Johnny Krau est double actif et exploite une petite ferme. Il attelle régulièrement deux vaches Simmental.
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« Traction bovine : retour en force » l’article de la montagne et les articles qui parlent de la « corne rose » 2023
Article parue dans le journal de la montagne. « Traction bovine : retour en force »
La Corne Rose est un projet de marche avec des bovins pour soutenir la ligue contre le cancer. En 2023, Corentin Huber, accompagné d’André Kammerer et de la vache Modestine, ont parcouru 750 km depuis l’Alsace. De son côté, Léonnie Biteau a réalisé près de 150 km depuis la Vienne avec les bœufs Safran et Bouleau.
Ces deux marches ont abouti à un rassemblement de bouviers en Creuse, consacré à la traction bovine, à la transmission des savoir-faire et aux échanges. Ce rassemblement a donné lieu à l’article qui suit. Vous pouvez retrouver d’autre articles sur la corne rose en bas de l’article.

Document PDF : La Montagne traction bovine
Voici les autres articles parue dans la presse pour le voyage de la corne rose :
Presse générale :
- France 3 : 1, 2
- ici France bleu
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- l’est républicain
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et bien d’autre
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« Attelages bovins d’hier et d’aujourd’hui » un article de Breintanbach sur la Famille Kammerer

Voici un très bel article de la commune de Breitenbach, publié il y a quelques années sur la famille Kammerer avec leurs bovins.
Pour consulter l’article : cliquer ici
Attelages bovins d’hier et d’aujourd’hui
En France, aujourd’hui, nombre d’attelages bovins travaillent régulièrement dans toutes les régions, notamment en Alsace, et sont remis au goût du jour dans plusieurs pays européens.Autant l’attelage de chevaux est connu du grand public, médiatisé, de nouveau au travail au sein de nombre de domaines viticoles, agricoles, en forêt, autant les attelages de boeufs ou de vaches travaillent confidentiellement et sont aux yeux du grand public une pratique méconnue, presque oubliée, si ce n’est par son côté folklorique.
Quand on fait appel à la mémoire des anciens de Breitenbach, village autrefois à vocation agricole, viticole et forestière, les souvenirs concernant les attelages bovins affluent. Il faut dire qu’à l’époque, les chevaux étaient beaucoup plus rares, car leur entretien revenait plus cher (en 1927, 3 juments, 49 boeufs de travail recensés). De plus, il fallait un permis pour ferrer les équidés; pour les bovins, ce n’était pas nécessaire. Et quelquefois, les vaches faisaient aussi l’affaire! La solidarité était de mise, les villageois s’associaient, mettant leurs animaux en commun pour former un attelage, utilisé tantôt par l’un, tantôt par l’autre. Joseph se souvient: « Mon grand-père attelait des vaches, mais elles ne pouvaient pas donner de lait et être attelées. Alors, il a cherché un « allié ».
Pour certains, être conducteur d’attelage, c’était un métier. Les frères Stauffer qui pratiquaient le débardage possédaient 5 boeufs. « Ils devaient les nourrir très tôt le matin pour que la digestion soit terminée », raconte Marguerite, la fille d’Albert. Alphonse, agriculteur retraité, témoigne lui aussi: « Mon père faisait beaucoup de voiturage, il élevait ses boeufs lui-même. Chercher le foin, le bois, déposer les cuves aux vendanges, les reprendre… Il montait au Hohwald charger du bois de chauffage pour le ramener à la gare de Villé d’où partait un train de marchandises. Il changeait d’attelage à mi-parcours, les animaux étaient fatigués. A 12 ans, j’ai conduit pour la première fois un attelage à travers le Heuwald au-dessus de Steige ». Un souvenir toujours bien vivace!
Pour le transport, les bêtes étaient toujours par paire; pour les travaux plus légers, une seule suffisait. Dès que leurs cornes étaient assez grandes, l’apprentissage commençait et « c’étaient les vieux bovins qui apprenaient aux jeunes » poursuit Alphonse.
Dans son livre de souvenirs, René Peter, décédé en 2015, évoque l’usage du fouet: » Bien sûr, il était nécessaire pour se faire respecter, mais aussi pour signaler sa présence au voiturier en sens inverse, avant de s’engager dans un chemin creux ou étroit. Il n’était pas utilisé pour tyranniser les bêtes, nous nous faisions obéir par la bonté et la justice. Même lorsque nous leur demandions un très grand effort ou le passage d’une montée difficile, elles ne laissaient jamais tomber leur maître ».
Dernier détail: la race la plus courante était la race Vosgienne, plus résistante, mais plus difficile à ferrer que d’autres.
André Kammerer, lui, n’attelle pas Grivé, son boeuf pour des tâches aussi pénibles. A l’origine, il avait opté pour le cheval, car lors d’un périple en Tchéquie, il avait découvert que dans sa famille d’accueil et dans l’environnement agricole, le cheval de trait était encore très utilisé par les paysans. « En tant que cheminot, je savais que je serai retraité à 50 ans. Je m’étais imaginé qu’il fallait prévoir de meubler son temps. Je sais depuis que ce n’est pas vrai! » déclare-t-il. Après avoir suivi une formation de débardage à cheval, il achète Fidji et projette de devenir « débardeur de loisirs ». Et d’ajouter: » Je possédais les terrains nécessaires et de plus, j’avais la femme qui convenait pour ce genre d’activités! » Mais la carrière du cheval est stoppée net par la maladie de Lyme et il faut se résoudre à s’en séparer.
Il acquiert Ernest, un veau, avec pour ambition de l’éduquer lui-même, toujours après s’être formé. C’est un échec! Agressif, le jeune bovin se révèle ingérable. Sur les conseils d’un dresseur, Philippe Kuhlmann, venu l’observer, André abandonne l’expérience et se résigne: « Ernest n’était pas apte à être appelé ».
Ayant grandi dans un milieu où l’on élevait taurillons et génisses, il persévère . » J’aime l’odeur de ces animaux. J’ai peut-être des gènes de bouvier ». A La Salcée, un jeune éleveur veut se séparer d’une paire de jeunes boeufs vosgiens déjà habitués à être attelés. André n’hésite pas. Le plus grand est vendu, il prendra celui qui reste, Grivé (qui veut dire le « gris » en vosgien, un nom porté par beaucoup de boeufs dans le 88) qui deviendra boeuf de compagnie. « Il n’est pas productif, un peu pour le bois (et pour chercher des pierres à Champenay). Il emmène le fumier que je n’aurais pas si je n’avais pas de boeuf! » plaisante le bouvier.
Grivé coule donc des jours paisibles, savourant herbe et foin qu’André et son épouse Evelyne ont fané à la main cet été. « Il est attachant, mais ne supporte pas les gens qu’il ne connaît pas autour de sa tête ». Néanmoins, il rend service aux associations de la vallée, il est présent sur plusieurs fêtes.
Chaque année, durant le week-end de l’Ascension, Grivé et son propriétaire participent aux journées de la traction bovine à l’Ecomusée d’Ungersheim.

André à l’Ecomusée
D’après André, « beaucoup de gens ont réinvesti cette façon d’attelage ». Une association de bouviers au niveau national et international est en train de se former. On y discute colliers, jougs… Une anecdote fait surface: « En Allemagne, le joug double a été interdit par un certain Adolf Hitler qui trouvait son utilisation incompatible avec le bien-être animal ».
La question ne se pose pas pour Grivé. La race vosgienne, après un déclin dans les années 70, a remonté la pente. Est-ce-que ça va durer? « J’aimerais bien que ça se développe » avoue André.
Lucienne FAHRLAENDER
Rassemblement autour de la traction bovine, 22, 23 et 24 septembre 2023, Gentioux Pigerolles (23)
Quand deux jeunes bouviers de 20 ans et 26 ans décident de créer un nouvel événement autour de la traction bovine, on se dit que le renouveau qu’on sent frémir depuis déjà quelques années est en train de se manifester encore plus concrètement.
Léonnie Biteau, 26 ans, originaire de Vendée, est issue de l’Académie des Bouviers du Puy du Fou, propriétaire de deux bœufs Highlands dressés et dresseuse de deux bœufs maraîchins pour l’association des darioleurs de Vendée (le dariolage est un chant pour mener les bœufs pendant le travail) .
Corentin Huber, 20 ans, originaire d’Alsace, attelle des bovins avec son grand-père André Kammerer depuis qu’il a 12 ans, il a peaufiné le dressage d’une jeune génisse Vosgienne. Une rencontre internationale de bouviers a lieu depuis de années en Alsace articulée autour du savoir-faire de Philippe Kuhlmann de Soultzeren (68). Corentin avait l’idée depuis longtemps d’organiser un rassemblement de bouviers qui serait plus central au niveau géographique ou du moins de le rendre itinérant en France d’année en année pour permettre un accès plus facile à de nouveaux publics qui, jusque-là, ne pouvaient y prendre part pour des raisons d’éloignement géographique. Ainsi, la formule permet de multiplier, d’enrichir et de mettre en complémentarité les différentes approches de la traction bovine avec des utilisateurs diversifiés, et des techniques variées.
Après avoir beaucoup attelé avec son grand-père chez eux ou chez Philippe Kuhlmann pour travailler leurs animaux et apprendre auprès de cet incontournable dresseur, Corentin a rencontré la famille Durand, Joseph (Jo) le père et Pascal le fils. Il a découvert auprès d’eux le travail de précision en maraîchage aux guides, en solo et au collier que pratique au quotidien Pascal Durand sur sa ferme de Gentioux Pigerolles. A la découverte du lieu et d’un savoir-faire différent mais complémentaire de celui jusqu’alors rencontré chez Philippe Kuhlmann, l’organisation du rassemblement qu’il rêvait de mettre en place, lui paraît alors évidente à organiser ici. L’idée fait son chemin et, rejoint dans sa démarche par Léonnie croisée lors de précédentes rencontres de bouviers en Alsace, ils décident en concertation avec la famille Durand de mettre en place un rassemblement de bouviers en Creuse pour l’année 2023 avec l’idée de le rendre à l’avenir, nomade d’une fois sur l’autre.
En préambule au rassemblement, les voyages de Corentin, Léonnie et celui de Mathilde et James Prevost
Trois voyages réalisés avec les animaux ont été entrepris avant le rassemblement pour rallier à pied Gentioux Pigerolles. Les deux premiers, dans le cadre de l’opération nommée « La corne rose » ont permis de collecter des fonds au bénéfice de la ligue de lutte contre le cancer et le second pour l’association « Trait d’union Limoge» qui aide plus particulièrement les enfants malades du cancer. La collecte conséquente de 8000 euros a été une franche réussite.
Corentin et son grand-père André Kammerer sont partis d’Alsace avec leur génisse Modestine et ont fait 750 kilomètres. Léonnie est partie avec les deux bœufs Safran et Bouleau de Lathus-Saint-Remy dans la Vienne et a parcouru 150 kilomètres. Mathilde et James Prevost avec leur fille Calli partis de Saint Maurice la Souterraine avec leur taureau Satanas et Perrine une ânesse, ont fait environ 90 kilomètres.
22, 23 24 Septembre 2023 : un rendez vous réussi
Le tour de table du vendredi au début de la rencontre permet à la trentaine de personnes de se présenter. On constate que beaucoup des participants ont en projet, sont en cours d’installation ou déjà installés professionnellement et qu’ils ont tous quelque part l’intention d’utiliser la traction animale et plus particulièrement la traction bovine. Certains ont déjà leurs animaux en cours de dressage et d’autres travaillent déjà depuis plusieurs années.
Les autres sont soit utilisateurs de bovins de travail pour les manifestations ou pour une utilisation personnelle hors activité professionnelle, soit sont intéressés à découvrir cette pratique.
Pendant ces journées, une part des participants n’a pu rester les trois jours, mais on peut dire qu’au moins quarante personnes professionnelles, ou en passe de l’être, ont été présentes sur les deux jours.
L’après-midi de samedi, on compte soixante quinze personnes sur l’espace du rassemblement. Les deux journées techniques du vendredi et samedi sont plutôt orientées sur le travail en solo et en guide au collier.
Sont présents sur le site, les animaux dressés de Pascal Durand (Pattuki, Merise et Tomillo), la génisse Modestine d’André Kammerer menée par Corentin Hubert, Jacaranda la vache Pie noire Bretonne et son veau Unefleur de Luc et Agnès Bernard, Bouleau et Safran la paire de bœufs Maraîchin de l’association des darioleurs de Vendée dressée par Léonnie Biteau, Tilia la génisse de Jo Durand, le taureau Jersiais Satanas de james et Mathilde Prevost ainsi que leur ânesse Perrine.
Pascal le maître des lieux, tout au long des deux journées techniques, présente et travaille autour de l’utilisation de la Kassine de Prommata, un outil multifonction et modulable. Un accent tout particulier au sujet de la sécurité pendant le travail avec les animaux est souvent mis en avant.
Il met aussi en évidence les différentes problématiques liées au travail avec un animal, les rythmes, la force de l’animal et l’adaptation des méthodes et de l’outil à celle-ci, les comportements à tenir selon celui de votre bovin… Pascal présente aussi le travail de la terre en suivant les courbes de niveau ainsi que les façons culturales en fonction de l’état du sol, de la météo, de la force de l’animal…
Dans l’optique d’expliquer comment ménager les animaux, les bons réglages des outils, du harnachement, en particulier du collier, sont abordés à plusieurs reprises. Il explique l’intérêt de l’utilisation du caveçon et de la problématique de sa fabrication. Vincent Grande, sellier à Glange (87), est venu présenter des modèles prototypes qu’il développe en collaboration avec un ferronnier sous les directives de Pascal.
Différents animaux à plusieurs stades de dressage permettent de voir l’évolution et les techniques adaptées pour amener progressivement le bovin au travail que l’on souhaite obtenir de lui. Pascal a pu ainsi présenter Tomillo, un jeune mâle Vosgien déjà bien manipulé. Celui-ci mis aux guides lui permet d’aborder la manière de se comporter et de réagir avec un jeune animal en dressage.
On peut voir aussi avec Léonnie Biteau, l’évolution du comportement au travail de la jeune paire de Maraîchins mis au joug double de corne seulement quelques jours avant et menés de derrière aux guides. Ils étaient jusqu’alors au joug double de garrot menés de devant ou de derrière. On voit sur ces trois jours l’évolution et les progrès de la paire sur des petits débardages effectués tout au long du rassemblement. Les meneurs de l’Association des Darioleurs de Vendée utilisent la paire avec le joug de garrot et réalisent quelques débardages.
Laurent Martin des Herbiers en Vendée est présent le vendredi. Il vient de créer son entreprise « Deux mains quatre cornes » et propose de la formation sur l’attelage bovin, des prestations, et de la médiation animale. Pendant sa journée de présence, il mène différents animaux, dont la paire de Maraîchins.
Corentin Huber travaille avec Modestine à différentes taches dont le passage du rouleau brise- fougères.
Eline Hoefsloot dresseuse de bovins et de chevaux, comportementaliste animal, est sur place le samedi pour présenter sont activité. Elle a aussi apporté un stock de colliers suisse anciens à trois matelassure remis en état. Ils permettent ainsi à certains de pouvoir se fournir directement dans la pièce maîtresse du harnachement.
Samedi en fin d’après midi, la plupart des attelages prennent la route en direction du bourg de Gentioux Pigerolles afin d’être prêts pour les animations de dimanche lors de la manifestation grand public organisée avec différentes associations de la commune. Le samedi soir, la soirée est ouverte avec un spectacle de contes après lequel s’enchaîne un bal traditionnel Limousin mené par Alexandra Lacouchie (violon) et Anne Riveau (accordéon diatonique), deux des meilleures musiciennes traditionnelles du Limousin.
Dimanche, un marché de producteur se déroule sur la place du village enrichi de l’entreprise « Randoline concept » qui propose du matériel de randonnée animale comme des bâts, diapasons ainsi que l’escargoline (petite voiture à traction animale adaptée au transport de personnes à mobilité réduite). On peut aussi manger sur place auprès des différents stands de restauration rapides et locales.
Votre serviteur présente des jougs de sa fabrication et taille en démonstration un joug neuf. Véronique mon épouse présente la fabrication traditionnelle de vire-mouches en fils torsadés. L’après midi Léonnie et Corentin présentent un petit film sur leurs aventures vagabondes et bovines de « La corne rose » qui a permis d’expliquer les raisons d’entreprendre de telles expériences et de vivre le quotidien de plusieurs dizaines de jours de voyage et de nomades avec des animaux. Une parcelle mise à disposition au bas du bourg permet aux animaux et à leurs bouviers de réaliser pour le grand public des démonstrations de travail. A cette occasion, on croise Philippe Kuhlmann qui, en plein déménagement de sa ferme de l’Alsace vers la Creuse, prend un peu de temps pour venir rencontrer toutes les connaissances du milieu et faire aussi de nouvelles rencontres.
Ces trois jours confirment le renouveau et le conséquent intérêt croissant pour la traction bovine et animale en générale. Le nombre de projets évoqués lors des tables rondes ou des discussions ne peut que ravir tous les passeurs de savoir-faire. Cependant, la transmission de l’immatériel ne tient toujours qu’au vivant et le vivant est précaire. Il est nécessaire de travailler tous dans le même sens à multiplier les collaboration entre meneurs et dresseurs expérimentés, ainsi que les occasions de transmissions par des formations et des rencontres. C’est un point capital si l’on veut que ces pratiques millénaires, même si elles sont bien ancrées dans « l’aujourd’hui », restent connues, pratiquées et participent de plus en plus à la vie des territoires, au maintien des races de bovins, des paysans, de l’homme .
C’est pour cette raison qu’il est très encourageant de voir que ce rassemblement est un vrai laboratoire de rencontres et d’échanges. Les nombreux participants peuvent ici à loisir, s’informer, échanger, se convaincre ou se faire peur, partager, prendre des contacts, apprendre, mener des animaux. Bref ils peuvent se faire une idée, conforter leurs projets et se nourrir de l’énergie de passionnés engagés.
Ils pourront ainsi avancer vers un futur où, plus tard, ils transmettront à leur tour leurs savoir-faire acquis avec l’expérience qui, un jour peut-être, a débuté à Gentioux Pigerolles.
Un énorme merci à Pascal Durand et à Mélanie sa compagne pour la co-organisation, leur accueil et leur gentillesse.
Merci à Pascal pour sa pédagogie et sa disponibilité auprès de tous.
Merci à Jo qui motive toujours beaucoup les jeunes à l’attelage et qui n’est pas avare de conseils.
Merci à Léonnie et Corentin qui, au regard de la participation importante, ont réussi leur première organisation.
Merci à tous les participants pour leur présence au rassemblement.
La corne rose, deux voyages sur les routes française avec des bovins pour soutenir la ligue contre le cancer, 2023
Retrouvez la page de la corne rose pour un don pour la ligue contre le cancer en cliquant ici
« Les rêves ne peuvent être atteints seul »
Le but de ce voyage est de réaliser nos rêves, tout en permettant rendre hommage à des personnes proches et en faisant notre possible pour aider notre prochain.
Une seconde équipe partira du département de la Vienne fin-août pour faire plus de 170 km en compagnie de 2 bœufs, en moins de 30 jours.
Avant notre départ nous avons posé plusieurs questions à nos voyageur, Léonnie et Corentin qui sera accompagné de son grand-père, André Kammerer.
Départ Alsace
Corentin :
Comment as-tu découvert cette passion ?
« Je suis tombé tout petit sans le vouloir dans la traction animale. Papy avait un cheval de trait avant de passer au bovin. Ma première rencontre des Bouviers, je l’ai faite en 2009, j’avais 6 ans. Ma passion c’est vraiment déclarer vers 2015. J’ai aidé mon grand-père à sortir du bois en forêt. Je trouvais ça marrant et j’ai essayé de tirer un peu mais cela ne marchait pas vraiment. Il ne se laissait manipuler que par mon grand-père et n’écoutait personne d’autre. Ensuite tout s’est enchaîné très vite car le bœuf s’est fait une jambe de bois. J’ai vraiment compris que ça m’intéressait quand de douleur, il c’est ouvert à moi et m’a fait comprendre le lien qu’il avait avec mon grand-père. Ce jour-là, j’ai eu un sentiment qui m’a donné envie de créer ce lien dans de bonnes conditions.
J’ai enchaîné à la rencontre des Bouviers les rencontres, j’ai cherché le savoir là où on me le donnait… et me voilà aujourd’hui capable de dresser et mener plusieurs bovins en même temps, je pense que je n’ai pas appris un 1/4 de ce que je vais encore apprendre. C’est pour ça que tous les événements de ce type me paraissent importants à organiser, pour que tout le monde puisse découvrir tout cela. »
Présentes-nous tes compagnons de voyage.
« Dans cette traversée, j’aurai deux compagnons de voyage avec un grand écart d’âge. Effectivement, je voyagerai avec Modestine notre génisse et mon grand-père André Kammerer.
Modestine est la première personnalité féminine bovine, de la famille. Avant elle, nous avons eu 4 bœufs dont un qui tient compagnie actuellement, Tino. Tous nos bovins sont des Vosgiens car nous voulons travailler avec une race locale et aussi car ils ont une très bonne réputation pour la traction. Modestine a un caractère très particulier. Contrairement à beaucoup de bovins, elle s’ouvre très vite aux personnes et apprend tout aussi vite. Cela ne veut pas dire que n’importe qui peut la manipuler, elle a ses préférences. Malheureusement pour moi, elle préfère mon grand-père car il la manipule plus souvent.
Mon grand-père, pour faire simple, c’est la personne qui m’a appris les bases de la discipline. On pourrait avoir l’image d’une personne très dure au premier abord. En réalité c’est une personne très sensible à ces animaux, il fait tout pour leur bien-être qui est une priorité. Il est toujours présent pour partager des moments importants qu’ils soient bons ou mauvais. C’est marrant de se dire qui m’a transmis sa passion sans le vouloir et que maintenant je suis en train de réaliser son rêve en même temps que le mien. Je le remercierai jamais assez de continuer malgré l’âge juste pour moi. Modestine ne ferait pas partie de notre famille s’il avait arrêté. De plus Tino qui a des problèmes de santé ne serait peut-être plus de ce monde pour lui éviter la potentielle douleur et solitude. »
Comment t’es venue l’idée de ce voyage ? Et pourquoi soutenir la Fondation de lutte contre le cancer ?
« C’est sur un chantier en Suisse que l’idée m’est paru. En refaisant ma vie en travaillant. Je me suis rendu compte que ma grand-mère avait le cancer en même temps que ma voisine. Après un long combat, ma grand-mère s’en est plutôt bien sortie, malheureusement cela n’a pas été le cas de ma voisine. Quand j’y ai pensé, j’ai directement eu un déclic, il fallait absolument que je soutienne une association pour toutes ces personnes.
Après une grande réflexion, j’ai décidé de réaliser un rêve en même temps qu’un projet de soutien. Parcourir plusieurs centaines de kilomètres avec une vache. Pour être plus précis, parcourir 600 kilomètres à pied avec elle. Pour réaliser ce projet, il faut un peu de préparation, à l’heure où j’écris ce texte. Je peux officiellement dire que pour le voyage je devrais avoir tout le matériel nécessaire. Mais pour la rencontre nous manquons de beaucoup de choses que je n’arrive pas à trouver. »
Départ de la Vienne
Léonnie:
Comment as-tu découvert cette passion ?
« En octobre 2016, je suis allé à la rencontre des bouviers pour faire un reportage photo. Ces toucheurs de bœufs transmettent leur savoir et leur passion à tous ceux qui le souhaitent. On m’a accueilli volontiers. J’ai la chance d’apprendre en même temps que de faire des clichés.»
Comment as-tu rencontré Corentin ?
« Lors du rassemblement des bouviers en Alsace de 2019, j’ai fait beaucoup de rencontres. De nombreuses personnes viennent de toutes les régions de France et des pays alentours ! C’est là que j’ai rencontré Corentin, un jeune qui travaillait aussi bien que les adultes aux contacts des bovins. Depuis on est toujours resté en contact.»
Quel est ton lien avec les darioleurs de Vendée et l’histoire de tes compagnons de route ?
« Je suis partie à la recherche de nouvelles personnes pour compléter mes connaissances. Au détour d’une conversation, on m’apprend l’existence d’une association non loin là. Elle a pour but de transmettre un savoir, en faisant des démonstrations sur la culture vendéenne dans tous les départements alentours. Les darioleurs aillant une paire de bœufs, Normand, vieillissant, ils ont eu besoin de nouveaux animaux pour prendre la relève. Accompagnés par deux autres personnes, nous nous sommes proposés pour nous lancer dans le dressage de Safran et Boulot.»
Pourquoi partir sur la route avec deux bœufs ?
«Tout commence lorsque j’ai reçu un appel de Corentin. Il finit par me dire « Tu sais, je pense à un projet fou mais celui-là, il est pas mal. Je veux aller avec une vache à pied chez Jo dans la Creuse pour faire un nouvel événement dans le style de “la rencontre des bouviers d’Alsace” et soutenir une association. » J’ai répondu aussitôt « Moi aussi, je veux faire partie du voyage ». On s’est directement lancé. Maintenant, on est en pleine construction du projet pour fédérer personne, association et organisme autour de la traction bovine et de sa valorisation ainsi qu’une collecte de dons pour la lutte contre le cancer.»
Retrouvez la page de la corne rose pour un don pour la ligue contre le cancer en cliquant ici
« La traversée des bouviers », voyage estival chez des bouviers français, Corentin Huber (67)
A presque une année de notre première rencontre, au détour d’une soirée, il aura suffit d’un simple message lancé sur le ton de la rigolade pour que nous nous lancions le défi de partir à la rencontre des bouviers à travers la France. C’est grâce à cela que, le mois d’août suivant, nous avons commencé notre incroyable aventure « La traversée des bouviers ».
Le but a été de partir de la Vendée pour rejoindre l’Alsace et la Lorraine, en sachant que les détours risquaient d’être plutôt nombreux.
C’est donc un an après notre rencontre, jour pour jour, que nous nous sommes retrouvés près de Guérande pour partir, deux jours plus tard, vivre une expérience unique en son genre, avec comme règle d’or pour le voyage : “Le programme c’est qu’y a pas d’programme” . On avait juste des adresses et des jours de passage. Le reste s’est décidé au jour le jour, en fonction de nos envies et des opportunités.
Voici donc le petit journal de bord tenu par nos soins :
– Mardi 9 Août : Un grand voyage
“Hoppla sech gut*, pour le grand départ”. Direction le Puy du Fou pour y retrouver plusieurs amis bouviers de l’académie des bouviers du Puy du Fou.
*C’est bon
Après une visite guidée de ce site aussi surprenant que magique, nous avons assisté à un enchaînement de spectacles plus beaux les uns que les autres. Une seule et unique réponse nous venait à la fin de chaque spectacle : “WWWWOOOOUUUAAAHOUUU!”
Non, non, on ne rigole pas, ça a vraiment été la réaction de l’un de nous deux qui n’a eu que ce mot à la bouche tout au long de la journée.
Nous avons clôturé cette première journée avec l’ensemble des bouviers du Puy autour d’un repas bien arrosé et riche de partage. La nuit fut donc courte pour certains, qui avaient reçu comme un coup de massue sur la tête. (On mettra évidemment tout cela sur le dos de la fatigue)
– Mercredi 10 août : La visite vue de l’extérieur
Après un réveil compliqué pour certains … nous avons pu découvrir à quel point le Puy est immense. L’espace foulé par les spectateurs n’est rien comparé à la superficie totale du parc. Des prairies immenses entourent le site, sans compter les coulisses, les divers bâtiments et les hôtels. Nous avons profité de cette journée pour rencontrer les protagonistes au cœur de notre projet : Les bœufs du Puy-Du-Fou. Ces derniers sont grands et d’une couleur proche du blanc “pour être un maximum visibles lors des spectacles nocturnes”.
Pour ce qui est du dressage dressage, les bœufs sont achetés généralement par paires en cours d’apprentissage ou déjà dressés pour réduire le travail des académiciens et aller directement à l’essentiel : obtenir des bœufs prêts pour les spectacles ! Participer aux spectacles leur demande un grand travail de contrôle et un sang-froid incroyable en toute circonstance pour rester stoïques malgré l’agitation, le bruit, les simulations d’explosions, les jeux de lumière… En aucun cas cela ne facilite l’apprentissage, les seuls avantages sont d’avoir des bœufs déjà grands et donc plus rapidement disponibles au travail.
Pour ce qui est du menage, cela reste standard, comme nous pourrons en voir par la suite lors de notre périple : une personne à l’avant de leurs têtes, et une autre à l’arrière lors des spectacles.
La journée se termine encore rapidement, et quoi de mieux qu’un labyrinthe de maïs géant pour finir ?
– Jeudi 11 août : Premier changement d’environnement
“Direction l’Ecosse, et on pensait pas que c’était si proche de la Vendée”!!
Comme nous sommes plutôt chanceux, on va dire que l’Ecosse est venue à nous en Vendée. Nous y avons rencontré Vigoureux et Caramel, deux supers Highlands.
Ces deux highlands sont en cours de dressage. Ce qui est intéressant à voir dans leur fonctionnement est plutôt simple à constater mais moins facile à appliquer. Leur corde, qui nous permet de les tenir, et ne sert qu’en cas de danger lors de promenades où nous nous retrouvons à l’avant. Nous avons donc appris à les mener et marcher avec eux sans les tenir, simplement grâce à un bâton que nous n’utilisons que pour avoir un léger contact et demander aux boeufs d’avancer et les cadrer. C’est plus un outils préventif qu’autre chose, car nous l’utilisons de manière vraiment restreinte, le but étant d’avoir un animal marchant de manière coopérative et calme, et non sous la contrainte.
Une seule personne suffit pour mener la paire sans joug. Autant vous dire que les manœuvres sont plutôt intéressantes et compliquées lorsque Caramel décide de n’en faire qu’à sa tête.
Dans la journée Pauline avouera : «C’est dur d’être à l’aise avec d’aussi grandes cornes derrière soi »
On va pas se mentir, ce jour-là, il a fait chaud. Donc quoi de mieux qu’une balade dans le marais Poitevin pour se rafraîchir. Et là encore, pour changer, nous avons vu quelques bovins en train de se rafraîchir au bord de l’eau.
Cela nous a permis de clôturer la journée par un petit restaurant sympathique avec des spécialités Vendéennes.
– Vendredi 12 : Le retour du grand Wwoouuuuaaahouuu
« Ohhh yeeeeh c’est quand même impressionnant le Puy du Fou »
Nous sommes retournés en Écosse. Ce matin, nous nous sommes levés plus tôt que d’habitude pour aller nous balader à la fraîche. Nous avons pu tester la balade en solo sans corde, de nouveau sur une longue distance. Cela nous a permis de voir comment se déplacent ces bovins, dans les forêts, avec des grandes cornes, en montée et en descente, dans les virages, entre les arbres, proches de clôtures… et croyez-nous, Vigoureux et Caramel sont loin d’être aussi maladroits qu’on pourrait le penser au vu de la taille de leurs cornes. Quand la chaleur est arrivée, après deux heures de marche, nous sommes retournés à l’étable.
Après une pause à midi, nous y sommes retournés pour essayer le joug vendéen. Julien, qui est à l’académie du Puy du Fou, nous a montré comment lier les bovins à la méthode Vendéenne.
Nous avons enchaîné sur les prototypes de joug de l’un de nos deux aventuriers. Cela a permis à Léonnie, Pauline et Julien de voir la différence de technique entre la plaine et la montagne. En Vendée, où le terrain est principalement plat, les cornes sont stabilisées et bien fixes sur le joug alors que dans l’Est et dans les pays montagneux, nous laissons plus de jeu au niveau des cornes, ce qui permet de limiter les contraintes sur la nuque du bovin sur des terrains escarpés… Mais là n’est pas le sujet de cet article.
La journée se termine finalement sur la Cinéscénie, et là encore, un seul mot à dire « Wwoouuuuaaahouuu » c’est si impressionnant de voir tout ce monde bouger, toutes ces mises en scène, le décor qui change au fur et à mesure de l’histoire. On va pas mentir, ça nous a mis des étoiles dans les yeux et nous nous sommes vite rendu compte qu’il nous faudrait bien plus qu’un spectacle pour assister à toutes les mises en scènes se déroulant lors d’une Cinéscénie.
Le spectacle se termine finalement, et nous retrouvons la majorité des bouviers du Puy autour d’un dernier verre (de jus de fruit cette fois, oui ça nous arrive parfois !)
C’est sur ces dernières notes que nous avons clôturé cette étape vendéenne riche en rire et aventures.
– Samedi 13 : C’est les Deux-Sèvres ou le Sahara?
« Vingt dieux, c’est pas aujourd’hui qu’on va faire une raclette »
Eh oui, une chaleur étouffante nous a pris de court. Heureusement, les bœufs Vosgiens sont résistants ! On vous présente Max et Gaston, deux bœufs Vosgiens encore en cours de dressage. La paire est magnifique, et ces deux mastodontes sont complémentaires.
Cette rencontre a lieu au Musée du Tumulus de Bougon, lors d’une journée de reconstitution sur un site archéologique.
La journée a été rythmée par beaucoup de discussions et d’échanges sur la pratique de la traction bovine avec Jo Durand, Laurent Martin et notre chère Léonie qui a souhaité réaliser un petit bout de l’aventure avec nous. Nous sommes arrivés à la conclusion qu’aujourd’hui presque tous les bovins utilisés (je cite) « manquent de précision ». À vrai dire, nous en sommes convaincus, la barre est suffisante pour assurer du spectacle, mais en aucun cas elle n’est assez haute pour faire de la précision de la précision avec les bovins.
Le soir, après un petit piquenique, nous avons tenté de dormir à la belle étoile. Cela n’a pas été une grande réussite car au bout de quelques heures, l’orage est venu nous taquiner. Heureusement, Pauline a pu se réfugier sous la tente de Léonnie et Corentin dans notre cher Kangoo.
– Dimanche 14 : Un nouvel arrivant dans notre séjour
« Papy nous a rejoints pour nous faire un petit schmoutz *»
*Bisous
Vous vous demandez peut-être qui est papy ? Ce n’est personne d’autre qu’André Kammerer, le grand-père et premier partenaire d’aventure de Corentin. Il a fait le choix de quitter l’Alsace quelques jours pour nous rejoindre sur le parcours pour une étape pleine de remise en question et d’échange.
Toujours dans les Deux-Sèvres, il nous a retrouvés pour suivre quelques jours notre périple avec nous. Ce jour-là, il a fait moins chaud et nous avons donc pu voir un peu plus de monde sur le site afin de réaliser et assister à des démonstrations de battage des céréales grâce aux bœufs. Nous avons pu découvrir le fonctionnement d’un tribulum et de quelques autres inventions historiques, après avoir fait un petit essai longues rênes et en paire.
Par la suite, nous avons laissé Laurent Martin, et nous sommes partis avec Jo et André pour la Creuse.
– Lundi 15 : La Creuse c’est dépaysant
« On a l’impression d’être seul et perdu mais tout le monde se connaît, c’est très accueillant »
Il faut dire que Jo est une personne très familière pour Corentin et son papy. Cela fait depuis 2009 que notre pèlerin connaît Jo et son grand-père l’avait rencontré bien avant.
Après un ramassage de haricots, nous avons échangé sur l’agriculture actuelle, et sur le fait que les bovins sont de plus en plus sensibles et fragiles, donc moins aptes à faire de la traction animale. Cet échange nous a pris presque toute la journée, nous avons découvert l’endroit où Jo vit en presque totale autonomie.
Par la suite, nous sommes allés voir les quelques bovins qu’il possède.
Cette rencontre nous a permis d’échanger les connaissance, mais dans un échange, le principe est de repartir avec avec, comme dans tout échange, un partage des savoirs. Et justement, ces derniers temps, Jo rencontrait un problème avec sa vache favorite qui marchait mal et refusait souvent le travail.
Pauline, en a donc profité pour nous faire un cours rapide sur les séances d’ostéopathie, autour des impacts du travail, du matériel, du milieu de vie et des irrégularités locomotrices sur l’animal. Tout le monde a donc pu assister et participer à un petit atelier permettant de commencer à développer son ressenti afin de localiser des zones douloureuses, chercher, aider et soulager l’animal. C’est loin d’un diplôme mais ça peut toujours être utile.
La journée s’est terminée vers 1h du matin après avoir monté une tente dans le noir sous la pluie. Bref… on est définitivement toujours aussi bien organisés!!
– Mardi 16 : Déjà une semaine que nous sommes partis
« La Creuse c’est humide même sans pluie »
Aujourd’hui, nous avons eu un cours sur les longues rênes, la source principale de travail de Jo, Pascal (son fils) et Mélanie. Le travail aux longues rênes est très intéressant et totalement opposé à celui consistant à tenir l’animal au licol par devant. Il faut apprendre à l’animal à faire son propre chemin et ne pas nous suivre.
Ce voyage, nous permet vraiment de découvrir énormément de choses car le travail aux longues rênes sur des bovins est très rare contrairement au monde équin…
Pascal et Mélanie nous ont raconté leurs histoires et la raison pour laquelle ils sont devenus autonomes en utilisant le travail avec des bovins. Cela nous a permis d’avoir un regard différent sur la société actuelle et le monde dans lequel nous vivons. A noter que la cuisine de Mélanie était excellente !!
– Mercredi 17 : L’heure est à la pratique
« Maintenant ta schness* et on pratique »
C’est bien beau de parler, mais la pratique c’est encore mieux pour comprendre. Avec l’une des vaches appelée Patuki, nous avons fait un petit peu de travail de maraîchage. Pour certains, une initiation aux longues rênes, pour d’autres une initiation au sous-solage et une mise en place de buttes.
*Ta gueule, ta bouche
Mais pour tout le monde ce fut un grand cours de maraîchage ! Avec une explication du cycle de l’eau, de la terre et de l’environnement d’un potager ou d’un verger. L’apprentissage est intéressant voire même captivant et étonnamment, en l’espace de quelques instants, tous ces vastes sujets ont été abordés avec simplicité.
Sur sa lancée, Corentin a pris une jeune génisse tout juste au début de son apprentissage et cela pour un long trajet. Le but était d’aller de chez Pascal à chez Jo. En la tenant toujours aux longues rênes. Il faut dire que pour le meneur comme pour la génisse, le trajet est long et éprouvant. Le cerveau est en perpétuelle réflexion chez les deux individus et la force est mise un peu à l’épreuve quand les deux esprits ne s’accordent pas.
Pour finir, chez Jo, nous avons mangé entourés de woofers qui ont pu rajouter de la richesse à nos échanges.
– Jeudi 18 : L’Écosse ne serait-elle pas un peu de retour
« L’évolution d’une séance d’ostéopathie n’est-elle pas incroyable au fils des jours »
Au fil des jours chez Jo, nous avons pu constater l’évolution de la séance d’ostéopathie faite le lundi. Pour récapituler, suite à la séance, la vache a commencé à boiter encore plus jusqu’au mardi en fin de journée. Le mercredi, elle s’est mise à remarcher plus normalement et son bassin commencé à se remettre droit. On voyait clairement le soulagement apporté à cette vache. Pauline a fait quelques derniers exercices pour être certaine de partir en laissant une vache bien dans son corps derrière elle, avant que qu’elle et Corentin ne plient bagage.
Nous sommes allés rencontrer Andy Gadet, un éleveur de Highland, lui aussi bouvier faisant de la traction animale avec des Charolais. Après un échange autour de quelques produits faits par ses soins grâce à son élevage de Highlands, il nous a montré, encore une fois, que les Highlands sont de merveilleux bovins très intelligents.
Par la suite, nous sommes allés voir sa paire de Charolais extrêmement impressionnante par sa taille, mais les boeufs sont justement si grands que cela finit par rendre leur travail trop épuisant.
Nous avons fini notre journée vers Allanche.
– Vendredi 19 : Un peu de repos
« Aujourd’hui, je garde les pieds dans mes schlopps* »
Faut dire ce qui est, on n’a rien fait ce jours-là, mais c’est tout aussi plaisant que de voyager par moments.
Un peu de tourisme, quelques rencontres, … et puis l’appel d’une sainte brasserie qui nous a accueilli pour une visite avec dégustation… Un conseil, si vous passez par Allanche, arrêtez- vous à la brasserie des Estives, vous y serez bien accueillis, parole de dégustateurs !
*chaussons
– Samedi 20 : Une rencontre inattendue et si belle
« Faut dire que des bovins sur un site de concours modèles et allures pour chevaux c’est inattendu surtout quand ils appartiennent à un bouvier différent de la personne que nous sommes venus voir »
Alors là, on ne pensait vraiment pas que ça allait arriver. En faisant le tour du concours, on est tombé sur une paire de Salers. On a cru un instant que c’était la paire de André Varay, mais non… Sortis de nulle part, Maurice Chevalier était là, dans un coin du terrain, accompagné de Gaston et Mignon, ses deux bœufs Salers de 10 ans.
Nous pensons réellement pouvoir affirmer que ces deux bœufs sont les plus imposants rencontrés durant le voyage. Ils sont magnifiques … et une fois n’est pas coutume, nous avons pu lâcher un autre WAAAAAAAAHOUUUUU !
Maurice est un personnage incroyable qui partage la même passion que Corentin et Pauline : les bovins : il ne peut pas arrêter de pratiquer, ça lui paraît impossible !
La journée a été très chaude et sans ombre. Tout le monde n’en est pas sorti indemne, les coups de chaleur ont été de la partie. Mais aucune perte à déplorer.
Par curiosité, Pauline a réalisé une séance sur l’un des bœufs, qui s’est avérée sportive vu leur taille et leur corpulence mais pour une première, elle s’en est bien sortie. On aurait dit une enfant devant le nouveau jouet de l’année, des paillettes dans les yeux à l’idée de poser ses mains dessus et d’essayer ses techniques manuelles. Un tabouret n’aurait clairement pas été de refus vu la taille…
– Dimanche 21 : C’est la fin, ne partez pas si vite, la dernière journée réserve une surprise et une remise en question.
« Sniff on peut pas arrêter maintenant si ? »
Eh oui c’est le dernier jour de ce périple.
Pour finir en beauté, nous sommes allés voir Jean Luc Guerringue.
En arrivant, il n’était pas seul. Il avait en effet invité un ami apprenti bouvier de quelques mois et une personne avec une année d’expérience aussi !
Notre échange s’est porté vers toute la traction animale avec un regard différent en fonction du panel d’expérience de chacun. Jean-Luc a profité de cette rencontre pour nous montrer sa paire, ses chevaux, son jardin, tout…
C’est sur ces dernières notes que s’achève finalement cette première aventure. Des animaux attendent Pauline pour leurs soins en Lorraine et Corentin aussi doit repartir pour différents rendez-vous et son travail. Mais cela n’est certainement pas une fin en soi, plutôt un entracte avant la suite de nombreuses aventures.
Corentin rajoutera juste :
« Vers la fin de la journée, je me suis rendu compte de ce que nous avons vécu et appris. C’est passé si vite que j’ai oublié de penser à la suite : qu’est-ce qu’on va faire de cette histoire ? Faut-il la partager ? Faut-il changer quelque chose dans cette pratique ? Dans notre monde ? …
Personnellement, je veux partager ces moments, c’est pour cela que vous avez pu lire cet article. C’est aussi suite à cet échange que je voulais partager avec vous une petite réflexion personnelle. Pourquoi faut-il toujours ramener le savoir en Alsace lors des rencontres annuelles de l’ascension, pourquoi ne pas aller aussi le chercher aux nombreuses sources existantes ? »
Corentin Huber, Rosheim (67)
Corentin Huber nous communique une présentation de son parcours. Ce jeune homme est passionné et impliqué à la pratique de l’attelage bovin.
Merci à lui pour sa contribution
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« Corentin Huber, une passion et un rêve. »
Je m’appelle Corentin, je vais avoir 16 ans, j’habite à Rosheim, je fais le trajet pour aller voir mon papy, André Kammerer, le plus souvent que je le peux. Cette passion me vient d’ailleurs de lui.
Tout a commencé il y a quelques années, papy a eu son premier bœuf, Grivé, c’était nouveau pour tout le monde et même impressionnant pour moi.
Au départ je n’étais pas du tout rassuré et pas vraiment attiré. Au fil du temps je m’y suis habitué et j’ai commencé à m’y intéresser. Grivé n’avait pas l’habitude de travailler avec d’autres personnes que papy, je n’ai jamais réussi à le faire réellement travailler et c’est là que j’ai commencé à aller à la rencontre des bouviers et chez Philippe Kuhlmann.
C’est papy qui m’a appris à conduire avec un bœuf, et c’est Philippe qui m’a enseigné pour une paire.
Corentin avec André, passation de savoir et de passion
Après la perte du bœuf de papy, il y a eu deux nouveaux arrivants, Tino et Greby. Cette jeune paire venant de Philippe est mon nouveau défi, j’apprends et je progresse en même temps qu’eux et j’expérimente de nouvelles initiatives en forêt comme sur la route.
Je rêve qu’un jour, moi aussi, comme mes ancêtres j’aurai une paire de bœuf en apprentissage. Mon plus grand rêve serait de partir avec une charrette, de quoi faire un parc, et ma paire de bœufs. Dans mon périple j’aimerais vivre de belles rencontres, partager la vie des gens.
Les boeufs d’André Kammerer au travail, Breitenbach (67)
André Kammerer en compagnie de Corentin, son petit fils, aux rencontres de bouviers 2018 à l’écomusée d’Alsace (photo Cozette Griffin Kremer)
André Kammerer n’est pas agriculteur, mais utilise depuis plusieurs années des boeufs de travail. Après avoir été obligé de se séparer de Grivé son premier boeuf utilisé en solo, il travaille maintenant avec une nouvelle paire de boeufs achetée chez Phillippe Kuhlmann à Soultzeren (cliquez ici pour voir).
En côtoyant son grand père, Corentin son petit fils s’est intéressé à l’attelage des boeufs et est devenu un bouvier prometteur.
Voici quelques images tournées pendant l’hiver 2018/19 et au printemps 2019 où l’on voit surtout Corentin sortir du bois de chauffage. On y trouve aussi quelques scènes d’une journée de travail à Soultzeren avec des boeufs de Philippe Kuhlmann.
Grivé au bois avec André voici quelques années
Merci à André Kammerer pour sa contribution.
Une paire de boeufs Vosgiens en formation chez Philippe Kulmann pour André Kammerer Breiteinbach (67)
Depuis plusieurs années André Kammerer attelle en solo Grivé, un boeuf Vosgien.
André nous communique des informations sur la mise en route de la paire de remplacement de son boeuf actuel.
« Fin janvier, mauvaise surprise, probablement suite à une mauvaise chute, Grivé ne se sert plus de son postérieur gauche. Diagnostic: luxation de la hanche, le fémur est désolidarisé du bassin. Aujourd’hui il marche toujours sur trois pieds et j’ai décidé d’arrêter ses souffrances.
Après un long moment de déprime, grâce aux encouragements d’Evelyne mon épouse, je me décide à rebondir et je me remets au joug, cette fois-ci avec une paire.
Visite chez Philippe Kuhlmann à Soultzeren où je trouve là deux jeunes taureaux Vosgiens qui me plaisent: Greby le noir et Tino le rouge.
Pour le moment ils ne sont pas castrés, et nous les avons mis en apprentissage.
Je me rends un jour par semaine chez Philippe. Voici les photos de la première journée de travail.
Pour la paire noire, à droite Greby, 2 ans 1/2, 1 mois au travail, et comme maître d’apprentissage, à gauche, Milou, 4 ans , 8 mois de travail.
Pour la paire rouge, à gauche Tino, 3 ans, 2 mois au travail, et à droite Mani, 7 ans, 4 ans de travail. »
Merci à André de participer activement et amicalement à la vie du site par sa contribution.
Quelques événements de l’été d’André Kammerer et de son boeuf, Breitenbach (67)
André Kammerer, nous communique des coupures de presse des Dernières Nouvelles d’Alsace relatant quelques manifestations auxquelles il a participé avec Grivé son boeuf Vosgien.
Nous l’en remercions.
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