rythme ! Qui a dit que les bovins marchaient pépères ???!)

En faisant mon bilan de fin de semaine, j’avais appris à mettre un joug double, mener en paire ou en solo (dans 20 ans je serai professionnelle !), manœuvrer les bœufs pour atteler un timon ou accrocher un chaîne au bois, me servir d’une pince à grumes, appris les ordre à la façon alsacienne, vu comment réparer un timon et essayé d’observer un maximum de choses lorsque Philippe menait…

Mais aussi me servir et entretenir une faux (outil, à mon avis, indispensable dans une ferme), les utilisations et rangement du bois (du gros bois jusqu’aux fagots), vu comment faire des charges de foin et j’en oublie tellement… !

J’ai aimé le fait d’être intégrée à leur vie de tous les jours et de pouvoir découvrir le rythme de vie d’un paysan de montagne (la traite à la main, les livraisons, l’entraide avec les autres paysans voisins…) C’est quelque chose que je n’avais jamais eu l’occasion de connaître et qui a un « je ne sais quoi » de différent avec la vie paysanne que l’on peut avoir dans mon secteur. Ne serait-ce par le fait d’optimiser un maximum de choses comme les déplacements à pieds (c’est vrai que ça monte souvent comparé à mon bord de mer !!) mais aussi les ressources (l’utilisation de tout le bois alors qu’ici la plupart des agriculteurs font des tas de toutes les branches qu’ils ont coupé, petites et grosses, et brûlent le tout…). Les pâtures et le foin d’une diversité incroyable me rendent envieuse et, chose extraordinaire pour moi, chez Philippe et Anne-Catherine, on boit l’eau qui sort de la source !! Le rêve !! Bien-sûr, le travail de paysan de montagne ne s’arrête pas là mais je ne vais pas écrire un roman aujourd’hui…

Bref, mon objectif est atteint, grâce à notre programme journalier concret auprès des animaux mais aussi (et surtout ?!!) par les discussions que j’ai eues avec Anne-Catherine et Philippe, les voisins, les quelques autres paysans… Sans oublier toute la culture et le patrimoine immatériel que Philippe a pu vivre lui-même ou collecté auprès des anciens de la région et, le plus important, la transmission qu’il sait en faire, tout en ayant un regard tourné vers le futur et l’évolution de la profession.

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Je reviens en Bretagne, avec l’envie de continuer dans la voie de la traction animale. La confirmation qu’une ferme comme celle que je veux continuer de mettre en place, doit être ancrée dans son territoire, aussi bien au niveau des races animales choisies, que de la culture locale. Que le réseau social est plus que bénéfique lorsqu’on fait ce boulot afin de garder le moral dans les coups durs, ne pas rester seul et s’enfermer dans sa ferme et garder un rôle social à l’extérieur, dans un contexte un peu plus large.

Même si cette semaine me laisse sur une faim énorme d’en apprendre plus, je garde certaines images comme des cadeaux précieux qui me permettront de poursuivre ma voie et pour cela, je terminerai par un grand MERCI !

Katell LORRE

Voir aussi en cliquant ici.

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Gaëtan Dübler, un périple en Suisse avec un bovin comme animal de bât

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Gaëtan Dübler est Suisse.

Il nous a contacté sur le blog pour partager son expérience.

De Mai à Juillet 2016, il a traversé son pays d’Ouest en Est sur 450 kilomètres avec un jeune boeuf dressé au bât.

Vous pouvez retrouver son périple sur son site en cliquant ici.

Il nous a communiqué quelques photos. Nous l’en remercions.

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Gaëtan Dübler
Av. Kiener 3
CH-1400 Yverdon-les-Bains
SUISSE
Tél. : +41 (0) 24 425 64 46
         +41 (0) 78 909 79 27
Courriels: dubler.gaetan@gmail.com
              gaetan_dubler@hotmail.com
https://lechemindecompostelleavecunboeuf.com

 

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Réflexions sur la conduite d’un boeuf en solo de derrière par Jo Durand, le Dresny (44)

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Jo Durand travaille sur sa ferme avec entre autres, une paire de boeufs Vosgiens. Il a aussi dressé un boeuf Vosgien en solo qu’il mène souvent en guide.

Il nous communique quelques photos et un petit argumentaire sur les avantages de la pratique. 

Pour les cultures légumières qui ne demandent pas de puissance, je n’ai besoin que d’un seul bœuf et le menage par l’arrière permet de conduire le bœuf et l’outil en même temps.
Je suis seul pour effectuer ce travail, c’est donc plus rentable que si nous étions deux.

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Pour les transports légers, j’utilise un avant-train (avec un siège) sur lequel j’attelle une remorque. Je voyage donc assis.

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Pour les débardages, je travaille souvent derrière le bœuf .
En plaçant le bœuf avec les rennes longues, de derrière je suis beaucoup plus précis et rapide; j’accroche mes bois en restant derrière, j’ai beaucoup de précision pour le tirage car de derrière je vois la trajectoire du bois.

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Merci à Jo et Christine pour leur communication.

Débardage d’une grosse bille avec deux vaches Aubracs chez Renat Jullié, Saint-Salvadou (12)

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Lionel Rouanet, nous a communiqué quelques photos sur l’équarrissage manuel et la sortie de la parcelle, d’une grosse bille de chêne avec un petit trinqueballe à la limite de sa capacité.

La pièce va être utilisée pour la restauration d’un des deux sommiers d’un plancher de meule dans le moulin en cours de restauration de Renat Jurrié (cliquez ici pour voir).

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Mickaël Bojados et sa paire de vaches Ferrandaises, Vorey-sur-Arzon 43)

Découvrez le reportage consacré à la traction animale dans des fermes d’Auvergne en Juin 2016 avec en particulier la ferme de Fumeterre et sa paire de vaches Ferrandaises.

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Page du site de France 3 Auvergne.

Grand Format : la traction animale

C’est une tradition oubliée, celle de la traction animale. Des animaux qui remplacent les tracteurs dans les champs. Intervenants : Maxime Teneul : maraîcher ; Mickaël Bojados : agriculteur chez Fumeterre ; Rémi Langlois : agriculteur chez Fumeterre  –  France 3 Auvergne  –  Un reportage de Stéphanie Vinot et Olivier Martinet. Montage : Didier Robert

Travaux des champs, quand le tracteur laisse sa place aux animaux

La traction animale fait son retour dans les champs. Un mouvement encore limité qui séduit de nouveaux agriculteurs lassés par la course au gigantisme et qui redécouvrent le travail de la terre avec leurs animaux.

Par Cyrille Genet

Les agriculteurs ont été pendant longtemps dans une course à l’agrandissement, aux grosses machines. Aujourd’hui, certains ont décidé de revenir en arrière, à une agriculture plus modeste : ils s’installent sur de petites surfaces et décident de se passer de tracteur, de n’utiliser que des animaux pour le travail aux champs.

C’est le cas de Maxime Teneul, maraîcher à Blot l’Eglise dans le Puy-de-Dôme. Avant, il était mécanicien, désormais il fait pousser des légumes bio dans les Combrailles et ne veut plus entendre un moteur.

Il fait équipe avec Réglisse, un âne noir du Berry âgé de 10 ans, qui travaille depuis 3 ans après 2 mois de formation. « Quand je me suis installé, je n’avais pas forcement l’argent pour acheter un tracteur, un âne coûte beaucoup moins cher », car effectivement, son salaire, c’est du foin, et sa prime de bonne conduite, des carottes. « Un âne c’est plus calme, c’est moins puissant et ça fait moins peur quand on débute la traction animale ».

La traction animale commence à revenir à la mode mais reste souvent un acte militant. Le rejet des moteurs et des grosses machines, c’est aussi ce qui motive les associés de Fumeterre, une ferme alternative en Haute-Loire, qui est allé jusqu’à remettre en service un attelage surprenant : 2 vaches. « C’est plutôt un char d’assaut » commente Mickaël Bojados, « pour tourner, il faut en faire reculer une et faire avancer l’autre, comme des chenilles ».

Ça ne m’intéresse pas de travailler avec des machines qui consomment du pétrole, qui sont irréparables par un paysan, Mickaël Bojados

« On ne va pas changer le monde, mais on espère qu’il y a un maximum de personnes qui vont s’y mettre » dit Rémy Langlois. Cependant ils reconnaissent les limites de la traction animale : sur une exploitation de plusieurs centaines d’hectares, ce n’est pas adaptable à l’agriculture moderne, « mais je pense que l’agriculture moderne n’est pas adaptable à l’agriculture mondiale » conclu Mickaël Bojados.

Voir la page du site France 3 en cliquant ici.

Entretien des haies avec deux boeufs Vosgiens pendant l’hiver 2015/2016, par Solène Gaudin

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Durant l’hiver, de nombreux petits travaux d’entretien sont à faire sur la ferme. L’entretien des haies en fait partie, notamment leur nettoyage en évacuant le bois mort afin de permettre aux jeunes arbres de pousser. Ce bois servira pour le chauffage hivernal.

Un ou deux bœufs peuvent être utilisés, ici, on travaille avec Varo et Grivé, la paire de boeufs Vosgiens de Manu Fleurentdidier ( formateur traction animale, CFPPA de Montmorillon).

On leur met le joug auquel on accroche un chaîne munie d’un ressort de traction et d’une arête de poisson, sans oublier la chaîne de débardage. On amène les bœufs devant le bois à sortir, on accroche notre chaîne à l’arbre puis on la met dans l’arête de poisson.

On demande aux bœufs de faire demi-tour sur place et on avance pour sortir le bois à deux ou trois mètres de la haie. On laisse le bois puis on recommence l’opération plus loin.

On essaye de regrouper les bois ensemble pour pouvoir les reprendre par la suite. Les gros bois seront rapportés directement en traîne directe à la ferme pour être débités. Pour les petits bois, on attelle les bœufs à un avant train muni d’une remorque et on ramasse le reste.

Rencontres de bouviers 2016, La traction bovine au XXI ième siècle, écomusée d’Alsace, ungersheim (68) les 5, 6, 7 et 8 mai 2016 par Michel Nioulou

Les 5, 6, 7 et 8 Mai 2016, se sont déroulées les onzièmes rencontres de bouviers à l’écomusée d’Ungersheim (68). C’est Philippe Kuhlmann, éleveur et dresseur de bovins à Soultzeren, en collaboration avec l’écomusée, qui fédère ces rencontres.

Ce sont vingt-cinq personnes venues de toute la France et même de Suisse cette année qui, pendant ces journées, ont échangé sur leur pratique de l’attelage bovin, l’avenir, la formation, la transmission et les techniques.

Tous les profils étaient représentés : paysans éleveurs/dresseurs, maraîchers, prestataires de services en traction animale, utilisateurs particuliers, formateurs, chercheurs, jougtiers, blogueur (ABA), sympathisants, bouvier au Puy-du-Fou, bouviers et représentants de l’écomusée d’Alsace.

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Toutes photos Véronique Nioulou

La plupart des participants étaient plutôt présents les vendredi et samedi.

Une partie des rencontres a été consacrée à la discussion en salle, faisant suite aux rencontres informelles réalisées à l’occasion du dernier Salon de l’Agriculture de Paris.

Tout d’abord, chacun a présenté sa région, son parcours, sa pratique. Ensuite le groupe est rentré dans le vif du sujet.

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11ème rencontre des bouviers

Photo J. Durand et C. Arbeit

11ème rencontre des bouviers

Photo J. Durand et C. Arbeit

De grands thèmes se sont dégagés des débats :

L’émergence d’une association des « Bouviers de France et d’ailleurs » sous l’impulsion d’Emmanuel Fleurentdidier. La discussion a permis d’avoir de nouveaux avis des gens présents et s’est orientée vers l’utilité, la nécessité et les buts de la future association.

Le volet information sur la législation en vigueur par rapport aux animaux (déplacement, aspects sanitaires) sera, entre autres, un des rôles de l’association.

La trame d’un bureau a été annoncé et reste bien sûr modifiable tant que le siège social n’a pas été défini et qu’en conséquence, les statuts n’ont pas été déposés.

La définition du siège social a fait débat avec des avis qui balançaient entre des structures institutionnelles de l’élevage et un lieu plus en adéquation avec les valeurs des participants particulièrement enclins à la défense des races anciennes plus aptes au travail.

Aux yeux de beaucoup, ces institutions présentent une contradiction éthique par rapport aux races à faibles effectifs souvent utilisées en traction bovine et le peu d’intérêt que ces structures leur portent, le tout appuyé par les buts de rentabilité, de productivisme qu’elles développent, en contradiction et au détriment du travail et de ce que défendent la plupart des acteurs de la traction bovine et animale en général.

La formation fut également au cœur des débats.

Chacun constate une demande régulière de formation en traction animale et particulièrement en traction bovine. Il ressort que le stage d’initiation à la formation bovine mis en place chaque année au CFPPA du Lycée Agricole public de Montmorillon  est un atout très important qui permet un premier contact avec ce type d’attelage. Mais il apparaît qu’une semaine de formation/initiation reste insuffisante. On ne devient pas bouvier en une semaine et seule une pratique de longue durée sur le terrain avec des meneurs expérimentés permet d’améliorer, de perfectionner, la formation des néo-bouviers.

Chacun de son côté se débrouille pour orienter les apprentis vers des bouviers confirmés. Le blog « Attelages bovins d’Aujourd’hui » y participe en partie. Il devient donc nécessaire de répertorier dans un annuaire, les personnes aptes à recevoir chez eux des bouviers en devenir. L’association pourrait être le support de ce travail.

L’idée d’un centre de formation privé a été évoquée avec le financement du genre DIF (droit individuel à la formation).

Les témoignages d’utilisateurs professionnels comme Philippe Kuhlmann, Jo Durand et Christine Arbeit, Laurent Janaudy, Joël Blanc, ont permis de découvrir des parcours, des expériences et les problématiques de l’utilisation de la traction bovine au quotidien.

Laurent Martin, bouvier bénévole au Puy-Du-Fou en Vendée, a présenté l’Académie des Bouviers créée pour former les nouveaux bouviers du parc.

Cozette Griffin-Kremer a évoqué le travail autour de l’attelage bovin en Allemagne, en Australie et en Angleterre, l’intérêt des structures comme les écomusées à participer au maintien et à la redécouverte du grand public de ces pratiques. 

Nicole Bochet a abordé le thème du bien-être animal qui a rapidement dérivé sur les lois mises en place qui ne favorisent pas nécessairement le milieu des dresseurs et bouviers comme par exemple interdiction des animaux attachés à l’hivernage. 

André Kammerer a, quant à lui, en décrivant son parcours de bouvier « de loisir », mis en lumière le lien social créé par l’animal. Son témoignage sincère sur son expérience de la relation qui s’établit entre des enfants en souffrance et son boeuf de travail était réellement touchant.

Il a été souligné aussi qu’aucun profil de bouvier n’est rejeté, qu’il soit professionnel ou amateur. Toute pratique qui, d’une manière ou d’une autre peut contribuer à ce que perdurent des savoir-faire est sans aucun doute utile pour l’avenir. Elle doit être respectée et encouragée.

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Les participants ont également mis en avant l’intérêt de la recherche sur le matériel et des améliorations qui peuvent y être apportées. Elles sont faites par les quelques fabricants de matériels de travail, par les utilisateurs eux-mêmes qui les adaptent au mieux selon leurs besoins. La recherche sur les jougs composites menée par L’insic à Saint-Dié-des-Vosges a été abordée et a soulevé quelques débats au sujet du résultat même et de l’emploi de matériaux synthétiques qui ne paraît pas s’inscrire dans une démarche durable, en contradiction avec celle des bouviers. Cependant, ce genre de recherche, même si elle n’est pas complètement aboutie, mérite d’être soulignée. On peut signaler aussi les jougs en bois contre-collés que j’ai personnellement mis en oeuvre pour éviter les problèmes de fentes post-construction et qui ont également soulevé le même genre de problématique.

A la demande des initiateurs de la future association, le site « Attelages bovins d’Aujourd’hui  » servira d’interface internet pour la mise en ligne des activités, infos et documents (le site est ouvert à toutes structures ou particuliers dont l’activité est l’attelage bovin).  

Chacun pourra donc prochainement retrouver plus d’infos concernant l’association au sein du site ABA.

A ce sujet, le site que chacun s’est accordé à définir comme incontournable aujourd’hui (mais je tiens à titre de réalisateur du blog à vous remercier tous, mais aussi à tempérer et rester humble devant tant d’intérêts portés) devient pour moi, qui le gère seul et bénévolement, un travail à part entière. Malgré cela, j’ai aussi une profession !! J’ai souligné que, devant la quantité de travail pour la réalisation des articles, les contacts avec les acteurs, les relances pour avoir des infos, de la matière, le traitement des photos, des vidéos, la mise en ligne, la tenue du carnet d’adresses, la gestion des annonces, les réponses aux nombreux courriers, les réponses aux appels téléphoniques, j’avais du mal à continuer d’assurer de manière suivie la tenue à jour du blog.

Une proposition de mettre en place des relais régionaux a été faite pour au moins réaliser le travail de collecte des informations. Mais la chose est compliquée, les gens impliqués dans ce milieu étant déjà fort occupés. La tenue du blog nécessite également une unité et une neutralité la plus objective possible, la solution est complexe.

J’ai aussi insisté sur le volet communication, réalisation d’articles pour la presse spécialisée, la réalisation d’un film sur les bouviers du XXI ème siècle. Il est aussi nécessaire de faire connaître cette pratique méconnue de tous et de la sortir de l’image « folklorique » que beaucoup, pour le peu qu’ils s’y intéressent, pourraient avoir aujourd’hui. 

Mais là aussi, il faut beaucoup de temps. J’ai personnellement lancé plusieurs pistes au gré des contacts sur le site avec des photographes, cinéastes, réalisateurs, producteurs, télévisions et maisons d’éditions. Mais le sujet n’est pas porteur pour qui ne connaît pas la richesse des choses à aller collecter. 

Il y aurait pourtant des parcours de vie forts enrichissants à découvrir.

 

Le reste du temps a été consacré aux démonstrations et pratiques en extérieur avec du matériel et les animaux.

Philippe Kuhlmann avait descendu de sa ferme deux paires de bœufs: une paire de jeunes Vosgiens et une paire de bœufs Ferrandais plus âgés.

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Plusieurs fois au cours de ces deux jours du vendredi et samedi, Philippe a présenté « le ramé », un matériel de levage qu’il a créé voici 2 ans et qu’il améliore au fil du temps.

Il permet de déplacer des balles rondes et des palettes, de charger du fumier et l’utilisation en fagoteuse.

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Il est aussi apte à servir d’avant-train de débardage avec l’avantage d’avoir un ancrage au timon pivotant qui permet aussi d’utiliser les bœufs en poussant le matériel, et de manœuvrer plus facilement dans des endroits restreints en place. 

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Comme lors des dernières présentations, chacun commente et apporte son avis technique, d’autres pistes, d’améliorations possibles. Phillipe depuis 2014 a d’ailleurs modifié le « Ramé » en y apportant un timon qui passe au dessus des boeufs et dont l’angle avec le bâti est réglable par un système de « vérin crénelé » faisant crémaillère manoeuvrable depuis l’avant, à la tête des boeufs. Ceci permet de modifier facilement l’angle d’attaque des dents de chargement sans avoir à intervenir en se déplaçant au niveau du bâti. Pour utiliser ce système, il lui a fallu freiner l’essieu. La commande de blocage des roues est également commandée depuis l’avant du « Ramé ».

Eric Petit avait présenté à la journée technique 2015 à Soultzeren, un modèle similaire inspiré de celui qu’il avait vu chez Philippe aux rencontres de 2014. On voit bien ici l’émulation entre utilisateurs qui cherchent les meilleures solutions et qui s’inspirent l’un l’autre.

Bien sûr, les discussions ont aussi amené à parler du dressage, du rapport à l’animal, des méthodes de menages et de bien d’autres sujets engendrés par les situations rencontrées sur le terrain.

A l’occasion de la « parade des attelages » de l’écomusée sur la place des charpentiers, Philippe a présenté au grand public l’attelage bovin d’hier, d’aujourd’hui et de demain, en s’efforçant de bien expliquer que la pratique d’aujourd’hui n’est pas que festive ou démonstrative comme dans les écomusées ou les fêtes locales, mais bien utilisée au quotidien pour le travail.

Emmanuel Fleurentdidier avait apporté un matériel de travail du sol modulable et léger issu d’un outil traditionnel espagnol, « la Forcat » utilisé en maraîchage en traction hippomobile.

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Des séances de labour et de buttages ont été réalisées avec un des boeufs de l’écomusée attelé à cet outil au collier et mené par différents bouviers. Elles se sont avérées fort concluantes devant la simplicité, l’efficacité et la maniabilité de l’engin dues à sa faible longueur.

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Une dernière petite réunion de synthèse en fin d’après-midi de samedi a permis de clôturer deux jours de rencontres intenses sur des avancées et des conclusions plutôt positives concernant aussi bien la future association que sur l’intérêt de se rencontrer et de partager ses expériences.

Si les échanges en salle ont été fournis, ont permis d’y voir plus clair sur les projets individuels et les projets communs, même si parfois chacun affirmait bien haut ses positions, les discussions informelles sur le terrain autour des attelages que chaque bouvier présent a utilisés au cours de ces deux jours, ont tout autant été constructives et riches.

La réunion d’utilisateurs, d’acteurs du milieu, professionnels ou amateurs qui partagent leur expériences bénéficie autant à eux-même qu’à ceux qui écoutent autour d’eux. Les discussions sont toujours techniques, qu’elles soient axées sur l’animal, le matériel, le menage, les cultures, les méthodes de travail, ou le matériel.

Il ne faut pas non plus oublier les rencontres humaines, à l’occasion desquelles se tissent chaque année des liens forts. Merci à Philippe Kuhlmann d’être la cheville ouvrière de cet événement. Merci à tous les participants venus souvent de loin, ainsi qu’à tous ceux qui se sont impliqués dans le déroulement de ces journées.

Un grand merci à l’écomusée d’Alsace et à sa direction qui sait chaque année recevoir les bouviers au sein de ses emprises avec des conditions idoines.

Ces rencontres ont été par leurs contenus fort intéressantes, mais elles ont eu aussi le grand avantage de rassembler des acteurs éparpillés sur le territoire et de créer une dynamique, une émulation qui remotive et qui fait voir l’avenir avec plus d’entrain et de sérénité.  

On attend tous l’année prochaine! 

Michel Nioulou

Vidéo de Christine Arbeit et Jo Durand:

Voici quelques photos en vrac de ces journées.

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